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	<title>L'An 02</title>
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	<description>L'An 02 est un outil &#233;colo de diffusion et de partage, un passeur d'id&#233;es hors des cercles confidentiels.
De 2011 &#224; 2015, L'An 02 a &#233;t&#233; une revue papier, en couleurs, multipliant les formes, notamment graphiques : photo-reportage, peinture, installation, typographie, bande dessin&#233;e. Cette dimension-l&#224; ne se retrouve que dans la revue papier, toujours en vente en librairie ou par correspondance. Retrouvez sur ce nouveau site tous les textes, un dossier au traitement mosa&#239;que enrob&#233; de chroniques grin&#231;antes, de lectures in-con-tour-na-bles et de reportages militants.
D&#233;sormais, L'An 02 propose &#224; chaque changement de saison une livraison de chroniques de livres r&#233;cents qui nous aident &#224; penser l'&#233;cologie politique, la d&#233;croissance et la technocritique.</description>
	<language>fr</language>
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		<title>L'An 02</title>
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		<title>Le num&#233;rique &#224; l'&#233;cole, pourquoi ?</title>
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		<dc:date>2015-07-01T00:00:00Z</dc:date>
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&lt;p&gt;Invit&#233;&#183;e &lt;br class='autobr' /&gt; par Philippe Godard &lt;br class='autobr' /&gt;
L'&#201;tat fran&#231;ais impose d&#233;sormais le num&#233;rique dans les &#233;coles en usant de persuasion ou en l&#233;gif&#233;rant sans dialogue. L'enjeu, pr&#233;tendent les adeptes du tout-num&#233;rique, est de nous adapter &#224; notre &#233;poque et de rester dans la course globale &#224; l'innovation et &#224; la comp&#233;titivit&#233;. Le num&#233;rique est aussi, en mati&#232;re de r&#233;ussite scolaire, une mani&#232;re de s&#233;lectionner en &#233;liminant tous ceux et celles qui ne pourront pas s'int&#233;grer au cybermonde et qui, a priori, sont les plus d&#233;muni&#183;e&#183;s (...)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://lan02.butternet.net/-Invite-" rel="directory"&gt;Invit&#233;&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;span class='spip_document_8 spip_documents'&gt;&lt;a href='https://lan02.butternet.net/IMG/jpg/invite-color2.jpg' type=&#034;image/jpeg&#034; title=&#034;invit&#233;-color&#034;&gt;&lt;img src='https://lan02.butternet.net/local/cache-vignettes/L150xH111/invite-color2-7d5de-6db63.jpg?1698011313' width='150' height='111' alt='invit&#233;-color {JPEG}' /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/span&gt; &lt;strong&gt;Invit&#233;&#183;e&lt;/strong&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;strong&gt;par Philippe Godard&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#201;tat fran&#231;ais impose d&#233;sormais le num&#233;rique dans les &#233;coles en usant de persuasion ou en l&#233;gif&#233;rant sans dialogue. L'enjeu, pr&#233;tendent les adeptes du tout-num&#233;rique, est de nous adapter &#224; notre &#233;poque et de rester dans la course globale &#224; l'innovation et &#224; la comp&#233;titivit&#233;. Le num&#233;rique est aussi, en mati&#232;re de r&#233;ussite scolaire, une mani&#232;re de s&#233;lectionner en &#233;liminant tous ceux et celles qui ne pourront pas s'int&#233;grer au cybermonde et qui, a priori, sont les plus d&#233;muni&#183;e&#183;s &#233;conomiquement. Serait-ce, l&#224; encore, le m&#234;me jeu des classes poss&#233;dantes contre les classes domin&#233;es ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'invasion des &#233;crans modifie le rapport aux professeurs et aux connaissances. L'on passe de l'acquisition de connaissances &#224; celle de comp&#233;tences &#8211; informatiques avant tout. Car le but de l'introduction des technologies num&#233;riques est d'offrir &#224; la pr&#233;tendue soci&#233;t&#233; de la connaissance les servants dont elle aura besoin. Nous sommes tr&#232;s loin d'une &#233;cole qui aurait pour seul souci &#171; une t&#234;te bien faite plut&#244;t que bien pleine &#187;, soit un esprit capable de raisonner plut&#244;t qu'un r&#233;ceptacle empli de connaissances mais incapable d'op&#233;rer un lien entre elles. La t&#234;te n'est non seulement toujours pas &#171; bien faite &#187;, mais elle se vide : les &#233;l&#232;ves, dans les ENT, les &#171; espaces num&#233;riques de travail &#187;, et avec les tablettes apprennent pour l'essentiel les chemins informatiques &#224; suivre vers des connaissances auxquelles l'&#233;cole ne parvient plus &#224; les int&#233;resser puisque la soci&#233;t&#233; elle-m&#234;me tient ces connaissances en pi&#232;tre estime. En revanche, l'Entreprise &#8211; avec une majuscule, accord&#233;e &#224; tout dieu qui se doit respecter&#8230; &#8211; sait comment contraindre ses employ&#233;&#183;e&#183;s &#224; ne savoir que ce dont ils et elles auront besoin pour son service : par l'attrait du salaire, qui s'impose toujours plus comme l'alpha et l'om&#233;ga de la vie contemporaine consum&#233;riste et productiviste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le glissement vers l'&#233;cole au service de l'Entreprise s'est manifest&#233; en France d&#232;s 1976 &#8211; bien avant l'&#232;re num&#233;rique &#8211; avec la r&#233;forme de la secr&#233;taire d'&#201;tat Alice Saunier-Se&#239;t&#233;. Celle-ci r&#233;ussit alors &#224; imposer de premi&#232;res et encore timides participations du secteur priv&#233; &#224; l'&#233;laboration des programmes dans les universit&#233;s, au nom du r&#233;alisme &#233;conomique. Quarante ans plus tard, le syst&#232;me d'ad&#233;quation des universit&#233;s aux entreprises est tr&#232;s abouti, en France, &#224; l'&#233;chelle europ&#233;enne et m&#234;me mondiale, par le biais par exemple des partenariats interuniversitaires mondialis&#233;s et encore une fois avec l'Entreprise, y compris au Coll&#232;ge de France, d&#233;sormais en partie sponsoris&#233; par&#8230; L'Or&#233;al depuis 2006.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'omnipr&#233;sence du num&#233;rique ouvre la voie &#224; la seule logique d'une articulation instantan&#233;e entre le pr&#233;sent et le futur tr&#232;s proche. Les &#233;tudes ne sont d&#233;sormais plus con&#231;ues et choisies qu'en fonction de ce qui semble le plus important pour chacun&#183;e dans le futur, surtout lorsque l'avenir est aussi incertain : avoir un emploi. Peu importe l'utilit&#233; sociale de cet emploi, son sens &#233;thique, etc., tout ce qui compte &#233;tant la survie individuelle dans ce syst&#232;me-ci.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;strong&gt;Qu'est-ce que la p&#233;dagogie ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;volution num&#233;rique &#224; l'&#233;cole est impens&#233;e en termes de p&#233;dagogie. Non pas qu'un complot vise &#224; ab&#234;tir toute une g&#233;n&#233;ration. Mais nous constatons, comme une &#233;vidence, qu'il s'est tiss&#233; un lien direct, en trois ou quatre d&#233;cennies &#224; peine, entre l'&#233;cole et l'Entreprise. Ce lien est de servitude.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tous les termes &#233;tant d&#233;sormais pi&#233;g&#233;s par les communicants de toutes sortes, d&#233;finir simplement les choses pour savoir de quoi l'on parle redevient une n&#233;cessit&#233;, une banalit&#233; de base. H&#233;las, cela illustre la perte de sens dont ce monde est la proie ! En conclusion tr&#232;s provisoire, voici une d&#233;finition de la p&#233;dagogie, op&#233;ratoire esp&#233;rons-le.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La p&#233;dagogie devrait &#234;tre tout ce qui contribue, de la part des adultes, en pratique (gestes, paroles, attitudes&#8230;), &#224; orienter l'enfant vers sa propre r&#233;flexion, sa propre &#233;mancipation, ses propres choix.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au travail, les enfants et les &#233;ducateurs !&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Temp&#234;te dans l'&#233;olien</title>
		<link>https://lan02.butternet.net/Tempete-dans-l-039-eolien</link>
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		<dc:date>2015-07-01T00:00:00Z</dc:date>
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		<description>
&lt;p&gt;Invit&#233;&#183;e &lt;br class='autobr' /&gt; par Jocelyn Michard &lt;br class='autobr' /&gt;
