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	<title>L'An 02</title>
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	<description>L'An 02 est un outil &#233;colo de diffusion et de partage, un passeur d'id&#233;es hors des cercles confidentiels.
De 2011 &#224; 2015, L'An 02 a &#233;t&#233; une revue papier, en couleurs, multipliant les formes, notamment graphiques : photo-reportage, peinture, installation, typographie, bande dessin&#233;e. Cette dimension-l&#224; ne se retrouve que dans la revue papier, toujours en vente en librairie ou par correspondance. Retrouvez sur ce nouveau site tous les textes, un dossier au traitement mosa&#239;que enrob&#233; de chroniques grin&#231;antes, de lectures in-con-tour-na-bles et de reportages militants.
D&#233;sormais, L'An 02 propose &#224; chaque changement de saison une livraison de chroniques de livres r&#233;cents qui nous aident &#224; penser l'&#233;cologie politique, la d&#233;croissance et la technocritique.</description>
	<language>fr</language>
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		<title>L'An 02</title>
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		<title>A propos des villes intelligentes</title>
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		<dc:date>2015-12-12T19:56:55Z</dc:date>
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		<dc:creator>Clarence Maeander</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;par Clarence Maeander &lt;br class='autobr' /&gt; Connaissez-vous les villes de Songdo, Masdar, PlanIt Valley ou KonzaTechnoCity ? Les villes intelligentes du futur sont l&#224;, ouvrant un avenir radieux pour la d&#233;mocratie... mais attention, vous n'avez pas int&#233;r&#234;t &#224; sortir sans smartphone. &lt;br class='autobr' /&gt;
Nous avons vu au cours des dix derni&#232;res ann&#233;es appara&#238;tre un nouvel adjectif pour d&#233;signer les villes. Celles-ci ne doivent pas seulement chercher &#224; &#234;tre comp&#233;titives, cr&#233;atives ou durables, mais devenir intelligentes, c'est-&#224;-dire comp&#233;titives (...)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://lan02.butternet.net/-No5-Alerte-aux-territoires-19-" rel="directory"&gt;N&#176;5 : &#171; Alerte aux territoires ! &#187;&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;span class='spip_document_29 spip_documents'&gt;&lt;a href='https://lan02.butternet.net/IMG/png/territoire.png' type=&#034;image/png&#034; title=&#034;territoire&#034;&gt;&lt;img src='https://lan02.butternet.net/local/cache-vignettes/L150xH127/territoire-df9d3-a8582.png?1696061304' width='150' height='127' alt='territoire {PNG}' /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/span&gt;par Clarence Maeander&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;i&gt;Connaissez-vous les villes de Songdo, Masdar, PlanIt Valley ou KonzaTechnoCity ? Les villes intelligentes du futur sont l&#224;, ouvrant un avenir radieux pour la d&#233;mocratie... mais attention, vous n'avez pas int&#233;r&#234;t &#224; sortir sans smartphone.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons vu au cours des dix derni&#232;res ann&#233;es appara&#238;tre un nouvel adjectif pour d&#233;signer les villes. Celles-ci ne doivent pas seulement chercher &#224; &#234;tre comp&#233;titives, cr&#233;atives ou durables, mais devenir intelligentes, c'est-&#224;-dire comp&#233;titives et vertes &#224; la fois. Le terme de &#171; ville intelligente &#187; ou smart city fut d'abord utilis&#233; par des universitaires pour attirer l'attention sur le r&#244;le des technologies de l'information et de la communication (TIC) dans l'am&#233;lioration de la &#171; performance urbaine &#187;. Il fut ensuite propag&#233; en 2008 sous l'impulsion marketing de la &#171; plan&#232;te plus intelligente &#187; d'IBM.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;tude du cabinet Sircome command&#233;e par l'op&#233;rateur t&#233;l&#233;com m2ocity (1) met en avant trois dimensions principales de la &#171; ville intelligente &#187; : la gestion de l'&#233;nergie, notamment par la mise en place de smart grid (ou &#171; r&#233;seau intelligent &#187;) ; l'appropriation de la &#171; ville intelligente &#187; par les habitant&#183;e&#183;s, c'est-&#224;-dire l'association de ces dernier&#183;e&#183;s aux projets et aux d&#233;cisions en passant par le num&#233;rique (e-democratie et smartphones) ; l'acc&#232;s &#224; internet partout dans la ville, pour tou&#183;te&#183;s les habitant&#183;e&#183;s et/ou pour tous les objets. Ce dernier point est essentiel. L'optimisation technique des villes intelligentes repose sur la propagation de deux technologies s&#339;urs : les puces RFID ( &lt;i&gt;radio-frequency identification&lt;/i&gt; ) et leur extension, le standard NFC ( &lt;i&gt;near field communication&lt;/i&gt; ). Ces technologies sans fil permettent aux p&#233;riph&#233;riques &#233;quip&#233;s (smartphones, tablettes, cartes de transport) de communiquer avec d'autres p&#233;riph&#233;riques ou infrastructures sans contact. Ces technologies composent ce qui est couramment nomm&#233; &#171; l'internet des objets &#187; et qui permet de conna&#238;tre &#224; tout moment la position de tout objet &#233;quip&#233; et connect&#233;. Ceci pour optimiser la gestion des flux (eau, &#233;lectricit&#233;, humains).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;strong&gt;Le futur est d&#233;j&#224; l&#224;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Construite sur une &#238;le artificielle en Cor&#233;e du Sud, voici Songdo International Business District, la ville vitrine de la multinationale am&#233;ricaine Cisco sp&#233;cialis&#233;e dans le mat&#233;riel de r&#233;seau :&#171; Lors de la phase de construction, Cisco a truff&#233; chaque parcelle de la ville et tout le b&#226;ti de capteurs embarqu&#233;s qui transmettent en continu un flux d'informations &#224; un contr&#244;leur central. Toutes sortes de donn&#233;es en provenance des b&#226;timents, des routes et des infrastructures y sont envoy&#233;es en permanence : des informations relatives &#224; la temp&#233;rature, &#224; la demande &#233;nerg&#233;tique, aux conditions de trafic, etc. Des cam&#233;ras plac&#233;es dans les rues permettent par exemple d'analyser le flux des pi&#233;tons et de r&#233;guler en cons&#233;quence l'&#233;clairage public, permettant ainsi une utilisation plus rationnelle. Des puces RFID, accol&#233;es aux v&#233;hicules, r&#233;pertorient en temps r&#233;el les conditions de trafic exact sur les art&#232;res de la ville et permettent de mieux g&#233;rer les feux de signalisation ou d'afficher des messages de pr&#233;vention routi&#232;re &#187; (2).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;T&#233;moignant du savoir-faire des magnats des TIC, &#233;mergent aussi Masdar, une &#171; ville verte &#187; construite ex nihilo au milieu du d&#233;sert de l'&#233;mirat d'Abou Dabi ; PlanIt Valley au Portugal (3) ; KonzaTechnoCity au Kenya, &#233;l&#233;gamment renomm&#233;e &#171; Silicon Savannah &#187;, etc. Pour s&#251;r, les &#171; pays pauvres et en d&#233;veloppement &#187; constituent le nouveau march&#233; de la ville : en Europe ou aux &#201;tats-Unis, il n'y a plus d'argent &#224; faire et nous manquons d'espace pour b&#226;tir de nouvelles villes (4).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais les projets de villes intelligentes concernent aussi les villes &#171; traditionnelles &#187;, celles dont la reconversion technologique des espaces urbains reste &#224; faire. Comp&#233;titivit&#233; et d&#233;veloppement durable obligent. Des classements et labels sont &#233;tablis pour motiver les villes &#224; entrer dans la comp&#233;tition. Voici cinq &#171; villes embl&#233;matiques &#187; selon l'&#233;tude Sircome : Lyon, Lille (5), Nantes, et &#224; &#233;galit&#233; pour la quatri&#232;me place Paris et Issy-les-Moulineaux (6). Cette derni&#232;re ville brille notamment par le r&#233;am&#233;nagement du &#171; Fort-d'Issy &#187;, incluant la gestion des appartements par smartphone interpos&#233; (7).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;strong&gt;Politique et libert&#233; dans un monde &#171; plus intelligent &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le discours sur la ville intelligente fait g&#233;n&#233;ralement cohabiter les enjeux d'optimisation avec un enthousiasme immod&#233;r&#233; pour le &#171; participatif &#187; et &#171; l'appropriation &#187;. Dans la &#171; ville intelligente &#187; les citoyen&#183;ne&#183;s sont en contact direct avec la mairie pour notifier les trous dans la chauss&#233;e, ils et elles produisent des donn&#233;es sur toutes leurs activit&#233;s et certain&#183;e&#183;s d'entre eux innovent, c'est-&#224;-dire s'approprient et r&#233;utilisent les donn&#233;es pour produire de nouveaux services. Bref, le/la citadin&#183;e est enfin lib&#233;r&#233;&#183;e de toute contrainte, il/elle peut se d&#233;placer avec fluidit&#233;, entreprendre &#224; souhait, reprendre le contr&#244;le de sa consommation d'&#233;nergie, optimiser son int&#233;rieur connect&#233; et sociabiliser par &#233;cran interpos&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais la &#171; ville intelligente &#187; est tentaculaire, si ce n'est totalitaire. Peu de risque quant &#224; la &#171; fracture num&#233;rique &#187; : les prix chuteront et nous aurons acc&#232;s &#224; l'&#233;quipement citoyen minimal (8). En revanche, les citoyenn&#183;e&#183;s devront&#234;tre &#233;quip&#233;&#183;e&#183;s de smartphones : pour pouvoir optimiser la gestion des flux, les tracer et les quantifier, la production d'informations tout azimuts et leur centralisation sont capitales. La technologie &#224; l'&#339;uvre dans la ville intelligente exclura n&#233;cessairement ceux et celles qui refuseraient d'y &#234;tre int&#233;gr&#233;&#183;e&#183;s (c'est-&#224;-dire qui refuseraient d'&#234;tre &#233;quip&#233;&#183;e&#183;s d'objets puc&#233;s, voire d'&#234;tre eux/elles-m&#234;mes puc&#233;&#183;e&#183;s).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a par ailleurs une illusion fondamentale &#224; croire que la notion d'efficacit&#233;, d'optimisation, peut &#234;tre concili&#233;e avec celle de libert&#233;. Dans une telle organisation, la &#171; gouvernance participative &#187; est un v&#339;u pieux tant il est peu probable que nous puissions discuter de &#171; l'optimalit&#233; &#187; des algorithmes du syst&#232;me d'exploitation urbain. Les choix politiques sont &#233;touff&#233;s par le fonctionnement du syst&#232;me technologique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A cette participation illusoire s'ajoutent les l&#233;gitimes craintes de surveillance. Notons le faible impact de &#171; scandales &#187; comme Prism (9) sur nos habitudes de consommation num&#233;rique ou l'attention mod&#233;r&#233;e que nous portons aux questions li&#233;es &#224; la neutralit&#233; du net. Depuis une dizaine d'ann&#233;es, de nombreux acteurs fondateurs de l'internet nous alertent au sujet des dangers que comportent une fermeture progressive du net, notamment en raison de nos comportements moutonniers donnant un pouvoir d&#233;mesur&#233; aux GAFA (10). Prism ne concerne au fond que l'internet, votre messagerie et les sites sur lesquels vous naviguez. La &#171; ville intelligente &#187; embrasse, elle, la totalit&#233; de votre vie : l'int&#233;rieur de votre appartement, l'entreprise dans laquelle vous travaillez, l'ensemble des lieux publics que vous traversez, tout ce que vous consommez.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;strong&gt;La magie des TIC vertes&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#224; encore, le discours de la &#171; ville intelligente &#187; s'accompagne de v&#339;ux pieux dans l'espoir de donner un sens au d&#233;lire technologique. L'invention du concept de &#171; TIC vertes &#187; fait suite &#224; un rapport &#233;tablissant que les &#233;missions de gaz &#224; effet de serre li&#233;es aux TIC repr&#233;sentent 2 % des &#233;missions globales, chiffre comparable &#224; celui de l'aviation (11). Il mise sur la r&#233;duction de l'empreinte &#233;nerg&#233;tique du secteur des TIC et sur &#171; l'optimisation des ressources &#187; que permettraient ces derni&#232;res, pr&#233;tendant ainsi r&#233;duire l'ensemble des &#233;missions de 15 &#224; 30 % d'ici 2020. Malheureusement, en regardant plus loin que l'efficacit&#233; &#233;nerg&#233;tique d'un appareil donn&#233;, nous constatons que les smartphones et tablettes se multiplient, que les &#233;crans LCD sont toujours plus grands, que les d&#233;chets sont toujours mal pris en charge, et que la production de donn&#233;es ne cesse de cro&#238;tre, augmentant la consommation des r&#233;seaux et le nombre de serveurs devant les stocker. Consid&#233;rant que le succ&#232;s de la &#171; ville intelligente &#187; passe par la multiplication des capteurs, des p&#233;riph&#233;riques et donc des donn&#233;es, on ne peut que douter de cette solution marchande et liberticide.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est d&#233;j&#224; bien tard pour s'&#233;lever contre ce mouvement, et nous avons peu &#224; attendre d'&#201;tats capitalistes et gestionnaires qu&#233;mandant des solutions industrielles pour relancer la croissance. Pour sortir de l'impasse, commen&#231;ons par refuser les smartphones et autres p&#233;riph&#233;riques NFC ou RFID, relais essentiels de ce monde technologique. D&#233;branchons-nous.