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	<title>L'An 02</title>
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	<description>L'An 02 est un outil &#233;colo de diffusion et de partage, un passeur d'id&#233;es hors des cercles confidentiels.
De 2011 &#224; 2015, L'An 02 a &#233;t&#233; une revue papier, en couleurs, multipliant les formes, notamment graphiques : photo-reportage, peinture, installation, typographie, bande dessin&#233;e. Cette dimension-l&#224; ne se retrouve que dans la revue papier, toujours en vente en librairie ou par correspondance. Retrouvez sur ce nouveau site tous les textes, un dossier au traitement mosa&#239;que enrob&#233; de chroniques grin&#231;antes, de lectures in-con-tour-na-bles et de reportages militants.
D&#233;sormais, L'An 02 propose &#224; chaque changement de saison une livraison de chroniques de livres r&#233;cents qui nous aident &#224; penser l'&#233;cologie politique, la d&#233;croissance et la technocritique.</description>
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		<title>L'An 02</title>
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		<title>A partir de l'envo&#251;tement&#8230;</title>
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&lt;p&gt;Entretien avec le philosophe Fr&#233;d&#233;ric Neyrat Propos recueillis par Makekazzo &lt;br class='autobr' /&gt; L'An 02 : Le film Low Life , dans lequel vous apparaissez, traite de la lutte des sans-papiers sur le mode inhabituel de la magie noire. Vous avez consacr&#233; un livre sur l'&#171; envo&#251;tement &#187; chez Antonin Artaud. Quelle est la pertinence de la question de la sorcellerie dans notre monde gestionnaire et bureaucratique ? &lt;br class='autobr' /&gt; Fr&#233;d&#233;ric Neyrat : Vis-&#224;-vis d'Artaud, la question de l'envo&#251;tement &#233;tait une mani&#232;re d'interroger le (...)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://lan02.butternet.net/-No3-Ogres-et-sorcieres-Autres-regards-sur-la-societe-technicienne-17-" rel="directory"&gt;N&#176;3 : Ogres et sorci&#232;res. Autres regards sur la soci&#233;t&#233; technicienne&lt;/a&gt;


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 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;span class='spip_document_14 spip_documents'&gt;&lt;a href='https://lan02.butternet.net/IMG/png/sorciere_petite.png' type=&#034;image/png&#034; title=&#034;sorciere_petite&#034;&gt;&lt;img src='https://lan02.butternet.net/local/cache-vignettes/L150xH119/sorciere_petite-74633-4e39d.png?1696061304' width='150' height='119' alt='sorciere_petite {PNG}' /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/span&gt; &lt;strong&gt;Entretien avec le philosophe Fr&#233;d&#233;ric Neyrat&lt;/strong&gt; &lt;br class='autobr' /&gt; &lt;strong&gt; Propos recueillis par Makekazzo&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;i&gt; &lt;strong&gt;L'An 02&lt;/strong&gt; &lt;/i&gt; : Le film &lt;i&gt;Low Life&lt;/i&gt; , dans lequel vous apparaissez, traite de la lutte des sans-papiers sur le mode inhabituel de la magie noire. Vous avez consacr&#233; un livre sur l'&#171; envo&#251;tement &#187; chez Antonin Artaud. Quelle est la pertinence de la question de la sorcellerie dans notre monde gestionnaire et bureaucratique ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;strong&gt;Fr&#233;d&#233;ric Neyrat&lt;/strong&gt; : Vis-&#224;-vis d'Artaud, la question de l'envo&#251;tement &#233;tait une mani&#232;re d'interroger le rapport intime entre la folie de cet &#233;crivain et la d&#233;mence de la colonisation capitaliste. Parler d'envo&#251;tement pour d&#233;crire ce rapport, c'est commencer par laisser de c&#244;t&#233; ce qu'on croit savoir de l'&#171; exploitation &#187; et de l'&#171; ali&#233;nation &#187;. C'est s'installer, comme avec le terme de sorcellerie, dans un anachronisme volontaire capable de d&#233;chirer le pr&#233;sent. Plus le pr&#233;sent est compact, coup&#233; des avenirs improbables comme des pass&#233;s sacrifi&#233;s, plus il se perd comme pr&#233;sent &#8211; un pr&#233;sent sans pass&#233; ni avenir est, litt&#233;ralement, inhabitable. Vaudou, envo&#251;tement, zombie, sorcier, magie, tous ces termes cr&#233;ent des zones d'ombres, des zones d'opacit&#233; dans ce syst&#232;me que vous nommez &#171; bureaucratique &#187; et &#171; gestionnaire &#187;, et que je qualifie pour ma part de &#171; surexpos&#233; &#187; ou de &#171; clairvoyant &#187;. Ces deux derniers termes s'appliquent aux nouvelles Lumi&#232;res que nous devons combattre et indiquent en quel sens notre &#233;poque exige un nouveau romantisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;i&gt; &lt;strong&gt;L'An 02&lt;/strong&gt; &lt;/i&gt; : C'est-&#224;-dire ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;strong&gt;Fr&#233;d&#233;ric Neyrat&lt;/strong&gt; : Romantiques sont non seulement une mani&#232;re de vivre intens&#233;ment le pr&#233;sent sur fond d'un pass&#233; &#224; reprendre et d'un avenir &#224; conqu&#233;rir, mais aussi une mani&#232;re de r&#233;investir le langage. Envo&#251;tement ou sorcellerie, ce ne sont pas d'abord des concepts, mais des m&#233;taphores, qui ne valent que dans la tension qu'elles cr&#233;ent avec les objets qu'elles sont cens&#233;es d&#233;crire &#8211; capitalisme, colonisation, destruction du psychisme, canalisation pr&#233;ventive de l'avenir, etc. Il s'agit donc d'une guerre port&#233;e dans le langage. Fonder la pens&#233;e politique, aussi &#233;mancipatrice soit-elle, sur le seul calcul de l'injustice ou la plate description de l'horreur &#233;cologique, c'est se condamner &#224; partager avec l'ennemi la m&#234;me &#233;masculation des mots, la m&#234;me pauvret&#233; d'imaginaire. J'affirme que le manque de perspective, de profondeur psychique, imaginaire et langagi&#232;re, est l'une des causes du manque de r&#233;volution. Dire qu'il est trop tard pour &#234;tre romantique, trop tard pour faire sentir l'&#233;nigme de l'univers &#224; m&#234;me la terre saccag&#233;e reviendrait &#224; dire qu'il est trop tard pour tout. Ce &#224; quoi je me refuse. Il nous faut continuer &#8211; ici et maintenant - &#224; affirmer en quoi il est juste, bon et beau que les conditions de possibilit&#233;s du vivant soient d&#233;fendues jusqu'&#224; notre ultime souffle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;i&gt; &lt;strong&gt;L'An 02&lt;/strong&gt; &lt;/i&gt; : Les &#233;cologistes en appellent g&#233;n&#233;ralement &#224; ne pas &#171; regarder ailleurs quand la maison br&#251;le &#187;, or &lt;i&gt;Low Life&lt;/i&gt; met en sc&#232;ne une r&#233;sistance sous la forme d'une &#233;vasion par la f&#234;te, la danse ou le sommeil, vus comme des espaces d'autonomie. Certains crieraient au repli h&#233;doniste objectivement utile pour le capitalisme. Y a-t-il malgr&#233; tout une puissance subversive dans la sarabande, l'amour et la r&#234;verie ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;strong&gt;Fr&#233;d&#233;ric Neyrat&lt;/strong&gt; : Regardons le feu tant que nous voulons, tant que nous ne regarderons pas ailleurs, par ailleurs, &#224; partir d'un ailleurs, nous n'y verrons que du feu. Car voir n'est pas une action m&#233;canique d'application des yeux sur un objet, cela implique une donation de sens, qui suppose une capacit&#233; de discernement. Comme le dit quelque part Beckett, &#171; Quoi, j'ai pass&#233; toute ma roulure de vie dans les sables, et tu veux que j'y voie des nuances ? &#187; Sans art, c'est-&#224;-dire sans diff&#233;rence articul&#233;e entre ce qui existe et ce qui pourrait &#234;tre, ce qu'on voit et d'autres mani&#232;res de voir, de sentir et d'entendre, il n'y a aucune chance que l'&#233;cocide en cours soit reconnu &#224; sa juste mesure.