Le secteur &#233;olien fran&#231;ais a retrouv&#233; la sant&#233; en 2014. Apr&#232;s quatre ann&#233;e de diminution de la puissance annuelle raccord&#233;e, celle-ci a de nouveau fortement augment&#233; l'ann&#233;e derni&#232;re, avec 1042 MW raccord&#233;s, contre 630 l'ann&#233;e pr&#233;c&#233;dente. Cette reprise devrait permettre d'atteindre en 2015 10 GW de puissance totale install&#233;e, et de couvrir presque 4 % de la consommation &#233;lectrique nationale. L'objectif de 25 GW install&#233;s en 2020, fix&#233; par le Grenelle de l'environnement et (...)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://lan02.butternet.net/-Invite-" rel="directory"&gt;Invit&#233;&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;span class='spip_document_8 spip_documents'&gt;&lt;a href='https://lan02.butternet.net/IMG/jpg/invite-color2.jpg' type=&#034;image/jpeg&#034; title=&#034;invit&#233;-color&#034;&gt;&lt;img src='https://lan02.butternet.net/local/cache-vignettes/L150xH111/invite-color2-7d5de-6db63.jpg?1698011313' width='150' height='111' alt='invit&#233;-color {JPEG}' /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/span&gt;Invit&#233;&#183;e&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;strong&gt;par Jocelyn Michard&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le secteur &#233;olien fran&#231;ais a retrouv&#233; la sant&#233; en 2014. Apr&#232;s quatre ann&#233;e de diminution de la puissance annuelle raccord&#233;e, celle-ci a de nouveau fortement augment&#233; l'ann&#233;e derni&#232;re, avec 1042 MW raccord&#233;s, contre 630 l'ann&#233;e pr&#233;c&#233;dente. Cette reprise devrait permettre d'atteindre en 2015 10 GW de puissance totale install&#233;e, et de couvrir presque 4 % de la consommation &#233;lectrique nationale. L'objectif de 25 GW install&#233;s en 2020, fix&#233; par le Grenelle de l'environnement et confirm&#233; dans la r&#233;cente loi de transition &#233;nerg&#233;tique, pourrait donc &#234;tre atteint si cette reprise se confirmait. Les professionnels et les politiques se f&#233;licitent donc, &#233;cartant les questions de plus en plus d&#233;rangeantes sur l'impact &#233;cologique du grand &#233;olien : ressources, &#233;missions de CO2, biodiversit&#233;, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce rebond s'explique par plusieurs facteurs. Tout d'abord, l'&#233;volution technologique rapide des &#233;oliennes, de plus en plus puissantes, fiables et durables. Alors que les &#233;oliennes d&#233;j&#224; en activit&#233; ont en moyenne une puissance de 1 &#224; 3 MW, on installe maintenant des machines de 5 MW, et des mod&#232;les de 8 ou 10 MW sont &#224; l'essai, dont certains auraient une dur&#233;e de vie de 25 ans, contre quinze &#224; vingt ans actuellement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le secteur a aussi &#233;t&#233; relanc&#233; par l'adoption en 2013 de la loi Brottes qui a simplifi&#233; les proc&#233;dures d'installation des parcs, notamment en supprimant les zones de d&#233;veloppement &#233;olien et le seuil des cinq m&#226;ts minimum. Cette loi, soutenue par les d&#233;put&#233;&#183;e&#183;s &#233;cologistes et salu&#233;e par les professionnels, a cependant &#233;t&#233; critiqu&#233;e par nombre de d&#233;put&#233;&#183;e&#183;s ruraux de tous bords, et par les associations anti-&#233;oliennes. La f&#233;d&#233;ration Vent de col&#232;re d&#233;nonce par exemple le risque de &#171; mitage &#187; du territoire avec des &#233;oliennes &#233;parpill&#233;es un peu partout ou la possibilit&#233; donn&#233;e &#224; la construction d'&#233;oliennes sur des zones &#171; sensibles &#187; : terrains constructibles ou agricoles, zones de montagne ou de littoral. Avec toutes les retomb&#233;es que cela peut avoir en terme de concurrence dans l'usage des terres, de pression fonci&#232;re et d'impact sur les paysages.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, le facteur qui explique s&#251;rement la plus grosse part de ce d&#233;veloppement est d'ordre financier : l'&#233;olien peut rapporter gros. D'abord aux producteurs, puisque l'&#233;tat impose &#224; ERDF de racheter l'&#233;lectricit&#233; de source renouvelable &#224; un prix bien sup&#233;rieur au prix de march&#233;, la diff&#233;rence &#233;tant pay&#233;e par l'ensemble de la population via la contribution au service public de l'&#233;lectricit&#233; pr&#233;lev&#233;e sur chaque facture d'&#233;lectricit&#233;. La Commission de r&#233;gulation de l'&#233;nergie consid&#232;re ainsi que la moiti&#233; des projets d'&#233;olien terrestre analys&#233;s &#171; permettent d'atteindre des rentabilit&#233;s significatives, voire tr&#232;s significatives, pour leurs actionnaires &#187; (1). Sur les parcs les plus productifs (b&#233;n&#233;ficiant des meilleurs conditions de vent), la rentabilit&#233; peut &#234;tre sup&#233;rieure &#224; 50 % ! Il n'est donc pas &#233;tonnant que toutes les multinationales de l'&#233;nergie ou du BTP se ruent sur ce secteur juteux, formant parfois des consortiums qui font froid dans le dos des militants &#233;cologistes, comme celui entre le manipulateur d'atome Areva, le grand b&#233;tonneur Vinci, et GDF-Suez pour exploiter des parcs off-shore au large de la Normandie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces int&#233;r&#234;ts financiers touchent aussi les collectivit&#233;s territoriales et certains particuliers. Les premi&#232;res profitent des imp&#244;ts et taxes que leur rapportent les parcs sur leurs territoires, et &#224; l'heure des contraintes budg&#233;taires il est s&#251;rement tentant de profiter de cette manne sans se poser de question de fond sur l'impact du grand &#233;olien. Quant aux propri&#233;taires des terrains utilis&#233;s, ils et elles touchent des loyers qui vont de 5000 &#224; 10 000 euros par an par machine install&#233;e. Ces int&#233;r&#234;ts financiers d&#233;bouchent sur des situations malsaines : tentatives de corruption des particuliers qui s'opposent &#224; l'installation de parcs sur leurs terrains, conflits d'int&#233;r&#234;ts d&#233;pos&#233;s devant la justice, certain&#183;e&#183;s &#233;lu&#183;e&#183;s autorisant l'installation de parcs&#8230; sur leurs propres terrains priv&#233;s. Les soucis &#233;cologiques et &#233;nerg&#233;tiques ont compl&#232;tement d&#233;sert&#233; le d&#233;veloppement de l'&#233;olien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(1) &lt;i&gt;Co&#251;ts et rentabilit&#233; des &#233;nergies renouvelables en France m&#233;tropolitaine&lt;/i&gt; , rapport publi&#233; par le CRE en avril 2014, t&#233;l&#233;chargeable sur &lt;a href=&#034;http://www.cre.fr&#034; class='spip_url spip_out auto' rel='nofollow external'&gt;www.cre.fr&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>Les g&#233;n&#233;rations futures, ces gosses de riches ! </title>
		<link>https://lan02.butternet.net/Les-generations-futures-ces-gosses-de-riches</link>
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&lt;p&gt;Invit&#233;&#183;e &lt;br class='autobr' /&gt; par Aur&#233;lien Boutaud &lt;br class='autobr' /&gt;
Les &#233;conomistes dominants ont parfois de dr&#244;les d'id&#233;es. Prenez le cas des g&#233;n&#233;rations futures, par exemple. Pour un &#233;cologiste, cela va sans dire : la solidarit&#233; avec les g&#233;n&#233;rations futures suppose de prot&#233;ger la nature afin de l&#233;guer un cadre de vie d&#233;cent &#224; nos descendants. Mais pour un &#233;conomiste n&#233;oclassique, il est hors de question de remettre en cause la mise &#224; sac de la nature. M&#234;me au nom d'une quelconque solidarit&#233; interg&#233;n&#233;rationnelle. &lt;br class='autobr' /&gt;
Lorsque la question des (...)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://lan02.butternet.net/-Invite-" rel="directory"&gt;Invit&#233;&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;span class='spip_document_8 spip_documents'&gt;&lt;a href='https://lan02.butternet.net/IMG/jpg/invite-color2.jpg' type=&#034;image/jpeg&#034; title=&#034;invit&#233;-color&#034;&gt;&lt;img src='https://lan02.butternet.net/local/cache-vignettes/L150xH111/invite-color2-7d5de-6db63.jpg?1698011313' width='150' height='111' alt='invit&#233;-color {JPEG}' /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/span&gt; &lt;strong&gt;Invit&#233;&#183;e&lt;/strong&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;strong&gt;par Aur&#233;lien Boutaud&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les &#233;conomistes dominants ont parfois de dr&#244;les d'id&#233;es. Prenez le cas des g&#233;n&#233;rations futures, par exemple. Pour un &#233;cologiste, cela va sans dire : la solidarit&#233; avec les g&#233;n&#233;rations futures suppose de prot&#233;ger la nature afin de l&#233;guer un cadre de vie d&#233;cent &#224; nos descendants. Mais pour un &#233;conomiste n&#233;oclassique, il est hors de question de remettre en cause la mise &#224; sac de la nature. M&#234;me au nom d'une quelconque solidarit&#233; interg&#233;n&#233;rationnelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsque la question des g&#233;n&#233;rations futures s'est impos&#233;e dans les d&#233;bats internationaux, les &#233;conomistes dominants ont donc d&#251; op&#233;rer une premi&#232;re pirouette qui a consist&#233; &#224; recycler quelques vieilles th&#233;ories issues de l'&#233;conomie des ressources naturelles. Parmi celles-ci, la plus connue est sans doute la &#171; substituabilit&#233; du capital naturel &#187; ( &lt;i&gt;sic&lt;/i&gt; ). D&#233;j&#224; &#233;voqu&#233;e dans ces colonnes (1), cette hypoth&#232;se affirme qu'il suffit de remplacer le capital naturel d&#233;grad&#233; ou &#233;puis&#233; par du capital artificiel... et le tour est jou&#233; ! &#201;videmment, une telle hypoth&#232;se suppose des ruptures technologiques radicales afin de reporter la consommation d'une ressource en voie d'&#233;puisement sur une autre suppos&#233;e plus abondante. Par exemple, si l'investissement technologique vous permet d'exploiter les gaz et les p&#233;troles non conventionnels (gaz de schiste, sables bitumineux, etc.), alors la &#171; magie &#187; de la substitution op&#232;re : la production d'&#233;nergie peut continuer de cro&#238;tre malgr&#233; le d&#233;clin des &#233;nergies fossiles conventionnelles ! Ainsi, gr&#226;ce &#224; la substitution, la destruction des ressources devient compatible avec le principe de solidarit&#233; interg&#233;n&#233;rationnelle. CQFD.