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(1) Op&#233;rateur cr&#233;&#233; en 2011 par V&#233;olia eau et Orange et d&#233;di&#233; aux &#171; objets communicants &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(2) &lt;a href=&#034;http://www.technocite.be/index.php/fr/blog/88-blog-it-jeu-video-formation-div/154-la-technologie-cisco-a-lechelle-dune-ville&#034; class='spip_url spip_out auto' rel='nofollow external'&gt;http://www.technocite.be/index.php/fr/blog/88-blog-it-jeu-video-formation-div/154-la-technologie-cisco-a-lechelle-dune-ville&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(3) Projet momentan&#233;ment report&#233; en raison de la crise. &lt;a href=&#034;http://www.globalconreview.com/companies/internet-everything&#034; class='spip_url spip_out auto' rel='nofollow external'&gt;http://www.globalconreview.com/companies/internet-everything&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(4) &#171; Cisco a estim&#233; que 10 &#224; 13 trillions de dollars am&#233;ricains seront d&#233;pens&#233;s au cours des dix prochaines ann&#233;es pour la construction de nouvelles villes [dans des pays en d&#233;veloppement]. Par ailleurs la reconversion [retrofitting] des espaces urbains existants cr&#233;e un march&#233; technologique accessible de l'ordre de 400 billions de dollars [pour le Nord] &#187;. &lt;a href=&#034;http://living-planit.com/what_is_living_planit.htm&#034; class='spip_url spip_out auto' rel='nofollow external'&gt;http://living-planit.com/what_is_living_planit.htm&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(5) Dans la continuit&#233; de ce que d&#233;crit Tomjo, L'Enfert Vert. Un projet pav&#233; de bonnes intentions, Montreuil, L'&#201;chapp&#233;e, 2013.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(6) &lt;a href=&#034;http://www.zdnet.fr/actualites/lyon-en-tete-du-palmares-des-villes-francaises-intelligentes-39795628.htm&#034; class='spip_url spip_out auto' rel='nofollow external'&gt;http://www.zdnet.fr/actualites/lyon-en-tete-du-palmares-des-villes-francaises-intelligentes-39795628.htm&lt;/a&gt;. L'&#233;tude Sircome dresse &#171; le palmar&#232;s des 50 villes intelligentes les plus embl&#233;matiques de France &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(7) Ma&#238;trise de la temp&#233;rature, de la lumi&#232;re et de la s&#233;curit&#233; &#224; partir d'un ordinateur de bord reli&#233; &#224; un smartphone.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(8) Dans son rapport de novembre 2013, le Conseil national du num&#233;rique a invent&#233; le concept d'e-inclusivit&#233; dans le but de r&#233;duire les in&#233;galit&#233;s et aider &#224; l'&#233;mancipation des individus par le num&#233;rique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(9) Prism est un programme de surveillance &#233;lectronique mis en place par la NSA (National Security Agency) aux &#201;tats-Unis collectant les renseignements &#224; partir d'internet et des fournisseurs &#233;lectroniques (Google, Facebook, Youtube, Microsoft, Yahoo, Skype, AOL, Apple, etc.) dont le monde a pris connaissance en juin 2013 suite aux r&#233;v&#233;lations de l'ancien employ&#233; Edward Snowden.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(10) Google, Apple, Facebook, Amazon.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(11) Flipo F., Dobr&#233; M., Michot M., &lt;i&gt;La Face cach&#233;e du num&#233;rique. L'Impact environnemental des nouvelles technologies&lt;/i&gt; , L'&#201;chapp&#233;e, Montreuil, 2013.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>A partir de l'envo&#251;tement&#8230;</title>
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&lt;p&gt;Entretien avec le philosophe Fr&#233;d&#233;ric Neyrat Propos recueillis par Makekazzo &lt;br class='autobr' /&gt; L'An 02 : Le film Low Life , dans lequel vous apparaissez, traite de la lutte des sans-papiers sur le mode inhabituel de la magie noire. Vous avez consacr&#233; un livre sur l'&#171; envo&#251;tement &#187; chez Antonin Artaud. Quelle est la pertinence de la question de la sorcellerie dans notre monde gestionnaire et bureaucratique ? &lt;br class='autobr' /&gt; Fr&#233;d&#233;ric Neyrat : Vis-&#224;-vis d'Artaud, la question de l'envo&#251;tement &#233;tait une mani&#232;re d'interroger le (...)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://lan02.butternet.net/-No3-Ogres-et-sorcieres-Autres-regards-sur-la-societe-technicienne-17-" rel="directory"&gt;N&#176;3 : Ogres et sorci&#232;res. Autres regards sur la soci&#233;t&#233; technicienne&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;span class='spip_document_14 spip_documents'&gt;&lt;a href='https://lan02.butternet.net/IMG/png/sorciere_petite.png' type=&#034;image/png&#034; title=&#034;sorciere_petite&#034;&gt;&lt;img src='https://lan02.butternet.net/local/cache-vignettes/L150xH119/sorciere_petite-74633-4e39d.png?1696061304' width='150' height='119' alt='sorciere_petite {PNG}' /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/span&gt; &lt;strong&gt;Entretien avec le philosophe Fr&#233;d&#233;ric Neyrat&lt;/strong&gt; &lt;br class='autobr' /&gt; &lt;strong&gt; Propos recueillis par Makekazzo&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;i&gt; &lt;strong&gt;L'An 02&lt;/strong&gt; &lt;/i&gt; : Le film &lt;i&gt;Low Life&lt;/i&gt; , dans lequel vous apparaissez, traite de la lutte des sans-papiers sur le mode inhabituel de la magie noire. Vous avez consacr&#233; un livre sur l'&#171; envo&#251;tement &#187; chez Antonin Artaud. Quelle est la pertinence de la question de la sorcellerie dans notre monde gestionnaire et bureaucratique ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;strong&gt;Fr&#233;d&#233;ric Neyrat&lt;/strong&gt; : Vis-&#224;-vis d'Artaud, la question de l'envo&#251;tement &#233;tait une mani&#232;re d'interroger le rapport intime entre la folie de cet &#233;crivain et la d&#233;mence de la colonisation capitaliste. Parler d'envo&#251;tement pour d&#233;crire ce rapport, c'est commencer par laisser de c&#244;t&#233; ce qu'on croit savoir de l'&#171; exploitation &#187; et de l'&#171; ali&#233;nation &#187;. C'est s'installer, comme avec le terme de sorcellerie, dans un anachronisme volontaire capable de d&#233;chirer le pr&#233;sent. Plus le pr&#233;sent est compact, coup&#233; des avenirs improbables comme des pass&#233;s sacrifi&#233;s, plus il se perd comme pr&#233;sent &#8211; un pr&#233;sent sans pass&#233; ni avenir est, litt&#233;ralement, inhabitable. Vaudou, envo&#251;tement, zombie, sorcier, magie, tous ces termes cr&#233;ent des zones d'ombres, des zones d'opacit&#233; dans ce syst&#232;me que vous nommez &#171; bureaucratique &#187; et &#171; gestionnaire &#187;, et que je qualifie pour ma part de &#171; surexpos&#233; &#187; ou de &#171; clairvoyant &#187;. Ces deux derniers termes s'appliquent aux nouvelles Lumi&#232;res que nous devons combattre et indiquent en quel sens notre &#233;poque exige un nouveau romantisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;i&gt; &lt;strong&gt;L'An 02&lt;/strong&gt; &lt;/i&gt; : C'est-&#224;-dire ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;strong&gt;Fr&#233;d&#233;ric Neyrat&lt;/strong&gt; : Romantiques sont non seulement une mani&#232;re de vivre intens&#233;ment le pr&#233;sent sur fond d'un pass&#233; &#224; reprendre et d'un avenir &#224; conqu&#233;rir, mais aussi une mani&#232;re de r&#233;investir le langage. Envo&#251;tement ou sorcellerie, ce ne sont pas d'abord des concepts, mais des m&#233;taphores, qui ne valent que dans la tension qu'elles cr&#233;ent avec les objets qu'elles sont cens&#233;es d&#233;crire &#8211; capitalisme, colonisation, destruction du psychisme, canalisation pr&#233;ventive de l'avenir, etc. Il s'agit donc d'une guerre port&#233;e dans le langage. Fonder la pens&#233;e politique, aussi &#233;mancipatrice soit-elle, sur le seul calcul de l'injustice ou la plate description de l'horreur &#233;cologique, c'est se condamner &#224; partager avec l'ennemi la m&#234;me &#233;masculation des mots, la m&#234;me pauvret&#233; d'imaginaire. J'affirme que le manque de perspective, de profondeur psychique, imaginaire et langagi&#232;re, est l'une des causes du manque de r&#233;volution. Dire qu'il est trop tard pour &#234;tre romantique, trop tard pour faire sentir l'&#233;nigme de l'univers &#224; m&#234;me la terre saccag&#233;e reviendrait &#224; dire qu'il est trop tard pour tout. Ce &#224; quoi je me refuse. Il nous faut continuer &#8211; ici et maintenant - &#224; affirmer en quoi il est juste, bon et beau que les conditions de possibilit&#233;s du vivant soient d&#233;fendues jusqu'&#224; notre ultime souffle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;i&gt; &lt;strong&gt;L'An 02&lt;/strong&gt; &lt;/i&gt; : Les &#233;cologistes en appellent g&#233;n&#233;ralement &#224; ne pas &#171; regarder ailleurs quand la maison br&#251;le &#187;, or &lt;i&gt;Low Life&lt;/i&gt; met en sc&#232;ne une r&#233;sistance sous la forme d'une &#233;vasion par la f&#234;te, la danse ou le sommeil, vus comme des espaces d'autonomie. Certains crieraient au repli h&#233;doniste objectivement utile pour le capitalisme. Y a-t-il malgr&#233; tout une puissance subversive dans la sarabande, l'amour et la r&#234;verie ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;strong&gt;Fr&#233;d&#233;ric Neyrat&lt;/strong&gt; : Regardons le feu tant que nous voulons, tant que nous ne regarderons pas ailleurs, par ailleurs, &#224; partir d'un ailleurs, nous n'y verrons que du feu. Car voir n'est pas une action m&#233;canique d'application des yeux sur un objet, cela implique une donation de sens, qui suppose une capacit&#233; de discernement. Comme le dit quelque part Beckett, &#171; Quoi, j'ai pass&#233; toute ma roulure de vie dans les sables, et tu veux que j'y voie des nuances ? &#187; Sans art, c'est-&#224;-dire sans diff&#233;rence articul&#233;e entre ce qui existe et ce qui pourrait &#234;tre, ce qu'on voit et d'autres mani&#232;res de voir, de sentir et d'entendre, il n'y a aucune chance que l'&#233;cocide en cours soit reconnu &#224; sa juste mesure.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En ce sens, parler de r&#234;ve n'a rien &#224; voir avec l'id&#233;e d'une fuite dans le r&#234;ve, mais tout avec la n&#233;cessit&#233; de repenser l'articulation de ce qu'on appelle &#171; r&#234;ve &#187; avec ce qu'on appelle &#171; r&#233;alit&#233; &#187;. De nombreux artistes de bio art ont le sentiment que leurs &#339;uvres, support&#233;es par des laboratoires scientifiques, ne sont plus des r&#234;ves, des m&#233;taphores, mais bien des r&#233;alit&#233;s, et ils en sont fiers &#8211; pensez &#224; Eduardo Kac et ses bidouilles transg&#233;niques. Finalement, le r&#234;ve est devenu tr&#232;s dangereux, ce que Burroughs avait parfaitement compris : &#171; L'Am&#233;rique n'est pas tant un cauchemar qu'un non-r&#234;ve. [&#8230;] Le r&#234;ve est un &#233;v&#233;nement spontan&#233; et donc dangereux pour un syst&#232;me de contr&#244;le cr&#233;&#233; par des non-r&#234;veurs &#187;. C'est plut&#244;t du non-r&#234;ve que vend le capitalisme, c'est-&#224;-dire de l'hallucination (du 3D). De la non-m&#233;taphore, c'est-&#224;-dire de la fixation dans les flux du changement permanent. Bref, ne nous faisons pas avoir par les clich&#233;s du capitalisme qui pr&#233;tend avoir investi les d&#233;sirs d'autonomie, de cr&#233;ativit&#233; et d'amour&#8230; Croire un seul instant que l'autonomie est ce qui se passe dans une usine capitaliste, que la cr&#233;ation est identique &#224; la production de marchandise ou que l'amour consiste &#224; rencontrer quelqu'un sur Second Life est la preuve que la capacit&#233; de r&#234;ver, de reprendre les promesses du pass&#233;, de relancer les d&#233;s de l'avenir, a &#233;t&#233; s&#233;rieusement compromise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sachons prot&#233;ger la &#171; r&#234;verie &#187;, surtout si c'est celle d'un promeneur solitaire. Elle est l'une des formes de l'ailleurs &#224; partir duquel une politique efficace est pensable. Elle est ce qui permet &#224; la v&#233;rit&#233; de ne pas &#234;tre seulement &#171; d&#233;rangeante &#187;, mais de pouvoir s'articuler sur une foi dans un monde qui puisse nous convenir. Nietzsche forever.