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En ce sens, parler de r&#234;ve n'a rien &#224; voir avec l'id&#233;e d'une fuite dans le r&#234;ve, mais tout avec la n&#233;cessit&#233; de repenser l'articulation de ce qu'on appelle &#171; r&#234;ve &#187; avec ce qu'on appelle &#171; r&#233;alit&#233; &#187;. De nombreux artistes de bio art ont le sentiment que leurs &#339;uvres, support&#233;es par des laboratoires scientifiques, ne sont plus des r&#234;ves, des m&#233;taphores, mais bien des r&#233;alit&#233;s, et ils en sont fiers &#8211; pensez &#224; Eduardo Kac et ses bidouilles transg&#233;niques. Finalement, le r&#234;ve est devenu tr&#232;s dangereux, ce que Burroughs avait parfaitement compris : &#171; L'Am&#233;rique n'est pas tant un cauchemar qu'un non-r&#234;ve. [&#8230;] Le r&#234;ve est un &#233;v&#233;nement spontan&#233; et donc dangereux pour un syst&#232;me de contr&#244;le cr&#233;&#233; par des non-r&#234;veurs &#187;. C'est plut&#244;t du non-r&#234;ve que vend le capitalisme, c'est-&#224;-dire de l'hallucination (du 3D). De la non-m&#233;taphore, c'est-&#224;-dire de la fixation dans les flux du changement permanent. Bref, ne nous faisons pas avoir par les clich&#233;s du capitalisme qui pr&#233;tend avoir investi les d&#233;sirs d'autonomie, de cr&#233;ativit&#233; et d'amour&#8230; Croire un seul instant que l'autonomie est ce qui se passe dans une usine capitaliste, que la cr&#233;ation est identique &#224; la production de marchandise ou que l'amour consiste &#224; rencontrer quelqu'un sur Second Life est la preuve que la capacit&#233; de r&#234;ver, de reprendre les promesses du pass&#233;, de relancer les d&#233;s de l'avenir, a &#233;t&#233; s&#233;rieusement compromise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sachons prot&#233;ger la &#171; r&#234;verie &#187;, surtout si c'est celle d'un promeneur solitaire. Elle est l'une des formes de l'ailleurs &#224; partir duquel une politique efficace est pensable. Elle est ce qui permet &#224; la v&#233;rit&#233; de ne pas &#234;tre seulement &#171; d&#233;rangeante &#187;, mais de pouvoir s'articuler sur une foi dans un monde qui puisse nous convenir. Nietzsche forever.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;i&gt; &lt;strong&gt;L'An 02&lt;/strong&gt; &lt;/i&gt; : L'&#233;cologie suppose aussi un sens de la limite, de la mesure. Si le capitalisme est pareil &#224; un Cronos d&#233;vorant ses enfants, quel autre L&#233;viathan viendra arr&#234;ter cet ogre ? Comment, donc, juguler l' &lt;i&gt;hubris&lt;/i&gt; capitaliste sans sacrifier l'autonomie des individus ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;strong&gt;Fr&#233;d&#233;ric Neyrat&lt;/strong&gt; : En r&#233;troc&#233;dant une part de d&#233;mesure (1) aux formes de vie, c'est-&#224;-dire en proc&#233;dant &#224; une nouvelle m&#233;tabolisation anthropologique de la d&#233;mesure comme amour, imagination et formes d'auto-organisations attentives aux relations qu'elles g&#233;n&#232;rent et qui les obligent. Je consid&#232;re en effet, contre Hans Jonas, que le probl&#232;me n'est pas de r&#233;-encha&#238;ner Prom&#233;th&#233;e, le pauvre, le tortur&#233;, mais, 1/ de brider &#8211; &#224; d&#233;faut d'abolir &#8211; le capitalisme et 2/ de refonder le rapport sensitif, &#233;motionnel, esth&#233;tique que nous entretenons avec le monde comme avec les m&#233;diations techniques. On ne peut traiter de la question de l'hubris en g&#233;n&#233;ral, il faut la territorialiser &#224; chaque fois, voir si elle ouvre un espace ou, au contraire, le d&#233;truit. &#171; Nombreux sont les Terribles, mais aucun plus que l'Homme &#187; lorsqu'il ne conna&#238;t plus aucun espace ni aucun temps pour exp&#233;rimenter ce que l'existence a de profond&#233;ment d&#233;mesur&#233;, rebelle &#224; toute norme, toute arch&#233;. L'ogre, ou le L&#233;viathan, ou l'&#201;tat despotique, a besoin du capitalisme pour l'alimenter. Il ne sera jamais &#233;cologique. Le &#171; p&#233;tainisme vert &#187; que pronostiquait Gorz sera tout simplement un nationalisme brun qui finira par se manger lui-m&#234;me suite aux manques de vivres. Ogre autophagique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(1) Cf. &#171; D&#233;mesure &#187;, et le dossier &#171; Prom&#233;th&#233;e contre Areva &#187; in &lt;i&gt;Multitudes&lt;/i&gt; 2011/4 (n&#176; 47).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;strong&gt; &lt;i&gt;Low Life&lt;/i&gt; de Nicolas Klotz et &#201;lisabeth Perceval&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle s'appelle Carmen, lui Hussain. Il est afghan, elle lyonnaise. Elle milite aux c&#244;t&#233;s des sans-papiers, lui est demandeur d'asile. Ils se croisent dans un squat et ils s'aiment. Mais au lieu d'obtenir le statut de r&#233;fugi&#233;, Hussain re&#231;oit son &#171; arr&#234;t de mort &#187; : l'arr&#234;t&#233; d'obligation de quitter le territoire fran&#231;ais. Pour vivre leur histoire, ils se r&#233;fugient dans une vie souterraine, nocturne, sous les radars de la police : une &#171; sous-vie &#187;. Apr&#232;s &lt;i&gt;La Blessure&lt;/i&gt; , qui traitait d&#233;j&#224; de l'immigration clandestine (2004) et &lt;i&gt;La Question humaine&lt;/i&gt; (2007) (1), qui retra&#231;ait les liens de filiation refoul&#233;s entre le management capitaliste et les heures les plus noires de notre modernit&#233;, le tandem Klotz-Perceval signe avec &lt;i&gt;Low Life&lt;/i&gt; (2012) une trag&#233;die contemporaine sur le face-&#224;-face entre une jeunesse rebelle, peinte en puissance antique, et un &#201;tat traqueur et expulseur. A rebours des repr&#233;sentations documentaires sur les luttes militantes, les &#171; armes des faibles &#187; contre les descentes polici&#232;res, la vid&#233;osurveillance et la biom&#233;trie sont, dans ce film, rien de moins que la gu&#233;rilla vaudou et l'&#233;vasion narcoleptique. Une fa&#231;on de replacer le r&#234;ve, la passion amoureuse et le fantastique au c&#339;ur de la politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(1) Adapt&#233; du roman &#233;ponyme de Fran&#231;ois Emmanuel, Stock, 2000, r&#233;&#233;d. Le Livre de poche.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Management et sorcellerie</title>
		<link>https://lan02.butternet.net/Management-et-sorcellerie</link>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Jean-Baptiste Bertrand</dc:creator>



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&lt;p&gt;Une simple case &#224; signer. Voil&#224; ce qui demeurait &#224; accomplir pour conclure ces entretiens annuels d'&#233;valuation un peu difficiles o&#249; j'avais d&#251; clairement insister sur des &#171; objectifs de progr&#232;s attendus &#187;. Et voici que mes agents s'ent&#234;taient &#224; refuser de signer. J'avais une furieuse envie de leur dire franchement que nous n'&#233;tions pas dans une n&#233;gociation mais dans une relation hi&#233;rarchique o&#249; il leur &#233;tait simplement demand&#233; de viser le document. &lt;br class='autobr' /&gt;