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais les &#233;conomistes dominants n'en sont pas rest&#233;s l&#224;. Lorsque, &#224; force d'injecter des gaz &#224; effet de serre dans l'atmosph&#232;re, l'enjeu du changement climatique est venu s'ajouter &#224; celui de l'&#233;puisement des ressources, il leur a bien fallu trouver une mani&#232;re de l&#233;gitimer cette d&#233;gradation irr&#233;versible des conditions de vie sur Terre. Afin de faire entrer le r&#233;chauffement climatique dans les mod&#232;les &#233;conomiques, les th&#233;oriciens ont alors proc&#233;d&#233; &#224; l'un de leurs exercices favoris : donner un prix &#224; la nature... et &#224; ses d&#233;gradations. Et c'est ainsi que, &#224; partir des ann&#233;es 1990, une abondante litt&#233;rature sur le co&#251;t du changement climatique s'est d&#233;velopp&#233;e. Les th&#233;oriciens se sont alors rapidement trouv&#233;s confront&#233;s &#224; un probl&#232;me de taille : si la g&#233;n&#233;ration pr&#233;sente d&#233;cide de r&#233;duire son impact sur l'environnement, cela risque de nuire &#224; son bien-&#234;tre&#8230; D&#232;s lors, se pose cette question centrale : comment arbitrer entre le bien-&#234;tre des g&#233;n&#233;rations pr&#233;sentes et celui des g&#233;n&#233;rations futures ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et c'est l&#224; que les n&#233;oclassiques ont frapp&#233; fort, en incluant de facto dans leurs &#233;quations un taux d'actualisation qui donne la priorit&#233; aux g&#233;n&#233;rations pr&#233;sentes (2). Pourquoi ? Eh bien&#8230; on ne sait pas vraiment. Car la litt&#233;rature &#233;conomique est &#233;tonnamment discr&#232;te sur les raisons &#233;thiques qui ont men&#233; &#224; un tel choix. Tout au plus, on devine derri&#232;re les &#233;quations des n&#233;oclassiques un raisonnement qui doit ressembler plus ou moins &#224; cela : &#171; Apr&#232;s tout, puisque la croissance est suppos&#233;e infinie (re- &lt;i&gt;sic&lt;/i&gt; ), cela signifie que nos descendants seront plus riches que nous&#8230; et donc, ce sont eux qui doivent &#234;tre solidaires &#224; notre &#233;gard. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avouez que vous n'y aviez pas pens&#233;, n'est-ce pas ? Mais les &#233;conomistes n&#233;oclassiques, eux, y ont pens&#233;. Et gr&#226;ce &#224; cette nouvelle hypoth&#232;se cach&#233;e dans les taux d'actualisation, ils ont alors pu &#171; d&#233;montrer &#187; exactement ce qu'ils voulaient : &#224; savoir que le co&#251;t de la protection du climat &#233;tait sup&#233;rieur &#224; celui de sa d&#233;gradation. C'est d'ailleurs en s'appuyant sur cette litt&#233;rature iconoclaste que George W. Bush a l&#233;gitim&#233; le retrait des &#201;tats-Unis du protocole de Kyoto au d&#233;but des ann&#233;es 2000. Autant le dire : avec de telles hypoth&#232;ses, les membres des g&#233;n&#233;rations futures n'ont pas de soucis &#224; se faire ! D'ailleurs, il ne manquerait plus qu'ils viennent se plaindre, tiens&#8230; ces gosses de riches !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(1) Aur&#233;lien Boutaud, &#171; La croissance rend-elle fou ? &#187;, &lt;i&gt;L'An 02&lt;/i&gt; , n&#176;4, &#233;t&#233; 2013.&lt;br class='autobr' /&gt;
(2) Sur la question des taux d'actualisation, voir par exemple : Olivier Godard, &#171; Le Rapport Stern sur l'&#233;conomie du changement climatique &#233;tait-il une manipulation grossi&#232;re de la m&#233;thodologie &#233;conomique ? &#187;, in &lt;i&gt;Revue d'&#233;conomie politique&lt;/i&gt; , n&#176;4/2007 (Vol. 117) , p. 475-506.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>La biodiversit&#233;, un concept n&#233;o-lib&#233;ral ?</title>
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&lt;p&gt;Invit&#233;-e &lt;br class='autobr' /&gt; Julien Delord &lt;br class='autobr' /&gt;
Quand on r&#233;p&#232;te que l'&#233;cologie est mal partie, la tentation est grande pour se d&#233;sintoxiquer du greenwashing ambiant de retrouver le naturaliste sauvage qui sommeille en nous. Rien ne vaut alors de cultiver son jardin (bio) et de prot&#233;ger sa nature environnante, la vraie avec ses orchid&#233;es multicolores et ses pipistrelles virevoltantes, en soutenant financi&#232;rement ou moralement les valeureux protecteurs de cette biodiversit&#233; qu'on ch&#233;rit tant (associations (...)&lt;/p&gt;


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 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;span class='spip_document_8 spip_documents'&gt;&lt;a href='https://lan02.butternet.net/IMG/jpg/invite-color2.jpg' type=&#034;image/jpeg&#034; title=&#034;invit&#233;-color&#034;&gt;&lt;img src='https://lan02.butternet.net/local/cache-vignettes/L150xH111/invite-color2-7d5de-6db63.jpg?1698011313' width='150' height='111' alt='invit&#233;-color {JPEG}' /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/span&gt; &lt;strong&gt;Invit&#233;-e&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;strong&gt;Julien Delord&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand on r&#233;p&#232;te que l'&#233;cologie est mal partie, la tentation est grande pour se d&#233;sintoxiquer du greenwashing ambiant de retrouver le naturaliste sauvage qui sommeille en nous. Rien ne vaut alors de cultiver son jardin (bio) et de prot&#233;ger sa nature environnante, la vraie avec ses orchid&#233;es multicolores et ses pipistrelles virevoltantes, en soutenant financi&#232;rement ou moralement les valeureux protecteurs de cette biodiversit&#233; qu'on ch&#233;rit tant (associations environnementales, ONG, parcs, etc.).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais voil&#224;, si l&#224; encore on nous mentait ? Si, au lieu de d&#233;l&#233;guer notre pouvoir d'action &#224; des naturalistes de terrain passionn&#233;s, nous n'avions affaire qu'&#224; des gestionnaires qui v&#233;n&#233;raient plus les chiffres que la nature ? Les naturalistes, c'&#233;tait bon au temps o&#249; il existait encore une nature. Aujourd'hui, il n'existe plus que des services &#233;cosyst&#233;miques et de la biodiversit&#233;. Et le succ&#232;s de ce dernier concept aupr&#232;s des managers de l'environnement n'est pas fortuit. La &#171; biodiversit&#233; &#187;, ce n'est pas une notion plus scientifique pour parler de nature, comme beaucoup le croient. La biodiversit&#233; incarne d'abord un nouveau regard sur la nature, une perspective porteuse de quantification mais aussi d'ambigu&#239;t&#233;s. En effet, il n'existe aucune d&#233;finition stabilis&#233;e de la biodiversit&#233; : bien s&#251;r, il s'agit de la diversit&#233; du vivant, souvent consid&#233;r&#233;e &#224; ses niveaux g&#233;n&#233;tiques, sp&#233;cifiques et &#233;cosyst&#233;miques. Mais certain-e-s consid&#232;rent la diversit&#233; comme une collection, d'autres comme un potentiel de variabilit&#233;. Les un-e-s pensent en termes de structures, les autres en termes de fonctions. Et quelques-un-e-s justifient l'inclusion de l'homme dans cette biodiversit&#233;. Au final, il n'existe pas une mesure universelle de la biodiversit&#233;, mais une myriade d'indicateurs, souvent limit&#233;s et parfois m&#234;me contradictoires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Car n'oublions pas que la quantification ne d&#233;livre aucun titre de scientificit&#233; &#8211; pensons &#224; l'&#233;valuation chiffr&#233;e des &#171; performances &#187; manag&#233;riales ! On peut donc &#233;mettre de tr&#232;s s&#233;rieux doutes sur la scientificit&#233; du concept g&#233;n&#233;ral de biodiversit&#233;, d'autant que la math&#233;matisation de la notion de &#171; diversit&#233; &#187; est l'&#339;uvre de th&#233;oriciens du choix rationnel. Comment rendre compte de la diversit&#233; des choix qui s'offrent &#224; un agent &#233;conomique rationnel pour optimiser ses pr&#233;f&#233;rences ? Ou bien, dans notre cas, comment rendre compte de la diversit&#233; des entit&#233;s biologiques entre lesquelles doit choisir un gestionnaire pour optimiser la conservation de certaines variables &#233;cologiques ou &#233;volutives ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Derri&#232;re cette formulation cynique de la biodiversit&#233;, se cache effectivement une sorte de supermarch&#233; de l'indicateur &#233;cologique dans lequel chacun-e peut piocher selon ses int&#233;r&#234;ts et son domaine de pr&#233;dilection. D'un c&#244;t&#233;, on ne peut nier l'atout d&#233;mocratique de la biodiversit&#233; qui permet une discussion sur la protection de la nature par-del&#224; les fronti&#232;res disciplinaires et les id&#233;ologies. De l'autre, c'est la foire &#224; la r&#233;cup&#233;ration politique : il faut prot&#233;ger la &#171; diversit&#233; g&#233;n&#233;tique &#187; ? Les semenciers et leurs banques de g&#232;nes vont s'en charger ! Le pire est atteint lorsque sont d&#233;finis des principes d'&#233;quivalence entre les diff&#233;rentes dimensions de la biodiversit&#233;. On d&#233;truit des &#233;cosyst&#232;mes par-ci, mais on sauve des esp&#232;ces par-l&#224;, et comme par magie, la biodiversit&#233; globale s'en trouve inchang&#233;e. C'est la &#171; compensation &#233;cologique &#187;, belle forme d'indulgence moderne qui permet de b&#233;tonner l'&#226;me &#233;cologique en paix !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En fin de compte, la biodiversit&#233; n'est qu'un nouvel avatar de la &#171; gestionnite &#187; environnementale, qui, paradoxalement, renforce la domination de l'homme sur la nature au nom m&#234;me de sa sauvegarde ! A quand un concept pour respecter vraiment la sauvagerie du monde ? Non, d&#233;cid&#233;ment, il y a quelque chose de pourri au royaume des politiques environnementales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A lire : Elena Casetta et Julien Delord (&#233;d.), &lt;i&gt;Versatile biodiversit&#233;&lt;/i&gt; , &#201;ditions mat&#233;riologiques, Paris, 2014 (&#224; para&#238;tre)&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Peuples autochtones = gardiens de la for&#234;t ?</title>