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;i&gt; &lt;strong&gt;L'An 02&lt;/strong&gt; &lt;/i&gt; : L'&#233;cologie suppose aussi un sens de la limite, de la mesure. Si le capitalisme est pareil &#224; un Cronos d&#233;vorant ses enfants, quel autre L&#233;viathan viendra arr&#234;ter cet ogre ? Comment, donc, juguler l' &lt;i&gt;hubris&lt;/i&gt; capitaliste sans sacrifier l'autonomie des individus ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;strong&gt;Fr&#233;d&#233;ric Neyrat&lt;/strong&gt; : En r&#233;troc&#233;dant une part de d&#233;mesure (1) aux formes de vie, c'est-&#224;-dire en proc&#233;dant &#224; une nouvelle m&#233;tabolisation anthropologique de la d&#233;mesure comme amour, imagination et formes d'auto-organisations attentives aux relations qu'elles g&#233;n&#232;rent et qui les obligent. Je consid&#232;re en effet, contre Hans Jonas, que le probl&#232;me n'est pas de r&#233;-encha&#238;ner Prom&#233;th&#233;e, le pauvre, le tortur&#233;, mais, 1/ de brider &#8211; &#224; d&#233;faut d'abolir &#8211; le capitalisme et 2/ de refonder le rapport sensitif, &#233;motionnel, esth&#233;tique que nous entretenons avec le monde comme avec les m&#233;diations techniques. On ne peut traiter de la question de l'hubris en g&#233;n&#233;ral, il faut la territorialiser &#224; chaque fois, voir si elle ouvre un espace ou, au contraire, le d&#233;truit. &#171; Nombreux sont les Terribles, mais aucun plus que l'Homme &#187; lorsqu'il ne conna&#238;t plus aucun espace ni aucun temps pour exp&#233;rimenter ce que l'existence a de profond&#233;ment d&#233;mesur&#233;, rebelle &#224; toute norme, toute arch&#233;. L'ogre, ou le L&#233;viathan, ou l'&#201;tat despotique, a besoin du capitalisme pour l'alimenter. Il ne sera jamais &#233;cologique. Le &#171; p&#233;tainisme vert &#187; que pronostiquait Gorz sera tout simplement un nationalisme brun qui finira par se manger lui-m&#234;me suite aux manques de vivres. Ogre autophagique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(1) Cf. &#171; D&#233;mesure &#187;, et le dossier &#171; Prom&#233;th&#233;e contre Areva &#187; in &lt;i&gt;Multitudes&lt;/i&gt; 2011/4 (n&#176; 47).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;strong&gt; &lt;i&gt;Low Life&lt;/i&gt; de Nicolas Klotz et &#201;lisabeth Perceval&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle s'appelle Carmen, lui Hussain. Il est afghan, elle lyonnaise. Elle milite aux c&#244;t&#233;s des sans-papiers, lui est demandeur d'asile. Ils se croisent dans un squat et ils s'aiment. Mais au lieu d'obtenir le statut de r&#233;fugi&#233;, Hussain re&#231;oit son &#171; arr&#234;t de mort &#187; : l'arr&#234;t&#233; d'obligation de quitter le territoire fran&#231;ais. Pour vivre leur histoire, ils se r&#233;fugient dans une vie souterraine, nocturne, sous les radars de la police : une &#171; sous-vie &#187;. Apr&#232;s &lt;i&gt;La Blessure&lt;/i&gt; , qui traitait d&#233;j&#224; de l'immigration clandestine (2004) et &lt;i&gt;La Question humaine&lt;/i&gt; (2007) (1), qui retra&#231;ait les liens de filiation refoul&#233;s entre le management capitaliste et les heures les plus noires de notre modernit&#233;, le tandem Klotz-Perceval signe avec &lt;i&gt;Low Life&lt;/i&gt; (2012) une trag&#233;die contemporaine sur le face-&#224;-face entre une jeunesse rebelle, peinte en puissance antique, et un &#201;tat traqueur et expulseur. A rebours des repr&#233;sentations documentaires sur les luttes militantes, les &#171; armes des faibles &#187; contre les descentes polici&#232;res, la vid&#233;osurveillance et la biom&#233;trie sont, dans ce film, rien de moins que la gu&#233;rilla vaudou et l'&#233;vasion narcoleptique. Une fa&#231;on de replacer le r&#234;ve, la passion amoureuse et le fantastique au c&#339;ur de la politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(1) Adapt&#233; du roman &#233;ponyme de Fran&#231;ois Emmanuel, Stock, 2000, r&#233;&#233;d. Le Livre de poche.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Alerte aux territoires !</title>
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&lt;p&gt;Plus la mondialisation s'acc&#233;l&#232;re (avec la pr&#233;paration cette ann&#233;e d'une zone de libre &#233;change transatlantique) et plus nous avons envie de nous r&#233;clamer &#171; de quelque part &#187;. Les territoires sont donc &#224; l'honneur : les marques r&#233;gionales de textile ou de bouffe industrielle fleurissent, les suppl&#233;ments locaux permettent aux hebdos parisiens de vendre encore un peu de papier et les discours des &#233;lu&#8901;e&#8901;s d&#233;bordent de territoires qu'il faut &#171; d&#233;velopper &#187;, &#171; mettre en synergie &#187;, &#171; am&#233;nager &#187;, etc. Derri&#232;res (...)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://lan02.butternet.net/-Dossiers-" rel="directory"&gt;Dossiers&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;span class='spip_document_29 spip_documents'&gt;&lt;a href='https://lan02.butternet.net/IMG/png/territoire.png' type=&#034;image/png&#034; title=&#034;territoire&#034;&gt;&lt;img src='https://lan02.butternet.net/local/cache-vignettes/L150xH127/territoire-df9d3-a8582.png?1696061304' width='150' height='127' alt='territoire {PNG}' /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/span&gt;Plus la mondialisation s'acc&#233;l&#232;re (avec la pr&#233;paration cette ann&#233;e d'une zone de libre &#233;change transatlantique) et plus nous avons envie de nous r&#233;clamer &#171; de quelque part &#187;. Les territoires sont donc &#224; l'honneur : les marques r&#233;gionales de textile ou de bouffe industrielle fleurissent, les suppl&#233;ments locaux permettent aux hebdos parisiens de vendre encore un peu de papier et les discours des &#233;lu&#8901;e&#8901;s d&#233;bordent de territoires qu'il faut &#171; d&#233;velopper &#187;, &#171; mettre en synergie &#187;, &#171; am&#233;nager &#187;, etc. Derri&#232;res ces petites fiert&#233;s avance la propagande &lt;i&gt;d&#233;senclavatrice&lt;/i&gt; , o&#249; le territoire est le pendant g&#233;ographique du &#171; citoyen &#187; : toujours requis mais jamais central.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette &#171; ambition territoriale &#187; n'est pas la r&#233;appropriation de nos lieux de vie. C'est leur d&#233;possession par le vide du &#171; marketing territorial &#187; qui aspire et dig&#232;re leurs richesses, c'est leur mise en concurrence par des infrastructures de transport permettant d'exploiter au maximum les diff&#233;rents arguments de leur comp&#233;titivit&#233; sur le march&#233; national ou mondial. Les habitant&#8901;e&#8901;s ? D&#233;m&#233;nag&#233;&#8901;e&#8901;s, r&#233;enclav&#233;&#8901;e&#8901;s entre une voie rapide et un a&#233;roport, ou &#224; reconvertir en guides touristiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De la d&#233;brouille parigote &#224; l'ironie landaise, en passant par l'organisation beauceronne, ici et l&#224;, et encore l&#224;-bas, ils et elles r&#233;sistent. Nous transmettons leur message : alerte, on nous vole nos territoires !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;strong&gt;Sommaire&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Phil&#233;mon, &#171; Enlarge your capitale &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
David Langlois-Mallet, &#171; Le Grand Paname, fabrique de l'imaginaire &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
A propos de &lt;i&gt;Paris sans le peuple&lt;/i&gt; , d'Anne Clerval&lt;br class='autobr' /&gt;
Clarence Maeander, &#171; A propos des villes intelligentes &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Natacha Sansoz et Pantxo Desbordes, &#171; Greetings from Mont-de-Marsan &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Castets, &#171; Neuf fontaines &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
L&#233;a S&#233;bastien, &#171; Le NIMBY contre l'int&#233;r&#234;t g&#233;n&#233;ral ? Tout contre &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Sophie M&#233;trich et Julien Milanesi, &#171; L'int&#233;r&#234;t g&#233;n&#233;ral et moi &#187;, roman-photo&lt;br class='autobr' /&gt;
Jacques Prades, &#171; Territoire et &#233;conomie coop&#233;rative &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Dario Fo, &#171; Le si&#232;ge de Bologne &#187;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>L'extr&#234;me droite est-elle technocritique ?</title>
		<link>https://lan02.butternet.net/L-extreme-droite-est-elle-technocritique</link>
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		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Patrick Marcolini</dc:creator>



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&lt;p&gt;La critique de la soci&#233;t&#233; industrielle est-elle r&#233;ac ? Allons d&#233;j&#224; voir si les cercles r&#233;actionnaires portent un regard critique sur la technique. &lt;br class='autobr' /&gt;
L'historien Fran&#231;ois Jarrige a r&#233;cemment fait para&#238;tre une volumineuse histoire des &#171; technocritiques &#187;, retra&#231;ant l'action de toutes celles et tous ceux qui, dans les deux derniers si&#232;cles, ont d&#233;nonc&#233; le caract&#232;re n&#233;faste des technologies de leur temps et tent&#233; d'en enrayer les effets d&#233;vastateurs : briseurs de machines, utopistes sociaux, critiques (...)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://lan02.butternet.net/-No6-Qui-est-reac-Qui-est-moderne-20-" rel="directory"&gt;N&#176;6 : &#034;Qui est r&#233;ac ? Qui est moderne ?&#034;&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;La critique de la soci&#233;t&#233; industrielle est-elle r&#233;ac ? Allons d&#233;j&#224; voir si les cercles r&#233;actionnaires portent un regard critique sur la technique.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'historien Fran&#231;ois Jarrige a r&#233;cemment fait para&#238;tre une volumineuse histoire des &#171; technocritiques &#187;, retra&#231;ant l'action de toutes celles et tous ceux qui, dans les deux derniers si&#232;cles, ont d&#233;nonc&#233; le caract&#232;re n&#233;faste des technologies de leur temps et tent&#233; d'en enrayer les effets d&#233;vastateurs : briseurs de machines, utopistes sociaux, critiques philosophiques de la modernit&#233;, communaut&#233;s alternatives, mouvements &#233;cologistes radicaux et autres groupes anti-industriels. Ce travail ne se borne pas &#224; faire &#233;merger des archives les figures de r&#233;sistances au &#171; progr&#232;s &#187; technique beaucoup plus nombreuses et vigoureuses que l'historiographie classique ne le laissait croire. En exposant leurs raisons et en montrant leur clairvoyance face &#224; des processus sociaux et environnementaux dont nous voyons aujourd'hui l'aboutissement d&#233;sastreux, il r&#233;habilite une critique de la soci&#233;t&#233; industrielle sur laquelle pesaient jusque-l&#224; de graves soup&#231;ons. En effet, pour reprendre les mots de Fran&#231;ois Jarrige : &#171; Dans le champ politique, la technocritique n'a bonne presse ni &#224; gauche ni &#224; droite. Pour la droite lib&#233;rale, elle est le nouveau visage d'une obsession r&#233;gulatrice tentant de brider la libre entreprise et le progr&#232;s. A gauche subsiste l'id&#233;e que &#8220;des pens&#233;es conservatrices, voire r&#233;actionnaires, alimentent aujourd'hui encore certaines actions technophobes&#8221; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb1' class='spip_note' rel='appendix' title='Fran&#231;ois Jarrige, Technocritiques. Du refus des machines &#224; la contestation (...)' id='nh1'&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Effectivement, pour une partie de la gauche, y compris de la gauche anticapitaliste, d&#232;s qu'on critique la technoscience, l'id&#233;ologie du progr&#232;s ou la soci&#233;t&#233; industrielle, le spectre de l'extr&#234;me droite n'est pas loin&#8230; Mais ce rapprochement est-il fond&#233; ? L'extr&#234;me droite a-t-elle v&#233;ritablement proc&#233;d&#233; &#224; une critique de la science et de la technique modernes ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsqu'on prononce le mot &#171; extr&#234;me droite &#187;, la premi&#232;re image qui vient &#224; l'esprit est naturellement celle du fascisme italien et de l'Allemagne nationale-socialiste. Or le r&#233;gime de Mussolini s'est pr&#233;cis&#233;ment distingu&#233; par une s&#233;rie de grands travaux publics visant &#224; moderniser une Italie per&#231;ue comme retardataire par rapport aux grandes puissances industrielles du nord de l'Europe : ass&#232;chement et mise en culture des mar&#233;cages du Latium, stimulation de la production agricole, construction d'autoroutes et de lignes de chemin de fer, investissements massifs dans l'industrie lourde, etc. Le nazisme, pour sa part, s'est caract&#233;ris&#233; par le recours accru aux pesticides et aux engrais chimiques dans le domaine agricole, la valorisation de l'automobile pour tous et la construction d'un des premiers r&#233;seaux autoroutiers au monde, l'usage intensif des nouvelles techniques de communication de masse, le redressement et la mobilisation de l'arsenal industriel allemand en vue de pr&#233;parer la guerre, la mise au point de nouveaux proc&#233;d&#233;s industriels pour obtenir des substances telles que mati&#232;res plastiques, caoutchouc et textiles de synth&#232;se, etc.