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	<title>L'An 02</title>
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	<description>L'An 02 est un outil &#233;colo de diffusion et de partage, un passeur d'id&#233;es hors des cercles confidentiels.
De 2011 &#224; 2015, L'An 02 a &#233;t&#233; une revue papier, en couleurs, multipliant les formes, notamment graphiques : photo-reportage, peinture, installation, typographie, bande dessin&#233;e. Cette dimension-l&#224; ne se retrouve que dans la revue papier, toujours en vente en librairie ou par correspondance. Retrouvez sur ce nouveau site tous les textes, un dossier au traitement mosa&#239;que enrob&#233; de chroniques grin&#231;antes, de lectures in-con-tour-na-bles et de reportages militants.
D&#233;sormais, L'An 02 propose &#224; chaque changement de saison une livraison de chroniques de livres r&#233;cents qui nous aident &#224; penser l'&#233;cologie politique, la d&#233;croissance et la technocritique.</description>
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		<title>L'An 02</title>
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		<title>Autogestion, pi&#232;ge &#224; cons ?</title>
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		<dc:creator>Cl&#233;ment Homs</dc:creator>



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&lt;p&gt;par Cl&#233;ment Homs &lt;br class='autobr' /&gt;
Qu'il s'agisse de Lip dans les ann&#233;es 1970, des usines &#171; r&#233;cup&#233;r&#233;es &#187; dans l'Argentine en crise des ann&#233;es 2000, ou encore de la multitude d'entreprises alternatives qui se cr&#233;ent en Europe sous le nom d'&#233;conomie sociale et solidaire, les exp&#233;riences d'autogestion semblent ne jamais parvenir &#224; d&#233;passer le capitalisme. Pire encore, elles ne font souvent que reconduire de mani&#232;re perverse ses logiques habituelles : recherche du profit, travail &#233;puisant, et parfois m&#234;me exploitation pure et (...)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://lan02.butternet.net/-no7-Altercapitalisme-" rel="directory"&gt;n&#176;7 &#034;Altercapitalisme&#034;&lt;/a&gt;


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 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;span class='spip_document_40 spip_documents'&gt;
&lt;img src='https://lan02.butternet.net/local/cache-vignettes/L500xH390/altercapitalisme-8921d.png?1701242634' width='500' height='390' alt=&#034;altercapitalisme&#034; title=&#034;altercapitalisme&#034; /&gt;&lt;/span&gt;par Cl&#233;ment Homs&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qu'il s'agisse de Lip dans les ann&#233;es 1970, des usines &#171; r&#233;cup&#233;r&#233;es &#187; dans l'Argentine en crise des ann&#233;es 2000, ou encore de la multitude d'entreprises alternatives qui se cr&#233;ent en Europe sous le nom d'&#233;conomie sociale et solidaire, les exp&#233;riences d'autogestion semblent ne jamais parvenir &#224; d&#233;passer le capitalisme. Pire encore, elles ne font souvent que reconduire de mani&#232;re perverse ses logiques habituelles : recherche du profit, travail &#233;puisant, et parfois m&#234;me exploitation pure et simple. Comment cela est-il possible ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deux discours peuvent &#234;tre tenus sur l'&#233;chec de la perspective autogestionnaire. Soit c'est la faute des circonstances historiques, soit alors ce sont plut&#244;t les id&#233;es autogestionnaires elles-m&#234;mes qui ont p&#233;ch&#233; par leur incapacit&#233; &#224; saisir v&#233;ritablement ce qui est au fondement de la soci&#233;t&#233; capitaliste. C'est ce deuxi&#232;me point de vue qui sera &#8211; trop bri&#232;vement &#8211; d&#233;velopp&#233; ici (1). L'&#233;chec de l'exp&#233;rience autogestionnaire au XXe si&#232;cle et en ce d&#233;but du XXIe (notamment en Argentine dans le mouvement &lt;i&gt;piqueteros&lt;/i&gt; ), renvoie &#224; un &#233;chec plus profond, celui de la strat&#233;gie des organisations ouvri&#232;res depuis le XIXe fond&#233;e sur le principe que le Travail fait face au Capital. Ce qui nous am&#232;ne &#224; souligner l'incapacit&#233; th&#233;orique commune au marxisme traditionnel et &#224; nombreux courants anarchistes &#224; saisir ce qu'est vraiment le noyau des formes sociales cat&#233;gorielles du capitalisme et de sa forme de dynamique. Car la pens&#233;e autogestionnaire n'a toujours discut&#233; que de la gestion collective des moyens de production et de la distribution des salaires (&#171; On travaille et on se paie &#187;), c'est-&#224;-dire en mettant l'accent seulement sur la redistribution des sempiternelles cat&#233;gories sociales capitalistes (travail, valeur, argent et marchandise). L'objet restreint de cette pens&#233;e consiste &#224; promouvoir la place de la d&#233;mocratie au sein d'entreprises qui finalement restaient des acteurs &#233;conomiques qui se devaient de produire encore des marchandises cristallisant de la valeur. La pratique autogestionnaire est ainsi rest&#233;e prisonni&#232;re d'une naturalisation des quatre chevaliers de l'apocalypse capitaliste &#8211; le travail, la valeur, l'argent et la marchandise &#8211; et ne pouvait alors n&#233;cessairement que repr&#233;senter une pr&#233;tendue &#171; alternative &#187; emmur&#233;e dans une vie toujours corset&#233;e par le processus de valorisation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le travail n'est pourtant pas cette activit&#233; de l'Homme &#224; travers laquelle il vise &#224; se reproduire, comme on le croit trop souvent, mais celle, sp&#233;cifique, qu'il consacre &#224; produire des marchandises. A ce titre, c'est une activit&#233; sp&#233;cifiquement capitaliste qui a &#233;merg&#233; durant les trois derniers si&#232;cles. Tout travail a un double caract&#232;re, c'est-&#224;-dire deux faces qui n'existent qu'ensemble et jamais s&#233;par&#233;ment. Une face concr&#232;te, o&#249; le travail est d'un c&#244;t&#233; une activit&#233; qui transforme une mati&#232;re en une &#171; utilit&#233; &#187; &#8211; et cette seule dimension sera l'objet du contr&#244;le ouvrier dans une entreprise autog&#233;r&#233;e. Une face abstraite qui correspond au r&#244;le du travail dans la soci&#233;t&#233; capitaliste, au sens o&#249; structurellement il sert de lien social aux individus, les individus se rapportant les uns aux autres &#224; travers une d&#233;pense de travail qui leur permet d'obtenir une somme d'argent, etc. Cette face abstraite du travail &#8211; ind&#233;pendamment de ce qui pourra &#234;tre d&#233;cid&#233; &#224; l'int&#233;rieur d'une entreprise autog&#233;r&#233;e &#8211; m&#233;diatise une nouvelle forme d'interd&#233;pendance sociale, une nouvelle forme de synth&#232;se sociale sp&#233;cifiquement capitaliste. On parle ici de &#171; travail abstrait &#187;, parce que c'est &#224; partir de ce caract&#232;re socialement m&#233;diatisant que le travail est l'abstraction m&#234;me de sa face concr&#232;te (2). Or cette fonction socialement m&#233;diatisante qu'a tout travail fait que l'individu qui l'exerce (3) est et n'est pas &#224; la fois le lieu de son propre agir. Car le travail qu'il effectue le renvoie, par le biais du r&#244;le socialement m&#233;diatisant de l'ensemble des travaux, &#224; la totalit&#233; sociale ainsi constitu&#233;e, bien au-del&#224; de ce que peuvent d&#233;cider sur le lieu de travail les patrons, la gestion, la volont&#233; d'auto-d&#233;termination ou les id&#233;aux artisanaux de &#171; ma&#238;trise &#187; de son activit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le travail, qui socialise les individus en les rapportant les uns aux autres, constitue &#233;galement, par sa face abstraite, une forme de richesse sociale intrins&#232;que &#224; cette seule forme de vie capitaliste, une richesse non pas sensible mais abstraite, non empiriquement constatable ou mesurable, la valeur, qui se repr&#233;sente ph&#233;nom&#233;nalement en une pure quantit&#233; d'argent. Les marchandises, en tant que r&#233;sultat de ce travail, ne sont pas socialement trait&#233;es comme de simples biens et n'ont aucunement pour finalit&#233; de satisfaire des besoins. Elles sont plut&#244;t une sorte de mal n&#233;cessaire (de support) pour cette richesse abstraite capitaliste qui pour exister doit passer &#224; travers ces enveloppes mat&#233;rielles qui la cristalliseront de mani&#232;re transitoire. Cette enveloppe mat&#233;rielle et sensible, certes, aura pour r&#233;alit&#233; premi&#232;re d'&#234;tre le r&#233;ceptacle &#224; de simples &#171; gel&#233;es de travail abstrait &#187; (Marx), autrement dit un amas de valeur et de survaleur, qui se sera enfoui en elle provisoirement pour mieux en surgir sous une autre forme, la forme-argent. La face concr&#232;te du travail (scier des planches &#224; Ambiance Bois sur le plateau des Mille Vaches ou fabriquer un &lt;i&gt;jean&lt;/i&gt; &#224; Lifeng Textile dans la banlieue de Canton) n'existera toujours que comme support de la face abstraite du travail. Le passage au contr&#244;le ouvrier du processus de production n'emp&#234;che aucunement la nouvelle face d&#233;sormais &#171; autog&#233;r&#233;e &#187; du travail concret de n'&#234;tre toujours que ce simple support de la logique tautologique du travail abstrait. C'est toujours le travail abstrait (une des deux faces du travail) qui se m&#233;tamorphose en diff&#233;rentes formes au cours du cycle du capital, passant du travail vivant &#224; sa cristallisation dans la marchandise sous la forme-valeur, en passant ensuite sous la forme-argent quand cette marchandise sera vendue sur le march&#233;, pour revenir ensuite sous la forme capital-argent en bout de cha&#238;ne et pour &#234;tre alors r&#233;investie dans un nouveau cycle de rotation du capital, en &#233;largissant la base de travail vivant employ&#233;. Le capital n'est pas le contraire du travail, mais sa forme accumul&#233;e ; le travail vivant et le travail mort ne sont pas deux entit&#233;s antagonistes, mais deux &#171; &#233;tats d'agr&#233;gation &#187; diff&#233;rents de la m&#234;me substance de travail. Tant que le travail constituera le lien social au travers duquel nous nous rapportons les uns aux autres, que la gestion soit patronale, artisanale ou autog&#233;r&#233;e, tout individu travaillant ne sera toujours qu'un agr&#233;gat de ce travail abstrait dont il faudra tirer le maximum (ce que Marx appellera l'exploitation du surtravail). Ce qui constitue la substance du capital n'est pas que l'usine ne soit pas sous contr&#244;le ouvrier comme le croit le marxisme traditionnel, mais que le travail dans sa double nature (abstraite et concr&#232;te) continue &#224; exister socialement. Dans ce processus m&#233;tamorphique &#8211; o&#249; l'accumulation de la survaleur est &#224; la fois le r&#233;sultat et le pr&#233;suppos&#233; &#8211;, les individus et les classes ne sont que les fonctionnaires (les supports) de cette logique f&#233;tichiste. Les capitalistes exercent le pouvoir non comme &#171; des seigneurs politiques ou th&#233;ocratiques &#187;, mais parce qu'&#171; ils personnifient les moyens de travail vis-&#224;-vis du travail &#187; (4), ils sont les &#171; fonctionnaires du capital &#187;, une &#171; &#233;lite de fonction &#187; (5) du syst&#232;me f&#233;tichiste de la marchandise qui ne le domine en aucun cas mais constitue en revanche sa classe profitante. Ce n'est jamais la d&#233;pense particuli&#232;re de travail qui se cristallisera sous la forme valeur dans une marchandise. Par son caract&#232;re socialement m&#233;diatisant, c'est le standard de productivit&#233; socialement moyen qui d&#233;terminera &#8211; de l'ext&#233;rieur de la particularit&#233;-travail et de toute possibilit&#233; d'autogestion des t&#226;ches au sein d'une coop&#233;rative particuli&#232;re &#8211; la grandeur de valeur cristallis&#233;e dans la &#171; marchandise produite en autogestion &#187;. Dans une entreprise autog&#233;r&#233;e, les injonctions ext&#233;rieures constitu&#233;es par la double nature du travail, le standard social de productivit&#233; et donc la totalit&#233; sociale constitu&#233;e par la m&#233;diation que constitue le travail r&#233;troagiront sur les ouvrier&#183;e&#183;s qui devront d&#233;cider d&#233;mocratiquement &#8211; s'ils et elles veulent survivre sur le march&#233; en tant qu'entit&#233; &#233;conomique &#8211; de s'auto-exploiter, s'auto-remplacer par des machines ou s'auto-licencier (6), dans la joie autogestionnaire de la main lev&#233;e. Sous leur &#171; contr&#244;le &#187;, les ouvrier&#183;e&#183;s ne seront &#224; eux-m&#234;mes que leurs propres &#171; fonctionnaires du capital &#187;. L'auto-exploitation sans patron n'est jamais mieux que l'exploitation ordinaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sans ici &#233;voquer les exp&#233;riences dramatiques en Argentine ces derni&#232;res ann&#233;es, tout au cours du XXe si&#232;cle on a vu se reconstituer les m&#234;mes contraintes au c&#339;ur des exp&#233;riences autogestionnaires, comme dans les usines autog&#233;r&#233;es dans l'Espagne r&#233;volutionnaire de 1936-1937 o&#249; la forme-argent sous la forme des &#171; bons de travail &#187; s'est reconstitu&#233;e parce que le travail en tant que tel n'a pas &#233;t&#233; d&#233;pass&#233; (7). Mais m&#234;me &#224; des &#233;chelles plus petites, la m&#233;moire des ouvrier&#183;e&#183;s de Lip dans les entretiens qu'ils et elles ont donn&#233;s montre tr&#232;s clairement l'amertume et la fin du mythe autogestionnaire (8). C'est une nouvelle qualit&#233; qu'il nous faut maintenant donner &#224; la r&#233;volution en op&#233;rant une &#171; rupture cat&#233;gorielle et ontologique &#187; (9) : non plus lib&#233;rer le travail du capital, mais se lib&#233;rer du travail en tant que tel, c'est-&#224;-dire mettre fin &#224; toute forme d'&#233;conomie possible (10).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(1) Je remercie Myrtille Gonzalbo pour sa relecture du texte et ses suggestions. De mani&#232;re plus approfondie, je me permets de renvoyer &#224; mon article &#171; Au-del&#224; de la Centrale de Fran&#231;ois Partant. Une critique du sc&#233;nario de l'archipellisation dans un cadre autogestionnaire &#187;, in &lt;i&gt;Sortir de l'&#233;conomie&lt;/i&gt; , n&#176;4, 2012.&lt;br class='autobr' /&gt;
(2) Moishe Postone, &lt;i&gt;Temps, travail et domination sociale. Une r&#233;interpr&#233;tation de la th&#233;orie critique de Marx&lt;/i&gt; , Mille et une nuits, 2009.&lt;br class='autobr' /&gt;
(3) Peu importe ici que la face concr&#232;te de ce travail soit g&#233;r&#233;e patronalement ou soit autog&#233;r&#233;e et m&#234;me s'il est un luddite du XIXe si&#232;cle ou un petit &#233;leveur du XXIe si&#232;cle oppos&#233; au pu&#231;age.&lt;br class='autobr' /&gt;
(4) Marx, &lt;i&gt;Le Capital&lt;/i&gt; , Livre III.&lt;br class='autobr' /&gt;
(5) Pour reprendre une expression de Robert Kurz.&lt;br class='autobr' /&gt;
(6) Ceci est bien exprim&#233; dans le livre de Michel Lulek quand Ambiance Bois a d&#251; licencier. Michel Lulek, &lt;i&gt;Scions&#8230; travaillait autrement ? Ambiance Bois, l'aventure d'un collectif autog&#233;r&#233;&lt;/i&gt; , &#233;ditions Repas, 2003.&lt;br class='autobr' /&gt;
(7) Lire Michael Seidman, &lt;i&gt;Ouvriers contre le travail. Paris et Barcelone pendant les Fronts populaires&lt;/i&gt; , Senonevero, 2009 ; Myrtille Gonzalbo, &#171; L'anticapitalisme des anarchistes et des anarcho-syndicalistes espagnols des ann&#233;es trente &#187;, in Sortir de l'&#233;conomie, n&#176;4, 2012.&lt;br class='autobr' /&gt;
(8) Jo&#235;lle Beurier, &#171; La m&#233;moire Lip ou la fin du mythe autogestionnaire &#187;, in Frank Georgi (dir.), &lt;i&gt;L'Autogestion. La Derni&#232;re Utopie&lt;/i&gt; , Presses de la Sorbonne, 2003, pp. 451-465.&lt;br class='autobr' /&gt;
(9) Pour citer &#224; nouveau Robert Kurz.&lt;br class='autobr' /&gt;
(10) Cf. Quelques ennemis du meilleur des mondes, &lt;i&gt;Sortir de l'&#233;conomie&lt;/i&gt; , Le Pas de C&#244;t&#233;, Vierzon, 2013 ; Anselm Jappe, &#171; R&#233;volution contre le travail ? La critique de la valeur et le d&#233;passement du capitalisme &#187;, in &lt;i&gt;Cit&#233;s&lt;/i&gt; , n&#176;59, septembre 2014 ; ainsi que Krisis, Manifeste contre le travail, UGE, 10/18, 2002.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>Revenu garanti : vers le travail invisible</title>
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		<dc:creator>Ir&#232;ne Pereira</dc:creator>



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&lt;p&gt;par Ir&#232;ne Pereira &lt;br class='autobr' /&gt;
Le revenu garanti donne lieu &#224; de grands enthousiasmes et &#224; une abondante litt&#233;rature qui en propose des formes diverses : allocation de citoyennet&#233;, revenu universel, revenu de base&#8230; Mais cette bonne id&#233;e est sous-tendue par certains pr&#233;suppos&#233;s peut-&#234;tre discutables. &lt;br class='autobr' /&gt; La critique du travail productif &lt;br class='autobr' /&gt;
Les th&#233;ories du revenu garanti s'appuient sur une remise en question de la centralit&#233; du travail au profit de la notion d'activit&#233;. En effet, il s'agit de d&#233;connecter le travail du (...)&lt;/p&gt;


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 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;span class='spip_document_40 spip_documents'&gt;
&lt;img src='https://lan02.butternet.net/local/cache-vignettes/L500xH390/altercapitalisme-8921d.png?1701242634' width='500' height='390' alt=&#034;altercapitalisme&#034; title=&#034;altercapitalisme&#034; /&gt;&lt;/span&gt;par Ir&#232;ne Pereira&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le revenu garanti donne lieu &#224; de grands enthousiasmes et &#224; une abondante litt&#233;rature qui en propose des formes diverses : allocation de citoyennet&#233;, revenu universel, revenu de base&#8230; Mais cette bonne id&#233;e est sous-tendue par certains pr&#233;suppos&#233;s peut-&#234;tre discutables.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;strong&gt;La critique du travail productif&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les th&#233;ories du revenu garanti s'appuient sur une remise en question de la centralit&#233; du travail au profit de la notion d'activit&#233;. En effet, il s'agit de d&#233;connecter le travail du revenu. En cela, les diff&#233;rentes conceptions du revenu garanti entendent remettre en question la th&#233;orie de la valeur travail commune au lib&#233;ralisme &#233;conomique classique et &#224; la th&#233;orie marxiste. Pour les &#233;conomistes de ces deux courants, la richesse cr&#233;&#233;e provient du travail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En outre, le lib&#233;ralisme &#233;conomique classique, ainsi que les auteurs socialistes tels que Marx ou Proudhon, accordent une centralit&#233; au travail productif. Dans le cas de l'&#233;conomie lib&#233;rale, c'est l'industrie qui est la source de la richesse des nations. Dans le cas du marxisme, le travail productif est celui de l'ouvrier. Cette centralit&#233; accord&#233;e &#224; l'industrie et au travail productif entre en contradiction avec les conceptions &#233;cologistes qui remettent en question l'industrialisation et le productivisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les th&#233;ories du revenu garanti entendent substituer &#224; la centralit&#233; du travail productif la notion d'activit&#233;. La richesse sociale cr&#233;&#233;e ne serait pas seulement li&#233;e au travail productif. Ce qui explique que l'on puisse d&#233;connecter le travail et le revenu. Le revenu pourrait &#234;tre dans ce cas aliment&#233; par exemple par un pr&#233;l&#232;vement sur le capital financier qui g&#233;n&#233;rerait de l'argent ind&#233;pendamment de l'&#233;conomie productive.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais la notion d'activit&#233; implique &#233;galement la revalorisation d'autres dimensions de l'existence humaine, autres que le travail productif : telle que la cr&#233;ation artistique ou encore l'engagement associatif ou politique par exemple...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;N&#233;anmoins la promesse d'une nouvelle soci&#233;t&#233; moins centr&#233;e sur le travail productif et prenant plus en compte l'activit&#233; ne comporte-t-elle pas des impens&#233;s discutables susceptibles de favoriser l'exploitation ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;strong&gt;Revenu garanti et travail reproductif&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour discuter de la place du travail et de l'activit&#233;, il peut-&#234;tre int&#233;ressant de s'appuyer sur les recherches f&#233;ministes. Les th&#233;oriciennes f&#233;ministes ont &#233;labor&#233; une notion particuli&#232;rement int&#233;ressante de travail avec la notion de travail reproductif. Les th&#233;oriciens socialistes du XIXe si&#232;cle comme Marx ou Proudhon, se sont centr&#233;s sur le travail productif. Le travail reproductif, qui permet la reproduction de la force de travail, n'est pas analys&#233; en tant que travail exploit&#233;. Pire encore, il se trouve naturalis&#233;. L'hominid&#233; devient pleinement humain par le travail productif par lequel il transforme la nature, et en transformant la nature, il se transforme lui-m&#234;me. Cela signifie &#224; l'inverse que le travail reproductif est simplement le travail destin&#233; &#224; la conservation et &#224; la reproduction de la vie biologique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En r&#233;alit&#233;, le travail reproductif se trouve par-del&#224; nature et culture. Il est en continuit&#233; avec la nature : l'alimentation, la reproduction... Mais ce travail reproductif chez l'&#234;tre humain n'est jamais pure nature, il est toujours &#233;galement, en m&#234;me temps, une activit&#233; culturelle. Il n'y a rien de naturel &#224; ce que ce soient les femmes qui s'occupent des t&#226;ches li&#233;es &#224; l'alimentation par exemple.