		<link>https://lan02.butternet.net/Peuples-autochtones-gardiens-de-la-foret</link>
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&lt;p&gt;Invit&#233;&#183;e &lt;br class='autobr' /&gt; par &#201;ric Prat &lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Fermement attach&#233;s &#224; leurs traditions ancestrales, les membres de la tribu vivent en harmonie avec leur milieu naturel, gr&#226;ce &#224; une culture empreinte d'une grande sagesse. Ce sont les v&#233;ritables gardiens de la for&#234;t. &#187; Nous avons tou&#183;te&#183;s lu, ou entendu, des phrases de ce style dans nombre de publications et d'&#233;missions. Les exemples sont nombreux o&#249; l'on voit se dresser les habitant&#183;e&#183;s contre la d&#233;gradation de leur environnement, ainsi encore r&#233;cemment des protestations du (...)&lt;/p&gt;


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 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;span class='spip_document_8 spip_documents'&gt;&lt;a href='https://lan02.butternet.net/IMG/jpg/invite-color2.jpg' type=&#034;image/jpeg&#034; title=&#034;invit&#233;-color&#034;&gt;&lt;img src='https://lan02.butternet.net/local/cache-vignettes/L150xH111/invite-color2-7d5de-6db63.jpg?1698011313' width='150' height='111' alt='invit&#233;-color {JPEG}' /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/span&gt; &lt;strong&gt; &lt;strong&gt;Invit&#233;&#183;e&lt;/strong&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;strong&gt;par &#201;ric Prat&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Fermement attach&#233;s &#224; leurs traditions ancestrales, les membres de la tribu vivent en harmonie avec leur milieu naturel, gr&#226;ce &#224; une culture empreinte d'une grande sagesse. Ce sont les v&#233;ritables gardiens de la for&#234;t. &#187; Nous avons tou&#183;te&#183;s lu, ou entendu, des phrases de ce style dans nombre de publications et d'&#233;missions. Les exemples sont nombreux o&#249; l'on voit se dresser les habitant&#183;e&#183;s contre la d&#233;gradation de leur environnement, ainsi encore r&#233;cemment des protestations du peuple Kuy contre l'expansion des plantations d'h&#233;v&#233;a au Cambodge. Pour autant, est-il justifi&#233; de poser comme fondement de ces luttes un rapport particulier, homologique, entre des hommes et des femmes et leur milieu de vie ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est certain que les soci&#233;t&#233;s traditionnelles sont le plus souvent dans une situation d'&#233;quilibre vis-&#224;-vis de leur environnement, et ceci pour une raison &#233;vidente : ce sont celles qui &#171; ont r&#233;ussi &#187;. Jared Diamond, dans son essai &lt;i&gt;Effondrement&lt;/i&gt; , pr&#233;sente les exemples de soci&#233;t&#233;s pascuanes, mayas ou am&#233;rindiennes dont seules aujourd'hui les traces arch&#233;ologiques t&#233;moignent de l'incapacit&#233; &#224; modifier &#224; temps leurs modes de vie &#8211; &#224; n&#233;gocier ce qu'on appellerait aujourd'hui un virage &#233;cologique ! Les soci&#233;t&#233;s traditionnelles qui ont travers&#233; les si&#232;cles ont ainsi d&#233;velopp&#233; des syst&#232;mes bien ajust&#233;s &#224; leur environnement direct &#8211; syst&#232;mes d'ailleurs non immuables mais bel et bien dynamiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il serait toutefois incorrect de penser que la mise en place de ces syst&#232;mes traditionnels, certes durables, n'eut pas parfois de fortes cons&#233;quences environnementales. Les anc&#234;tres des Aborig&#232;nes &#233;radiqu&#232;rent la majeure partie de la macrofaune &#8211; wombats gros comme des ours et autres kangourous g&#233;ants &#8211; dans les si&#232;cles suivant leur arriv&#233;e sur le continent australien, il y a quarante &#224; cinquante mille ans. De m&#234;me, les magnifiques terroirs agricoles des Bamil&#233;k&#233;s du Cameroun, ou les syst&#232;mes de rizi&#232;res en terrasse d'Asie du Sud-Est sont des mod&#232;les d'inventivit&#233; et de durabilit&#233;, en m&#234;me temps que d'intensification agricole. Mais ces terroirs agricoles ont &#233;t&#233; &#233;tablis aux d&#233;pens de for&#234;ts tropicales, et parfois d'autres peuples qui y vivaient pr&#233;alablement de chasse et de cueillette.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'utilisation de son environnement par l'homme se traduit par sa modification. Se pose ainsi la question de l'&#233;tat initial de l'environnement &#224; l'aune duquel serait mesur&#233;e la qualit&#233; des pratiques humaines. Une question qui porte en elle le risque de figer l'environnement dans un pass&#233; parfois fantasm&#233;, comme le r&#234;v&#232;rent et le mirent en place les autorit&#233;s coloniales dans une grande partie de l'Afrique avec la cr&#233;ation de parcs nationaux excluant les communaut&#233;s humaines &#8211; parfois manu militari.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La certitude est qu'aujourd'hui, on assiste &#224; une &#233;rosion sans pr&#233;c&#233;dent de ces syst&#232;mes traditionnels. Certains sont menac&#233;s par la d&#233;mographie, qui porte les syst&#232;mes &#224; leurs limites physiques &#8211; comme les techniques d'abatis-br&#251;lis dans une partie de l'Afrique Centrale. D'autres ne savent faire face &#224; l'arriv&#233;e de nouvelles techniques ou outils qui d&#233;multiplient les capacit&#233;s de destruction : dynamite pour la p&#234;che, fusils de chasse, tron&#231;onneuses&#8230; D'autres encore sont menac&#233;s directement d'expropriation, pour faire place &#224; l'exploitation p&#233;troli&#232;re, mini&#232;re, foresti&#232;re&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les luttes qui sont le plus souvent mises en avant dans les m&#233;dias ont souvent trait &#224; ce dernier cas, o&#249; l'ennemi est clairement identifi&#233; et o&#249; les communaut&#233;s sont le plus souvent unies dans le combat. L'arriv&#233;e de nouvelles pratiques destructrices est plus difficile &#224; aborder, avec des effets moins directement visibles et des responsabilit&#233;s plus diffuses. Et responsabilit&#233;s qu'il serait na&#239;f de ne vouloir attribuer qu'aux individus ext&#233;rieurs aux communaut&#233;s locales... Les villages, o&#249; que ce soit &#224; la surface de la plan&#232;te, voient na&#238;tre des jalousies et des ambitions, des rivalit&#233;s et des cupidit&#233;s, qui s'accommodent bien ais&#233;ment des dommages environnementaux si ceux-ci servent &#224; leur cause. Y compris dans les soci&#233;t&#233;s traditionnelles, les cons&#233;quences tragiques pour les &#233;cosyst&#232;mes &#8211; et in fine l'ensemble de la communaut&#233; &#8211; peuvent avoir &#233;t&#233; identifi&#233;es sans que ne soient prises de mesures... Que l'on ne pense pas que les occidentaux sont les seuls ma&#238;tres dans l'art de scier la branche sur laquelle ils se trouvent !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans toutes les communaut&#233;s que j'ai pu rencontrer, bien souvent dans des contextes de crise environnementale, j'ai toujours crois&#233; le spectre des qualit&#233;s et des d&#233;fauts humains. Les r&#233;ussites de la protection de l'environnement sont le plus souvent le fait de personnes courageuses, parfois en porte-&#224;-faux avec certains membres de leur communaut&#233;. Et je vois finalement assez peu de diff&#233;rence entre les luttes contre les gaz de schiste en France ou en Am&#233;rique du Nord, celles contre les &lt;i&gt;land grabs&lt;/i&gt; sur les terres des Anuaks d'Ethiopie ou contre les mines de charbon en territoire Wayuu au Venezuela&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Donner le qualificatif de protecteur de l'environnement &#224; des peuples entiers me para&#238;t douteux, comme &#224; chaque fois que l'on cherche &#224; plaquer des qualit&#233;s &#8211; ou d'ailleurs des d&#233;fauts &#8211; sur les membres d'un groupe ethnique dans son ensemble. Me d&#233;range aussi cette image bien l&#233;ch&#233;e mais somme toute assez manich&#233;enne de peuples indig&#232;nes embrassant les causes environnementales face &#224; un Occident source de tous les maux. N'&#233;tait-ce d'ailleurs pas la th&#232;se qu'illustrait James Cameron, &#224; grand renfort d'images 3D, avec les h&#233;ros de son &lt;i&gt;Avatar&lt;/i&gt; ? Cette vision, qui semble s'&#234;tre ancr&#233;e dans l'inconscient collectif occidental, me para&#238;t issue du concept rousseauiste du &#171; bon sauvage &#187;, qui toujours marque une distance entre eux et nous, parfois bien commode pour exon&#233;rer l'Occident de sa responsabilit&#233; : apr&#232;s tout, s'il est naturel qu'ils prot&#232;gent la nature, ne serait-il pas moins naturel que nous la d&#233;truisions ?&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Tranche de vie avec un pigeon</title>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		



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&lt;p&gt;Invit&#233;&#183;e &lt;br class='autobr' /&gt; par L&#233;a S&#233;bastien &lt;br class='autobr' /&gt;
Dans la hi&#233;rarchisation des esp&#232;ces institu&#233;e par l'homme, des gros mammif&#232;res carnivores aux moustiques, le pigeon ne figure pas en bonne place ; il repr&#233;sente m&#234;me un &#171; nuisible &#187;. Et pourtant&#8230; &lt;br class='autobr' /&gt;