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb2' class='spip_note' rel='appendix' title='Voir George L. Mosse, La R&#233;volution fasciste. Vers une th&#233;orie g&#233;n&#233;rale du (...)' id='nh2'&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Autant de faits qui allaient bien dans le sens du progr&#232;s&#8230; technique. En outre, comme plusieurs auteurs l'ont fait remarquer, les m&#233;canismes d'extermination mis en &#339;uvre dans les camps nazis peuvent eux-m&#234;mes &#234;tre rapport&#233;s aux logiques fondamentales de la modernit&#233; industrielle&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb3' class='spip_note' rel='appendix' title='Cf. Enzo Traverso, La Violence nazie. Une g&#233;n&#233;alogie europ&#233;enne , Paris, La (...)' id='nh3'&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par cons&#233;quent, les r&#233;f&#233;rences laudatives &#224; l'Antiquit&#233; romaine dans l'Italie fasciste ou au Saint-Empire romain germanique dans l'Allemagne nazie ne doivent pas faire illusion : il s'agissait l&#224; de r&#234;veries &#171; paling&#233;n&#233;siques &#187; (pour reprendre l'expression de l'historien Roger Griffin&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb4' class='spip_note' rel='appendix' title='Roger Griffin, The Nature of Fascism , Londres, Pinter, 1991, et (...)' id='nh4'&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;), c'est-&#224;-dire qu'elles n'imaginaient pas la possibilit&#233; de revenir en arri&#232;re dans le pass&#233;, mais plut&#244;t de faire &lt;i&gt;rena&#238;tre&lt;/i&gt; celui-ci &#224; travers et par la modernit&#233; &#8211; notamment technologique. Or pour rena&#238;tre, il faut d&#233;j&#224; avoir disparu. Rien d'&#233;tonnant donc &#224; ce que les restes concrets de ce pass&#233; aient &#233;t&#233; d&#233;truits au passage &#8211; comme les vestiges architecturaux de la Rome des C&#233;sars, d&#233;molis sous Mussolini pour construire les monuments c&#233;l&#233;brant la puissance retrouv&#233;e de l'Italie&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb5' class='spip_note' rel='appendix' title='Cf. Emilio Gentile, Fascismo di pietra , Roma, Laterza, 2007.' id='nh5'&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui s'applique au fascisme et au nazisme est valable, mutatis mutandis, pour la majeure partie de l'extr&#234;me droite, qui a &#233;t&#233; &#8211; et reste encore &#8211; largement tributaire des paradigmes intellectuels qui ont accompagn&#233; le d&#233;veloppement de la soci&#233;t&#233; industrielle. Chez le royaliste Charles Maurras par exemple, qui fut le fondateur de l'Action fran&#231;aise et le th&#233;oricien du nationalisme int&#233;gral, on serait bien en peine de trouver une critique de la technique et de la science modernes. Et pour cause : il se revendiquait explicitement de la fine fleur du positivisme, c'est-&#224;-dire d'Auguste Comte et de Fr&#233;d&#233;ric Le Play. Comme l'explique Colette Capitan : &#171; Ce que la biologie enseigne, ou les sciences de la nature, le nationalisme int&#233;gral, lui-m&#234;me con&#231;u comme syst&#232;me scientifique, devait pouvoir le corroborer dans le domaine des sciences humaines et de l'histoire &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb6' class='spip_note' rel='appendix' title='Colette Capitan, Charles Maurras et l'id&#233;ologie d'Action fran&#231;aise. &#201;tude (...)' id='nh6'&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. La situation est m&#234;me plus frappante encore si l'on observe les mouvements d'extr&#234;me droite qui sont apparu plus r&#233;cemment dans le champ politique. On conna&#238;t, bien s&#251;r, les appels retentissants de Marine Le Pen et du Front national &#224; une vigoureuse r&#233;industrialisation de la France. On sait moins, toutefois, que le FN est aussi l'un des partis les plus en pointe sur les questions num&#233;riques, se mobilisant contre la loi LOPPSI, demandant une protection intransigeante des donn&#233;es personnelles et de la libert&#233; d'expression sur Internet, ou encore approuvant l'introduction de tablettes num&#233;riques &#224; l'&#233;cole (pourvu qu'elles soient fran&#231;aises !).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On a l&#224; l'indice d'un ph&#233;nom&#232;ne qui devrait attirer toute l'attention des &#171; antifascistes &#187; : du FN jusqu'aux disciples d'Alain Soral en passant par les Identitaires, l'extr&#234;me droite actuelle ne montre en fait aucune r&#233;pulsion vis-&#224;-vis des nouvelles technologies. Et pour cause : &lt;i&gt;elle leur est consubstantiellement li&#233;e&lt;/i&gt; . &#216;yvind Strommen, auteur d'une enqu&#234;te approfondie sur &#171; la toile brune &#187;, parle m&#234;me &#224; cet &#233;gard d'une extr&#234;me droite de troisi&#232;me g&#233;n&#233;ration : apr&#232;s la premi&#232;re marqu&#233;e par le nazisme et la seconde qui plongeait ses racines dans le racisme des gens ordinaires, celle-ci a pour principale caract&#233;ristique d'avoir &#233;t&#233; directement s&#233;cr&#233;t&#233;e par Internet. Internet offre en effet des moyens in&#233;dits par rapport aux anciennes techniques de communication politique : illustrer et renforcer les messages id&#233;ologiques par des images et des vid&#233;os frappantes ; faciliter la mise en contact discr&#232;te avec les groupes extr&#233;mistes, alors qu'il fallait autrefois se rendre physiquement &#224; des r&#233;unions pour les rencontrer et les suivre ; multiplier les espaces de discussion o&#249; des points de vue et des comportements habituellement inacceptables en soci&#233;t&#233; sont normalis&#233;s et encourag&#233;s&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb7' class='spip_note' rel='appendix' title='&#216;yvind Strommen, La Toile brune , Arles, Actes Sud, 2012, p. (...)' id='nh7'&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. C'est bien ce qui se produit aujourd'hui avec &#201;galit&#233; &amp; R&#233;conciliation, l'organisation d'Alain Soral, dont le succ&#232;s repose quasi-exclusivement sur les vid&#233;os qu'elle met en ligne quotidiennement sur son site Internet, devenu une v&#233;ritable machine de guerre. Mais c'est aussi le cas pour les Identitaires, dont le mod&#232;le cyberactiviste a largement d&#233;teint sur le reste de l'extr&#234;me droite&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb8' class='spip_note' rel='appendix' title='Les principales figures du mouvement identitaire, &#224; l'image de Fabrice Robert (...)' id='nh8'&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si l'on s'&#233;carte un peu de ce panorama, le candidat le plus s&#233;rieux &#224; la cat&#233;gorie &#8211; bien fantomatique &#8211; des &#171; techno-critiques &#187; d'extr&#234;me droite pourrait &#234;tre Alain de Benoist, le fondateur de la Nouvelle Droite, un courant intellectuel d&#233;veloppant depuis le d&#233;but des ann&#233;es 1970 une critique acharn&#233;e du jud&#233;o-christianisme et de l'&#233;conomie marchande, accus&#233;s de saper les fondements de la &#171; civilisation europ&#233;enne &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb9' class='spip_note' rel='appendix' title='L'organe central de la Nouvelle Droite a longtemps &#233;t&#233; (et reste encore dans (...)' id='nh9'&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Alain de Benoist s'est en effet distingu&#233; depuis une quinzaine d'ann&#233;es par une m&#233;fiance revendiqu&#233;e vis-&#224;-vis de la technoscience, et par un ralliement explicite aux th&#232;ses de la d&#233;croissance. Ses revues, &lt;i&gt;&#201;l&#233;ments&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;Krisis&lt;/i&gt; , font r&#233;guli&#232;rement place &#224; des textes portant sur la critique du machinisme et des sciences, tandis que ses &#233;crits inspirent les animateurs (&#224; vrai dire assez groupusculaires) de la revue &lt;i&gt;R&#233;bellion&lt;/i&gt; , dont plusieurs articles ont approch&#233; des th&#233;matiques semblables. Mais le personnage ainsi que ses disciples se sont aussi signal&#233;s par une tactique r&#233;currente depuis les ann&#233;es 1980, consistant &#224; s'emparer de toutes les questions occupant le devant de la sc&#232;ne &#224; l'extr&#234;me gauche pour en donner une version d'extr&#234;me droite, en essayant de ramener &#224; eux et &#224; leurs objectifs des intellectuels ou des forces politiques issus du &#171; camp d'en face &#187;. C'est une application directe de leur strat&#233;gie dite &#171; m&#233;tapolitique &#187;, celle du &#171; gramscisme de droite &#187; : pour remporter le combat politique, il faut remporter celui de la culture et des id&#233;es, en imposant sa vision du monde au-del&#224; des clivages traditionnels&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb10' class='spip_note' rel='appendix' title='Cf. Alain de Benoist, Jean-Jo&#235;l Br&#233;geon, Claudine Glot et al., &#171; Pour un (...)' id='nh10'&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Ainsi a-t-on vu le tiers-mondisme, l'anti-imp&#233;rialisme ou encore la cause palestinienne faire les frais de cette strat&#233;gie&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb11' class='spip_note' rel='appendix' title='Pour une illustration de cette strat&#233;gie sur la question du tiers-mondisme, (...)' id='nh11'&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Ne serait-ce pas au tour de l'&#233;cologie, de la d&#233;croissance et de la critique de la soci&#233;t&#233; industrielle ? Un indice pourrait en &#234;tre le fait que, jusqu'&#224; la fin des ann&#233;es 70, la Nouvelle Droite &#233;tait plut&#244;t empreinte d'un certain positivisme et ne montrait aucune sympathie pour l'&#233;cologie politique&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb12' class='spip_note' rel='appendix' title='Comme l'admet St&#233;phane Fran&#231;ois lui-m&#234;me, pourtant prompt &#224; d&#233;noncer les (...)' id='nh12'&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour justifier le ralliement de la Nouvelle Droite &#224; la critique de la technique, Alain de Benoist se r&#233;f&#232;re essentiellement &#224; une constellation d'auteurs issus de la R&#233;volution conservatrice, un courant intellectuel qui s'est d&#233;velopp&#233; dans l'Allemagne des ann&#233;es 1900-1930 et auquel ont &#233;t&#233; associ&#233;s des penseurs tels qu'Oswald Spengler, Ernst J&#252;nger ou Martin Heidegger. Si plusieurs repr&#233;sentants de la R&#233;volution conservatrice &#233;mirent effectivement un certain nombre de r&#233;probations &#224; l'&#233;gard de l'industrialisme &#8211; et ce sont peut-&#234;tre l&#224; les seuls qu'on puisse faire entrer dans la cat&#233;gorie des &#171; techno-critiques &#187; d'extr&#234;me droite &#8211; &#171; bien plus nombreux &#233;taient ceux qui, s'ils critiquaient bien la domination de la technique et de la science dans la soci&#233;t&#233; moderne, faisaient peser cette critique non pas sur la technique en tant que telle, mais sur la d&#233;faillance des cat&#233;gories dirigeantes &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb13' class='spip_note' rel='appendix' title='Stefan Breuer, Anatomie de la R&#233;volution conservatrice , Paris, &#201;ditions de (...)' id='nh13'&gt;13&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Ainsi Spengler, dans &lt;i&gt;L'Homme et la technique&lt;/i&gt; (1931), craignait-il que les &#233;lites occidentales, se d&#233;tournant de la technique par &#171; une sorte de pacifisme dans le combat contre la nature &#187;, ne la livrent aux peuples colonis&#233;s, qui s'en empareraient pour la retourner contre la &#171; civilisation blanche &#187;. Dans &lt;i&gt;Le Travailleur&lt;/i&gt; de J&#252;nger (1932), on retrouve la m&#234;me id&#233;e : &#224; l'ancienne bourgeoisie doit se substituer une nouvelle &#233;lite, forg&#233;e dans le creuset des guerres et de l'industrie, capable de plier &#224; sa volont&#233; de domination et d'organisation une technique jusque-l&#224; d&#233;cha&#238;n&#233;e. Le cas d'Heidegger, s'il est plus complexe et toujours en d&#233;bat, rel&#232;ve probablement de la m&#234;me esp&#232;ce, dans la mesure o&#249; le philosophe affirma &#224; plusieurs reprises que le national-socialisme, auquel il avait un temps apport&#233; son soutien, avait pos&#233; &#8211; sans le r&#233;soudre &#8211; le probl&#232;me d'une relation ad&#233;quate entre l'&#234;tre humain et l'essence de la technique. Apr&#232;s guerre, Heidegger finira par adopter une posture fataliste, refusant d'envisager quelque opposition que ce soit &#224; la soci&#233;t&#233; industrielle : &#171; Seul un Dieu peut encore nous sauver &#187; sera son dernier mot sur la question, en 1966&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb14' class='spip_note' rel='appendix' title='Lire notamment son entretien donn&#233; au journal Der Spiegel en 1966 et (...)' id='nh14'&gt;14&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La &#171; techno-critique &#187; est finalement loin d'&#234;tre plus repr&#233;sent&#233;e &#224; l'extr&#234;me droite qu'&#224; l'extr&#234;me gauche. Elle est en fait une attitude transversale &#224; tous les courants politiques, &#224; tel point qu'on peut la trouver chez des auteurs aussi mod&#233;r&#233;s que le philosophe Alain, compagnon de route du Parti radical sous la IIIe R&#233;publique, ou l'&#233;crivain humaniste Georges Duhamel, auteur notamment des &lt;i&gt;Sc&#232;nes de la vie future&lt;/i&gt; en 1930. De sorte que le rapprochement entre critique de la soci&#233;t&#233; industrielle et extr&#234;me droite a finalement plus valeur pol&#233;mique qu'autre chose. La plupart du temps, il rel&#232;ve en fait du stratag&#232;me &#233;nonc&#233; par Schopenhauer en 1831 dans &lt;i&gt;L'Art d'avoir toujours raison&lt;/i&gt; : &#171; Nous pouvons rapidement &#233;liminer ou du moins rendre suspecte une affirmation de l'adversaire oppos&#233;e &#224; la n&#244;tre en la rangeant dans une cat&#233;gorie ex&#233;crable, pour peu qu'elle s'y rattache par similitude ou m&#234;me tr&#232;s vaguement &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb15' class='spip_note' rel='appendix' title='Arthur Schopenhauer, stratag&#232;me n&#176;32 de L'Art d'avoir toujours raison , Mille (...)' id='nh15'&gt;15&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id='nb1'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh1' class='spip_note' title='Notes 1' rev='appendix'&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Fran&#231;ois Jarrige, Technocritiques. Du refus des machines &#224; la contestation des technosciences , Paris, La D&#233;couverte, 2014, p. 335-336.