Et pourtant, ils avaient raison. Inconsciemment, ils ont (...)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Une simple case &#224; signer. Voil&#224; ce qui demeurait &#224; accomplir pour conclure ces entretiens annuels d'&#233;valuation un peu difficiles o&#249; j'avais d&#251; clairement insister sur des &#171; objectifs de progr&#232;s attendus &#187;. Et voici que mes agents s'ent&#234;taient &#224; refuser de signer. J'avais une furieuse envie de leur dire franchement que nous n'&#233;tions pas dans une n&#233;gociation mais dans une relation hi&#233;rarchique o&#249; il leur &#233;tait simplement demand&#233; de viser le document.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et pourtant, ils avaient raison. Inconsciemment, ils ont per&#231;u la nature originelle de ce type de document qui a &#233;t&#233; pens&#233; et diffus&#233; dans les organisations comme la d&#233;clinaison ultime d'une logique contractuelle. L'employ&#233; doit lui aussi s'engager, signer sa volont&#233; d'atteindre les objectifs assign&#233;s. Cette proc&#233;dure visait en r&#233;alit&#233; &#224; faire signer un pacte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et pourtant, j'avais sans doute raison. Le meilleur moyen de briser cette obligation de serment est de la d&#233;grader au stade de simple visa. Et ainsi de revenir &#224; une relation hi&#233;rarchique avec ses hauts et ses bas, mais au c&#339;ur de laquelle on pouvait garantir le respect de celui ou celle que l'on avait en face de soi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Ne jurez pas. &#187; Cette injonction du sermon sur la montagne (Mt 5, 33-37), L&#233;on Tolsto&#239; lui accorde toute son importance parce que, plus que quiconque, il per&#231;oit son impact sur les pratiques des puissances : l'&#201;tat, l'arm&#233;e et pourquoi pas l'entreprise. &#171; Tout serment est extorqu&#233; de l'homme dans un but diabolique &#187; ( &lt;i&gt;Ce que je crois&lt;/i&gt; ). L'enracinement th&#233;ologique de cette injonction est d&#233;finitif, pour Tolsto&#239; : on ne peut servir deux ma&#238;tres et justement le pouvoir d'&#201;tat tente de lier les hommes par des serments d'all&#233;geance. La perspective de Tolsto&#239; est libertaire et antimilitariste. A l'appui de son propos, il cite l'adresse du Kaiser Guillaume &#224; ses soldats : &#171; Vous m'avez jur&#233; fid&#233;lit&#233; [&#8230;] : cela signifie que vous &#234;tes &#224; pr&#233;sent mes soldats, que vous vous &#234;tes donn&#233;s &#224; moi, corps et &#226;me &#187;. ( &lt;i&gt;Le Royaume des Cieux est en vous&lt;/i&gt; ).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si le management contractuel utilise le pacte, le management par les valeurs conduit aussi bien &#224; certaines manipulations, &#224; l'image des s&#233;minaires de formation entourant la mise en &#339;uvre d'une &#171; charte des valeurs de l'entreprise &#187;. Concluons cependant sur une derni&#232;re forme de manifestation de la sorcellerie dans le management, &#224; savoir la possession.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tr&#232;s vite apr&#232;s l'apparition des formes d'organisation taylorienne du travail, celles-ci ont &#233;t&#233; critiqu&#233;es comme conduisant &#224; la d&#233;shumanisation des ouvriers et des ouvri&#232;res, au c&#339;ur de la cha&#238;ne de travail. Un certain nombre d'acquis sociaux et la sociabilit&#233; des travailleurs pr&#233;servaient tout du moins une parcelle d'autonomie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis plusieurs ann&#233;es, de nouvelles formes organisationnelles apparaissent, sur le mod&#232;le des centrales d'appels t&#233;l&#233;phoniques, o&#249; la capacit&#233; relationnelle des travailleurs est requise mais o&#249; elle est strictement encadr&#233;e par des phrases st&#233;r&#233;otyp&#233;es, des possibles pr&#233;-&#233;crits. Jusqu'au nom du travailleur qui est contrefait. A la diff&#233;rence des anciennes organisations tayloriennes, l'enti&#232;re attention psychique de l'ouvrier est requise et orient&#233;e sur le processus. L'organisation rationnelle et technicienne du travail peut enfin revendiquer jusqu'&#224; la possession totale de l'&#226;me du travailleur.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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<item xml:lang="fr">
		<title>La France des sorci&#232;res</title>
		<link>https://lan02.butternet.net/La-France-des-sorcieres</link>
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		<dc:date>2013-07-01T00:00:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Jip&#233;</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;par Jip&#233; &lt;br class='autobr' /&gt;
Dans L'Invention de la France (1), Herv&#233; Le Bras et Emmanuel Todd apportent un singulier &#233;clairage sur les proc&#232;s de sorci&#232;res des XVIe et XVIIe si&#232;cles. La nouvelle &#233;dition de leur atlas cartographie la diversit&#233; de la nation fran&#231;aise. Ainsi, cartes en main, les auteurs prouvent que la r&#233;pression massive et hyst&#233;rique de la sorcellerie ne toucha que certaines r&#233;gions anthropologiques. L'Est notamment, o&#249; les rapports entre hommes et femmes sont &#233;galitaires et instables, donc conflictuels. (...)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://lan02.butternet.net/-No3-Ogres-et-sorcieres-Autres-regards-sur-la-societe-technicienne-17-" rel="directory"&gt;N&#176;3 : Ogres et sorci&#232;res. Autres regards sur la soci&#233;t&#233; technicienne&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;span class='spip_document_14 spip_documents'&gt;&lt;a href='https://lan02.butternet.net/IMG/png/sorciere_petite.png' type=&#034;image/png&#034; title=&#034;sorciere_petite&#034;&gt;&lt;img src='https://lan02.butternet.net/local/cache-vignettes/L150xH119/sorciere_petite-74633-4e39d.png?1696061304' width='150' height='119' alt='sorciere_petite {PNG}' /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/span&gt;par Jip&#233;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans &lt;i&gt;L'Invention de la France&lt;/i&gt; (1), Herv&#233; Le Bras et Emmanuel Todd apportent un singulier &#233;clairage sur les proc&#232;s de sorci&#232;res des XVIe et XVIIe si&#232;cles. La nouvelle &#233;dition de leur atlas cartographie la diversit&#233; de la nation fran&#231;aise. Ainsi, cartes en main, les auteurs prouvent que la r&#233;pression massive et hyst&#233;rique de la sorcellerie ne toucha que certaines r&#233;gions anthropologiques. L'Est notamment, o&#249; les rapports entre hommes et femmes sont &#233;galitaires et instables, donc conflictuels. Mobilisant Heinsohn et Steiger, les auteurs identifient la r&#233;pression comme une tentative de d&#233;poss&#233;der les femmes de leurs comp&#233;tences en mati&#232;re de reproduction, contraception et avortement. A la Renaissance, l'&#201;tat et la soci&#233;t&#233; tentent de r&#233;duire le r&#244;le des femmes d'un certain &#226;ge d&#233;tentrices de savoirs corporels &#8211; les sorci&#232;res. Mais cette fi&#232;vre n'a pas modifi&#233; en profondeur les comportements et le mode dominant de rapports entre les sexes. Aujourd'hui, les sorci&#232;res de l'Est existent toujours. On ne les pourchasse plus, elles ont une profession reconnue, li&#233;e aux questions sexuelles et de reproduction : elles sont sages-femmes. La r&#233;gion tol&#232;re d&#233;sormais un m&#233;tier qui aurait &#233;t&#233; consid&#233;r&#233; comme mal&#233;fique il y a quelques si&#232;cles. Malgr&#233; la technicisation des pratiques m&#233;dicales, l'obst&#233;trique, la gyn&#233;cologie &#8211; sciences masculines &#8211;, la carte des sages-femmes de 1970 co&#239;ncide &#233;tonnamment avec celle des sorci&#232;res d'autrefois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(1) Herv&#233; Le Bras, Emmanuel Todd, &lt;i&gt;L'Invention de la France. Atlas anthropologique et politique&lt;/i&gt; , Gallimard, 2012.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>La marque du sacr&#233;</title>