Attabl&#233;e &#224; un bistrot au bord du Tarn un dimanche apr&#232;s-midi, j'&#233;tais occup&#233;e &#224; boire une bi&#232;re, ce que je sais faire de mieux. Soudain un objet volant non identifi&#233; s'&#233;crase dans les buissons adjacents. J'y d&#233;couvre un oisillon aux yeux globuleux, le bec cass&#233; par la chute. Je le prends (...)&lt;/p&gt;


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 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;span class='spip_document_8 spip_documents'&gt;&lt;a href='https://lan02.butternet.net/IMG/jpg/invite-color2.jpg' type=&#034;image/jpeg&#034; title=&#034;invit&#233;-color&#034;&gt;&lt;img src='https://lan02.butternet.net/local/cache-vignettes/L150xH111/invite-color2-7d5de-6db63.jpg?1698011313' width='150' height='111' alt='invit&#233;-color {JPEG}' /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/span&gt; &lt;strong&gt;Invit&#233;&#183;e&lt;/strong&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;strong&gt;par L&#233;a S&#233;bastien&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la hi&#233;rarchisation des esp&#232;ces institu&#233;e par l'homme, des gros mammif&#232;res carnivores aux moustiques, le pigeon ne figure pas en bonne place ; il repr&#233;sente m&#234;me un &#171; nuisible &#187;. Et pourtant&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Attabl&#233;e &#224; un bistrot au bord du Tarn un dimanche apr&#232;s-midi, j'&#233;tais occup&#233;e &#224; boire une bi&#232;re, ce que je sais faire de mieux. Soudain un objet volant non identifi&#233; s'&#233;crase dans les buissons adjacents. J'y d&#233;couvre un oisillon aux yeux globuleux, le bec cass&#233; par la chute. Je le prends sous &#171; mon &#187; aile en attendant que les siennes poussent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Google, bible du XXIe si&#232;cle, m'informe que la boule terroris&#233;e sur mon canap&#233; n'est autre qu'un pigeon ramier, autrement dit une palombe, ce migrateur qui traverse montagnes et steppes chaque ann&#233;e, sauf si son envol est stopp&#233; net par de basses envies humaines de salmis. Que faire de ce sauvageon dans mon salon ? Surtout ni pain ni lait, m'informe un site d&#233;di&#233; aux ramiers, mais plut&#244;t de la bouillie de lentilles via une pipette ou un sac plastique trou&#233;&#8230; toutes les trois heures. Me lever la nuit pour nourrir ce volatile hirsute et malodorant ? Ce que je fis en lui enfournant de force des lentilles ti&#232;des &#233;cras&#233;es (20 % dans son bec ; 80 % ailleurs) puis en l'installant dans la chambre d'ami&#183;e&#183;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelle ne fut pas ma surprise de le d&#233;couvrir toujours vivant le lendemain matin. Moche et sale mais vivant. Un de ses &#171; fientodromes &#187; favoris &#233;tait le guide du routard sur Venise ; mais qu'avait-il contre Venise ? Il faut savoir que les fientes se nettoient plus facilement s&#232;ches. Il convient donc de les laisser telles quelles sur la t&#233;l&#233;, la nappe ou la lampe. Un petit travail &#224; faire sur soi. La pi&#232;ce &#233;tait d&#233;j&#224; constell&#233;e de fientes et de tas de lentilles s&#233;ch&#233;es. Je me mis aussi &#224; manger des lentilles, histoire de prendre nos repas ensemble.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au bout de dix jours, mon volatile, que j'avais d&#233;nomm&#233; B&#233;co, se mit &#224; ouvrir le bec quand j'approchais ma pipette de lentilles. Le grand bond en avant ; le premier pas sur la Lune ; la d&#233;couverte de la tarte Tatin. Bref, une r&#233;volution, tout du moins dans notre quotidien. Il perdit son duvet et commen&#231;a m&#234;me &#224; ressembler &#224; quelque chose avec sa collerette blanche, son plumage iris&#233; et de magnifiques yeux dor&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avions d&#233;sormais notre routine. Le matin, il me saluait en faisant la roue accompagn&#233;e de deux roucoulades (j'en d&#233;duisis qu'il s'agissait d'un m&#226;le mais la r&#233;alit&#233; est que si l'&#234;tre humain sait aller sur la Lune, il est incapable de sexer le pigeon). Puis p'tit-d&#233;j' en commun (caf&#233; et tartines pour moi ; eau et graines pour lui) avant la toilette qu'il aimait faire sur mon &#233;paule pendant que je lisais le journal. De petites plumes d&#233;gringolaient ainsi doucement sur le prochain forum climatique, les attaques en Palestine et les r&#233;sultats du rugby. Cela donnait quelque chose d'a&#233;rien et de magique aux nouvelles du monde. Ensuite c'&#233;tait la sieste sur le placard. L&#224; il baillait (si, si) et se transformait en une grosse boule grise immobile. L'apr&#232;s-midi &#233;tait consacr&#233; &#224; des essais d'envol avec cible d'atterrissage sur ma t&#234;te.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais sa remise en libert&#233; commen&#231;a &#224; me tracasser. Animal sauvage et migrateur, il devait continuer sa route &#224; l'ext&#233;rieur de mon salon. Un jour qu'il avait r&#233;ussi plusieurs allers-retours de ma t&#234;te au fauteuil, je d&#233;cidai, morte de trouille, de lui ouvrir la porte sur le jardin. Il se posa sur le transat, puis voleta jusqu'au c&#232;dre et disparut. Mon c&#339;ur se serra ; j'&#233;tais heureuse d'avoir pu lui autoriser un nouveau d&#233;part ; triste d'avoir perdu mon compagnon du moment (ne me trouvez pas path&#233;tique, j'ai aussi des relations avec des humain&#183;e&#183;s).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour me changer les id&#233;es, je me mis &#224; jardiner quand mon chignon fut assailli : B&#233;co &#233;tait revenu ! Il grattait la terre en cherchant &#224; picorer. J'&#233;tais ravie, subjugu&#233;e. Le monde &#233;tait dor&#233;navant &#224; lui mais lui pr&#233;f&#233;rait encore ma compagnie au monde. J'en profitais pour d&#233;poser quelques graines dans mes sillons (adieu m&#226;che et radis) pour lui apprendre &#224; chercher sa nourriture.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chaque matin, il allait se gaver de fruits de micocoulier, puis faire sa toilette sur le c&#232;dre, et la sieste sur l'abri de jardin. Quand il pleuvait ou ventait, B&#233;co refusait de sortir et optait alors pour une vie anthropis&#233;e. Chochotte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un jour, en rentrant de la boulangerie, je d&#233;couvris un tas de plumes macul&#233;es de sang sur la route. Je n'avais pas su lui enseigner tous les pi&#232;ges de la vie moderne (voiture, fusil, poison, etc.). En larmes, je l'imaginais d&#233;couvrant le bitume en me suivant des yeux et ne se m&#233;fiant pas du monstre de ferraille roulant vers lui. &#171; Encore un satan&#233; rat volant &#187; aura pens&#233; le conducteur sans d&#233;vier de sa trajectoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je l'ai cherch&#233; toute cette journ&#233;e maudite. Dans les parkings et les ruelles, sous les voitures et les poubelles. On dit que les oiseaux se cachent pour mourir ; je souhaitais d&#233;couvrir sa cachette pour lui dire adieu. En vain. C'est alors que B&#233;co r&#233;apparut tout ensanglant&#233;. B&#233;co ! Il avait une blessure au cou et &#224; la t&#234;te, sa queue avait disparu et une patte tra&#238;nait sur le c&#244;t&#233;. Le lendemain, nous patientions dans la salle d'attente de la clinique pour NAC (nouveaux animaux de compagnie) entre une lapine avec cystite et un python maigrichon. Anesth&#233;sie g&#233;n&#233;rale puis radios (si, si). B&#233;co ressortit avec une &#233;norme patte toute rose, couleur de son attelle. &#199;a lui donnait un petit c&#244;t&#233; chic.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il ne pouvait plus voler (un oiseau ne vole pas sans queue, son gouvernail). Petit &#224; petit ses plaies se referm&#232;rent, ses plumes repouss&#232;rent et il put poser au sol sa vilaine patte en adoptant une d&#233;marche de militaire en parade pour se d&#233;placer. Pendant plus d'un mois, je l'entra&#238;nai &#224; marcher et l'aidai &#224; faire sa toilette. Un &lt;i&gt;survivor&lt;/i&gt; , ce B&#233;co. C'&#233;tait l'automne et lorsque la journ&#233;e promettait d'&#234;tre belle, je lui ouvrais la fen&#234;tre afin qu'il renoue avec le dehors. &#201;videmment plus de micocoulier ni de c&#232;dre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vint le jour o&#249; je d&#233;cidai de lui enlever son attelle. Tout doucement, je d&#233;coupai le sparadrap rose, puis la ouate pour tomber sur un b&#226;tonnet de glace coup&#233; en quatre entourant sa patte endolorie. Lorsque sa patte maigrichonne et biscornue fut mise &#224; nue, il y eu un instant sans bruit ni mouvement. Puis l'oiseau la gratta (que &#231;a devait &#234;tre bon !), la secoua et tenta de la poser au sol. Patatras. Il tomba une fois, dix fois. L'attelle n'avait pas fonctionn&#233;. B&#233;co s'obstina ainsi toute la journ&#233;e et s'endormit &#233;puis&#233;. Le lendemain matin, alors que je sortais de la douche, je fus surprise de trouver B&#233;co. Un jet discret continuait &#224; sortir du pommeau quand l'oiseau s'installa dessous, secouant ses ailes et pataugeant dans l'eau savonneuse en tournant sur lui-m&#234;me. Un instant de gr&#226;ce.