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb2'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh2' class='spip_note' title='Notes 2' rev='appendix'&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir George L. Mosse, &lt;i&gt;La R&#233;volution fasciste. Vers une th&#233;orie g&#233;n&#233;rale du fascisme&lt;/i&gt; , Paris, Seuil, 2003, p. 52-54 et 183-191, ainsi que la mise au point tout &#224; fait opportune de Fran&#231;ois Jarrige dans son livre, op. cit., p. 139-143.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb3'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh3' class='spip_note' title='Notes 3' rev='appendix'&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cf. Enzo Traverso, &lt;i&gt;La Violence nazie. Une g&#233;n&#233;alogie europ&#233;enne&lt;/i&gt; , Paris, La Fabrique, 2002, et Zygmunt Bauman, &lt;i&gt;Modernit&#233; et Holocauste&lt;/i&gt; , Paris, La Fabrique, 2002.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb4'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh4' class='spip_note' title='Notes 4' rev='appendix'&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Roger Griffin, &lt;i&gt; The Nature of Fascism&lt;/i&gt; , Londres, Pinter, 1991, et &lt;i&gt;Modernism and Fascism. The Sense of a Beginning under Mussolini and Hitler&lt;/i&gt; , Basingstoke (GB), Palgrave Macmillan, 2007.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb5'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh5' class='spip_note' title='Notes 5' rev='appendix'&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cf. Emilio Gentile, &lt;i&gt;Fascismo di pietra&lt;/i&gt; , Roma, Laterza, 2007.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb6'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh6' class='spip_note' title='Notes 6' rev='appendix'&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Colette Capitan, &lt;i&gt; Charles Maurras et l'id&#233;ologie d'Action fran&#231;aise. &#201;tude sociologique d'une pens&#233;e de droite&lt;/i&gt; , Paris, Seuil, 1972, p. 95.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb7'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh7' class='spip_note' title='Notes 7' rev='appendix'&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#216;yvind Strommen, &lt;i&gt;La Toile brune&lt;/i&gt; , Arles, Actes Sud, 2012, p. 81-85.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb8'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh8' class='spip_note' title='Notes 8' rev='appendix'&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Les principales figures du mouvement identitaire, &#224; l'image de Fabrice Robert ou Laurent Ozon, travaillent d'ailleurs directement dans les nouvelles technologies, selon ce qu'ils affirment eux-m&#234;mes sur les sites Internet de leurs mouvements respectifs (le Bloc identitaire et Maison commune). Sur la strat&#233;gie des Identitaires, cf. Emmanuel Casajus, &lt;i&gt;Le Combat culturel. Images et actions chez les Identitaires&lt;/i&gt; , Paris, L'Harmattan, 2014.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb9'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh9' class='spip_note' title='Notes 9' rev='appendix'&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;L'organe central de la Nouvelle Droite a longtemps &#233;t&#233; (et reste encore dans une certaine mesure) le GRECE, &#171; Groupement d'&#233;tudes et de recherches sur la civilisation europ&#233;enne &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb10'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh10' class='spip_note' title='Notes 10' rev='appendix'&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cf. Alain de Benoist, Jean-Jo&#235;l Br&#233;geon, Claudine Glot et al., &#171; Pour un &#034;gramscisme de droite&#034; &#187;, &lt;i&gt;Actes du XVIe colloque national du GRECE&lt;/i&gt; , Paris, Le Labyrinthe, 1982.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb11'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh11' class='spip_note' title='Notes 11' rev='appendix'&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Pour une illustration de cette strat&#233;gie sur la question du tiers-mondisme, cf. Alain de Benoist, &lt;i&gt;Europe, Tiers monde, m&#234;me combat&lt;/i&gt; , Paris, Robert Laffont, 1986, et l'analyse critique de Fran&#231;ois Partant, &#171; Un livre et de nombreux auteurs : Alain de Benoist et le tiers-mondisme &#187;, &lt;i&gt;in Cette crise qui n'en est pas une&lt;/i&gt; , Paris, L'Harmattan, 1994, p. 245-273.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb12'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh12' class='spip_note' title='Notes 12' rev='appendix'&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Comme l'admet St&#233;phane Fran&#231;ois lui-m&#234;me, pourtant prompt &#224; d&#233;noncer les racines pr&#233;tendument r&#233;actionnaires de l'&#233;cologie politique (cf. S. Fran&#231;ois, &lt;i&gt;L'&#201;cologie politique : une vision du monde r&#233;actionnaire ?&lt;/i&gt; , Paris, Cerf, 2006, p. 81-82).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb13'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh13' class='spip_note' title='Notes 13' rev='appendix'&gt;13&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Stefan Breuer, &lt;i&gt;Anatomie de la R&#233;volution conservatrice&lt;/i&gt; , Paris, &#201;ditions de la Maison des sciences de l'homme, 1996, p. 86.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb14'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh14' class='spip_note' title='Notes 14' rev='appendix'&gt;14&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Lire notamment son entretien donn&#233; au journal &lt;i&gt;Der Spiegel&lt;/i&gt; en 1966 et publi&#233; dix ans plus tard : Martin Heidegger, &lt;i&gt;R&#233;ponses et questions sur l'histoire et la politique&lt;/i&gt; , Paris, Mercure de France, 1977. On remarquera d'ailleurs que des auteurs tels qu'Adorno ou Anders, inspirateurs des courants anti-industriels actuels, ont pris le soin de se distinguer des positions de Heidegger. Cf. G&#252;nther Anders, &lt;i&gt; Sur la pseudo-concr&#233;tude de la philosophie de Heidegger&lt;/i&gt; (1948), Paris, Sens &amp; Tonka, 2003 et T. W. Adorno, &lt;i&gt;Jargon de l'authenticit&#233;. De l'id&#233;ologie allemande&lt;/i&gt; (1964), Payot, 1989&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb15'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh15' class='spip_note' title='Notes 15' rev='appendix'&gt;15&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Arthur Schopenhauer, stratag&#232;me n&#176;32 de &lt;i&gt;L'Art d'avoir toujours raison&lt;/i&gt; , Mille et une nuits, 2003.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
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		<title>Autogestion, pi&#232;ge &#224; cons ?</title>
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&lt;p&gt;par Cl&#233;ment Homs &lt;br class='autobr' /&gt;
Qu'il s'agisse de Lip dans les ann&#233;es 1970, des usines &#171; r&#233;cup&#233;r&#233;es &#187; dans l'Argentine en crise des ann&#233;es 2000, ou encore de la multitude d'entreprises alternatives qui se cr&#233;ent en Europe sous le nom d'&#233;conomie sociale et solidaire, les exp&#233;riences d'autogestion semblent ne jamais parvenir &#224; d&#233;passer le capitalisme. Pire encore, elles ne font souvent que reconduire de mani&#232;re perverse ses logiques habituelles : recherche du profit, travail &#233;puisant, et parfois m&#234;me exploitation pure et (...)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://lan02.butternet.net/-no7-Altercapitalisme-" rel="directory"&gt;n&#176;7 &#034;Altercapitalisme&#034;&lt;/a&gt;


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 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;span class='spip_document_40 spip_documents'&gt;
&lt;img src='https://lan02.butternet.net/local/cache-vignettes/L500xH390/altercapitalisme-8921d.png?1701242634' width='500' height='390' alt=&#034;altercapitalisme&#034; title=&#034;altercapitalisme&#034; /&gt;&lt;/span&gt;par Cl&#233;ment Homs&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qu'il s'agisse de Lip dans les ann&#233;es 1970, des usines &#171; r&#233;cup&#233;r&#233;es &#187; dans l'Argentine en crise des ann&#233;es 2000, ou encore de la multitude d'entreprises alternatives qui se cr&#233;ent en Europe sous le nom d'&#233;conomie sociale et solidaire, les exp&#233;riences d'autogestion semblent ne jamais parvenir &#224; d&#233;passer le capitalisme. Pire encore, elles ne font souvent que reconduire de mani&#232;re perverse ses logiques habituelles : recherche du profit, travail &#233;puisant, et parfois m&#234;me exploitation pure et simple. Comment cela est-il possible ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deux discours peuvent &#234;tre tenus sur l'&#233;chec de la perspective autogestionnaire. Soit c'est la faute des circonstances historiques, soit alors ce sont plut&#244;t les id&#233;es autogestionnaires elles-m&#234;mes qui ont p&#233;ch&#233; par leur incapacit&#233; &#224; saisir v&#233;ritablement ce qui est au fondement de la soci&#233;t&#233; capitaliste. C'est ce deuxi&#232;me point de vue qui sera &#8211; trop bri&#232;vement &#8211; d&#233;velopp&#233; ici (1). L'&#233;chec de l'exp&#233;rience autogestionnaire au XXe si&#232;cle et en ce d&#233;but du XXIe (notamment en Argentine dans le mouvement &lt;i&gt;piqueteros&lt;/i&gt; ), renvoie &#224; un &#233;chec plus profond, celui de la strat&#233;gie des organisations ouvri&#232;res depuis le XIXe fond&#233;e sur le principe que le Travail fait face au Capital. Ce qui nous am&#232;ne &#224; souligner l'incapacit&#233; th&#233;orique commune au marxisme traditionnel et &#224; nombreux courants anarchistes &#224; saisir ce qu'est vraiment le noyau des formes sociales cat&#233;gorielles du capitalisme et de sa forme de dynamique. Car la pens&#233;e autogestionnaire n'a toujours discut&#233; que de la gestion collective des moyens de production et de la distribution des salaires (&#171; On travaille et on se paie &#187;), c'est-&#224;-dire en mettant l'accent seulement sur la redistribution des sempiternelles cat&#233;gories sociales capitalistes (travail, valeur, argent et marchandise). L'objet restreint de cette pens&#233;e consiste &#224; promouvoir la place de la d&#233;mocratie au sein d'entreprises qui finalement restaient des acteurs &#233;conomiques qui se devaient de produire encore des marchandises cristallisant de la valeur. La pratique autogestionnaire est ainsi rest&#233;e prisonni&#232;re d'une naturalisation des quatre chevaliers de l'apocalypse capitaliste &#8211; le travail, la valeur, l'argent et la marchandise &#8211; et ne pouvait alors n&#233;cessairement que repr&#233;senter une pr&#233;tendue &#171; alternative &#187; emmur&#233;e dans une vie toujours corset&#233;e par le processus de valorisation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le travail n'est pourtant pas cette activit&#233; de l'Homme &#224; travers laquelle il vise &#224; se reproduire, comme on le croit trop souvent, mais celle, sp&#233;cifique, qu'il consacre &#224; produire des marchandises. A ce titre, c'est une activit&#233; sp&#233;cifiquement capitaliste qui a &#233;merg&#233; durant les trois derniers si&#232;cles. Tout travail a un double caract&#232;re, c'est-&#224;-dire deux faces qui n'existent qu'ensemble et jamais s&#233;par&#233;ment. Une face concr&#232;te, o&#249; le travail est d'un c&#244;t&#233; une activit&#233; qui transforme une mati&#232;re en une &#171; utilit&#233; &#187; &#8211; et cette seule dimension sera l'objet du contr&#244;le ouvrier dans une entreprise autog&#233;r&#233;e. Une face abstraite qui correspond au r&#244;le du travail dans la soci&#233;t&#233; capitaliste, au sens o&#249; structurellement il sert de lien social aux individus, les individus se rapportant les uns aux autres &#224; travers une d&#233;pense de travail qui leur permet d'obtenir une somme d'argent, etc. Cette face abstraite du travail &#8211; ind&#233;pendamment de ce qui pourra &#234;tre d&#233;cid&#233; &#224; l'int&#233;rieur d'une entreprise autog&#233;r&#233;e &#8211; m&#233;diatise une nouvelle forme d'interd&#233;pendance sociale, une nouvelle forme de synth&#232;se sociale sp&#233;cifiquement capitaliste. On parle ici de &#171; travail abstrait &#187;, parce que c'est &#224; partir de ce caract&#232;re socialement m&#233;diatisant que le travail est l'abstraction m&#234;me de sa face concr&#232;te (2). Or cette fonction socialement m&#233;diatisante qu'a tout travail fait que l'individu qui l'exerce (3) est et n'est pas &#224; la fois le lieu de son propre agir. Car le travail qu'il effectue le renvoie, par le biais du r&#244;le socialement m&#233;diatisant de l'ensemble des travaux, &#224; la totalit&#233; sociale ainsi constitu&#233;e, bien au-del&#224; de