		<link>https://lan02.butternet.net/La-marque-du-sacre</link>
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		<dc:date>2013-07-01T00:00:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Olivier Humbert</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;par Olivier Humbert &lt;br class='autobr' /&gt;
Ancien disciple d'Ivan Illich, Jean-Pierre Dupuy traque les &#171; marques du sacr&#233; &#187; au sein des soci&#233;t&#233;s modernes. Il montre ainsi comment l'&#233;conomie a pris la place pr&#233;c&#233;demment occup&#233;e par le sacr&#233;, avec la m&#234;me fonction : r&#233;soudre le probl&#232;me du mal et contenir la violence par des moyens violents. &lt;br class='autobr' /&gt;
Dans cette approche, nul besoin de recourir &#224; l'&#233;thique, la logique de l'int&#233;r&#234;t et de l'&#233;change suffit &#224; pacifier les rapports, m&#234;me si elle nourrit aussi le ressentiment. Apr&#232;s Ren&#233; Girard, (...)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://lan02.butternet.net/-No3-Ogres-et-sorcieres-Autres-regards-sur-la-societe-technicienne-17-" rel="directory"&gt;N&#176;3 : Ogres et sorci&#232;res. Autres regards sur la soci&#233;t&#233; technicienne&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;span class='spip_document_14 spip_documents'&gt;&lt;a href='https://lan02.butternet.net/IMG/png/sorciere_petite.png' type=&#034;image/png&#034; title=&#034;sorciere_petite&#034;&gt;&lt;img src='https://lan02.butternet.net/local/cache-vignettes/L150xH119/sorciere_petite-74633-4e39d.png?1696061304' width='150' height='119' alt='sorciere_petite {PNG}' /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/span&gt;par Olivier Humbert&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ancien disciple d'Ivan Illich, Jean-Pierre Dupuy traque les &#171; marques du sacr&#233; &#187; au sein des soci&#233;t&#233;s modernes. Il montre ainsi comment l'&#233;conomie a pris la place pr&#233;c&#233;demment occup&#233;e par le sacr&#233;, avec la m&#234;me fonction : r&#233;soudre le probl&#232;me du mal et contenir la violence par des moyens violents.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans cette approche, nul besoin de recourir &#224; l'&#233;thique, la logique de l'int&#233;r&#234;t et de l'&#233;change suffit &#224; pacifier les rapports, m&#234;me si elle nourrit aussi le ressentiment. Apr&#232;s Ren&#233; Girard, Dupuy rappelle en effet que la richesse et les biens ne servent pas &#224; satisfaire des besoins mais &#224; attirer le regard des autres, nourrissant un &#171; d&#233;sir mim&#233;tique &#187; sans fin. Mais dans les soci&#233;t&#233;s d&#233;sacralis&#233;es, nous dit Dupuy, &#171; cette utopie en forme de cauchemar &#187; que constitue la soci&#233;t&#233; de consommation individualiste, est peut-&#234;tre le prix &#224; payer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Encore faudrait-il r&#233;soudre le probl&#232;me de la domination de l'&#233;conomie sur le politique, de l'intendance sur la puissance, qui constitue une r&#233;gression d&#233;mocratique et ouvre une crise profonde. Car pour jouer son r&#244;le et &#171; se projeter vers un avenir qui n'existe pas encore mais qu'elle fait exister &#187; l'&#233;conomie a besoin du politique et de sa capacit&#233; &#224; s'extraire de la seule rationalit&#233; pour choisir librement un destin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J.-P. Dupuy, &lt;i&gt;La Marque du sacr&#233;&lt;/i&gt; , Carnets Nord, 2009.&lt;br class='autobr' /&gt;
J.-P. Dupuy, &lt;i&gt; L'Avenir de l'&#233;conomie&lt;/i&gt; , Flammarion, 2012.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>&#171; Conna&#238;tre un peu la magie est essentiel au sein du syst&#232;me capitaliste &#187;</title>
		<link>https://lan02.butternet.net/Connaitre-un-peu-la-magie-est-essentiel-au-sein-du-systeme-capitaliste</link>
		<guid isPermaLink="true">https://lan02.butternet.net/Connaitre-un-peu-la-magie-est-essentiel-au-sein-du-systeme-capitaliste</guid>
		<dc:date>2012-12-01T00:00:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		



		<description>
&lt;p&gt;Entretien avec Starhawk &lt;br class='autobr' /&gt; Fondatrice de la tradition Reclaiming , la sorci&#232;re am&#233;ricaine Starhawk d&#233;couvre la spiritualit&#233; pa&#239;enne dans les ann&#233;es 70 &#224; travers le f&#233;minisme et la lutte antinucl&#233;aire. Rencontre exceptionnelle avec une militante altermondialiste de la premi&#232;re heure&#8230; &lt;br class='autobr' /&gt; L'An 02 : Vous avez particip&#233; &#224; de nombreuses luttes altermondialistes, comme &#224; Qu&#233;bec en avril 2001. Pouvez-vous nous expliquer la place des sorci&#232;res dans ce type de manifestations ? &lt;br class='autobr' /&gt; Starhawk : A Qu&#233;bec, nous protestions (...)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://lan02.butternet.net/-No3-Ogres-et-sorcieres-Autres-regards-sur-la-societe-technicienne-17-" rel="directory"&gt;N&#176;3 : Ogres et sorci&#232;res. Autres regards sur la soci&#233;t&#233; technicienne&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;span class='spip_document_14 spip_documents'&gt;&lt;a href='https://lan02.butternet.net/IMG/png/sorciere_petite.png' type=&#034;image/png&#034; title=&#034;sorciere_petite&#034;&gt;&lt;img src='https://lan02.butternet.net/local/cache-vignettes/L150xH119/sorciere_petite-74633-4e39d.png?1696061304' width='150' height='119' alt='sorciere_petite {PNG}' /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/span&gt;Entretien avec Starhawk&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;i&gt;Fondatrice de la tradition &lt;/i&gt; Reclaiming &lt;i&gt;, la sorci&#232;re am&#233;ricaine Starhawk d&#233;couvre la spiritualit&#233; pa&#239;enne dans les ann&#233;es 70 &#224; travers le f&#233;minisme et la lutte antinucl&#233;aire. Rencontre exceptionnelle avec une militante altermondialiste de la premi&#232;re heure&#8230;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;i&gt; &lt;strong&gt;L'An 02&lt;/strong&gt; &lt;/i&gt; : Vous avez particip&#233; &#224; de nombreuses luttes altermondialistes, comme &#224; Qu&#233;bec en avril 2001. Pouvez-vous nous expliquer la place des sorci&#232;res dans ce type de manifestations ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;strong&gt;Starhawk&lt;/strong&gt; : A Qu&#233;bec, nous protestions contre le Sommet des Am&#233;riques et la tentative d'un accord de libre-&#233;change commercial pour l'industrie. Nous avions une d&#233;l&#233;gation appel&#233;e le &#171; groupe des pa&#239;en&#183;ne&#183;s &#187; qui r&#233;unissait de tr&#232;s nombreux groupes qui voulaient se retrouver ensemble, mener des actions non-violentes et, d'une certaine mani&#232;re, apporter notre spiritualit&#233; &#224; l'int&#233;rieur des actions militantes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'&#233;tait le moment o&#249; l'on parlait de l'appel de Cochabamba, en Bolivie, o&#249; les gens s'&#233;taient r&#233;volt&#233;&#183;e&#183;s contre la privatisation de la distribution d'eau. Ils et elles avaient bloqu&#233; les rues pendant deux semaines et &#233;taient finalement parvenu&#183;e&#183;s &#224; emp&#234;cher la privatisation. La d&#233;claration, &#233;crite par un peuple indig&#232;ne, &#233;tait po&#233;tique, parlait des anc&#234;tres, de l'esprit de la Nature, de la Terre M&#232;re&#8230; Elle rappelait simplement que l'eau &#233;tait un droit humain et qu'elle devait &#234;tre contr&#244;l&#233;e par les communaut&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et donc nous avons d&#233;cid&#233; que notre action &#224; Qu&#233;bec serait autour de la question de l'eau. Comme il y a un fleuve qui coule au c&#339;ur de la ville, nous avons essay&#233; de rejoindre le fleuve et de devenir le fleuve vivant. Nous avons cr&#233;&#233; une marionnette g&#233;ante de l'eau, habill&#233;e en bleu, qui bougeait dans la rue&#8230; Le but de notre action &#233;tait d'amener la d&#233;claration de Cochabamba &#224; l'int&#233;rieur du sommet. Il y avait une zone de restriction de 5 km aux alentours. Nous &#233;tions entour&#233;&#183;e&#183;s par la police anti-&#233;meutes. Mais nous savions ce que nous voulions faire : entrer et lire la d&#233;claration. Et si nous n'avons pas pu rentrer, nous nous en sommes approch&#233;&#183;e&#183;s autant que nous avons pu le faire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s deux ou trois jours dans les rues de Qu&#233;bec, il y avait du gaz lacrymog&#232;ne partout. Toute la ville disparaissait dans le brouillard. Je n'oublierai jamais un de ces moments. Juste devant les barri&#232;res, de nombreux manifestant&#183;e&#183;s luttaient pour tenir l'espace devant la police anti-&#233;meutes. Nous devions leur venir en soutien et nous avons fait une spiral dance, qui est une de nos traditions : une danse au cours de laquelle on danse de telle mani&#232;re &#224; se voir les un&#183;e&#183;s les autres et se regarder les un&#183;e&#183;s les autres. Nous entrons dans un pouvoir grandissant, une &#233;nergie grandissante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous nous sommes retrouv&#233;&#183;e&#183;s &#224; une centaine de personnes &#224; danser dehors, face &#224; la police, avec des cartouches de gaz lacrymog&#232;ne volant en permanence au-dessus de nos t&#234;tes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;i&gt; &lt;strong&gt;L'An 02&lt;/strong&gt; &lt;/i&gt; : Dans vos livres, vous parlez de votre incarc&#233;ration au cours de ces &#233;v&#233;nements comme d'une initiation mystique&#8230; quelque chose qui n'&#233;tait pas seulement une exp&#233;rience mais un commencement&#8230; Pouvez-vous nous parler de cette descente dans les lieux souterrains que repr&#233;sente la prison ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;strong&gt;Starhawk&lt;/strong&gt; : Oui, il y a de tr&#232;s nombreux mythes au sujet de dieux anciens descendant dans le monde souterrain. Celui sum&#233;rien d'Inanna en est le meilleur arch&#233;type. Inanna descend dans le monde souterrain pour affronter sa s&#339;ur, Eresh-kigal, d&#233;esse de la mort. Elle descend, elle traverse sept portes. A chaque porte elle doit se d&#233;shabiller, laisser son diad&#232;me, ses colliers, ses pouvoirs et finalement elle doit entrer enti&#232;rement nue, pour d&#233;couvrir que sa s&#339;ur a bien plus de pouvoirs qu'elle n'en a. Et elle se trouve pendue pendant sept jours et sept nuits, jusqu'&#224; ce que finalement un messager soit envoy&#233; pour la secourir. Elle devient alors capable de s'&#233;chapper &#224; travers les sept portes, avec Eresh-kigal &#224; sa poursuite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour moi, c'&#233;tait une histoire pleine de force pour appr&#233;hender une exp&#233;rience d'incarc&#233;ration. Cela y ressemble beaucoup. Vous allez dans un lieu qui vous donne l'impression de descendre dans un monde souterrain. C'est humide, c'est sombre. Vous passez par un processus o&#249; chaque chose vous est retir&#233;e. C'est d'abord votre sac &#224; dos, puis ce que vous avez dans vos poches, puis vos v&#234;tements, jusqu'&#224; ce que vous vous retrouviez presque nue. Et apr&#232;s vous restez l&#224; jusqu'&#224; ce que vous arriviez &#224; sortir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et vous revenez avec un savoir que vous n'aviez pas auparavant. La toute premi&#232;re fois que j'ai &#233;t&#233; en prison, cela a &#233;t&#233; une r&#233;v&#233;lation, parce que dans notre syst&#232;me nous avons plein de modes de pouvoir et de contr&#244;le qui sont le plus souvent cach&#233;s et dont on ne fait pas vraiment la publicit&#233;. Mais quand vous &#234;tes emprisonn&#233;&#183;e, c'est comme si tous les masques tombent et cela devient tr&#232;s concret : vous voyez tr&#232;s clairement qu'il s'agit de contr&#244;le, de r&#233;compense et de punition, de manipulation, de mensonges. De mani&#232;re &#224; ce que, quand vous sortez, vous pouvez reconna&#238;tre toutes ces choses dans un syst&#232;me, l&#224; o&#249; vous n'auriez pas &#233;t&#233; capable de les voir auparavant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;i&gt; &lt;strong&gt;L'An 02&lt;/strong&gt; &lt;/i&gt; : Vous utilisez le terme d' &lt;i&gt;empowerment&lt;/i&gt; . Qu'est-ce que concr&#232;tement cela signifie pendant une manifestation, une action, d'&#234;tre &lt;i&gt;empowered&lt;/i&gt; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;strong&gt;Starhawk&lt;/strong&gt; : Tout d'abord, je voudrais distinguer plusieurs sortes de pouvoirs. Il y a le &#171; pouvoir sur &#187;, qui est le contr&#244;le, la domination, le pouvoir que peut avoir un groupe de personne de d&#233;terminer les choix d'un autre groupe de personnes, d'imposer des jugements et des punitions. Mais il y a une autre sorte de pouvoir que j'aime appeler le &#171; pouvoir de l'int&#233;rieur &#187; qui est notre propre capacit&#233; d'agir, de cr&#233;er, de faire des liens, de prendre position, d'agir avec courage. Et c'est de ce pouvoir qu'il s'agit, que l'on t&#226;che de faire grandir, dans cette dimension de l' &lt;i&gt;empowerment&lt;/i&gt; . Plus vous &#234;tes en lien avec votre pouvoir int&#233;rieur, et votre capacit&#233; d'agir collectivement, moins le syst&#232;me est en mesure de vous contr&#244;ler.