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un nouveau B&#233;co &#233;tait n&#233; : propre et sans attelle, il semblait fier et gonfl&#233; d'&#233;nergie. Magnifique, il voulut sortir cet apr&#232;s-midi-l&#224; et je l'y autorisai. Seulement cette fois il ne revint jamais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je l'appelai (il r&#233;pondait en g&#233;n&#233;ral &#224; mes appels ; si, si) et le cherchai partout re-dans les parkings et les ruelles, re-sous les voitures et les poubelles. Rien. Dans un dernier sursaut d'optimisme, je collai des affiches chez tous les commer&#231;ants du quartier : &#171; Pigeon boiteux perdu (photo) ; appelez au &#8230; &#187; (merci de ne pas ricaner ni lever les yeux au ciel). &#201;tonnamment, je re&#231;us un appel. Une dame me certifia qu'elle &#233;tait devant B&#233;co, qu'il picorait avec d'autres pigeons et qu'il avait l'air &#171; tranquille &#187; (dit &#224; la toulousaine). Je lui redonnai son signalement : sa collerette, sa vilaine patte, son bec tordu ; c'&#233;tait bien lui. Le temps que j'arrive sur place, le groupe de pigeons avait disparu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un ramier ne peut regagner sa libert&#233; qu'&#224; une condition : se faire adopter par un groupe. Sans attelle et sans odeur, il &#233;tait d&#233;barrass&#233; de toute trace anthropique. En aurait-il profit&#233; pour tenter un rapprochement avec ses semblables ? J'avais envie d'y croire. Les nuits glaciales qui ont suivi, j'ai beaucoup pens&#233; &#224; lui qui &#233;tait si frileux. J'essaye souvent de l'imaginer dans sa nouvelle vie. Les ramiers voyagent beaucoup mais reviennent nicher l&#224; o&#249; ils ont grandi. Je ne d&#233;sesp&#232;re pas de le revoir un jour. Ton c&#232;dre t'attend, mon B&#233;co.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;B&#233;co fut appel&#233; d'abord &lt;i&gt;phatta&lt;/i&gt; par les Grecs puis &lt;i&gt;columba palumbus&lt;/i&gt; par Linn&#233; en 1758. Les petites palombes sont nourries au d&#233;but de leur vie avec du lait de jabot. Apr&#232;s quinze jours d'&#171; allaitement &#187;, ce lait est remplac&#233; par des aliments v&#233;g&#233;taux pr&#233;-dig&#233;r&#233;s par les parents. Les palombes sont gr&#233;gaires et monogames. Les couples se forment g&#233;n&#233;ralement pour une saison de reproduction, mais dans les r&#233;gions o&#249; elles sont s&#233;dentaires, ces couples peuvent durer jusqu'&#224; la disparition d'un des deux partenaires. Comme l'&#233;crivait Buffon dans son Histoire naturelle : &#171; Comme il y a confiance et fid&#233;lit&#233; dans l'union entre le m&#226;le et la femme, cela suppose que le sentiment d'amour et le soin des petits durent toute l'ann&#233;e &#187;. La palombe roucoule et son chant, quoique tr&#232;s diversifi&#233;, peut s'apparenter selon les sp&#233;cialistes &#224; &#171; grouh-grou-gou-gou &#187;.&lt;/blockquote&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>L'&#233;cologie, ce n'est pas la loi de la jungle !</title>
		<link>https://lan02.butternet.net/L-ecologie-ce-n-est-pas-la-loi-de-la-jungle</link>
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		<dc:date>2014-09-01T00:00:00Z</dc:date>
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&lt;p&gt;Invit&#233;&#183;e &lt;br class='autobr' /&gt; par Aur&#233;lien Boutaud &lt;br class='autobr' /&gt;
Les dominants ont toujours trouv&#233; dans la nature mati&#232;re &#224; l&#233;gitimer leur pouvoir et leur id&#233;ologie. Les m&#233;taphores naturelles pars&#232;ment ainsi la litt&#233;rature &#233;conomique depuis ses origines. &#171; La nature, c'est la loi de la jungle &#187; r&#233;p&#232;tent en c&#339;ur ceux pour qui le capitalisme rel&#232;ve de l'ordre naturel des choses. On se souvient &#233;galement de la mani&#232;re dont la th&#233;orie de l'&#233;volution a &#233;t&#233; r&#233;cup&#233;r&#233;e d&#232;s le XIXe si&#232;cle par les classes dominantes afin de justifier les in&#233;galit&#233;s les (...)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://lan02.butternet.net/-Invite-" rel="directory"&gt;Invit&#233;&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;span class='spip_document_8 spip_documents'&gt;&lt;a href='https://lan02.butternet.net/IMG/jpg/invite-color2.jpg' type=&#034;image/jpeg&#034; title=&#034;invit&#233;-color&#034;&gt;&lt;img src='https://lan02.butternet.net/local/cache-vignettes/L150xH111/invite-color2-7d5de-6db63.jpg?1698011313' width='150' height='111' alt='invit&#233;-color {JPEG}' /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/span&gt; &lt;strong&gt; &lt;strong&gt;Invit&#233;&#183;e&lt;/strong&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;strong&gt;par Aur&#233;lien Boutaud&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les dominants ont toujours trouv&#233; dans la nature mati&#232;re &#224; l&#233;gitimer leur pouvoir et leur id&#233;ologie. Les m&#233;taphores naturelles pars&#232;ment ainsi la litt&#233;rature &#233;conomique depuis ses origines. &#171; La nature, c'est la loi de la jungle &#187; r&#233;p&#232;tent en c&#339;ur ceux pour qui le capitalisme rel&#232;ve de l'ordre naturel des choses. On se souvient &#233;galement de la mani&#232;re dont la th&#233;orie de l'&#233;volution a &#233;t&#233; r&#233;cup&#233;r&#233;e d&#232;s le XIXe si&#232;cle par les classes dominantes afin de justifier les in&#233;galit&#233;s les plus criantes de la soci&#233;t&#233; industrielle. Et cette r&#233;cup&#233;ration id&#233;ologique s'est poursuivie jusqu'&#224; aujourd'hui, notamment dans le domaine de la sociobiologie. Beaucoup d'encre a ainsi coul&#233; sur le cas des babouins, pr&#233;sent&#233;s par certain&#183;e&#183;s comme les communaut&#233;s animales les plus proches des n&#244;tres. Pourtant, si tant est qu'une telle comparaison entre communaut&#233;s animales et soci&#233;t&#233;s humaines ait un sens, le gibbon, plus proche de nous sur le plan &#233;volutif, aurait sans doute mieux convenu que le babouin. Mais &#171; qui voudrait ressembler aux gibbons, paisibles, v&#233;g&#233;tariens, partageant leur nourriture [...] ? &#187; se demande Elise Boulding. Non, vraiment, &#171; il vaut beaucoup mieux se comparer aux babouins, qui vivent en groupes importants et solidement unis, jalousement ferm&#233;s aux babouins &#233;trangers, o&#249; tout le monde sait qui commande, et chez qui la m&#232;re prend soin des petits tandis que le p&#232;re s'en va chasser ou p&#234;cher &#187; (1).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsqu'elle n'est pas trait&#233;e comme un ennemi ou un simple puits de ressources &#224; exploiter, la nature est donc consid&#233;r&#233;e par les dominants comme une pourvoyeuse de m&#233;taphores soigneusement choisies afin de l&#233;gitimer leur pouvoir. Pourtant, comme le fait remarquer Murray Bookchin, les m&#233;taphores de la pr&#233;dation et de la pyramide alimentaire reposent sur une compr&#233;hension tr&#232;s superficielle des dynamiques &#233;cologiques. Car, plut&#244;t qu'une organisation pyramidale et hi&#233;rarchique telle qu'on pouvait se la repr&#233;senter au XIXe si&#232;cle, l'&#233;cosyst&#232;me ressemble en fait davantage &#224; un r&#233;seau circulaire, &#171; un entrelacs de relations entre plantes et animaux [&#8230;] dont font partie des cr&#233;atures aussi fortement diff&#233;renci&#233;es que les micro-organismes et les grands mammif&#232;res &#187;. Dans un tel syst&#232;me, chaque &#233;l&#233;ment est ins&#233;r&#233; dans un tissu complexe de relations qui forment une cha&#238;ne sans fin, en constante &#233;volution. Un r&#233;seau dans lequel les rapports de coop&#233;ration sont aussi pr&#233;sents que ceux de pr&#233;dation, et o&#249; un microbe peut terrasser les plus gros mammif&#232;res. L'image d'une organisation pyramidale est bouscul&#233;e au point que Bookchin n'h&#233;site pas &#224; affirmer que, &#171; ce qui conf&#232;re &#224; la conception &#233;cologique son caract&#232;re extraordinairement lib&#233;rateur, en fin de compte, c'est sa remise en cause des notions classiques de hi&#233;rarchie &#187; (2).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce que constate en particulier Bookchin, c'est que la hi&#233;rarchie n'est pas un &#233;l&#233;ment cl&#233; de p&#233;rennit&#233; des syst&#232;mes vivants. La r&#233;silience (3) des &#233;cosyst&#232;mes tient davantage &#224; la diversit&#233; des &#233;l&#233;ments qui les composent et &#224; leurs interconnexions. Ce sont ces qualit&#233;s qui permettent aux syst&#232;mes vivants de s'adapter et d'&#233;voluer spontan&#233;ment. Or, l'organisation hi&#233;rarchique des soci&#233;t&#233;s contemporaines tend &#224; simplifier et uniformiser les m&#233;canismes du vivant, ce qui conduit &#224; leur fragilisation. Et Bookchin en conclut que les causes de l'&#233;cocide sont profond&#233;ment enracin&#233;es dans les formes de hi&#233;rarchie qui pr&#233;sident &#224; l'organisation des soci&#233;t&#233;s humaines contemporaines. La domination de l'homme sur la nature serait ainsi indissociablement li&#233;e &#224; la domination de l'homme sur l'homme &#8211; ce rapport de domination serait pour ainsi dire le moteur de l'&#233;cocide. Tant et si bien que l'on ne peut r&#233;soudre la crise &#233;cologique sans sortir d'une soci&#233;t&#233; hi&#233;rarchis&#233;e constitu&#233;e de dominants et de domin&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et voil&#224; comment, au petit jeu de la m&#233;taphore &#233;cologique, tel est finalement pris qui croyait prendre !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(1) Boulding E., 1976. &lt;i&gt;The Underside of History : A View of Women Through Time&lt;/i&gt; . Westview Press, Boulder (cit&#233; par Bookchin M., op. cit.).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(2) Bookchin M., 1989. &lt;i&gt;Qu'est-ce que l'&#233;cologie sociale ?&lt;/i&gt; , Atelier de cr&#233;ation libertaire, Lyon.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(3) Ou capacit&#233; &#224; r&#233;cup&#233;rer apr&#232;s une perturbation (NdE).&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>L'utopie d'un monde sans &#201;tats et sans capitalistes</title>