ce que peuvent d&#233;cider sur le lieu de travail les patrons, la gestion, la volont&#233; d'auto-d&#233;termination ou les id&#233;aux artisanaux de &#171; ma&#238;trise &#187; de son activit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le travail, qui socialise les individus en les rapportant les uns aux autres, constitue &#233;galement, par sa face abstraite, une forme de richesse sociale intrins&#232;que &#224; cette seule forme de vie capitaliste, une richesse non pas sensible mais abstraite, non empiriquement constatable ou mesurable, la valeur, qui se repr&#233;sente ph&#233;nom&#233;nalement en une pure quantit&#233; d'argent. Les marchandises, en tant que r&#233;sultat de ce travail, ne sont pas socialement trait&#233;es comme de simples biens et n'ont aucunement pour finalit&#233; de satisfaire des besoins. Elles sont plut&#244;t une sorte de mal n&#233;cessaire (de support) pour cette richesse abstraite capitaliste qui pour exister doit passer &#224; travers ces enveloppes mat&#233;rielles qui la cristalliseront de mani&#232;re transitoire. Cette enveloppe mat&#233;rielle et sensible, certes, aura pour r&#233;alit&#233; premi&#232;re d'&#234;tre le r&#233;ceptacle &#224; de simples &#171; gel&#233;es de travail abstrait &#187; (Marx), autrement dit un amas de valeur et de survaleur, qui se sera enfoui en elle provisoirement pour mieux en surgir sous une autre forme, la forme-argent. La face concr&#232;te du travail (scier des planches &#224; Ambiance Bois sur le plateau des Mille Vaches ou fabriquer un &lt;i&gt;jean&lt;/i&gt; &#224; Lifeng Textile dans la banlieue de Canton) n'existera toujours que comme support de la face abstraite du travail. Le passage au contr&#244;le ouvrier du processus de production n'emp&#234;che aucunement la nouvelle face d&#233;sormais &#171; autog&#233;r&#233;e &#187; du travail concret de n'&#234;tre toujours que ce simple support de la logique tautologique du travail abstrait. C'est toujours le travail abstrait (une des deux faces du travail) qui se m&#233;tamorphose en diff&#233;rentes formes au cours du cycle du capital, passant du travail vivant &#224; sa cristallisation dans la marchandise sous la forme-valeur, en passant ensuite sous la forme-argent quand cette marchandise sera vendue sur le march&#233;, pour revenir ensuite sous la forme capital-argent en bout de cha&#238;ne et pour &#234;tre alors r&#233;investie dans un nouveau cycle de rotation du capital, en &#233;largissant la base de travail vivant employ&#233;. Le capital n'est pas le contraire du travail, mais sa forme accumul&#233;e ; le travail vivant et le travail mort ne sont pas deux entit&#233;s antagonistes, mais deux &#171; &#233;tats d'agr&#233;gation &#187; diff&#233;rents de la m&#234;me substance de travail. Tant que le travail constituera le lien social au travers duquel nous nous rapportons les uns aux autres, que la gestion soit patronale, artisanale ou autog&#233;r&#233;e, tout individu travaillant ne sera toujours qu'un agr&#233;gat de ce travail abstrait dont il faudra tirer le maximum (ce que Marx appellera l'exploitation du surtravail). Ce qui constitue la substance du capital n'est pas que l'usine ne soit pas sous contr&#244;le ouvrier comme le croit le marxisme traditionnel, mais que le travail dans sa double nature (abstraite et concr&#232;te) continue &#224; exister socialement. Dans ce processus m&#233;tamorphique &#8211; o&#249; l'accumulation de la survaleur est &#224; la fois le r&#233;sultat et le pr&#233;suppos&#233; &#8211;, les individus et les classes ne sont que les fonctionnaires (les supports) de cette logique f&#233;tichiste. Les capitalistes exercent le pouvoir non comme &#171; des seigneurs politiques ou th&#233;ocratiques &#187;, mais parce qu'&#171; ils personnifient les moyens de travail vis-&#224;-vis du travail &#187; (4), ils sont les &#171; fonctionnaires du capital &#187;, une &#171; &#233;lite de fonction &#187; (5) du syst&#232;me f&#233;tichiste de la marchandise qui ne le domine en aucun cas mais constitue en revanche sa classe profitante. Ce n'est jamais la d&#233;pense particuli&#232;re de travail qui se cristallisera sous la forme valeur dans une marchandise. Par son caract&#232;re socialement m&#233;diatisant, c'est le standard de productivit&#233; socialement moyen qui d&#233;terminera &#8211; de l'ext&#233;rieur de la particularit&#233;-travail et de toute possibilit&#233; d'autogestion des t&#226;ches au sein d'une coop&#233;rative particuli&#232;re &#8211; la grandeur de valeur cristallis&#233;e dans la &#171; marchandise produite en autogestion &#187;. Dans une entreprise autog&#233;r&#233;e, les injonctions ext&#233;rieures constitu&#233;es par la double nature du travail, le standard social de productivit&#233; et donc la totalit&#233; sociale constitu&#233;e par la m&#233;diation que constitue le travail r&#233;troagiront sur les ouvrier&#183;e&#183;s qui devront d&#233;cider d&#233;mocratiquement &#8211; s'ils et elles veulent survivre sur le march&#233; en tant qu'entit&#233; &#233;conomique &#8211; de s'auto-exploiter, s'auto-remplacer par des machines ou s'auto-licencier (6), dans la joie autogestionnaire de la main lev&#233;e. Sous leur &#171; contr&#244;le &#187;, les ouvrier&#183;e&#183;s ne seront &#224; eux-m&#234;mes que leurs propres &#171; fonctionnaires du capital &#187;. L'auto-exploitation sans patron n'est jamais mieux que l'exploitation ordinaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sans ici &#233;voquer les exp&#233;riences dramatiques en Argentine ces derni&#232;res ann&#233;es, tout au cours du XXe si&#232;cle on a vu se reconstituer les m&#234;mes contraintes au c&#339;ur des exp&#233;riences autogestionnaires, comme dans les usines autog&#233;r&#233;es dans l'Espagne r&#233;volutionnaire de 1936-1937 o&#249; la forme-argent sous la forme des &#171; bons de travail &#187; s'est reconstitu&#233;e parce que le travail en tant que tel n'a pas &#233;t&#233; d&#233;pass&#233; (7). Mais m&#234;me &#224; des &#233;chelles plus petites, la m&#233;moire des ouvrier&#183;e&#183;s de Lip dans les entretiens qu'ils et elles ont donn&#233;s montre tr&#232;s clairement l'amertume et la fin du mythe autogestionnaire (8). C'est une nouvelle qualit&#233; qu'il nous faut maintenant donner &#224; la r&#233;volution en op&#233;rant une &#171; rupture cat&#233;gorielle et ontologique &#187; (9) : non plus lib&#233;rer le travail du capital, mais se lib&#233;rer du travail en tant que tel, c'est-&#224;-dire mettre fin &#224; toute forme d'&#233;conomie possible (10).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(1) Je remercie Myrtille Gonzalbo pour sa relecture du texte et ses suggestions. De mani&#232;re plus approfondie, je me permets de renvoyer &#224; mon article &#171; Au-del&#224; de la Centrale de Fran&#231;ois Partant. Une critique du sc&#233;nario de l'archipellisation dans un cadre autogestionnaire &#187;, in &lt;i&gt;Sortir de l'&#233;conomie&lt;/i&gt; , n&#176;4, 2012.&lt;br class='autobr' /&gt;
(2) Moishe Postone, &lt;i&gt;Temps, travail et domination sociale. Une r&#233;interpr&#233;tation de la th&#233;orie critique de Marx&lt;/i&gt; , Mille et une nuits, 2009.&lt;br class='autobr' /&gt;
(3) Peu importe ici que la face concr&#232;te de ce travail soit g&#233;r&#233;e patronalement ou soit autog&#233;r&#233;e et m&#234;me s'il est un luddite du XIXe si&#232;cle ou un petit &#233;leveur du XXIe si&#232;cle oppos&#233; au pu&#231;age.&lt;br class='autobr' /&gt;
(4) Marx, &lt;i&gt;Le Capital&lt;/i&gt; , Livre III.&lt;br class='autobr' /&gt;
(5) Pour reprendre une expression de Robert Kurz.&lt;br class='autobr' /&gt;
(6) Ceci est bien exprim&#233; dans le livre de Michel Lulek quand Ambiance Bois a d&#251; licencier. Michel Lulek, &lt;i&gt;Scions&#8230; travaillait autrement ? Ambiance Bois, l'aventure d'un collectif autog&#233;r&#233;&lt;/i&gt; , &#233;ditions Repas, 2003.&lt;br class='autobr' /&gt;
(7) Lire Michael Seidman, &lt;i&gt;Ouvriers contre le travail. Paris et Barcelone pendant les Fronts populaires&lt;/i&gt; , Senonevero, 2009 ; Myrtille Gonzalbo, &#171; L'anticapitalisme des anarchistes et des anarcho-syndicalistes espagnols des ann&#233;es trente &#187;, in Sortir de l'&#233;conomie, n&#176;4, 2012.&lt;br class='autobr' /&gt;
(8) Jo&#235;lle Beurier, &#171; La m&#233;moire Lip ou la fin du mythe autogestionnaire &#187;, in Frank Georgi (dir.), &lt;i&gt;L'Autogestion. La Derni&#232;re Utopie&lt;/i&gt; , Presses de la Sorbonne, 2003, pp. 451-465.&lt;br class='autobr' /&gt;
(9) Pour citer &#224; nouveau Robert Kurz.&lt;br class='autobr' /&gt;
(10) Cf. Quelques ennemis du meilleur des mondes, &lt;i&gt;Sortir de l'&#233;conomie&lt;/i&gt; , Le Pas de C&#244;t&#233;, Vierzon, 2013 ; Anselm Jappe, &#171; R&#233;volution contre le travail ? La critique de la valeur et le d&#233;passement du capitalisme &#187;, in &lt;i&gt;Cit&#233;s&lt;/i&gt; , n&#176;59, septembre 2014 ; ainsi que Krisis, Manifeste contre le travail, UGE, 10/18, 2002.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>&#171; La lenteur est aussi une vitesse &#187;</title>
		<link>https://lan02.butternet.net/La-lenteur-est-aussi-une-vitesse</link>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Aude Vidal</dc:creator>



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&lt;p&gt;Entretien avec Thierry Paquot &lt;br class='autobr' /&gt; L'An 02 : Le mouvement &#233;cologiste donne-t-il, selon vous, &#224; la question du temps l'importance qu'elle m&#233;rite ? Le traitement de cette question (&#224; travers celles de la RTT, de la vitesse, etc.) dessine-t-il des lignes de fracture au sein de ce mouvement ? &lt;br class='autobr' /&gt; Thierry Paquot : Le &#171; mouvement &#233;cologiste &#187;, &#224; l'&#233;chelle mondiale, est particuli&#232;rement divers et certaines de ses composantes d'origine ont disparu, d'autres sont apparues depuis, sans toujours revendiquer un (...)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://lan02.butternet.net/-Dossier-du-no1-Le-temps-qui-nous-fait-" rel="directory"&gt;N&#176;1 : &#171; Le temps qui nous fait &#187;&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Entretien avec Thierry Paquot&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;i&gt; &lt;strong&gt;L'An 02&lt;/strong&gt; &lt;/i&gt; &lt;strong&gt; : Le mouvement &#233;cologiste donne-t-il, selon vous, &#224; la question du temps l'importance qu'elle m&#233;rite ? Le traitement de cette question (&#224; travers celles de la RTT, de la vitesse, etc.) dessine-t-il des lignes de fracture au sein de ce mouvement ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;strong&gt;Thierry Paquot : &lt;/strong&gt; Le &#171; mouvement &#233;cologiste &#187;, &#224; l'&#233;chelle mondiale, est particuli&#232;rement divers et certaines de ses composantes d'origine ont disparu, d'autres sont apparues depuis, sans toujours revendiquer un h&#233;ritage particulier, aussi je formulerais une r&#233;ponse plus g&#233;n&#233;rale. La question du temps n'a pas &#233;t&#233; un des fers de lance de cette n&#233;buleuse, pourtant f&#233;conde. En effet, ses revendications portaient, et portent encore, sur la protection de la nature, sur la condamnation des pollutions et des pollueurs, sur la qualit&#233; de l'agriculture, sur la d&#233;fense des paysages, sur la remise en cause de la production et de la consommation de masse, sur les in&#233;galit&#233;s sociales (et aussi Nord/Sud), sur la d&#233;licate question de la d&#233;mographie, etc. Ni Ren&#233; Dumont, ni Ren&#233; Dubos, ni Jacques Ellul, ni Serge Moscovici, ni le Groupe des Dix, ni Andr&#233; Gorz ou encore F&#233;lix Guattari pour ne citer que ceux-l&#224;, sans mentionner les Am&#233;ricains ou les &#171; pionniers &#187; de l'&#233;cologie politique ou les partisans de la &lt;i&gt;deep ecology&lt;/i&gt; et les militantes de l' &lt;i&gt;ecofeminism&lt;/i&gt; ne s'arr&#234;tent sur le temps, comme bien existentiel non renouvelable et trop souvent gaspill&#233;. Il faut pr&#233;ciser que le &#171; temps &#187;, philosophiquement parlant, ne fait l'objet d'analyses sp&#233;cifiques qu'avec Jean-Marie Guyau, Henri Bersgon, Gaston Bachelard et surtout Martin Heidegger, qui avec, &lt;i&gt;Sein und Zeit&lt;/i&gt; (1927) r&#233;volutionne fondamentalement la mani&#232;re de le penser. C'est chacun d'entre nous qui pr&#233;sentifie le temps en lui donnant un contenu, en le transformant de temps &#171; pr&#233;sent &#187;, &#171; disponible &#187; en un &#171; temps pour &#187;. Si l'&#234;tre humain est un &#171; &#234;tre jet&#233; pour la mort &#187;, c'est-&#224;-dire que d&#232;s sa naissance le compte &#224; rebours est d&#233;clench&#233; et que l'issue fatale ne peut &#234;tre ignor&#233;e, son destin est alors marqu&#233; par les mani&#232;res dont il va &#171; habiter le temps &#187;, pour reprendre le titre d'un remarquable essai de Jean Chesneaux. Selon les cultures, les religions, les modes de vie, l'appr&#233;ciation du temps, sa mesure, ses repr&#233;sentations sont diff&#233;rentes, ce dont l'&#233;cologie temporelle &#224; construire doit tenir compte. C'est du reste cette diversit&#233; des rythmes et des temporalit&#233;s qui assure &#224; l'humanit&#233; sa richesse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chaque individu devrait, r&#233;guli&#232;rement, examiner ses temps &#171; v&#233;cu &#187;, &#171; con&#231;u &#187; et &#171; per&#231;u &#187; de m&#234;me qu'il se pr&#233;occupe, &#224; la suite d'Henri Lefebvre, de ses espaces &#171; v&#233;cu &#187;, &#171; con&#231;u &#187; et &#171; repr&#233;sent&#233; &#187;. &#192; ce temps de l'intime (&#171; pour soi &#187;), se combinent les temps sociaux, d&#233;cid&#233;s et souvent impos&#233;s par d'autres, comme les horaires des transports, des administrations, des commerces, etc. Ceux-ci sont fr&#233;quemment chronophages, songeons aux embouteillages, aux retards des trains, aux attentes &#224; l'a&#233;roport, aux &#171; urgences &#187; de l'h&#244;pital ou au guichet de la mairie, etc. Mais l&#224; o&#249; la soci&#233;t&#233; bride le plus les temporalit&#233;s individuelles, c'est dans son absurde tripartition de la journ&#233;e et de la vie. Chaque jour est d&#233;coup&#233;e en trois &#171; moments &#187; &#224; peu pr&#232;s &#233;gaux, le temps de sommeil, le temps de travail et le temps pour assurer les deux autres (transports, courses, loisirs, &#233;ducation&#8230;), c'est ce que les sociologues appellent &#171; la vie quotidienne &#187;, et l'existence comprend trois temps in&#233;gaux : l'enfance et la formation, la vie active (!) et la retraite (!). Ces deux tripartitions ne visent que les populations des pays dans lesquels l'&#233;conomie repose sur le salariat. Avec l'extension du domaine du pr&#233;cariat, la combinaison des trois &#171; moments &#187; quotidiens se modifie. De m&#234;me, l'allongement de la vie permet une retraite &#171; active &#187; qui vient parasiter la vie dite &#171; active &#187; qui elle-m&#234;me est contrari&#233;e par le ch&#244;mage&#8230; Ces deux tripartitions vont conna&#238;tre de puissants changements dans les ann&#233;es &#224; venir, ce sont elles qui vont politiser la question du temps et stimuler une &#171; &#233;cologie temporelle &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;i&gt; &lt;strong&gt;L'An 02&lt;/strong&gt; &lt;/i&gt; &lt;strong&gt; : Quelles sont les r&#233;ponses possibles face &#224; la &#171; chronophagie dominante &#187; ? R&#233;ponses individuelles, culturelles, politiques, quelles articulations entre elles proposez-vous ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;strong&gt;Thierry Paquot : &lt;/strong&gt; Il y a l&#224; un paradoxe. Pour le capitalisme &#171; le temps c'est de l'argent &#187;, d'o&#249; la chasse aux &#171; temps morts &#187;, le taylorisme, la sous-traitance, la flexibilit&#233;, les flux tendus, etc., et pourtant ce m&#234;me capitalisme alimente d'incroyables &#171; pertes &#187; de temps, comme le d&#233;montre, Jean Robert, un compagnon d'Ivan Illich, dans &lt;i&gt;Le Temps qu'on nous vole&lt;/i&gt; (Seuil, 1980), qui pr&#233;conise des actions pour contrecarrer les m&#233;faits des &#171; progr&#232;s &#187; chonophagiques en mati&#232;re de transport. Personnellement, je d&#233;nonce la tyrannie de la vitesse pour la vitesse qui s'impose comme seule mesure du progr&#232;s technique, or, la lenteur est aussi une vitesse, il convient donc de bien comprendre que la lenteur s'oppose &#224; la rapidit&#233; mais pas &#224; la vitesse, et que celle-ci peut d&#233;c&#233;l&#233;rer. Il serait fastidieux de lister ici toutes les possibilit&#233;s d'organiser le temps autrement, mais c'est un formidable chantier. Je ne donnerais que deux exemples, l'apport de l'ordinateur et la chronotopie. Avec les applications de l'ordinateur, il est envisageable de diff&#233;rer telle activit&#233;, de la combiner &#224; telle l'autre et ainsi d'&#233;conomiser son propre temps en le r&#233;partissant mieux et en agissant au &#171; bon &#187; moment pour vous, dans votre propre d&#233;roul&#233; temporel. Quant &#224; la chronotopie c'est la fa&#231;on de m&#233;nager (ou prendre soin) les lieux dans lesquels nous inscrivons notre quotidien. Elle comprend aussi des &#171; maisons des temps &#187; qui &#224; l'&#233;chelle d'une agglom&#233;ration, par exemple, tentent d'harmoniser les temps sociaux aux temps individuels et des &#171; banques du temps &#187;, qui facilitent les &#233;changes entre citadins r&#233;mun&#233;r&#233;s en temps (une heure d'anglais contre une heure de jardinage, la garde des enfants contre un cours de piano, etc.). L&#224;, comme souvent pour l'&#233;cologie politique, l'exp&#233;rimentation est &#224; encourager&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;i&gt; &lt;strong&gt;L'An 02&lt;/strong&gt; &lt;/i&gt; &lt;strong&gt; : Vous &#234;tes un militant de la sieste au nom du respect des rythmes chronobiologiques, est-ce une revendication r&#233;cup&#233;rable par les partisans de la productivit&#233; ? permet-elle d'autres ruptures ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;strong&gt;Thierry Paquot : &lt;/strong&gt; La sieste est un bienfait. C'est aussi l'expression la plus intime du temps personnel, celui de la chronobiologie. Personne ne peut me dicter &#171; ma &#187; sieste ! C'est un moment privil&#233;gi&#233; durant lequel je me mets volontairement, et avec d&#233;lectation, hors du jeu social. Faire la sieste c'est dire &#171; pouce ! &#187;, et durant quelques minutes se lover en une pause r&#233;paratrice. Bien s&#251;r, elle peut &#234;tre r&#233;cup&#233;r&#233;e, et un patron remarquera vite qu'en tol&#233;rant la sieste, il regaillardit son personnel&#8230; La sieste, comme sa cousine la paresse, est indispensable &#224; revendiquer dans un monde qui globalise le temps et en gomme l'h&#233;t&#233;rog&#233;n&#233;it&#233;. Il faut cultiver le plaisir du temps, telle une incomparable gourmandise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;i&gt; &lt;strong&gt;L'An 02&lt;/strong&gt; &lt;/i&gt; &lt;strong&gt; : Quelle serait votre d&#233;finition d'une &#171; &#233;cologie temporelle &#187; ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;strong&gt;Thierry Paquot : &lt;/strong&gt; Bernard Charbonneau, avec &lt;i&gt;Dimanche et lundi &lt;/i&gt; (1966), ouvre la voie &#224; une &#233;cologie temporelle, m&#234;me si l'expression devra attendre les travaux de William Grossin et des &#171; Temporalistes &#187;, &#224; partir des ann&#233;es 1980, pour &#234;tre formul&#233;e sans toutefois aboutir ni &#224; une politique ni &#224; une th&#233;orie ( &lt;i&gt;Pour une science des temps, introduction &#224; l'&#233;cologie temporelle&lt;/i&gt; , 1996). C'est dans &lt;i&gt;&#201;loge du luxe, de l'utilit&#233; de l'inutile &lt;/i&gt; (2005) et &lt;i&gt;Petit Manifeste pour une &#233;cologie existentielle&lt;/i&gt; (2007) que j'esquisse cette th&#233;orisation en montrant les impacts de l'organisation temporelle sur la consommation d'&#233;nergie, la sant&#233;, la quotidiennet&#233;, le travail, les loisirs, etc. L'&#233;cologie temporelle est un des piliers de l'&#233;cologie existentielle, elle concourt &#224; r&#233;concilier l'&#234;tre humain avec ses biorythmes et &#224; assurer une continuit&#233; &#171; douce &#187; entre ses temporalit&#233;s, tant sociales qu'individuelles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;strong&gt;Propos recueillis par Aude Vidal, septembre 2011&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Pour en finir avec l'alternative &#171; Progr&#232;s &#187; ou &#171; R&#233;action &#187;</title>
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		<dc:date>2015-07-01T00:00:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Aur&#233;lien Boutaud</dc:creator>



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&lt;p&gt;par Aur&#233;lien Berlan &lt;br class='autobr' /&gt;
Il arrive souvent, chez les gens &#171; de gauche &#187;, de penser que toute critique du &#171; Progr&#232;s &#187; (dans ses dimensions actuellement dominantes, celles du d&#233;veloppement &#233;conomique, scientifique et technologique) est forc&#233;ment &#171; r&#233;actionnaire &#187; (au sens o&#249; elle serait &#171; de droite &#187; et ferait le jeu des &#233;lites capitalistes). C'est notamment la position de Jacques Ranci&#232;re qui d&#233;nonce aujourd'hui, au nom de l'&#233;galit&#233;, toute critique des formes de vie modernes en termes d'ali&#233;nation &#8211; qu'il s'agisse (...)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://lan02.butternet.net/-No6-Qui-est-reac-Qui-est-moderne-20-" rel="directory"&gt;N&#176;6 : &#034;Qui est r&#233;ac ? Qui est moderne ?&#034;&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;span class='spip_document_35 spip_documents'&gt;&lt;a href='https://lan02.butternet.net/IMG/png/reac_moderne.png' type=&#034;image/png&#034; title=&#034;reac_moderne&#034;&gt;&lt;img src='https://lan02.butternet.net/local/cache-vignettes/L150xH120/reac_moderne-4a75a-2e6eb.png?1698011316' width='150' height='120' alt='reac_moderne {PNG}' /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/span&gt; &lt;strong&gt;par Aur&#233;lien Berlan&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il arrive souvent, chez les gens &#171; de gauche &#187;, de penser que toute critique du &#171; Progr&#232;s &#187; (dans ses dimensions actuellement dominantes, celles du d&#233;veloppement &#233;conomique, scientifique et technologique) est forc&#233;ment &#171; r&#233;actionnaire &#187; (au sens o&#249; elle serait &#171; de droite &#187; et ferait le jeu des &#233;lites capitalistes). C'est notamment la position de Jacques Ranci&#232;re qui d&#233;nonce aujourd'hui, au nom de l'&#233;galit&#233;, toute critique des formes de vie modernes en termes d'ali&#233;nation &#8211; qu'il s'agisse de celle de Debord ou de celle de Finkielkraut, mis dans le m&#234;me sac. Cette position nous semble intenable dans la mesure o&#249; les formes de vie modernes (bas&#233;es sur le salariat et la consommation de masse) supposent des in&#233;galit&#233;s terribles (entre les nations et au sein de chacune d'elles) et o&#249; le &#171; Progr&#232;s &#187; (&#233;conomique et technoscientifique) fait en r&#233;alit&#233; le jeu du capitalisme. Si l'on revient aux d&#233;bats qui ont eu lieu dans l'Allemagne de 1900, o&#249; la r&#233;volution industrielle s'est fa&#238;te de mani&#232;re particuli&#232;rement rapide et brutale, on remarque une configuration qui peut nous aider &#224; sortir de l'alternative d&#233;su&#232;te, h&#233;rit&#233;e de la R&#233;volution fran&#231;aise, entre Progr&#232;s et R&#233;action, entre Ranci&#232;re et Finkielkraut. Face au nouveau monde industriel engendr&#233; par le capitalisme, deux courants d'id&#233;es &#233;taient alors en concurrence pour en pointer les probl&#232;mes : la critique sociale qui s'attaquait aux in&#233;galit&#233;s et la critique culturelle qui d&#233;non&#231;ait les formes de vie li&#233;es au d&#233;veloppement industriel. Une critique pertinente du capitalisme nous semble aujourd'hui devoir articuler ces deux approches, sociale et culturelle, condition &lt;i&gt; sine qua non&lt;/i&gt; pour sortir de l'alternative infernale &#171; Progr&#232;s &#187; ou &#171; R&#233;action &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;strong&gt;&#201;mergence et h&#233;t&#233;rog&#233;n&#233;it&#233; de la critique culturelle en Allemagne&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par bien des aspects, les courants intellectuels et politiques qui d&#233;veloppent aujourd'hui une critique du monde contemporain ax&#233;e sur les questions &#233;cologiques et technologiques r&#233;&#233;ditent, de mani&#232;re consciente ou non, le geste de ce qu'on a appel&#233; la &lt;i&gt;Kulturkritik&lt;/i&gt; &#8211; qu'on peut traduire en fran&#231;ais par &#171; critique culturelle &#187;. Il s'agit d'une vaste mouvance qui se d&#233;veloppe dans l'Allemagne des ann&#233;es 1870 &#224; 1914 et compte de grands penseurs comme Nietzsche, qui fait office de figure tut&#233;laire, Ludwig Klages, Theodor Lessing, Rudolf Euken, Max Scheler, etc. ; on lui associe &#233;galement les &#233;crivains Thomas Mann, Hermann Broch et Robert Musil, les po&#232;tes Hugo von Hofmannsthal ou Stefan George. Il faut enfin y compter des historiens (Jacob Burckhardt, Johan Huizinga) et des publicistes politiques (Julius Langbehn et Paul de Lagarde dans le camp nationaliste, ou Gustav Landauer dans le camp anarchiste). Cette mouvance exerce une influence majeure sur les p&#232;res fondateurs de la sociologie allemande (Ferdinand T&#246;nnies, Georg Simmel et Max Weber), ainsi que sur des figures singuli&#232;res telles qu'Oswald Spengler ou le jeune Walter Benjamin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur le plan socio-&#233;conomique, l'Allemagne de cette &#233;poque est marqu&#233;e par l'av&#232;nement d'un capitalisme o&#249; l'accumulation de richesse abstraite (de capital) est bas&#233;e sur la production en masse &#224; l'aide des machines (c'est l'&#232;re du machinisme). La critique culturelle est une r&#233;action &#224; ce ph&#233;nom&#232;ne, mais dans toutes ses dimensions : &#233;conomique et technique bien s&#251;r, mais aussi politique et socioculturelle. Car &#224; l'intensification du travail et &#224; l'extension du salariat correspondent une urbanisation galopante, une p&#233;n&#233;tration croissante de l'argent dans tous les aspects de la vie, la mont&#233;e en puissance de l'&#201;tat bureaucratique ainsi que l'av&#232;nement de la &#171; d&#233;mocratie &#187;, &#224; la fois comme r&#233;gime bas&#233; sur la concurrence parlementaire