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, en outre, la notion de travail reproductif conduit non pas &#224; mettre en avant la transformation de la nature dans la production, mais la conservation de ce qui est. Cette dimension est &#233;galement pr&#233;sente dans un autre concept des th&#233;ories f&#233;ministes, &#171; le travail du care &#187;. To care signifie &#171; prendre soin &#187;. Le travail du care s'inscrit dans un rapport &#224; la nature et &#224; autrui qui ne vise pas la production ou l'exploitation, mais qui a pour fonction de pr&#233;server. Il s'agit d'une &#233;thique de la sollicitude. En cela, le travail reproductif n'est pas incompatible avec une &#233;cologie, mais au contraire il s'accorde pleinement avec un rapport respectueux &#224; la nature.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Outre le fait d'avoir appuy&#233; leur th&#233;orie non pas sur le travail productif mais reproductif, les f&#233;ministes mat&#233;rialistes ont montr&#233; que le travail ne pouvait pas &#234;tre r&#233;duit &#224; l'emploi. Il existe un travail des femmes qui est gratuit et non r&#233;mun&#233;r&#233; mais qui pourtant est susceptible d'un &#233;quivalent mon&#233;taire. En effet, certains payent des femmes de m&#233;nage ou des baby-sitters pour effectuer le travail que font gratuitement encore majoritairement les femmes au sein du foyer. Le temps consacr&#233; dans les couples &#224; effectuer les t&#226;ches m&#233;nag&#232;res ou &#224; s'occuper des enfants &#8211; en particulier leur faire faire les devoirs &#8211; reste encore largement &#224; la charge des femmes. Il existe donc un travail et pas seulement une activit&#233; en dehors de l'emploi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or la limite de la notion de revenu garanti, c'est qu'en se centrant sur l'activit&#233; et en consid&#233;rant la notion de travail comme une cat&#233;gorie historiquement relative, li&#233;e par exemple au capitalisme, elle peut conduire &#224; invisibiliser des formes d'exploitation du travail qui se d&#233;roulent en dehors de l'emploi et de la sph&#232;re productive.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La notion de revenu garanti ne nous pr&#233;serve en rien de l'exploitation dans la sph&#232;re domestique. L'existence de la double journ&#233;e chez les femmes ne peut pas &#234;tre r&#233;duite &#224; la simple explication qu'elles sont d&#233;pendantes financi&#232;rement de leur mari et qu'un revenu garanti ferait dispara&#238;tre cette d&#233;pendance. De fait, pour des raisons qui ne tiennent pas uniquement &#224; la r&#233;partition des revenus dans le couple, la r&#233;partition des t&#226;ches m&#233;nag&#232;res entre les sexes n'est pas la m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;strong&gt;Valorisation de l'activit&#233; et d&#233;valorisation des classes laborieuses&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La valorisation de l'activit&#233; &#8211; action politique ou m&#233;ditation intellectuelle &#8211; est pr&#233;sente dans la pens&#233;e aristocratique grecque sous la forme de la notion de loisir. Le loisir s'oppose au labeur contraint de l'esclave. Mais le loisir de l'aristocratie grecque trouve sa condition de possibilit&#233; dans l'exploitation du travail des esclaves qui assurent la mat&#233;rialit&#233; de l'existence : le travail permettant de maintenir la vie biologique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mouvement ouvrier a eu &#224; c&#339;ur de d&#233;construire l'image d'une bourgeoisie industrieuse. Au contraire, il n'a eu de cesse d'affirmer que ce n'&#233;tait pas &#224; son travail qu'elle devait sa richesse, mais &#224; l'exploitation du travail des classes laborieuses. La bourgeoisie industrielle serait ainsi un parasite social au m&#234;me titre que l'aristocratie ou que le clerg&#233; sous l'Ancien R&#233;gime.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui, certain&#183;e&#183;s tenant&#183;e&#183;s du revenu garanti justifient sa mise en place par l'existence d'une classe cr&#233;ative constitu&#233;e d'artistes ou d'intellectuel&#183;le&#183;s pr&#233;caires pour qui les cat&#233;gories de travail manuel productif ne s'appliquent pas et pour qui il n'est pas possible de limiter l'activit&#233; &#224; la dur&#233;e l&#233;gale du travail r&#233;mun&#233;r&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;N&#233;anmoins ce mod&#232;le, centr&#233; sur les classes cr&#233;atives, conduit &#224; invisibiliser et &#224; d&#233;valoriser, comme un archa&#239;sme historique, les travaux visant &#224; assurer la mat&#233;rialit&#233; de l'existence. Or, justement, toute la r&#233;flexion autour d'une &#233;conomie de la transition, contre la mondialisation &#233;conomique lib&#233;rale, vise &#224; rappeler l'importance des savoir-faire mat&#233;riels, comme ceux d'ordre agricoles, qui permettent aux soci&#233;t&#233;s d'assurer leur autonomie alimentaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;strong&gt;Individualisme lib&#233;ral et contr&#244;le d&#233;mocratique&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certaines formes de revenu garanti reposent sur l'inconditionnalit&#233; du revenu qui ne doit &#234;tre soumis &#224; aucune condition d'activit&#233;. Mais on peut se demander si une telle conception n'est pas conduite &#224; r&#233;it&#233;rer les pr&#233;suppos&#233;s de l'individualisme et de l'h&#233;donisme lib&#233;ral. L'individu doit avoir le droit &#224; un revenu pour pouvoir faire ce qu'il lui pla&#238;t sans consid&#233;ration de son appartenance &#224; une soci&#233;t&#233; et &#224; un milieu naturel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est tout d'abord possible de se demander si on ne doit pas consid&#233;rer le revenu comme le produit non d'un individu, mais d'une activit&#233; collective. A l'inverse de l'activit&#233; individuelle centr&#233;e sur un plaisir narcissique, le travail est un fait social qui implique, du fait de la division du travail, des relations entre les individus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De fait, l'existence d'un tout social suppose un contr&#244;le d&#233;mocratique sur la richesse produite au sein de la soci&#233;t&#233; et la mani&#232;re dont elle est utilis&#233;e. Quelles activit&#233;s doivent &#234;tre favoris&#233;es par la richesse collective ? En effet, on peut se demander s'il s'agit de subventionner des individus pour qu'ils se livrent par exemple &#224; des activit&#233;s polluantes ou &#224; la production d'objets de consommation inutiles ou autres...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En d&#233;finitive, les th&#233;ories du revenu garanti peuvent aboutir &#224; des positions discutables. En r&#233;duisant la notion de travail au travail productif salari&#233;, elles peuvent &#234;tre conduites &#224; invisibiliser des formes de travail exploit&#233;es existant en dehors du syst&#232;me productif. En outre, la centralit&#233; accord&#233;e &#224; la notion d'activit&#233; peut reconduire la d&#233;valorisation sociale du travail manuel laborieux qui vise &#224; assurer les besoins de base des citoyen&#183;ne&#183;s.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>L'agriculture bio, nouvelle fronti&#232;re du capitalisme ?</title>
		<link>https://lan02.butternet.net/L-039-agriculture-bio-nouvelle-frontiere-du-capitalisme</link>
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&lt;p&gt;Entretien avec Xavier Noulhianne &lt;br class='autobr' /&gt;
L'ench&#226;ssement r&#233;ussi des produits et des pratiques de l'agriculture biologique dans le march&#233; capitaliste est-il un d&#233;voiement ou la suite logique de d&#233;cisions prises au moment de l'&#233;laboration des chartes qui la r&#233;gissent ? Rencontre avec Xavier Noulhianne, &#233;leveur en Lot-et-Garonne. Propos recueillis par Aude Vidal. Dessins de Guillaume Trouillard. &lt;br class='autobr' /&gt; Tu es &#233;leveur en bio dans le Lot-et-Garonne. Est-ce que &#231;a revient &#224; dire que tu travailles contre l'agriculture (...)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://lan02.butternet.net/-no7-Altercapitalisme-" rel="directory"&gt;n&#176;7 &#034;Altercapitalisme&#034;&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;span class='spip_document_40 spip_documents'&gt;
&lt;img src='https://lan02.butternet.net/local/cache-vignettes/L500xH390/altercapitalisme-8921d.png?1701242634' width='500' height='390' alt=&#034;altercapitalisme&#034; title=&#034;altercapitalisme&#034; /&gt;&lt;/span&gt;Entretien avec Xavier Noulhianne&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'ench&#226;ssement r&#233;ussi des produits et des pratiques de l'agriculture biologique dans le march&#233; capitaliste est-il un d&#233;voiement ou la suite logique de d&#233;cisions prises au moment de l'&#233;laboration des chartes qui la r&#233;gissent ? Rencontre avec Xavier Noulhianne, &#233;leveur en Lot-et-Garonne. Propos recueillis par Aude Vidal. Dessins de Guillaume Trouillard.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;strong&gt;Tu es &#233;leveur en bio dans le Lot-et-Garonne. Est-ce que &#231;a revient &#224; dire que tu travailles contre l'agriculture industrielle ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La plupart des gens se disent que l'agriculture biologique, c'est un paravent contre l'industrialisation. Ben non, avec les contraintes &#233;conomiques, la bio aussi s'est sp&#233;cialis&#233;e, fait des choix pour &#234;tre rentable. En bio, quand tu fais de la poule, tu n'es pas oblig&#233; de les faire na&#238;tre, tu ach&#232;tes les poussins au m&#234;me endroit que les conventionnels, chez des naisseurs. M&#234;me des mecs qui bossent bien, ils ne font pas autrement parce qu'&#233;conomiquement &#231;a ne marche pas. C'est une production &#224; part, deux fermes en une s'il veut mener d'un c&#244;t&#233; ses poules et de l'autre faire na&#238;tre des poussins. Pour s'installer autrement, il faut d&#233;marrer dix activit&#233;s &#224; la fois, dix ateliers, dix investissements, c'est un vrai probl&#232;me d'organisation sociale. Il n'y a pas de solution miracle pour faire en sorte que quelque chose soit possible dans ce monde-l&#224;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je dois &#234;tre en phase avec l'&#233;conomie dans laquelle je suis, pas essayer d'y &#233;chapper. J'ai calcul&#233; le nombre d'animaux dont j'avais besoin pour rembourser mes traites et pouvoir vivre. Pas de potager, c'est pas une ferme mais une activit&#233; sp&#233;cialis&#233;e. C'est un des premiers signes d'industrialisation. Je connais les animaux, le foin, le fromage, mais tu me mets face &#224; un verger je sais pas quoi faire. &#199;a pose un probl&#232;me, quand tu es cens&#233; &#234;tre paysan.