		<link>https://lan02.butternet.net/L-utopie-d-un-monde-sans-Etats-et-sans-capitalistes</link>
		<guid isPermaLink="true">https://lan02.butternet.net/L-utopie-d-un-monde-sans-Etats-et-sans-capitalistes</guid>
		<dc:date>2013-07-01T00:00:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Philippe Godard</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;par Philippe Godard &lt;br class='autobr' /&gt;
Fin des &#201;tats, fin du Capital ? Un programme irr&#233;aliste ? Voire pire : exactement le programme de nos pires ennemis ! Car la disparition de l'Union sovi&#233;tique, en les rendant orphelins de leur fr&#232;re jumeau mais ennemi, a permis aux capitalistes de faire d&#233;finitivement oublier cette appellation &#8211; contr&#244;l&#233;e par l'Office marxiste de direction de la pens&#233;e orthodoxe &#8211; pour la troquer contre celle, beaucoup plus confusionniste, de &#171; lib&#233;raux &#187;. Les lib&#233;raux ne sont pas &#8211; ils ne sont (...)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;span class='spip_document_8 spip_documents'&gt;&lt;a href='https://lan02.butternet.net/IMG/jpg/invite-color2.jpg' type=&#034;image/jpeg&#034; title=&#034;invit&#233;-color&#034;&gt;&lt;img src='https://lan02.butternet.net/local/cache-vignettes/L150xH111/invite-color2-7d5de-6db63.jpg?1698011313' width='150' height='111' alt='invit&#233;-color {JPEG}' /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/span&gt;par Philippe Godard&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Fin des &#201;tats, fin du Capital ? Un programme irr&#233;aliste ? Voire pire : exactement le programme de nos pires ennemis ! Car la disparition de l'Union sovi&#233;tique, en les rendant orphelins de leur fr&#232;re jumeau mais ennemi, a permis aux capitalistes de faire d&#233;finitivement oublier cette appellation &#8211; contr&#244;l&#233;e par l'Office marxiste de direction de la pens&#233;e orthodoxe &#8211; pour la troquer contre celle, beaucoup plus confusionniste, de &#171; lib&#233;raux &#187;. Les lib&#233;raux ne sont pas &#8211; ils ne sont plus&#8230; &#8211; capitalistes, et en plus, ils sont contre l'&#201;tat !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais c'est d'une v&#233;ritable utopie dont nous parlons ici. Attention cependant &#224; ne pas oublier que les mots sont pi&#233;g&#233;s, et tout particuli&#232;rement : utopie, &#201;tat et capitalisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Utopique, un monde sans &#201;tats ni exploitation, qui travaille &#224; l'&#233;mancipation des &#234;tres humains ? Sans aucun doute, car nous avons perdu l'avantage. Dans les ann&#233;es 1970 et dans les pays d&#233;velopp&#233;s, port&#233;s par un vent de contestation et d'invention, d'imagination (presque) au pouvoir, cette utopie a pu sembler presque &#224; port&#233;e de main &#8211; non violente ou arm&#233;e d'un AK-47, la discussion &#233;tait ouverte. Aujourd'hui, nous ne discutons plus des moyens : nous n'y croyons plus, pour l'immense majorit&#233; d'entre nous. M&#234;me pas la peine de nous poser la question du comment puisque l'utopie a fait pschhhittt et s'est solubilis&#233;e dans le capitalisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Consensus a pris la t&#234;te au terme d'une lutte d'un demi-si&#232;cle &#8211; le temps qu'il lui aura fallu pour faire croire &#224; certains que la d&#233;mocratie parlementaire et le capitalisme sont le meilleur ou le moins pire des syst&#232;mes auxquels nous pouvons pr&#233;tendre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais le Consensus n'a pas r&#233;duit la Marge &#224; n&#233;ant. Loin de l&#224;. Or, dans les marges du syst&#232;me s'&#233;laborent des contre-politiques, des politiques du Contre, de la Marge qui se pense comme telle. Et qui vise, qui est en tension vers, qui se donne pour horizon la disparition de l'&#201;tat, de tous les &#201;tats, et du capitalisme, de tous les capitalistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'utopie en a vu d'autres, de ces p&#233;riodes dramatiques durant lesquelles, r&#233;duite &#224; n&#233;ant en apparence, elle ne pouvait plus reposer que sur la vieille taupe ou qui creusait toujours. Si l'utopie d'un monde sans &#201;tat vit toujours, c'est parce que le c&#339;ur de la Marge bat encore, et parce que les capitalistes eux-m&#234;mes, aux prises avec leurs contradictions, se disent que les &#201;tats sont peut-&#234;tre en trop. Certes, ils partent d'un point de vue oppos&#233; aux n&#244;tres et aboutissent, en toute logique, &#224; une conclusion oppos&#233;e &#224; la n&#244;tre : la perp&#233;tuation de la hi&#233;rarchie et de l'exploitation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui compte davantage aujourd'hui qu'hier : nous convaincre que dans les interstices du syst&#232;me, et m&#234;me l&#224; o&#249; l'on n'aper&#231;oit que la force brute du Capital, il est n&#233;anmoins possible de nous glisser pour maintenir le syst&#232;me &#224; distance, pour op&#233;rer sur un mode politique, et dire et redire et reredire, mais surtout agir : le Capital nuit, nuisons au Capital. Nous n'avons rien &#224; perdre ! Ne sauvons surtout pas ce syst&#232;me qui nous broie, et d&#232;s maintenant, l'utopie d'un monde sans &#201;tats et sans oppression peut vivre. &#192; la Marge, une Marge offensive, qui fissure le Consensus.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>La croissance rend-elle fou ?</title>
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		<dc:creator>Aur&#233;lien Boutaud</dc:creator>



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&lt;p&gt;par Aur&#233;lien Boutaud &lt;br class='autobr' /&gt;
C'est au d&#233;but des ann&#233;es 1980 que l'&#233;conomiste am&#233;ricain Kenneth Boulding a prononc&#233; cette phrase rest&#233;e c&#233;l&#232;bre : &#171; Celui qui croit qu'une croissance exponentielle peut continuer ind&#233;finiment dans un monde fini est soit un fou, soit un &#233;conomiste. &#187; Le pr&#233;sident de l'Association des &#233;conomistes am&#233;ricains &#233;tait mieux plac&#233; que quiconque pour mesurer le caract&#232;re insens&#233; de ce qu'on appelle aujourd'hui la &#171; croissance verte &#187;. Car c'est en effet au tournant des ann&#233;es 1980 que cette id&#233;e (...)&lt;/p&gt;


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 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;span class='spip_document_8 spip_documents'&gt;&lt;a href='https://lan02.butternet.net/IMG/jpg/invite-color2.jpg' type=&#034;image/jpeg&#034; title=&#034;invit&#233;-color&#034;&gt;&lt;img src='https://lan02.butternet.net/local/cache-vignettes/L150xH111/invite-color2-7d5de-6db63.jpg?1698011313' width='150' height='111' alt='invit&#233;-color {JPEG}' /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/span&gt;par Aur&#233;lien Boutaud&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est au d&#233;but des ann&#233;es 1980 que l'&#233;conomiste am&#233;ricain Kenneth Boulding a prononc&#233; cette phrase rest&#233;e c&#233;l&#232;bre : &#171; Celui qui croit qu'une croissance exponentielle peut continuer ind&#233;finiment dans un monde fini est soit un fou, soit un &#233;conomiste. &#187; Le pr&#233;sident de l'Association des &#233;conomistes am&#233;ricains &#233;tait mieux plac&#233; que quiconque pour mesurer le caract&#232;re insens&#233; de ce qu'on appelle aujourd'hui la &#171; croissance verte &#187;. Car c'est en effet au tournant des ann&#233;es 1980 que cette id&#233;e va v&#233;ritablement prendre forme. Confront&#233;e &#224; la question des limites de la plan&#232;te, une poign&#233;e d'&#233;conomistes propose alors une solution th&#233;orique imparable : l'hypoth&#232;se dite de substituabilit&#233;. Pour faire simple, l'hypoth&#232;se sugg&#232;re que la d&#233;gradation du capital naturel peut &#234;tre ind&#233;finiment compens&#233;e par la production de capital artificiel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, la somme totale de capital restant constante, la croissance peut se poursuivre ad vitam aeternam. Apr&#232;s tout, il suffisait d'y penser ! Ravis de leur &#233;poustouflante trouvaille th&#233;orique, ces m&#234;mes &#233;conomistes se sont alors mis au travail, produisant dans le courant des ann&#233;es 1990 et 2000 pl&#233;thore d'articles acad&#233;miques bourr&#233;s de formules math&#233;matiques d&#233;montrant qu'une croissance infinie &#233;tait possible&#8230; tout du moins, sur le papier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Restait &#224; transformer l'hypoth&#232;se acad&#233;mique en un v&#233;ritable projet politique. Et c'est bien entendu l&#224; que les choses se compliquent. Car pour devenir r&#233;alit&#233;, la substituabilit&#233; suppose une artificialisation et une mise sous pression extr&#234;mes de la nature. Produire plus d'alimentation gr&#226;ce aux OGM. Produire plus d'&#233;lectricit&#233; gr&#226;ce au nucl&#233;aire. Produire plus de carburant gr&#226;ce aux &#233;nergies fossiles non conventionnelles. Produire plus d'&#233;nergie renouvelable issue de la biomasse gr&#226;ce &#224; la biologie de synth&#232;se (1). Et qui sait, demain : pourquoi ne pas refroidir le climat en dispersant dans l'atmosph&#232;re des particules de SO2 qui limiteront le rayonnement solaire ? Pourquoi ne pas mettre la diversit&#233; biologique sous cloche dans d'immenses parcs cl&#244;tur&#233;s, ou mieux encore&#8230; dans des banques de semences ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On comprend mieux pourquoi