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le syst&#232;me vous dit : &#171; Nous n'avons pas d'autres choix &#187;. Et si vous &#234;tes &lt;i&gt;empowered&lt;/i&gt; , vous r&#233;pondez : &#171; En r&#233;alit&#233;, nous avons toujours le choix &#187;. L'essence de l' &lt;i&gt;empowerment&lt;/i&gt; , c'est en fait de prendre la responsabilit&#233; de nos choix, d'agir ensemble dans cette direction. De casser les certitudes que nous pouvons avoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;i&gt; &lt;strong&gt;L'An 02&lt;/strong&gt; &lt;/i&gt; : L' &lt;i&gt;empowerment&lt;/i&gt; comme base de la d&#233;mocratie ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;strong&gt;Starhawk&lt;/strong&gt; : Oui, de la d&#233;mocratie v&#233;ritable. Pas seulement d'aller voter. La d&#233;mocratie v&#233;ritable est faite de gens qui prennent leurs responsabilit&#233;s pour dire la v&#233;rit&#233;, pour cr&#233;er des structures &#224; l'int&#233;rieur desquelles la voix de chacun&#183;e puisse &#234;tre &#233;cout&#233;e et &#224; l'int&#233;rieur de laquelle chacun&#183;e puisse influer, contribuer &#224; la formation des d&#233;cisions, &#224; d&#233;finir les directions que l'on prend.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;i&gt; &lt;strong&gt;L'An 02 &lt;/strong&gt; &lt;/i&gt; : Que pensez-vous de la description du pouvoir capitaliste comme un pouvoir d'incantation, une sorte de sorcellerie ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;strong&gt;Starhawk&lt;/strong&gt; : Il y a une part de nous qui est rationnelle, qui nous fait analyser les choses, qui nous donne des directives, qui organise. Il y a &#233;galement une part plus profonde de nous-m&#234;mes qui est sensuelle et qui a besoin d'&#234;tre en lien avec les choses physiques, les odeurs, le toucher, le go&#251;t, les &#233;motions. Et cette part est, je crois, plus forte et plus fondamentale que la part rationnelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les premi&#232;res bases de la pratique de la magie sont d'apprendre &#224; &#233;voquer ce que nous appelons le &lt;i&gt;younger self&lt;/i&gt; , le c&#244;t&#233; sensuel. Nous utilisons cela en conscience pour &#233;veiller nos &#233;nergies et nos capacit&#233;s. Nous essayons de couper ce que nous appelons le &lt;i&gt;talking self&lt;/i&gt; du &lt;i&gt;younger self&lt;/i&gt; .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La publicit&#233; utilise le m&#234;me type de compr&#233;hension : elle nous faire faire ce que nous incite &#224; faire nos instincts primaires (le sexe, la nourriture, la couleur) et les lie &#224; des objets mat&#233;riels. Elle nous incite &#224; diriger notre &#233;nergie vers ces objets en les achetant. Quand vous traversez un supermarch&#233; aux &#201;tats-Unis, il regorge d'objets, il y a de la musique qui hurle et vos sens sont submerg&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Georges Lakoff, dans &lt;i&gt;The Political Mind&lt;/i&gt; , explique tr&#232;s bien comment une m&#233;taphore pouvait nous impacter, en cr&#233;ant des structures dans le cerveau. Par exemple, lorsqu'est &#233;voqu&#233;e en permanence la r&#233;forme des retraites. Le fonds de la r&#233;forme des retraites est de r&#233;ussir &#224; retirer mat&#233;riellement les retraites pour lesquelles les gens ont travaill&#233;, ont cotis&#233;, ont &#233;pargn&#233;&#8230; et en d&#233;finitive de les voler. Plus vous l'appelez &#171; r&#233;forme des retraites &#187;, encore et encore, plus il devient difficile pour les gens d'y r&#233;fl&#233;chir diff&#233;remment. En l'occurrence, il ne s'agit pas d'une incantation positive.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis des si&#232;cles, on sait que la puissance principale de l'incantation repose dans la r&#233;p&#233;tition. Vous pouvez le voir lorsque les gens agissent sur eux-m&#234;mes lorsqu'ils sont en train de se focaliser sur des blessures, de se raconter des histoires sur eux-m&#234;mes, du genre &#171; Je suis un loser &#187; et se le r&#233;p&#232;tent encore et encore. Cela agit comme une incantation n&#233;gative.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Donc je pense que ces choses se passent tout autour de nous, dans la politique, le capitalisme, la publicit&#233;, l'industrie, en cr&#233;ant de la demande et en donnant &#224; nos d&#233;sirs leur formes. Ces commandements sophistiqu&#233;s sont en action. Avoir un petit peu de connaissance de la magie, de comment en premier lieu reconna&#238;tre et par la suite comprendre et changer son propre &#233;tat de conscience, est une action essentielle au sein du syst&#232;me capitaliste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;strong&gt;Propos recueillis en septembre 2012 et traduits de l'anglais par Bertrand Rolin, avec le soutien de Anne L.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;strong&gt;A lire, les ouvrages de Starhawk publi&#233;s en fran&#231;ais par Les Emp&#234;cheurs de penser en rond&lt;/strong&gt; &lt;br class='autobr' /&gt; &lt;i&gt;Femmes, Magie et Politique&lt;/i&gt; , postface d'Isabelle Stengers, traduction d'An Morbic, 2003.&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;i&gt;Parcours d'une altermondialiste, de Seattle aux Twin Towers&lt;/i&gt; , traduction d'Isabelle Stengers et &#201;dith Rubinstein, 2004.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>F&#233;e et libre</title>
		<link>https://lan02.butternet.net/Fee-et-libre</link>
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		<dc:creator>Philippe Godard</dc:creator>



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&lt;p&gt;Les f&#233;es sont un peu farouches. Mais, on le sait depuis l'enfance, elles aiment se r&#233;unir secr&#232;tement au fond des for&#234;ts et y c&#233;l&#233;brer des cultes joyeux qui redonnent sens et beaut&#233; &#224; la vie. &lt;br class='autobr' /&gt;
D&#232;s la fin des ann&#233;es 1970, un certain nombre de militants gays, autour d'Harry Hay, per&#231;oivent que la &#171; lib&#233;ration &#187; que les homos sont en train obtenir risque de tr&#232;s vite se transformer en une simple int&#233;gration &#224; la soci&#233;t&#233; de consommation. Mais pour eux, les gays ne doivent pas oublier ce que l'exp&#233;rience de la (...)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://lan02.butternet.net/-No3-Ogres-et-sorcieres-Autres-regards-sur-la-societe-technicienne-17-" rel="directory"&gt;N&#176;3 : Ogres et sorci&#232;res. Autres regards sur la soci&#233;t&#233; technicienne&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Les f&#233;es sont un peu farouches. Mais, on le sait depuis l'enfance, elles aiment se r&#233;unir secr&#232;tement au fond des for&#234;ts et y c&#233;l&#233;brer des cultes joyeux qui redonnent sens et beaut&#233; &#224; la vie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s la fin des ann&#233;es 1970, un certain nombre de militants gays, autour d'Harry Hay, per&#231;oivent que la &#171; lib&#233;ration &#187; que les homos sont en train obtenir risque de tr&#232;s vite se transformer en une simple int&#233;gration &#224; la soci&#233;t&#233; de consommation. Mais pour eux, les gays ne doivent pas oublier ce que l'exp&#233;rience de la minorit&#233; sexuelle leur a appris : le caract&#232;re construit des normes sociales, la fa&#231;on dont elles servent certains int&#233;r&#234;ts et pas d'autres, et la n&#233;cessit&#233; d'inventer pour s'&#233;manciper. Se lib&#233;rer de l'h&#233;t&#233;rocentrisme pour s'ali&#233;ner &#224; nouveau dans le consum&#233;risme serait donc pour eux une forme d'&#233;chec.