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a un texte de Jean Giono, &#171; Lettre aux paysans sur la pauvret&#233; et la paix &#187;, en 1938, o&#249; il explique super bien &#231;a, et pas du tout dans des termes politiques. Il dit &#224; ses voisins : &#171; Vous &#234;tes en train de vous sp&#233;cialiser, de devenir producteurs de bl&#233;, de ne plus &#234;tre des paysans &#187;. Il n'y a plus de paysans en France, on est dans une production sp&#233;cialis&#233;e. A part peut-&#234;tre dans ce coin de Lot-et-Garonne, entre Laroque-Timbaud et Sainte Livrade, o&#249; il reste des gens (pas en bio), des conventionnels et des vieux qui font encore tabac, pruneaux, c&#233;r&#233;ales, mara&#238;chage. Ils ont une &#233;conomie qui ressemble encore &#224; un panel, comme s'ils produisaient pour eux et produisaient aussi pour les autres. Tu pr&#233;sentes &#224; la Chambre d'agriculture un projet d'installation avec tout ce que fait mon voisin, tu te fais jeter ! Tu peux pas. C'est une agriculture h&#233;rit&#233;e qu'on ne peut pas mettre en place maintenant. Cette agriculture de polyculture a eu une utilit&#233; sociale, et aujourd'hui elle n'en a plus. Si on arrive &#224; &#233;chapper &#224; la sp&#233;cialisation, c'est qu'on aura vraiment r&#233;gl&#233; la situation, socialement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;strong&gt;Comment est-ce que tu t'arranges avec l'&#233;conomie capitaliste ? Tu commercialises comment et &#224; quel prix ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les prix en bio, c'est de l'abus. Pas parce que c'est trop cher, mais parce qu'on refuse de calculer ce que &#231;a co&#251;te vraiment. Je faisais des march&#233;s de producteurs dans les Bouches-du-Rh&#244;ne o&#249; il y avait &#231;a. Pour int&#233;grer ce march&#233; il fallait pouvoir produire son compte de r&#233;sultat, expliquer les co&#251;ts de production et le prix du fromage. Mais aujourd'hui il n'y a pas un producteur bio qui fasse ce calcul, on se contente de mettre 30 % de plus que les prix du march&#233;. Dans la charte de 1972 de l'IFOAM, inspir&#233;e par Nature et Progr&#232;s, avant la certification officielle, il y a des consid&#233;rations sociales, salariales, et sur le calcul du prix. Et l&#224; il n'y en a plus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Moi je calcule mon co&#251;t de production, j'ai besoin de 2,80 euros le litre et je me retrouve sur les march&#233;s de Bordeaux moins cher que les conventionnels. Parce que j'ai calcul&#233; ! Et mon prix reste stable toute la saison. C'est peut-&#234;tre encore trop cher pour des gens, 2,80 euros, mais c'est le prix. A travers mon exploitation, c'est le syst&#232;me &#233;conomique qui parle et je ne vais pas me battre seul pour le changer, sinon je coule.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour que le commerce soit &#233;quitable, il faut que les paysans puissent dire de quoi ils ont besoin pour vivre, et le prix auquel il faut payer. En acceptant que le bio soit automatiquement plus cher, il n'y a plus de lutte, on n'a rien &#224; montrer aux gens, on n'a pas &#224; leur prouver qu'on est moins cher. Moi ma luzerne elle n'est pas gratuite mais presque, 6 euros la tonne. Si demain j'ach&#232;te un tracteur &#224; 130 CV, que j'ai de l'aliment cher (du ma&#239;s irrigu&#233; &#224; 150 euros la tonne au lieu du sainfoin qui pousse bien), que j'ai des pertes parce que je travaille mal, &#231;a va se voir sur mon co&#251;t de production, comment je travaille et comment je vis. En bio on produit la nourriture sur place alors on est moins cher et on vit aussi bien. Le lien au sol (1) baisse mais c'est surtout les modalit&#233;s de calcul qui sont all&#233;g&#233;es. Tu avais droit &#224; un certain pourcentage non-produit chez toi par jour, c'&#233;tait compliqu&#233;, maintenant c'est un calcul global. Pendant deux mois tu peux filer quelque chose qui vient d'ailleurs et d&#233;saisonner.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;strong&gt;Est-ce que ton mod&#232;le est universalisable ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est un dialogue entre moi et mon environnement pour savoir comment, dans cette &#233;conomie o&#249; on est, sans illusion, se faire plaisir. On est parti &#224; l'herbe parce que quand je suis arriv&#233; ici j'ai trouv&#233; dix vari&#233;t&#233;s de l&#233;gumineuses diff&#233;rentes, sainfoin, vraie luzerne. Les prot&#233;ines poussent toutes seules, c'est une ration pas ch&#232;re. J'en d&#233;couvre encore, je suis &#224; douze ou treize vari&#233;t&#233;s. Le sainfoin est mentionn&#233; dans la premi&#232;re encyclop&#233;die agricole, ils ne comprenaient pas mais ils savaient qu'il avait des vertus pour les animaux. La luzerne les fait gonfler et mourir, le sainfoin non, son tanin casse l'&#233;mulsion, tu peux alterner les deux. C'est un principe de base de la bio, de faire &#224; partir de l'environnement local...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On ne fait pas la m&#234;me chose dans des r&#233;gions aussi diff&#233;rentes, l'Alsace et le Lot-et-Garonne. Le cahier des charges europ&#233;en ou national &#231;a n'a pas &#233;t&#233; fait pour nous, c'est une blague, il n'a de sens que s'il est r&#233;gional. Il y a plein de mod&#232;les diff&#233;rents qui donnent &#224; apprendre. A force de se battre contre des politiques globales, le mouvement anti-mondialisation nous a appris &#224; ne plus raisonner en local : on ne regarde plus ce qu'on a sous le nez.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(1) La proportion d'aliment du b&#233;tail &#224; produire sur place d'apr&#232;s le cahier des charges bio (NdE).&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Ma mairie est-elle devenue gauchiste ?</title>
		<link>https://lan02.butternet.net/Ma-mairie-est-elle-devenue-gauchiste</link>
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&lt;p&gt;Quand les &#233;lites vantent l'autonomie &lt;br class='autobr' /&gt; par Lou Falabrac &lt;br class='autobr' /&gt;
Quand l'institution utilise le langage des gauchistes, et les gauchistes celui de l'institution, il y a comme un probl&#232;me. R&#233;cit d'une exp&#233;rience &#233;trange, entre deux univers que tout semblait pourtant opposer. &lt;br class='autobr' /&gt;
Il y a dans la vie des co&#239;ncidences bizarres, auxquelles il est tentant d'attribuer un sens. Depuis quelque temps maintenant, je suis cadre de la fonction publique, nomm&#233; &#224; la ville de Paris &#8211; administr&#233;e par le Parti socialiste depuis (...)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://lan02.butternet.net/-no7-Altercapitalisme-" rel="directory"&gt;n&#176;7 &#034;Altercapitalisme&#034;&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;span class='spip_document_40 spip_documents'&gt;
&lt;img src='https://lan02.butternet.net/local/cache-vignettes/L500xH390/altercapitalisme-8921d.png?1701242634' width='500' height='390' alt=&#034;altercapitalisme&#034; title=&#034;altercapitalisme&#034; /&gt;&lt;/span&gt;Quand les &#233;lites vantent l'autonomie&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;strong&gt; par Lou Falabrac&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand l'institution utilise le langage des gauchistes, et les gauchistes celui de l'institution, il y a comme un probl&#232;me. R&#233;cit d'une exp&#233;rience &#233;trange, entre deux univers que tout semblait pourtant opposer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a dans la vie des co&#239;ncidences bizarres, auxquelles il est tentant d'attribuer un sens. Depuis quelque temps maintenant, je suis cadre de la fonction publique, nomm&#233; &#224; la ville de Paris &#8211; administr&#233;e par le Parti socialiste depuis 2001. Ce statut implique entre autres de participer &#224; l'&#171; Universit&#233; des cadres &#187;, qui se tient une fois par mois et qui est ouverte &#224; tous les cadres de l'administration parisienne, &#171; quels que soient leur direction, leur profil, ou le type de poste occup&#233; &#187;. Ces s&#233;ances de trois heures voient des intervenant&#183;e&#183;s, issu&#183;e&#183;s la plupart du temps de l'universit&#233;, exposer des consid&#233;rations sociologiques, urbanistiques, politiques ou techniques, li&#233;es &#224; la gestion de la capitale d'une part, aux probl&#233;matiques de &#171; management &#187; d'autre part, tout cela devant un public assez nourri. D'apr&#232;s la direction des ressources humaines, le but est de &#171; faciliter l'appropriation des enjeux globaux de la Ville &#187;. Autrement dit, il s'agit de diffuser des id&#233;es qui vont dans le sens des objectifs fix&#233;s au sommet, afin que ces derniers impr&#232;gnent l'esprit de tou&#183;te&#183;s et soient appliqu&#233;s sur le terrain. Le recours &#224; des expert&#183;e&#183;s a pour fonction de cajoler le cadre lambda, ainsi flatt&#233;&#183;e qu'on reconnaisse son capital culturel &#8211; hum, pardon : son &#233;l&#233;vation d'esprit &#8211; en lui pr&#233;sentant les derniers r&#233;sultats de la recherche acad&#233;mique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Exemples de sujets abord&#233;s : &#171; La judiciarisation de la soci&#233;t&#233; &#187;, &#171; La reconnaissance au travail &#187;, &#171; La crise financi&#232;re &#187;, etc. Ce jour-l&#224;, le th&#232;me annonc&#233; &#233;tait : &#171; D&#233;velopper l'autonomie de tou&#183;te&#183;s &#187; (1). L'intervenante, professeure de sociologie dans une universit&#233; parisienne, commen&#231;a par faire un rapprochement entre l'id&#233;e d'autonomie et celle, anglo-saxonne, d' &lt;i&gt;agency&lt;/i&gt; &#8211; qu'elle traduisit par &#171; puissance d'agir par soi-m&#234;me &#187;. Grosso modo, il s'agissait de montrer qu'il ne sert &#224; rien de dire aux gens &#171; soyez autonomes &#187; pour qu'ils le deviennent. Pour que les gens se mettent &#224; agir de fa&#231;on ind&#233;pendante, il faut qu'ils prennent confiance en eux. Et cette confiance ne s'acquiert que par la pratique, &#224; travers laquelle on d&#233;couvre ce qu'on est capable de faire. Puis elle parla de &#171; savoir-faire &#187; et de &#171; savoir-&#234;tre &#187;, en soulignant que les uns ne peuvent exister sans les autres. Revenant ensuite sur l'id&#233;e de &#171; puissance d'agir &#187;, notre sociologue multilingue la rapprocha du terme anglo-saxon &lt;i&gt;empowerment&lt;/i&gt; , qui qualifie le processus par lequel on accro&#238;t son propre pouvoir. Un mot utilis&#233; par les f&#233;ministes am&#233;ricaines pour d&#233;crire le processus qui a pr&#233;sid&#233; &#224; leur engagement dans les ann&#233;es 1970 &#224; 2000, nous dit-elle. Elle explique aussi que, dans &#171; puissance d'agir &#187;, le mot &#171; puissance &#187; a deux sens : il s'agit de d&#233;couvrir les potentialit&#233;s qu'on rec&#232;le en soi, pour les mettre en &#339;uvre et ainsi se sentir plus confiant&#183;e, plus fort&#183;e &#8211; donc plus puissant. Bien s&#251;r, cela ne peut pas se faire tout seul : c'est &#224; travers l'&#233;change d'exp&#233;riences, de connaissances, en s'appuyant les un&#183;e&#183;s sur les autres, qu'on y arrive. L'horizon g&#233;n&#233;ral de cette savante discussion &#233;tait finalement : que doit faire le manager pour que les membres de son &#171; &#233;quipe &#187; (car on ne dit plus ses &#171; subordonn&#233;&#183;e&#183;s &#187;) cessent d'attendre toujours les ordres ou les approbations venus d'en haut, et prennent un peu plus d'initiatives personnelles, voire inventent des solutions originales aux probl&#232;mes qu'ils rencontrent ? Et, vis-&#224;-vis des Parisien&#183;ne&#183;s : comment faire pour que ceux-ci se d&#233;brouillent de plus en plus par eux-m&#234;mes (2) : pour recharger &#224; domicile, via Internet, leurs cartes de transport ; en biblioth&#232;que, pour rendre leurs livres via des automates de pr&#234;t ; pour trier leurs ordures en vue du recyclage ; etc. Autrement dit, quand on n'a plus de fric pour payer des agents de la RATP, des biblioth&#233;caires, des &#233;boueurs : &lt;i&gt;do it yourself&lt;/i&gt; !