Kenneth Boulding parlait de folie. Car derri&#232;re les th&#233;ories et les formules math&#233;matiques des &#233;conomistes, appara&#238;t peu &#224; peu le visage gla&#231;ant de la croissance infinie. Et s'il n'est plus question d'en rire aujourd'hui, c'est justement parce que ces projets d&#233;lirants n'en sont plus au stade th&#233;orique : &#224; des degr&#233;s d'avancement divers, ils font d&#233;j&#224; partie de la r&#233;alit&#233; des ann&#233;es 2010. Aux USA, au Canada ou encore en Australie, la production de gaz de schiste ou de p&#233;trole bitumineux est en plein essor. La manipulation du vivant est quant &#224; elle en train de franchir un cap vertigineux avec le d&#233;veloppement de la biologie de synth&#232;se : ainsi, John Craig Venter et ExxonMobil nous promettent pour bient&#244;t la production industrielle de biomasse de synth&#232;se destin&#233;e &#224; la fourniture de carburant. Quant aux techniques de manipulation du climat, elles sont entr&#233;es dans l'agenda politique depuis que le GIEC a admis qu'elles devaient faire partie des options &#224; envisager pour contrer le r&#233;chauffement climatique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#201;videmment, ces projets d&#233;lirants ne laissent gu&#232;re de place &#224; la contestation populaire. Pour perp&#233;tuer une &#233;conomie de croissance, il faudra bien que le peuple se plie aux exigences de l'innovation technoscientifique. On ne manquera d'ailleurs pas de proc&#233;der au chantage &#224; l'emploi et &#224; la comp&#233;titivit&#233; pour forcer le passage &#8211; comme le font d&#233;j&#224; Michel Rocard, Louis Gallois, Jacques Attali ou encore Claude All&#232;gre pour l&#233;gitimer l'exploitation des gaz de schiste. Car inventer un mod&#232;le &#233;conomique plus sobre, plus solidaire et moins d&#233;pendant de la croissance, il va sans dire qu'aux yeux des productivistes, cela rel&#232;ve tout simplement&#8230; de la folie !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Folie de la croissance contre folie de l'accroissance&#8230; reste &#224; choisir son camp.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(1) Lire &#224; ce sujet l'article de Th&#233;o Tierwater et C&#233;line Pessis dans ce num&#233;ro (NdR).&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>La reconversion &#233;cologique et l'emploi</title>
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		<dc:date>2013-07-01T00:00:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Dominique M&#233;da</dc:creator>



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&lt;p&gt;par Dominique M&#233;da &lt;br class='autobr' /&gt;
Au d&#233;but de la crise &#233;conomique et financi&#232;re, en 2008, s'est ouverte une courte p&#233;riode pendant laquelle s'est constitu&#233; un d&#233;but de cause commune en faveur de la reconversion &#233;cologique, entre l'&#201;tat, le mouvement syndical et les organisations &#233;cologistes, et pendant laquelle s'est affirm&#233;e l'id&#233;e qu'une relance verte &#233;tait possible, la r&#233;solution de la question &#233;cologique et de la question sociale devant &#234;tre men&#233;es de concert. Au niveau europ&#233;en, la Spring Alliance soutenait ce point de (...)&lt;/p&gt;


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 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;span class='spip_document_8 spip_documents'&gt;&lt;a href='https://lan02.butternet.net/IMG/jpg/invite-color2.jpg' type=&#034;image/jpeg&#034; title=&#034;invit&#233;-color&#034;&gt;&lt;img src='https://lan02.butternet.net/local/cache-vignettes/L150xH111/invite-color2-7d5de-6db63.jpg?1698011313' width='150' height='111' alt='invit&#233;-color {JPEG}' /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/span&gt;par Dominique M&#233;da&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au d&#233;but de la crise &#233;conomique et financi&#232;re, en 2008, s'est ouverte une courte p&#233;riode pendant laquelle s'est constitu&#233; un d&#233;but de cause commune en faveur de la reconversion &#233;cologique, entre l'&#201;tat, le mouvement syndical et les organisations &#233;cologistes, et pendant laquelle s'est affirm&#233;e l'id&#233;e qu'une relance verte &#233;tait possible, la r&#233;solution de la question &#233;cologique et de la question sociale devant &#234;tre men&#233;es de concert. Au niveau europ&#233;en, la Spring Alliance soutenait ce point de vue. Les organisations syndicales europ&#233;ennes et internationales, la CES et la CSI pensaient possible de mettre la transition &#233;cologique au service de l'emploi : t&#233;moin l'important rapport intitul&#233; &#171; Pour un travail d&#233;cent dans un monde durable, &#224; faibles &#233;missions de carbone &#187;, publi&#233; en 2008 sous la responsabilit&#233; conjointe du BIT, du PNUE, de la CSI et de l'OIE (1). Les organisations y soutenaient que les efforts d&#233;ploy&#233;s pour lutter contre le changement climatique &#233;taient susceptibles de permettre la cr&#233;ation de millions d'emplois, entre autres dans le secteur des &#233;nergies renouvelables, le BTP, les transports, les industries lourdes, l'agriculture et la foresterie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;H&#233;las, ce temps est r&#233;volu. La crise des dettes souveraines et le d&#233;ferlement des politiques d'aust&#233;rit&#233; ont fait &#233;clater la cause commune : la r&#233;solution de la question &#233;cologique appara&#238;t d&#233;sormais contradictoire avec celle de la question sociale. Cette derni&#232;re rend n&#233;cessaires des programmes permettant de lutter contre l'extension du ch&#244;mage et de la pr&#233;carit&#233; et le financement de l'&#201;tat-Providence : les politiques supplient pour que la croissance revienne &#8211; sans rien faire de concret, d'ailleurs, pour cela. La hausse des prix des combustibles fossiles, la fermeture des centrales nucl&#233;aires, les investissements dans les &#233;nergies renouvelables, le changement radical du rythme et du contenu de la croissance qu'exigent d&#232;s aujourd'hui la pr&#233;vention du changement climatique et l'engagement dans la transition &#233;cologique semblent devoir &#234;tre retard&#233;s : ils apparaissent &#224; beaucoup, et notamment aux m&#233;nages les plus modestes, comme allant contre la cause de l'emploi, d&#233;sormais absolument prioritaire. Comme l'indiquaient Pochet et Degryse dans &lt;i&gt;Les Chemins de la transition. Pour sortir de ce vieux monde&lt;/i&gt; (2), il semble difficile aujourd'hui de financer &#224; la fois le remboursement des dettes, les d&#233;penses de l'&#201;tat social et l'investissement dans les &#233;nergies renouvelables et la reconversion &#233;cologique de nos &#233;conomies. Les syndicats, m&#234;me s'ils continuent de soutenir la n&#233;cessit&#233; d'une &#171; transition juste &#187; peinent &#224; accorder aux deux enjeux la m&#234;me attention.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est pourtant la seule voie pour sortir par le haut de la crise dans laquelle nous nous trouvons. La reconversion &#233;cologique se pr&#233;pare aujourd'hui. Ni les politiques d'aust&#233;rit&#233; actuelles, ni une relance classique, ne la favoriseront. Un investissement massif dans des activit&#233;s &#233;conomes en pr&#233;l&#232;vements sur les ressources naturelles, faiblement &#233;mettrices de gaz &#224; effet de serre et intensives en main d'&#339;uvre, comme l'agriculture biologique, l'isolation thermique des b&#226;timents, le verdissement des process industriels est seul susceptible de remettre nos soci&#233;t&#233;s sur la bonne voie tout en d&#233;veloppant l'emploi. Plusieurs livres r&#233;cents d&#233;voilent des morceaux de solution (3) : un m&#233;lange de r&#233;duction du temps de travail qui permettrait de mettre un terme au plus vite au scandale que constitue l'augmentation incessante du ch&#244;mage, de ralentissement des gains de productivit&#233; dans certains secteurs, de relocalisation de certaines activit&#233;s et de croissance d'activit&#233;s intensives en main d'&#339;uvre, permettant de mieux satisfaire les principaux besoins sociaux et de redonner du sens au travail&#8230; Il ne nous reste plus qu'&#224; les mettre en &#339;uvre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;strong&gt;Dominique M&#233;da est titulaire de la chaire &#171; Reconversion &#233;cologique, travail, emploi, politiques sociales &#187; au Coll&#232;ge d'&#233;tudes mondiales.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(1) Les &#233;nergies renouvelables plus riches en emplois que les &#233;nergies fossiles : un investissement de 630 milliards de dollars d'ici &#224; 2030 pourrait entra&#238;ner la cr&#233;ation de 20 millions d'emplois. Rapport &#171; Pour un travail d&#233;cent dans un monde durable, &#224; faibles &#233;missions de carbone &#187;, BIT, PNUE, CSI et OIE, 2008.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(2) Thomas Coutrot, David Flacher, Dominique M&#233;da (dir.), &#233;ditions Utopia, 2010.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(1) &lt;i&gt;Adieu &#224; la croissance&lt;/i&gt; , Jean Gadrey, Les Petits matins, r&#233;ed. 2012 ; Juliet Schor, &lt;i&gt;La V&#233;ritable Richesse. Une &#233;conomie du temps retrouv&#233;&lt;/i&gt; , &#233;ditions Charles L&#233;opold Mayer, 2012 ; Robert Costanza et al., &lt;i&gt;Vivement 2050. Programme pour une &#233;conomie soutenable et d&#233;sirable&lt;/i&gt; , Les Petits matins, 2012.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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