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les ann&#233;es soixante, Harry Hay a rencontr&#233; diff&#233;rents formes de spiritualit&#233; am&#233;rindiennes et a imm&#233;diatement per&#231;u leur potentiel subversif et alternatif au mod&#232;le dominant. La conception non-binaires des genres, le d&#233;passement des apparences physiques et la recherche de la sinc&#233;rit&#233; &#233;motionnelle sont des &#233;l&#233;ments qui rentrent fortement en r&#233;sonance avec l'id&#233;alisme du mouvement gay radical dont Hay se revendique alors.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et c'est de cette conjonction que vont na&#238;tre les f&#233;es. En 1979, Harry Hay et ses amis lancent un appel pour la &#171; Conf&#233;rence spirituelle des Radical Faeries &#187; et organisent un premier rassemblement aux &#201;tats-Unis. Suite &#224; cet &#233;v&#233;nement fondateur, le mouvement va peu &#224; peu essaimer et les groupes de f&#233;es se multiplier &#224; travers le monde, reprenant les grands principes sans reproduire strictement le m&#234;me mod&#232;le. Car la f&#233;erie est avant tout une dynamique qui fonctionne en r&#233;seau et non un mouvement structur&#233; et hi&#233;rarchis&#233;. Il s'agit fondamentalement de faire se rencontrer des personnes qui souhaitent vivre dans la &#171; bienveillance choisie et partag&#233;e &#187;, comme le dit Absinthe, l'une des f&#233;es fran&#231;aises que nous avons rencontr&#233;e. Cette dynamique est scand&#233;e par des rassemblements dans des &#171; sanctuaires &#187;, qui sont en fait des lieux communautaires, libertaires et &#233;cologistes. Car c'est dans une frugalit&#233; pleinement choisie que les f&#233;es c&#233;l&#232;brent la vie, rendent hommage &#224; la nature et tentent de r&#233;enchanter le monde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tr&#232;s marqu&#233; par l'h&#233;ritage am&#233;rindien &#224; ces d&#233;buts, le mouvement, en s'internationalisant, s'est ouvert sans encombre &#224; d'autres imaginaires. Car, comme le souligne Absinthe, &#171; nous croyons comme les pa&#239;ens croyaient &#187;, utilisant la force all&#233;gorique des h&#233;ritages culturels pour dire plus que la stricte objectivit&#233; rationnelle ne le peut. Cohabitent ainsi pacifiquement chez les f&#233;es des &#233;l&#233;ments de la culture celtique, du paganisme germanique ou de la spiritualit&#233; indienne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Proches du mouvement queer, les f&#233;es revendiquent des identit&#233;s en mouvement, et les rituels qu'elles pratiquent tiennent plus de la performance que de la liturgie norm&#233;e, et leurs engagements spirituels n'ont pas vocation &#224; constituer de nouveaux dogmes mais, au contraire, d'ouvrir des possibles. Elles participent ainsi activement &#224; la d&#233;colonisation des imaginaires et pourraient &#234;tre une source d'inspiration pour tous ceux et toutes celles qui souhaitent s'&#233;manciper du f&#233;tichisme de la marchandise et s'inventer une vie plus douce.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;NB : Pour acc&#233;der aux textes fondateur du mouvement des Radical Faeries, lire Harry Hay, &lt;i&gt; Radically Gay&lt;/i&gt; , Beacon Press Books, Boston (USA), 1996.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>&#171; Vache folle &#187; et autophagie g&#233;n&#233;ralis&#233;e</title>
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		<dc:date>2012-12-01T00:00:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Mondher Kilani</dc:creator>



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&lt;p&gt;par Mondher Kilani &lt;br class='autobr' /&gt; Des Europ&#233;en&#183;ne&#183;s paniqu&#233;&#183;e&#183;s qui dressent des b&#251;chers sacrificiels o&#249; sont immol&#233;es des millions de vaches&#8230; Mondher Kilani, professeur &#224; l'universit&#233; de Lausanne, revient sur le sens profond de la crise de la &#171; vache folle &#187;. &lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Dis-moi ce que tu manges, je te dirai qui tu es. &#187; Ce vieil adage populaire s'est trouv&#233; atteint de trouble quand la paisible vache fut soudain prise d'une crise de folie, suite au ramollissement de son cerveau victime de l'enc&#233;phalopathie spongieuse (ESB). Notre (...)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://lan02.butternet.net/-No3-Ogres-et-sorcieres-Autres-regards-sur-la-societe-technicienne-17-" rel="directory"&gt;N&#176;3 : Ogres et sorci&#232;res. Autres regards sur la soci&#233;t&#233; technicienne&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;span class='spip_document_14 spip_documents'&gt;&lt;a href='https://lan02.butternet.net/IMG/png/sorciere_petite.png' type=&#034;image/png&#034; title=&#034;sorciere_petite&#034;&gt;&lt;img src='https://lan02.butternet.net/local/cache-vignettes/L150xH119/sorciere_petite-74633-4e39d.png?1696061304' width='150' height='119' alt='sorciere_petite {PNG}' /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/span&gt;par Mondher Kilani&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;i&gt;Des Europ&#233;en&#183;ne&#183;s paniqu&#233;&#183;e&#183;s qui dressent des b&#251;chers sacrificiels o&#249; sont immol&#233;es des millions de vaches&#8230; Mondher Kilani, professeur &#224; l'universit&#233; de Lausanne, revient sur le sens profond de la crise de la &#171; vache folle &#187;.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Dis-moi ce que tu manges, je te dirai qui tu es. &#187; Ce vieil adage populaire s'est trouv&#233; atteint de trouble quand la paisible vache fut soudain prise d'une crise de folie, suite au ramollissement de son cerveau victime de l'enc&#233;phalopathie spongieuse (ESB). Notre identit&#233; alimentaire semblait jusqu'ici assur&#233;e &#224; travers l'image d'une vache robuste et saine. On d&#233;couvrait soudain l'horrible v&#233;rit&#233;, l'insoutenable : la vache, notre vache, est cannibale ! On l'a engraiss&#233;e avec des farines fabriqu&#233;es &#224; partir de cadavres d'autres animaux et m&#234;me&#8230; du placenta humain. La fronti&#232;re des esp&#232;ces s'est trouv&#233;e ainsi doublement transgress&#233;e : non seulement l'Homme, certes par n&#233;cessit&#233;, s'alimente en d&#233;vorant d'autres esp&#232;ces vivantes, mais &#224; cause de ses besoins croissants il a transform&#233; des esp&#232;ces jusqu'ici r&#233;put&#233;es herbivores en carnassi&#232;res. Une boucle dangereuse qui ressemble fort &#224; de l'autophagie s'est nou&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;strong&gt;Homme et animal : un lien ambigu&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En tous temps, l'Homme a eu des scrupules &#224; consommer une nourriture obtenue par la mise &#224; mort d'&#234;tres anim&#233;s, mais faisant de n&#233;cessit&#233; vertu, il a partout tent&#233; de contenir cette pratique dans le cadre de rituels. Songeons au rituel de la chasse chez les peuples dits &#171; primitifs &#187; dont la clef r&#233;side dans deux probl&#232;mes existentiels fondamentaux, &#224; savoir : la ligne