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut que je vous avoue : j'ai un parcours un peu particulier, et malgr&#233; mon accession r&#233;cente aux &#171; classes sup&#233;rieures &#187;, je continue de maintenir un lien avec mes engagements de jeunesse &#224; l'extr&#234;me gauche, tendance &#171; anarcho-autonome &#187; comme disait l'autre. Donc le soir m&#234;me, je me retrouve dans un lieu autog&#233;r&#233; de Montreuil, connu pour organiser des d&#233;bats politiques vachement radicaux. Au programme : &#171; L'autonomie, &#231;a se construit &#187;. Tiens, tiens&#8230; &#231;a me rappelle quelque chose. Assis&#183;es tous et toutes en rond, on &#233;coute trois jeunes gars et filles exposer leurs id&#233;es. L'autonomie qu'ils d&#233;fendent, c'est la capacit&#233; &#224; agir politiquement &#224; distance des partis, des syndicats, de tout ce qui appara&#238;t comme des formes d'organisation hi&#233;rarchis&#233;es, bureaucratiques, qui pr&#233;tendent repr&#233;senter les int&#233;r&#234;ts collectifs et ne font que les trahir. Mais plus profond&#233;ment, nous dit-on, &#234;tre autonome c'est se rendre ind&#233;pendant&#183;e, dans la vie quotidienne, de tout ce qui nous relie &#224; la soci&#233;t&#233; : le march&#233;, le salariat, la grande industrie. C'est apprendre &#224; produire soi-m&#234;me tout ce dont on a besoin, nourriture, logement, objets techniques, etc. Bien s&#251;r, &#231;a ne se fait pas tout de suite, &#231;a s'apprend petit &#224; petit. Le capitalisme a colonis&#233; nos savoir-faire et nos savoir-&#234;tre (hum !), et il faut donc retrouver des mani&#232;res de vivre diff&#233;rentes. On commence par se r&#233;approprier des savoir-faire rudimentaires, et peu &#224; peu on prend confiance en soi pour s'attaquer &#224; des t&#226;ches plus exigeantes. Mais surtout, l'autonomie permet de passer &#224; une forme concr&#232;te de communisme : c'est la mise en commun de ces exp&#233;riences et des ressources dont on dispose qui est le point de jonction entre &#171; savoir-faire &#187; et &#171; savoir-&#234;tre &#187;. On prend ainsi le pli de l'entraide, de la solidarit&#233;, de la vie collective. Et nos ami&#183;e&#183;s de pr&#233;senter des cas pratiques, d'opposer aux assembl&#233;es d&#233;mocratiques autog&#233;r&#233;es la capacit&#233; d'initiative des minorit&#233;s radicales, qui n'attendent pas le blanc-seing de la majorit&#233; pour agir. Puis on a droit &#224; un &#233;loge de l'esprit &#171; DIY &#187; ( &lt;i&gt;do it yourself&lt;/i&gt; ) des punks de jadis, dont les vertus politiques ont &#233;t&#233; oubli&#233;es. Et enfin, surprise, on nous parle des f&#233;ministes des ann&#233;es 1970 et du concept d' &lt;i&gt;empowerment&lt;/i&gt; , c'est-&#224;-dire le processus par lequel elles ont pris confiance en elles et se sont mises, par exemple, &#224; assurer elles-m&#234;mes les avortements, sans recourir &#224; une m&#233;decine institutionnelle complice du patriarcat et de l'industrie pharmaceutique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au cours de cette soir&#233;e, je me suis demand&#233; comment on avait pu en arriver l&#224; : qu'en deux endroits de la soci&#233;t&#233; que tout oppose, le m&#234;me langage soit pratiqu&#233; et qu'ind&#233;pendamment des projets politiques, la m&#234;me vision de l'autonomie soit partag&#233;e. Une autonomie qui consiste &#224; donner aux individus le sens de l'initiative, tout en leur faisant porter la responsabilit&#233; de se d&#233;brouiller &#171; librement &#187;. Une autonomie per&#231;ue aussi comme un processus pragmatique, relevant de l'action au quotidien, et qui permet d'acqu&#233;rir du pouvoir, d'&#234;tre de plus en plus efficace. A contre-courant donc de tout ce qu'enseigne la philosophie politique classique (d'Aristote &#224; Castoriadis, pour aller vite)&#8230; Laquelle consid&#232;re l'autonomie comme une libert&#233; incarn&#233;e dans la capacit&#233; &#224; se poser des r&#232;gles, ce qui signifie s'interdire des choix pour mieux s'engager dans d'autres, et par cons&#233;quent savoir limiter sa puissance. Cette autonomie-l&#224; ne se joue pas en-dessous du politique, dans le technique, comme chez nos ami&#183;e&#183;s managers et gauchistes : elle se situe au c&#339;ur m&#234;me du politique, par la mise en d&#233;bat de ces r&#232;gles sur la place publique, entre tou&#183;te&#183;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette substitution de sens qui a eu lieu dans des milieux qui se pr&#233;sentent parfois eux-m&#234;mes comme &#171; autonomes &#187;, introduisant en outre un certain nombre de termes issus du management, montre le degr&#233; de p&#233;n&#233;tration de l'id&#233;ologie n&#233;olib&#233;rale dans toutes les t&#234;tes. Mais elle a &#233;galement &#233;t&#233; rendue possible par de petits faits anodins en apparence. Par exemple, il a fallu que les militant&#183;e&#183;s se mettent &#224; puiser leurs concepts dans la production universitaire &#8211; ce qui pose d&#233;j&#224; probl&#232;me. Et il a fallu aussi que la philosophie politique &#171; classique &#187;, dont la r&#233;f&#233;rence a longtemps &#233;t&#233; la d&#233;mocratie directe ath&#233;nienne, soit remplac&#233;e par la philosophie pragmatiste anglo-saxonne (qui utilise notamment les concepts d' &lt;i&gt;agency&lt;/i&gt; et d' &lt;i&gt;empowerment&lt;/i&gt; ), philosophie dont les id&#233;aux politiques s'enracinent plut&#244;t dans la d&#233;mocratie lib&#233;rale am&#233;ricaine. De fait, c'est ce qui se passe en France depuis les ann&#233;es 2000, et qui refl&#232;te bien les formes de domination culturelle li&#233;es au fonctionnement de l'&#233;conomie-monde : en mati&#232;re acad&#233;mique, ce sont aujourd'hui les USA qui donnent le &#171; la &#187;, et qui fournissent donc les concepts de r&#233;f&#233;rence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien s&#251;r, il faudrait faire intervenir beaucoup d'autres facteurs pour expliquer le ph&#233;nom&#232;ne auquel j'ai assist&#233; ce jour-l&#224;. Quoi qu'il en soit, c'est peut-&#234;tre sur ce genre de co&#239;ncidences suspectes qu'il faudrait se pencher pour d&#233;passer les impasses de l'activisme gauchiste actuel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(1) La ville de Paris a int&#233;gr&#233; depuis plusieurs ann&#233;es d&#233;j&#224; l'&#233;criture &#233;pic&#232;ne, dite &#171; f&#233;minis&#233;e &#187;.&lt;br class='autobr' /&gt;
(2) Une d&#233;marche d'&#171; autonomie &#187; que Marie-Anne Dujarier a plus justement qualifi&#233;e de &#171; travail du consommateur &#187;, non r&#233;mun&#233;r&#233; bien s&#251;r. &lt;i&gt;Le Travail du consommateur. De McDo &#224; eBay, comment nous coproduisons ce que nous achetons&lt;/i&gt; (2008), La D&#233;couverte Poche, 2014.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>&#201;cologie : la petite bourgeoisie s'amuse</title>
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&lt;p&gt;par Andree O. Fobb &lt;br class='autobr' /&gt;
L'&#233;cologie a politis&#233; de nombreux aspects de la vie quotidienne : rythmes et cadre de vie par exemple. Mais quand l'&#233;cologie urbaine se contente d'am&#233;liorer la qualit&#233; de vie dans les quartiers centraux, y ramenant des classes ais&#233;es appr&#233;ci&#233;es des d&#233;cideurs, elle accompagne des ph&#233;nom&#232;nes de domination socio-&#233;conomique. La bonne conscience en plus. &lt;br class='autobr' /&gt;
La petite bourgeoisie, c'est cette classe sociale qui se caract&#233;rise par une libert&#233; limit&#233;e. Elle ne poss&#232;de pas de moyens de production (...)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://lan02.butternet.net/-no7-Altercapitalisme-" rel="directory"&gt;n&#176;7 &#034;Altercapitalisme&#034;&lt;/a&gt;


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 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;span class='spip_document_40 spip_documents'&gt;
&lt;img src='https://lan02.butternet.net/local/cache-vignettes/L500xH390/altercapitalisme-8921d.png?1701242634' width='500' height='390' alt=&#034;altercapitalisme&#034; title=&#034;altercapitalisme&#034; /&gt;&lt;/span&gt;par Andree O. Fobb&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;cologie a politis&#233; de nombreux aspects de la vie quotidienne : rythmes et cadre de vie par exemple. Mais quand l'&#233;cologie urbaine se contente d'am&#233;liorer la qualit&#233; de vie dans les quartiers centraux, y ramenant des classes ais&#233;es appr&#233;ci&#233;es des d&#233;cideurs, elle accompagne des ph&#233;nom&#232;nes de domination socio-&#233;conomique. La bonne conscience en plus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La petite bourgeoisie, c'est cette classe sociale qui se caract&#233;rise par une libert&#233; limit&#233;e. Elle ne poss&#232;de pas de moyens de production significatifs et donc ne d&#233;cide pas de l'ordre du monde. Mais, comme jadis on trouvait les r&#233;volutionnaires dans les rangs des petits propri&#233;taires ind&#233;pendants, cette classe est &#224; m&#234;me, par ses moyens &#233;conomiques limit&#233;s, de cr&#233;er des alternatives. &#201;pargne solidaire et soci&#233;t&#233;s fonci&#232;res c&#244;t&#233; collectif, maisons &#233;cologiques ou fermes pour retourner &#224; la terre c&#244;t&#233; individuel. R&#233;volution ou alternatives ? Le capitalisme n'a qu'&#224; bien se tenir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La petite bourgeoisie est mon amie. C'est de l&#224; que je viens, c'est la classe ou je recrute mon entourage amical, compos&#233; de fonctionnaires et de salari&#233;&#183;e&#183;s aux revenus point mirobolants mais qui permettent de se projeter dans l'achat d'un lieu de vie. C'est aussi elle qui a financ&#233; le premier num&#233;ro de la revue que vous avez dans les mains. La petite bourgeoisie est mon ennemie. Les difficult&#233;s avec lesquelles je vis m'ont lentement mais s&#251;rement d&#233;class&#233;e. Je suis un cas soc' (devenir pr&#233;caire serait une ascension sociale) et je n'en peux plus de l'arrogance modeste que j'observe dans le milieu &#233;colo-alternatif qui a accueilli mes premiers &#233;mois politiques au sortir de l'adolescence. Tout ce qui a pu m'enthousiasmer le long d'ann&#233;es d'&#233;tudes pay&#233;es par papa et maman, aujourd'hui je l'examine par le biais de la classe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;strong&gt;&#201;cologie urbaine et logiques de classe&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;cologie se d&#233;ploie en ville dans une id&#233;e du &#171; bien vivre ensemble &#187; qui laisse peu de place &#224; la question sociale. La militante &#233;colo que j'ai &#233;t&#233; revenait de Fribourg en louant les am&#233;nagements du quartier Vauban (1) sans y noter l'absence de classes populaires. Elle saluait chaque reprise de la rue aux bagnoles sans se rendre compte que les loyers grimpaient &#224; mesure que les trottoirs s'&#233;largissaient. Aujourd'hui sa ville pl&#233;biscite tous les six ans un maire de droite &lt;i&gt;tr&#232;s conscient&lt;/i&gt; des enjeux de l'&#233;cologie urbaine (c'est injuste, son concurrent socialiste l'est aussi) et qu'importe que le centre-ville soit vid&#233; de ses pauvres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'agriculture urbaine, qui fournit une partie non-n&#233;gligeable des ressources alimentaires au niveau mondial et est essentielle &#224; la subsistance des plus pauvres dans les grandes villes des tropiques et d'ailleurs (2), devient chez nous loisir cr&#233;atif pour classes qui ne le sont pas moins. D'essentielle, elle devient anecdotique, puisque la petite bourgeoisie a son panier d'Amap pour compl&#233;ter. Visitant le jardin partag&#233; anim&#233; par un groupe militant, j'ai not&#233; les herbes folles et les maigres r&#233;coltes qui contrastaient avec les rangs s&#233;v&#232;res mais fournis des jardins encore ouvriers du m&#234;me lot. Est-il d&#233;cent d'utiliser la terre comme bac &#224; sable quand d'autres pourraient en avoir l'usage pour cultiver de quoi manger ? &#171; L'appropriation de savoirs modestes par le courant dominant peut vendre des livres mais peut &#233;galement porter pr&#233;judice aux personnes qui d&#233;pendent de ces savoirs pour survivre et (&#8230;) finalement contribuer &#224; marginaliser des populations d&#233;j&#224; marginalis&#233;es &#187; (3). De la concurrence pour les parcelles aux logiques de march&#233; en passant par les dispositions l&#233;gislatives et les normes sociales sur le jardinage urbain, Marianne Kirby dresse de cette mode, tr&#232;s vivante en Am&#233;rique du nord, un tableau plus sombre que celui d'une l&#233;gitimation de pratiques modestes par des classes prescriptrices : c'est au contraire une d&#233;possession.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand les militant&#183;e&#183;s d'une &#171; ville en transition &#187; imaginent dans leur quartier populaire en voie de gentrification des jardins potagers pour assurer la subsistance locale, sans penser aux pollutions laiss&#233;es par les industries &#233;tablies au XIXe si&#232;cle ni &#224; la pr&#233;servation de la ceinture mara&#238;ch&#232;re m&#233;tropolitaine menac&#233;e par des projets immobiliers, on peut penser qu'il s'agit d'un premier pas qui en am&#232;nera d'autres et aboutira &#224; une vision plus globale et ambitieuse des probl&#232;mes &#233;cologiques et sociaux. On peut aussi d&#233;sesp&#233;rer d'une approche aussi centr&#233;e sur les aspirations personnelles et la joie de mettre les mains dans la terre le mercredi apr&#232;s-midi avec les enfants. Derri&#232;re les belles intentions qui sont mises en avant appara&#238;t souvent le d&#233;sir de se faire plaisir ou de cr&#233;er des environnements &#233;panouissants (4). Quitte &#224; en exclure les plus fragiles, si leur pr&#233;sence risque d'&#234;tre pr&#233;judiciable au d&#233;veloppement personnel de la petite bourgeoisie qui tient une chorale militante ou un jardin partag&#233;. L'entre-soi se remarque moins bien que la diff&#233;rence et on ne s'&#233;tonne plus d'&#234;tre entre dipl&#244;m&#233;&#183;e&#183;s blanc&#183;he&#183;s socialement ins&#233;r&#233;&#183;e&#183;s. L'&#233;cologie appara&#238;t ici comme un puissant outil de d&#233;ni des antagonismes de classe, au profit d'une petite bourgeoisie qui renforce sa certitude de penser et d'agir bien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;strong&gt;Zones &#224; d&#233;fendre et gentrification&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est cette bien-pensance que bouscule Pierrette Rigaux dans un texte paru en d&#233;cembre 2014 (5), quelques semaines apr&#232;s l'assassinat de R&#233;mi Fraisse &#224; Sivens. &#171; Devant, et sur les flancs &#187; dresse un tableau sans complaisance des logiques de pouvoir &#224; l'&#339;uvre dans les ZAD (zones &#224; d&#233;fendre) et mouvements d'opposition aux grands projets inutiles, les deux faces (l'une insurg&#233;e, l'autre l&#233;galiste) du refus populaire des projets d'am&#233;nagement. Populaire, vraiment ? Et si avec ces mouvements on voyait se d&#233;ployer la m&#234;me logique colonisatrice dont la petite bourgeoisie a fait montre dans les quartiers populaires de centre-ville ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rappelons le processus : &#171; Squat et modes de vie alternatifs &gt; Abandon des luttes sociales et populaires, pr&#233;dominance de la culture, de l'&#233;cologie et de la technologie attirant la petite bourgeoisie &gt; Flamb&#233;e immobili&#232;re et embourgeoisement &#187; (6). Apr&#232;s s'&#234;tre appropri&#233; les dits quartiers urbains et les avoir rendus inaccessibles aux classes pauvres qui les ont habit&#233;s, voire construits, la petite bourgeoisie se met &#224; r&#234;ver de campagne et s'installe dans les villages, caressant des illusions d'autoproduction alimentaire et profitant d'un t&#233;l&#233;travail &#224; forte valeur ajout&#233;e ou d'horaires de pr&#233;sence au travail peu contraignants. Sensible aux valeurs &#233;colo, elle s'investit fortement dans les luttes pour le cadre de vie. Souvent mal per&#231;ue &#224; l'origine par les populations locales avec lesquelles elle entre de nouveau en concurrence sur le march&#233; immobilier (r&#233;sident&#183;e&#183;s secondaires ou permanent&#183;e&#183;s, le r&#233;sultat est le m&#234;me pour les gens du coin), elle profite de luttes &#233;cologistes qui l&#233;gitiment sa pr&#233;sence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Ces gentrifieurs des champs sont plut&#244;t sensibles &#224; l'&#233;cologie, mais aussi au d&#233;veloppement personnel, entretiennent parfois des rapports f&#233;tichistes &#224; la nature, sont empreints de lib&#233;ralisme postmoderne (chacun fait ce qu'il veut, tout d&#233;pend du point de vue), et votent volontiers pour une d&#233;mocratie plus efficace. Mais surtout : ils ont renonc&#233; &#224; la lutte politique antagoniste, sauf par procuration. Ce qui est pratique, puisque &#231;a permet d'&#234;tre &#224; la fois zadiste &lt;i&gt;et&lt;/i&gt; au hammam. &#187; Ironie de l'histoire, les habitant&#183;e&#183;s les plus d&#233;pass&#233;&#183;e&#183;s par la situation, &#171; ceux qui ont nourri la France d'apr&#232;s-guerre, mais qui ont loup&#233; le virage des ann&#233;es 80, de l'innovation et de l'information &#187;, qui tentent de rester au pays m&#234;me si celui-ci n'a plus de boulot &#224; offrir, sont devenu&#183;e&#183;s au cours du processus de gros cons pro-autoroute ou pro-LGV (7). &#171; Laiss&#233;s pour compte de la mondialisation, pas rentables, tout aussi sous perfusion de subventions &#233;tatique que les allocataires RSA qu'ils montrent du doigt, ils vomissent les r&#233;formes soci&#233;tales et les taxes. Et s'ils se mobilisent, c'est parce qu'ils sentent bien que, derri&#232;re les zadistes, les &lt;i&gt;peluts&lt;/i&gt; , les anti-tout, il y a le nouveau mod&#232;le des dominants, intellos, verts et technophiles, avec un vrai projet de soci&#233;t&#233;, leur rel&#232;ve en quelque sorte, qui va s'approprier leur territoire. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Loin de reprendre cet amalgame, Pierrette Rigaux dessine une ligne de fracture entre r&#233;volutionnaires (&#171; nous, les anarchistes, les militants, les zadistes &#187;) et &#171; &lt;i&gt;ecotechs&lt;/i&gt; &#187; petits bourgeois aux int&#233;r&#234;ts de classe bien compris, les premier&#183;e&#183;s servant malgr&#233; eux les int&#233;r&#234;ts des second&#183;e&#183;s qui s'en d&#233;barrasseront t&#244;t ou tard. Mais les confondre n'est peut-&#234;tre pas si idiot. Car m&#234;me chez les personnes qui r&#233;inventent sur les ZAD des formes d'engagement collectif et dont la vie quotidienne est une lutte contre le syst&#232;me, les r&#233;flexes de classe peuvent r&#233;appara&#238;tre &#224; tout moment. On peut tout &#224; la fois se montrer solidaire des &#171; arrach&#233;&#183;e&#183;s &#187;, routard&#183;e&#183;s, toxicos ou malades mentaux qui contribuent &#224; tenir la ZAD et dans le m&#234;me temps se fixer comme objectif de convertir les &#233;leveurs du coin &#224; la culture de lentilles, r&#233;activant la hi&#233;rarchie qui veut que les agronomes (ici v&#233;gan&#183;e&#183;s et au RSA) expliquent la vie aux agriculteurs (ici expulsables). On peut toujours esp&#233;rer que les luttes et les engagements &#233;colo effacent ce sous-produit du capitalisme qu'est la classe, mais elle r&#233;appara&#238;t encore et toujours. Et le d&#233;ni offre de violentes surprises.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(1) Maisons &#233;cologiques, rues lib&#233;r&#233;es de la voiture&#8230; Vauban, jadis ancien quartier militaire squatt&#233; par des &#233;tudiant&#183;e&#183;s d&#233;sargent&#233;&#183;e&#183;s, est devenu l'un des mod&#232;les europ&#233;ens de l'&#233;coquartier. Le texte et son contrepoint : &#171; C'est plus facile de critiquer que de proposer, hein ouais ? &#187;, &lt;i&gt;D&#233;surbanisme&lt;/i&gt; n&#176;6, septembre 2002, dans le recueil paru au Monde &#224; l'envers, Grenoble, 2014.&lt;br class='autobr' /&gt;
(2) Jean-Val&#233;ry Marc, &#171; Strat&#233;gie de lutte contre la pauvret&#233; : l'exemple du jardin cr&#233;ole &#187;, communication au colloque &#171; Josu&#233; de Castro dans le XXIe si&#232;cle &#187;, universit&#233; Paris 8, janvier 2009.&lt;br class='autobr' /&gt;
(3) Marianne Kirby, &#171; Co-opting the coop &#187;, &lt;i&gt;Bitch magazine&lt;/i&gt; , Portland, Oregon, d&#233;cembre 2012.&lt;br class='autobr' /&gt;
(4) Voir encadr&#233; dans l'entretien avec Nicolas Marquis p. 22.&lt;br class='autobr' /&gt;
(5) Pierrette Rigaux, &#171; Devant, et sur les flancs. Lettre un peu p&#233;remptoire mais amicale au mouvement zadiste &#187;, d&#233;cembre 2014, paru sur les sites piecesetmaindoeuvre.com puis reporterre.net.&lt;br class='autobr' /&gt;
(6) Les citations sont extraites de &#171; Devant, et sur les flancs &#187;, article cit&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
(7) Ligne de train &#224; grande vitesse. J'ai bien &#233;videmment moi aussi &#233;vang&#233;lis&#233; les partisan&#183;e&#183;s d'une autoroute.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Se changer soi pour changer le monde</title>