incertaine qui s&#233;pare l'Homme de l'animal et la conscience que la survie des humain&#183;e&#183;s d&#233;pend de la destruction d'autres &#233;l&#233;ments du r&#232;gne vivant. De tels soucis ont &#233;galement &#233;t&#233; partag&#233;s par les religions monoth&#233;istes. C'est ainsi que la prescription biblique interdit de consommer le sang des animaux, parce qu'il est la &#171; vie &#187;, &#171; '&#226;me &#187;, le &#171; principe vital &#187;, une pr&#233;rogative de Dieu sur lequel l'homme n'a pas de pouvoir. De m&#234;me le christianisme primitif, en abolissant les interdits alimentaires juifs, en garda n&#233;anmoins deux principaux : le sang et les viandes &#233;touff&#233;es (c'est-&#224;-dire non saign&#233;es). L'islam reconna&#238;t &#233;galement &#224; l'animal un souffle vital qui l'anime. D'o&#249; la prescription de l'abattage rituel qui consiste pour tout&#183;e musulman&#183;e &#224; &#233;gorger l'animal et &#224; faire couler &#224; terre le sang, r&#233;ceptacle de l'&#226;me. La mort d'un animal a &#233;t&#233; ainsi partout d'abord un acte rituel. Elle rel&#232;ve d'une mort sacrificielle qui doit rendre &#224; chaque partie son d&#251;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;strong&gt;L'horizon trouble du mangeur occidental&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais qu'en est-il de notre modernit&#233; ? La mauvaise conscience li&#233;e au fait de tuer et de manger les animaux demeure manifestement une des composantes de l'attitude contemporaine envers la viande. Manger de la chair exige aussi une force morale : celle qui nous permet de supporter l'id&#233;e qu'une mise &#224; mort est &#224; la base de notre r&#233;gime carn&#233;. Ceci explique les efforts d&#233;ploy&#233;s, depuis plus d'un si&#232;cle, &#224; exiler vers la p&#233;riph&#233;rie des zones urbaines nos abattoirs et &#224; produire des r&#232;glements de plus en plus contraignants cens&#233;s nous laver aux sens propre et symbolique de l'acte de tuer. L'interdiction des &#171; tueries &#187;, encore pratiqu&#233;es dans la rue au beau milieu du XIXe si&#232;cle, a d&#233;rob&#233; l'abattage au regard public. La sensibilit&#233; moderne tend &#224; &#233;pargner au consommateur le spectacle d'animaux &#233;gorg&#233;s en pleine vie. On aboutit ainsi &#224; la construction de cette fiction d'une mort &#171; propre &#187;, sans sang vers&#233;, ni victime, ni sacrificateur. La mise &#224; mort moderne des animaux n'a plus rien de sacrificielle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;strong&gt;&#171; Vache folle &#187; et d&#233;clin de la raison sacrificielle&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais voil&#224; que ce bel ordonnancement a menac&#233; de s'&#233;crouler. Voil&#224; que la &#171; folie &#187; de la vache qui a pr&#233;cipit&#233; une h&#233;catombe du cheptel bovin a risqu&#233;, par contagion, de nous rendre nous-m&#234;mes fous (c'est l'hypoth&#232;se selon laquelle un lien &#233;troit existerait entre la maladie de la vache et son &#233;quivalent chez l'Homme, la maladie de Creutzfeldt-Jakob). Nous avons &#233;t&#233; atteints dans notre propre chair, mais aussi dans notre identit&#233; profonde. Apr&#232;s avoir mis le plus de distance entre lui et l'animal sacrifi&#233;, l'Homme moderne a assist&#233; au retour du refoul&#233; et s'est trouv&#233; oblig&#233;, pour parer &#224; la crise, d'immoler &#224; son tour non pas une vache, mais des millions de vaches ! En quoi ce b&#251;cher de bovins aura-t-il &#233;t&#233; r&#233;dempteur ? En quoi aura-t-il permis de reconstituer du sens ? Il semble bien que seuls l'&#233;quilibre &#233;conomique et les compensations mon&#233;taires &#224; consentir aux producteurs aient &#233;t&#233; &#224; l'ordre du jour. En revanche, nous sommes rest&#233;&#183;e&#183;s sur notre faim, si j'ose dire, concernant l'identit&#233; de ce que nous mangeons. Nous demeurons perplexes lorsque nous d&#233;couvrons que l'on n'a pas &#233;chapp&#233; &#224; ce que l'on a renvoy&#233; au temps des superstitions : le sacrifice (il y a longtemps que la boucherie n'entretient plus de rapports avec les dieux ou avec Dieu). Ou encore lorsque nous d&#233;couvrons que l'absence d'une relation directe avec l'animal est destructrice de l'identit&#233;. Et enfin lorsque nous d&#233;couvrons que la transgression de certains tabous peut &#234;tre mortelle, comme, par exemple, du fait de manger ou de donner &#224; manger aux vaches de la &#171; viande morte &#187; &#8211; celle d'animaux morts naturellement ou accidentellement &#8211; dont le sang n'a pas &#233;t&#233; vers&#233; pour les &#171; d&#233;sanimer &#187;. A la prescription du Deut&#233;ronome (XIV, 21) &#8211; &#171; Vous ne pourrez manger aucune b&#234;te crev&#233;e &#187; &#8211; il faudrait peut-&#234;tre ajouter le conseil suivant : &#171; Vous ne donnerez pas &#224; manger de la viande &#233;touff&#233;e &#224; vos vaches &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;strong&gt;Catastrophes modernes ou l'&#232;re du soup&#231;on&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En mettant en cause les pratiques et les repr&#233;sentations relatives &#224; l'alimentation, &#224; la sant&#233; et au traitement du corps &#8211; aussi bien humain qu'animal &#8211; la crise de la &#171; vache folle &#187; a exprim&#233; la fissure du lien social et le d&#233;ficit de sens qui l'entoure. C'est parce que la conscience rationnelle et utilitariste n'arrive pas &#224; r&#233;pondre aux multiples rat&#233;s suscit&#233;s par les diverses manipulations industrielles du vivant, que tous les &#233;l&#233;ments de la crise sont v&#233;cus sur le mode de la panique et de l'angoisse. La dimension apocalyptique qu'a pu prendre l'affaire de la &#171; vache folle &#187; est &#224; rapprocher d'autres catastrophes modernes comme l'empoisonnement au mercure de plusieurs villages de p&#234;cheurs japonais dans les ann&#233;es 1950 (catastrophe de Minamata), les accidents chimiques de Seveso en Italie et de Bhopal en Inde respectivement en 1976 et en 1984, l'accident de Tchernobyl (1986) et la destruction de Fukushima (2011). La maladie de la &#171; vache folle &#187; se propage de fa&#231;on dissimul&#233;e, aussi invisible que la radioactivit&#233;. L'id&#233;e d'une contamination g&#233;n&#233;ralis&#233;e de notre quotidien s'insinue s&#251;rement en nous. Ce sentiment de l'apocalypse est d'autant plus fort que la soci&#233;t&#233; moderne a chass&#233; de son univers la trag&#233;die en niant le hasard et l'incertitude. Notre soci&#233;t&#233; peine &#224; prendre en consid&#233;ration l'incertitude qui est pourtant partout &#8211; incertitude &#233;cologique, incertitude biologique, incertitude sociale et politique &#8211; pour lui pr&#233;f&#233;rer la logique du crash, de l'accident.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Derniers livres parus :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;i&gt;Anthropologie. Du local au global&lt;/i&gt; , Armand Colin, 2012.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;i&gt;Guerre et sacrifice. La Violence extr&#234;me&lt;/i&gt; , PUF, 2006.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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