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&lt;p&gt;Entretien avec Nicolas Marquis &lt;br class='autobr' /&gt;
Le d&#233;veloppement personnel, en apparence critique de l'individualisme qui se d&#233;ploie autour de nous, promeut une vision au fond tr&#232;s lib&#233;rale de la soci&#233;t&#233;. Qu'est-ce que militer pour un changement politique dans ce syst&#232;me de pens&#233;e ? Premi&#232;res r&#233;ponses avec Nicolas Marquis, auteur de Du bien-&#234;tre au march&#233; du malaise. La Soci&#233;t&#233; du d&#233;veloppement personnel (PUF, 2014). Propos recueillis par Aude Vidal. &lt;br class='autobr' /&gt; L'An 02 : Vous avez &#233;crit sur le d&#233;veloppement personnel un ouvrage (...)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://lan02.butternet.net/-no7-Altercapitalisme-" rel="directory"&gt;n&#176;7 &#034;Altercapitalisme&#034;&lt;/a&gt;


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 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;span class='spip_document_40 spip_documents'&gt;
&lt;img src='https://lan02.butternet.net/local/cache-vignettes/L500xH390/altercapitalisme-8921d.png?1701242634' width='500' height='390' alt=&#034;altercapitalisme&#034; title=&#034;altercapitalisme&#034; /&gt;&lt;/span&gt;Entretien avec Nicolas Marquis&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le d&#233;veloppement personnel, en apparence critique de l'individualisme qui se d&#233;ploie autour de nous, promeut une vision au fond tr&#232;s lib&#233;rale de la soci&#233;t&#233;. Qu'est-ce que militer pour un changement politique dans ce syst&#232;me de pens&#233;e ? Premi&#232;res r&#233;ponses avec Nicolas Marquis, auteur de &lt;i&gt;Du bien-&#234;tre au march&#233; du malaise. La Soci&#233;t&#233; du d&#233;veloppement personnel&lt;/i&gt; (PUF, 2014). Propos recueillis par Aude Vidal.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;strong&gt;L'An 02 : Vous avez &#233;crit sur le d&#233;veloppement personnel un ouvrage tir&#233; de votre th&#232;se qui s'attache &#224; la r&#233;ception de cet objet. Qu'avez-vous appris de cette &#233;tude ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nicolas Marquis : &#199;a ne sert pas &#224; grand-chose de r&#233;fl&#233;chir ces ouvrages &#224; partir de leurs effets, parce que c'est tr&#232;s difficile &#224; d&#233;montrer. J'ai plut&#244;t tent&#233; de poser la question dans l'autre sens : comment est-il possible que, dans la soci&#233;t&#233; dans laquelle nous nous trouvons, un certain nombre de personnes trouve du sens au fait de lire ces ouvrages ? La r&#233;ponse que j'ai tent&#233; de d&#233;velopper, c'est que ces ouvrages correspondent &#224; un horizon, &#224; un environnement normatif qui valorise fortement l'autonomie individuelle, le fait de s'en sortir lorsqu'on rencontre des probl&#232;mes. C'est quelque chose qui sp&#233;cifie, comme l'appelle Alain Ehrenberg (1), la &#171; soci&#233;t&#233; de l'autonomie comme condition &#187;. Dans ce type de soci&#233;t&#233;-l&#224;, l'autonomie est une qualit&#233; pr&#233;suppos&#233;e &#224; chaque individu, quel qu'il soit, &#224; quelque stade de sa vie qu'il soit. C'est cette fameuse m&#233;taphore qu'on entend tr&#232;s souvent et dont on fait m&#234;me des films, selon laquelle nous n'utilisons que 10 % des capacit&#233;s de notre cerveau. Elle pr&#233;suppose un &#234;tre humain affubl&#233; de ressources int&#233;rieures qu'il ne ma&#238;trise pas mais qu'il peut chercher &#224; rendre utilisables au prix d'un travail sur lui-m&#234;me. C'est moins &#233;tonnant, si on prend les choses comme &#231;a, d'observer des individus qui, face &#224; un probl&#232;me dans leur vie, alors que d'autres ressources comme la m&#233;decine se sont r&#233;v&#233;l&#233;es insuffisantes, se dirigent vers ces ouvrages dont ils me disent par ailleurs qu'en temps normal ils ne les auraient jamais lus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'action de soi sur soi poss&#232;de une dimension de prestige social. Non seulement c'est une action qui poss&#232;de une efficacit&#233;, probablement, mais c'est aussi une action qui permet de se diff&#233;rencier des autres. Et les lecteurs et lectrices de d&#233;veloppement personnel tiennent tr&#232;s fort &#224; cette fracture entre ceux et celles qui travaillent sur eux-m&#234;mes et celles et ceux qui ne travaillent pas sur eux-m&#234;mes, en consid&#233;rant que les premier&#183;e&#183;s sont plus loin sur un chemin de vie que les second&#183;e&#183;s. Cette m&#233;taphore du chemin de vie &#233;tait tr&#232;s frappante, elle montre bien les repr&#233;sentations selon lesquelles un &#234;tre humain, c'est toujours quelque chose en &#233;volution. Ne pas chercher &#224; &#233;voluer, se contenter de ce qu'on a, c'est le prototype de la vie rat&#233;e. Je ne dis pas &#231;a de fa&#231;on critique mais seulement descriptive : il y a quelque chose comme une logique d'entrepreneuriat de soi dans le sens o&#249; le soi, m&#234;me pour les partisan&#183;e&#183;s de la d&#233;croissance, est per&#231;u comme une entit&#233; dont il faut veiller &#224; la croissance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;strong&gt;Le discours du d&#233;veloppement personnel semble pourtant tr&#232;s critique de la soci&#233;t&#233;.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il ne fait que reprendre un discours social tr&#232;s r&#233;pandu dans les soci&#233;t&#233;s individualistes, les soci&#233;t&#233;s qui mettent l'individu au pinacle de leurs valeurs, qui font de l'autonomie personnelle le but de toute vie, qu'il faut pouvoir respecter comme telle. Dans ces soci&#233;t&#233;s individualistes-l&#224;, surtout en France r&#233;publicaine, la crainte de la dissolution de la soci&#233;t&#233; est compl&#232;tement coextensive de cette promotion de l'individualisme. Les ouvrages de d&#233;veloppement personnel jouent pleinement ce jeu. En soi, sociologiquement, on peut tout &#224; fait les consid&#233;rer comme des v&#233;hicules de promotion de l'individualisme. Mais eux veulent signifier qu'ils sont bien s&#251;r contre l'individualisme rampant des soci&#233;t&#233;s. Il n'y a en r&#233;alit&#233; aucune contradiction l&#224;-dedans, car il ne s'agit pas du m&#234;me individualisme. Les sociologues parlent d'individualisme logique, tandis que les ouvrages de d&#233;veloppement personnel parlent d'un individualisme moral. Le d&#233;veloppement personnel de langue fran&#231;aise, qui revendique souvent ses pr&#233;occupations soci&#233;tales, a fortement int&#233;gr&#233; l'id&#233;e que quelque chose ne va pas dans le monde. Ce quelque chose peut &#234;tre d&#233;crit de fa&#231;ons fort diff&#233;rentes : soit nous n'arrivons plus &#224; communiquer, soit nous sommes d&#233;connect&#233;&#183;e&#183;s de la m&#232;re Nature, &#231;a peut &#234;tre plein de choses diff&#233;rentes. Un portrait assez apocalyptique de la soci&#233;t&#233; dans laquelle nous nous trouvons, mais en m&#234;me temps avec cet id&#233;e optimiste selon laquelle de plus en plus d'individus &#8211; c'est un r&#233;cit profane tr&#232;s ancien, dont on retrouve notamment une version New Age &#8211; vont devenir eux-m&#234;mes et que cela va produire un basculement g&#233;n&#233;ral. Mais devenir soi-m&#234;me, on se demande ce que &#231;a veut dire. Et l&#224; j'ai &#233;t&#233; frapp&#233; de voir que devenir soi-m&#234;me &#231;a voulait forc&#233;ment dire se lib&#233;rer des entraves sociales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est int&#233;ressant de voir que le d&#233;veloppement personnel est anti-sociologique, dans le sens o&#249; il per&#231;oit le monde social comme &#233;tant uniquement quelque chose de contraignant dont il faut se d&#233;tacher. Se d&#233;tacher de sa famille, de son boulot qui nous pousse au stress, lib&#233;rer sa cr&#233;ativit&#233; contre un environnement qui nous limite, etc. Il n'arrive absolument pas &#224; concevoir que la promotion de l'autonomie, du d&#233;tachement des normes sociales, est peut-&#234;tre la plus contraignante des normes sociales qui existe. Si vous demandez aujourd'hui &#224; n'importe qui si pour lui ou elle c'est une bonne chose de copier ses parents, tout le monde vous dira : &#171; Non, il faut absolument que je sois moi-m&#234;me &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le projet du changement social est maintenant inscrit au c&#339;ur du d&#233;veloppement personnel. Un bouquin de 2008 de Thomas d'Ansembourg, l'un des auteurs qui m'a ouvert son courrier des lecteurs, s'intitule Qui fuis-je, o&#249; cours-tu, &#224; quoi servons-nous ? Vers l'int&#233;riorit&#233; citoyenne. En travaillant sur moi, je contribue &#224; un ensemble, par des voies un peu magiques &#8211; il n'y a pas d'&#233;sot&#233;risme l&#224;-dedans, c'est par le truchement de la communication non-violente. Les disputes de couple, les m&#233;sententes politiques, les relations entre la Chine et l'Europe, tout &#231;a peut &#234;tre interpr&#233;t&#233; [comme un probl&#232;me de communication]. Il y a cette id&#233;e de trouver des clefs qui permettent de r&#233;gler &#224; la fois l'int&#233;riorit&#233; et &#224; la fois l'aspect citoyen dans notre vie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce souci du changement social se retrouve &#233;galement chez les lecteurs. J'ai &#233;t&#233; tr&#232;s frapp&#233;, quand j'ai commenc&#233; les entretiens avec les lecteurs et lectrices de d&#233;veloppement personnel, de les voir syst&#233;matiquement commencer par se d&#233;fendre, alors m&#234;me qu'ils et elles avaient accept&#233; de me rencontrer &#224; ce titre parce que j'avais mis des annonces dans les librairies. Quasi-syst&#233;matiquement, j'avais une interaction du style : &#171; Il faut que je pr&#233;cise quelque chose, pour moi le d&#233;veloppement personnel c'est pas quelque chose d'&#233;go&#239;ste, d'ailleurs d&#233;veloppement personnel c'est pas un mot tout &#224; fait correct parce que mon but, c'est d'&#234;tre bien avec moi mais c'est parce qu'il n'y a que comme &#231;a que je serai bien avec les autres &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;strong&gt;En plus de l'individualisme qui sous-tend tous les discours, il y a ce lib&#233;ralisme qui nie les relations de pouvoir.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est quelque chose que les f&#233;ministes ont tr&#232;s bien mis en lumi&#232;re. Dans le monde des livres de d&#233;veloppement personnel, les relations de pouvoir sont absentes, non pas parce que les auteurs veulent manipuler qui que ce soit mais parce qu'il y a cet espoir qu'un jour on arrivera &#224; les &#233;vacuer. Le d&#233;veloppement personnel, c'est comme &#231;a que je l'interpr&#232;te sociologiquement, c'est une fa&#231;on de faire en sorte que la vie continue quand elle a &#233;t&#233; interrompue par un probl&#232;me. Sur le plan du sens, &#231;a explique pourquoi &#231;a s'est pass&#233;, qui sont les entit&#233;s responsables (les parents, mon cerveau, moi) et qui est responsable du fait que je m'en sorte, et l&#224;, c'est souvent vers l'individu lui-m&#234;me que les responsabilit&#233;s pointent. &#199;a c'est la dimension symbolique. La deuxi&#232;me dimension est op&#233;ratoire : pour que la vie continue, &#231;a m'explique comment je dois communiquer, &#231;a me donne dix points-clefs pour pouvoir remonter mon estime de moi, etc. Je pense qu'il y a une troisi&#232;me dimension qui est peut-&#234;tre moins visible mais beaucoup plus probl&#233;matique. Les gens qui me parlent de d&#233;veloppement personnel essaient de montrer &#224; quel point leur vie est une vie de qualit&#233;, ce qui implique de diff&#233;rencier cette vie-l&#224; d'autres vies qui sont de moindre qualit&#233;. Le d&#233;veloppement personnel est un moyen dans les soci&#233;t&#233;s individualistes d&#233;mocratiques de g&#233;rer la tension entre une &#233;galit&#233; de principe et une in&#233;galit&#233; de fait. Il poss&#232;de une anthropologie qui est tr&#232;s d&#233;mocratique et &#231;a tou&#183;te&#183;s les lecteurs et les lectrices y tiennent tr&#232;s fort en disant : &#171; Chacun&#183;e a dans son cerveau, dans son histoire, les ressources qui permettent de d&#233;passer ses probl&#232;mes, quels qu'ils soient, de se r&#233;concilier avec soi-m&#234;me, d'&#234;tre heureux &#187;. Mais il faut bien reconna&#238;tre qu'il y en a qui sont plus heureux que d'autres, donc il y a une in&#233;galit&#233; de fait sur les situations de vie, les classes sociales auxquelles on appartient. Le moyen de l'expliquer, c'est de faire de la volont&#233; individuelle le pivot qui va permettre &#224; chaque individu d'exploiter ses ressources int&#233;rieures pour obtenir ce qu'il veut. Ces distinctions, si ce n'&#233;tait pas le d&#233;veloppement personnel qui les fait, ce serait autre chose. Parce que dans les soci&#233;t&#233;s o&#249; tous les individus sont th&#233;oriquement &#233;gaux, o&#249; notre place n'est plus d&#233;termin&#233;e par la caste &#224; laquelle on appartiennent, le fait de savoir qui on est dans l'ensemble des &#234;tres humains se pose &#224; chaque individu, qu'il le veuille ou non.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Donc c'est lib&#233;ral dans le sens o&#249; &#231;a fait porter sur les individus la responsabilit&#233; de leur situation. &#201;videmment, &#231;a a des cons&#233;quences qu'on peut fortement critiquer mais il faut voir &#224; la base que quand on se tourne vers un livre de d&#233;veloppement personnel, on ne cherche certainement pas un livre qui nous dise qu'on ne peut rien faire. J'ai besoin d'un livre qui me dise : &#171; Vous pouvez changer quelque chose &#187;. C'est pour &#231;a que les individus endossent tr&#232;s volontiers cette cons&#233;quence du fait que tous les probl&#232;mes sont ramen&#233;s au niveau de leur action.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;strong&gt;Au-del&#224; du bouquin, vous avez &#233;crit cet article (2) presque plus inqui&#233;tant d'apr&#232;s une enqu&#234;te sur des lecteurs et lectrices de d&#233;veloppement personnel engag&#233;&#183;e&#183;s pour le changement social. Ils et elles se vivent comme plut&#244;t militant&#183;e&#183;s mais portent une vision des choses au fond tr&#232;s lib&#233;rale.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'hypoth&#232;se que je fais, c'est qu'il y a peut-&#234;tre une collusion chez certains individus entre une forme de volont&#233; de changement social et une forme de d&#233;veloppement personnel. Autour de l'id&#233;e, encore une fois, que le niveau le plus pertinent de l'action, c'est soi et/ou ce qui se trouve autour de nous. Les gens qui sont dans ces perspectives-l&#224; se vivent parfois comme des proph&#232;tes. L'id&#233;e que nous allons droit dans le mur est la mieux partag&#233;e par tou&#183;te&#183;s les r&#233;pondant&#183;e&#183;s, &#224; 91 %. Ce constat de crise, c'est quasiment un lieu commun. Ce qui les caract&#233;rise, c'est qu'ils et elles pr&#233;tendent l'avoir per&#231;u mieux que les autres et se donnent la responsabilit&#233; d'informer les autres &#224; la fois de ce qui ne va pas et du fait qu'il est possible d'y changer quelque chose. Ce sont des gens &#8211; c'est une hypoth&#232;se d'apr&#232;s une enqu&#234;te tr&#232;s br&#232;ve &#8211; qui ont de la difficult&#233; avec le pessimisme, voire avec le r&#233;alisme, n'aiment pas qu'on leur renvoie &#224; la figure leurs contradictions et poseront la question : &#171; Oui mais alors qu'est-ce que vous proposez ? &#187; Et de ce point de vue-l&#224;, ils et elles tiennent tr&#232;s fort &#224; cette id&#233;e que le niveau le plus pertinent de l'action, c'est moi avec mon cerveau et mes mains, ce que je peux faire &#224; ma port&#233;e. &#199;a indique le d&#233;placement de la croyance dans les diff&#233;rentes fa&#231;ons de transformer le monde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai &#233;t&#233; frapp&#233; de voir que quand on demande aux individus de classer les voies les plus probables d'un changement du monde, ils ont globalement plus confiance dans le travail int&#233;rieur d'un grand nombre de personnes et dans des initiatives individuelles plut&#244;t que dans l'action politique. C'est l&#224; qu'il y a une entente de fait entre le d&#233;veloppement personnel et toute une s&#233;rie de mouvements alternatifs. La logique est toujours la m&#234;me : on sort du syst&#232;me qui est pourri de l'int&#233;rieur, o&#249; tout ce qu'on faisait entrer se retournait contre les intentions de d&#233;part, et on fait quelque chose en-dehors &#224; un niveau local. La logique de d&#233;veloppement personnel (je travaille sur moi) et la logique alternative (qui d&#233;sire changer le monde mais pas par les voies classiques de l'action politique) partagent cette m&#233;taphore de la goutte d'eau qui fait d&#233;border le vase. Changer le monde, &#231;a veut dire que le monde changera quand chacun&#183;e l'aura chang&#233; &#224; sa port&#233;e. On sait tr&#232;s bien que des changements globaux pourront intervenir &#224; partir du moment o&#249; il y aura une myriade de changements de formes de vie individuelle, le tri des d&#233;chets, les comportements par rapport &#224; la bagnole, etc. Mais il y a plein de malentendus, parce qu'on est sur des notions qu'on pourrait appeler avec Levi-Strauss des &#171; signifiants flottants &#187; : l'autonomie, changer le monde. Tout le monde est d'accord. Je peux &#234;tre d'accord avec vous sans savoir si on a la m&#234;me chose en t&#234;te quand on parle de &#231;a. Forc&#233;ment oui, il y a des malentendus. On peut changer le monde &#224; son niveau sans sp&#233;cialement &#234;tre dans le vocabulaire de la transformation de soi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;strong&gt;Je vous cite&#8230; &#171; Quelle est cette soci&#233;t&#233; dans laquelle les individus, lorsqu'ils rencontrent un probl&#232;me dans leur vie, se mettent &#224; lire des ouvrages dans la perspective de travailler sur eux-m&#234;mes ? &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai tent&#233; une comparaison entre les soci&#233;t&#233;s &#224; magie et les soci&#233;t&#233;s de l'autonomie en montrant que dans toutes les soci&#233;t&#233;s, tous les individus vont conna&#238;tre des malheurs dans leur vie. C'est un impond&#233;rable. Et dans toutes les soci&#233;t&#233;s, les individus vont trouvent les moyens de d&#233;passer ces malheurs. Mais simplement ils ne vont pas le faire de la m&#234;me mani&#232;re parce que ce qu'ils vont faire, c'est se saisir des ressources culturelles qu'une soci&#233;t&#233; met &#224; la disposition des individus pour donner du sens &#224; ce qui est en train d'arriver. Dans les soci&#233;t&#233;s &#224; magie, la sorcellerie est le moyen par lequel se r&#232;glent les rapports sociaux. On s'accuse mutuellement, c'est le moyen par lequel on explique des malheurs qui m'arrivent &#224; moi. La question typique de la soci&#233;t&#233;, c'est : &#171; Qui m'en veut ? qui est responsable de mon malheur ? &#187; Dans la &#171; soci&#233;t&#233; de l'autonomie comme condition &#187;, une fois que vous avez identifi&#233; les responsables, arr&#234;tez de leur en vouloir parce que rien ne sert de pleurer sur le lait r&#233;pandu, il faut aller de l'avant. L'individu lui-m&#234;me doit se poser la question ; non pas : &#171; Qui est responsable de mon malheur &#187; mais : &#171; Que puis-je faire pour m'en sortir ? &#187; Le pr&#233;suppos&#233; qui est inclus l&#224;-dedans, c'est que c'est l'individu lui-m&#234;me qui est responsable et qui peut s'en sortir. Cette anthropologie d&#233;mocratique accouche d'une vision finalement tr&#232;s m&#233;ritocratique puisque chacun&#183;e obtient ce qu'il ou elle m&#233;rite, en r&#233;alit&#233;, par rapport &#224; l'investissement qu'il a fait. Le d&#233;veloppement personnel nous permet de comprendre comment, dans une soci&#233;t&#233; en particulier, nous g&#233;rons les malheurs. Comment nous expliquons par exemple que ce soit moi qui soit atteint d'une maladie alors que mon voisin ne l'est pas ? Nous sommes aussi intrigu&#233;&#183;e&#183;s par la question du pourquoi que les soci&#233;t&#233;s traditionnelles et nous avons besoin de ressources qui nous permettent de donner des &#233;l&#233;ments de r&#233;ponse &#224; cette question.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;strong&gt;Dans &lt;i&gt;Les Mots, la mort, les sorts&lt;/i&gt; , Jeanne Favret-Saada (3) d&#233;crit un monde qui n'utilise pas d'explication psychologique pour expliquer ce qui arrive aux personnes.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'int&#233;riorit&#233; dans ce syst&#232;me symbolique-l&#224; n'a strictement aucun sens ! Alors que c'est dans les soci&#233;t&#233;s individualistes une notion tr&#232;s importante, puisqu'il y est pr&#233;suppos&#233; que l'int&#233;riorit&#233; contient la v&#233;rit&#233; de soi et les ressources d'action sur soi. Ce sont les m&#234;mes questions qui se posent, sur qui suis-je et que suis-je dans mes relations sociales. Ce sont des questions de coop&#233;ration, de conflit, de comp&#233;tition, sauf qu'on ne les traduit pas du tout avec le m&#234;me langage. On pourrait faire l'hypoth&#232;se que le d&#233;veloppement personnel fait le m&#234;me boulot que la sorcellerie d&#233;crite par Favret-Saada.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(1) Alain Ehrenberg est l'auteur de &lt;i&gt;La Soci&#233;t&#233; du malaise&lt;/i&gt; , Odile Jacob, 2010.&lt;br class='autobr' /&gt;
(2) Nicolas Marquis, &#171; Utopia in a liberal world facing crisis. Analysis of the new &#034;grammars of change&#034; &#187;, &lt;i&gt;Revista de estudios culturales de la universitat Jaume I&lt;/i&gt; , vol XII, 2014.&lt;br class='autobr' /&gt;
(3) Jeanne Favret-Saada a &#233;tudi&#233; &#224; la fin des ann&#233;es 70 la sorcellerie dans le bocage de l'Ouest de la France.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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