des partis et comme forme de soci&#233;t&#233;, la soci&#233;t&#233; de masse. Dans les discours associ&#233;s &#224; la &lt;i&gt;Kulturkritik&lt;/i&gt; , tous ces ph&#233;nom&#232;nes se retrouvent, &#224; divers degr&#233;s, d&#233;nonc&#233;s : la ville tentaculaire, l'&#226;ge des machines, la marchandisation, le syst&#232;me des partis, la soci&#233;t&#233; de masse et ses valeurs bourgeoises, lib&#233;rales et mat&#233;rialistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;strong&gt;Critique culturelle versus critique sociale&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toutefois, si la &lt;i&gt;Kulturkritik&lt;/i&gt; s'attaque bien &#224; ce que l'on appelait vers 1900 &#171; l'&#232;re du capitalisme &#187;, elle ne co&#239;ncide pas pour autant avec la critique sociale ( &lt;i&gt;Gesellschaftskritik&lt;/i&gt; ou &lt;i&gt;Sozialkritik&lt;/i&gt; ) apparue dans le sillage du mouvement ouvrier. Elle est m&#234;me en partie oppos&#233;e aux id&#233;es port&#233;es par cette &#171; social-d&#233;mocratie &#187;, car les repr&#233;sentants de la &lt;i&gt;Kulturkritik&lt;/i&gt; n'h&#233;sitent pas &#224; remettre en question le bien-fond&#233; de la d&#233;mocratie et/ou des aspirations socialistes &#8211; une attitude pouvant d'ailleurs aller jusqu'&#224; un rejet pur et simple. En ce sens, la critique culturelle est, aussi, une &lt;i&gt;critique de la critique sociale&lt;/i&gt; . Par l&#224;, on se retrouve donc dans une situation triangulaire, o&#249; le capitalisme lib&#233;ral se heurte &#224; deux types d'attaque assez diff&#233;rents. Cela complique singuli&#232;rement la d&#233;termination des positions en pr&#233;sence, qui ne peut se faire par simple opposition binaire &#8211; m&#234;me si chaque camp cherche bien s&#251;r &#224; mettre les deux autres dans le m&#234;me sac : la critique sociale renvoie dos &#224; dos, dans le camp &#171; r&#233;actionnaire &#187;, le lib&#233;ralisme des capitalistes et la critique culturelle des &#171; intellectuels &#187; ; cette derni&#232;re ne voit dans la social-d&#233;mocratie que le dernier avatar d'un &#171; progressisme &#187; port&#233; aussi par les bourgeois lib&#233;raux qui, quant &#224; eux, tendront &#224; d&#233;noncer dans cette double critique, sociale et culturelle, le m&#234;me &#171; utopisme &#187; dangereux pour l'ordre civilis&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En d&#233;pit de leur diversit&#233; et m&#234;me de leur incompatibilit&#233;, les discours rassembl&#233;s sous la notion de &lt;i&gt;Kulturkritik&lt;/i&gt; pr&#233;sentent des points communs qui ressortent nettement lorsqu'on les compare &#224; ceux qui sont associ&#233;s &#224; la critique sociale. La critique sociale se formule en g&#233;n&#233;ral &#224; partir d'une analyse &#233;conomique du monde, particuli&#232;rement attentive aux &#233;volutions de l'industrie, du commerce et du march&#233; du travail. La critique culturelle tend au contraire &#224; se d&#233;sint&#233;resser des analyses &#233;conomiques : si elle note certaines &#233;volutions se faisant sur ce terrain, elle ne fait pr&#233;cis&#233;ment que les noter, sans les approfondir. Les changements de structure sociale constituent tout au plus l'arri&#232;re-plan d'analyses portant avant tout sur les &#233;volutions culturelles, celles des dispositions morales et des repr&#233;sentations du monde, examin&#233;es sans &#234;tre forc&#233;ment rapport&#233;es aux premi&#232;res. La culture, ici, ne d&#233;signe pas tant une sph&#232;re particuli&#232;re d'activit&#233; qu'un id&#233;al de d&#233;veloppement personnel o&#249; les diff&#233;rents aspects de la vie convergent dans une totalit&#233; qui fait sens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette divergence est ins&#233;parable de leur projet pratique : si la critique sociale vise &#224; &#171; transformer le monde &#187; par le moyen d'un renversement ou d'une modification des rapports sociaux, la critique culturelle aspire plut&#244;t &#224; &#171; changer la vie &#187; par le biais d'un changement de &#171; rapport au monde &#187; ou de &#171; conception du monde &#187;. Alors que la critique sociale tend &#224; se concentrer sur la d&#233;nonciation des injustices et de l'oppression dont les ouvriers et les plus mal lotis font les frais, la critique culturelle tend &#224; &#233;carter la question des in&#233;galit&#233;s comme secondaire, voire &#224; la rejeter comme biais&#233;e. Loin de recourir au langage des &#171; injustices sociales &#187;, elle parle plut&#244;t celui des &#171; maux &#187; du pr&#233;sent : ali&#233;nation, nihilisme, d&#233;senchantement, d&#233;g&#233;n&#233;rescence, d&#233;personnalisation, esseulement, m&#233;canisation de la vie &#8211; autant de termes qui ne renvoient pas &#224; des probl&#232;mes de justice, c'est-&#224;-dire &#224; des probl&#232;mes de r&#233;partition des biens (mat&#233;riels ou non) entre les membres d'une communaut&#233;. Si la critique sociale d&#233;nonce en premier lieu les injustices li&#233;es &#224; la structure de la soci&#233;t&#233; et pose donc, au moins de mani&#232;re implicite, les questions de l'&#233;galit&#233; sociale et de la redistribution des richesses, la critique culturelle s'attaque plut&#244;t &#224; la dimension &#171; pathologique &#187; des formes de vie modernes et suppose donc des repr&#233;sentations de ce que doit &#234;tre la vie bonne, saine, pleine, intense ou authentique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;strong&gt;La critique culturelle des formes de vie et d'humanit&#233; modernes&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question des &#171; pathologies de la modernit&#233; &#187; a bien s&#251;r un versant social. Ce qui caract&#233;rise la &lt;i&gt;Kulturkritik&lt;/i&gt; , c'est de la formuler dans le cadre d'une probl&#233;matique des &#171; types humains &#187;. Elle s'attache aux effets de la r&#233;volution industrielle sur les formes de vie et, par l&#224;, sur les formes d'humanit&#233; &#8211; si du moins on reconna&#238;t que nous sommes le produit de nos conditions de vie, qui influencent le type d'&#233;motions, de d&#233;sirs, d'intelligence que l'on va (ou non) d&#233;velopper. Aux questions de justice, qui concernent les relations entre les individus et les classes, elle substitue un questionnement sur la substance m&#234;me de l'humain. Elle s'attaque &#224; l'impact &#171; anthropologique &#187; ou &#171; caract&#233;rologique &#187; de la r&#233;volution industrielle, c'est-&#224;-dire &#224; ce que cette derni&#232;re change dans notre constitution profonde. Cette approche originale est intimement li&#233; &#224; la notion de culture : cette derni&#232;re insuffle une perspective sp&#233;cifique d'analyse critique, visant la mani&#232;re dont la modernit&#233; &#171; cultive &#187; un nouveau type d'humanit&#233;, disons l'homo &#339;conomicus, en favorisant le d&#233;veloppement de certaines qualit&#233;s humaines (l'esprit de calcul, de travail et de discipline) au d&#233;triment d'autres qualit&#233;s dont l'&#233;panouissement est inhib&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La critique culturelle d&#233;signe donc une r&#233;flexion critique sur la mani&#232;re dont les formes de vie d&#233;terminent l'&#233;mergence de &#171; types humains &#187; sp&#233;cifiques. Logiquement, elle s'int&#233;resse tout particuli&#232;rement &#224; la question de la formation de l'individu par l'instruction, au syst&#232;me &#233;ducatif et &#224; ce qu'on peut appeler la &#171; question scolaire &#187;, d&#233;non&#231;ant souvent le &#171; formatage &#187; par le syst&#232;me acad&#233;mique. Elle s'attaque &#224; la fois &#224; la science universitaire, dont elle critique le caract&#232;re born&#233; et mutilant, et &#224; l'enseignement secondaire, que ce soit pour d&#233;noncer, au nom de la vie, son autoritarisme traditionnel et sa p&#233;dagogie du &#171; gavage &#187; ou, presque inversement, pour d&#233;plorer le nivellement par le bas li&#233; &#224; son adaptation &#224; une nouvelle soci&#233;t&#233; exigeant sa d&#233;mocratisation et sa modernisation (au sens d'un renforcement du poids de l'enseignement technique au d&#233;triment des Humanit&#233;s) (1).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;strong&gt;Des visions du monde oppos&#233;es&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une autre s&#233;rie d'oppositions entre critique sociale et critique culturelle se situe sur le plan des conceptions g&#233;n&#233;rales du monde. Comme le rappelle Hobsbawm, si les avocats de la social-d&#233;mocratie d&#233;non&#231;aient &#171; l'exploitation, la richesse et sa concentration croissante &#187;, ils &#233;taient par ailleurs &#171; vou&#233;s corps et &#226;me &#224; cette id&#233;e cl&#233; du XIXe si&#232;cle : le &#8220;progr&#232;s&#8221; &#187;, et &#171; proclamaient, surtout quand ils &#233;taient marxistes, la n&#233;cessaire marche en avant de l'histoire vers un avenir meilleur, dont les contours restaient peut-&#234;tre encore flous mais qui verrait certainement le triomphe de la raison et de l'instruction, de la science et des techniques &#187; (2). Il est &#224; peine exag&#233;r&#233; de dire que la &lt;i&gt;Kulturkritik&lt;/i&gt; est, sur tous ces points, l'image invers&#233;e de la critique sociale. Quand la critique culturelle s'int&#233;resse &#224; des ph&#233;nom&#232;nes socio-structurels, elle ne d&#233;nonce en g&#233;n&#233;ral ni l'exploitation des prol&#233;taires, ni la concentration du capital &#8211; et si elle le fait, c'est d'un point de vue moral et non sociopolitique. Par contre, elle s'attaque au d&#233;veloppement des techniques industrielles et des sciences qui les soutiennent, voyant aussi d'un mauvais &#339;il le &#171; triomphe de la raison et de l'instruction &#187;, du moins sous la forme envisag&#233;e par les socialistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans cette mesure, on peut d&#233;finir la critique sociale comme une critique de la soci&#233;t&#233; capitaliste (sans mise en cause de la technique, base du d&#233;veloppement industriel) et la critique culturelle comme une critique du progr&#232;s industriel (sans mise en cause de la propri&#233;t&#233; priv&#233;e, base de la soci&#233;t&#233; bourgeoise). La critique culturelle appara&#238;t en effet comme une r&#233;action &#224; la glorification, par les technocrates et certains socialistes, de &#171; la science associ&#233;e &#224; la technique comme guide et avant-garde &#187; d'une civilisation mondiale. Elle aboutit &#224; une mise en question du progr&#232;s et du rationalisme, ou plut&#244;t d'une forme particuli&#232;re de rationalisme, sp&#233;cifi&#233; comme utilitariste et scientiste, mat&#233;rialiste et positiviste, qui appara&#238;t souvent comme &#171; l'ennemi principal &#187; et la &#171; racine du mal &#187;. La croyance dans le progr&#232;s et (ce qui revient presque au m&#234;me) en la valeur n&#233;cessairement positive du d&#233;ploiement historique de la raison scientifique, qui constitue le trait d'union entre la pens&#233;e lib&#233;rale et la critique sociale, se voit contr&#233;e par une r&#233;flexion sensible aux &lt;i&gt;co&#251;ts&lt;/i&gt; du progr&#232;s, &#224; ses effets destructeurs pour les formes de vie &#233;prouv&#233;es, les h&#233;ritages culturels et naturels.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ceci implique, on l'aura devin&#233;, que la critique culturelle ne cherche pas tant ses ressources utopiques dans l'id&#233;e d'un avenir meilleur que dans celle d'un pass&#233; idyllique, se rattachant par l&#224; au romantisme. Mais si elle n'est jamais exempte d'une dimension &#171; conservatrice &#187; (par sa critique du progr&#232;s) ou &#171; pass&#233;iste &#187; (par sa valorisation du pass&#233;), cela ne signifie pas qu'elle soit ipso facto de droite &#8211; tout d&#233;pend des aspects du progr&#232;s qu'elle rejette, et des aspects du pass&#233; qu'elle approuve. Ce qui ne fait par contre gu&#232;re de doute, c'est que cette critique ne s'adresse pas au prol&#233;tariat, et qu'elle n'est pas port&#233;e par lui. En tant que discours, la critique sociale est certes aussi, comme la critique culturelle, formul&#233;e de fait par une fraction de la bourgeoisie cultiv&#233;e. Mais la critique sociale prend explicitement le parti du prol&#233;tariat : c'est &#224; lui qu'elle s'adresse car c'est en lui qu'elle place ses espoirs. En revanche, la critique culturelle du tournant du si&#232;cle ne mise pas sur lui. Quand elle place ses espoirs dans un groupe social, c'est soit dans la jeunesse, soit dans la paysannerie, soit dans une humanit&#233; future dont elle esp&#232;re l'av&#232;nement &#8211; diversit&#233; qui t&#233;moigne de ce qu'elle n'est ni organis&#233;e, ni unifi&#233;e politiquement, prenant des directions diverses allant de l'extr&#234;me droite &#224; l'extr&#234;me gauche.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;strong&gt;Une articulation n&#233;cessaire d&#232;s lors que le &#171; progr&#232;s &#187; fait le jeu du capital&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si l'on tient compte de la pluralit&#233; effective de ces niveaux de distinction, alors la critique culturelle ne vient pas tant contrer la critique sociale que la doubler, non seulement parce qu'elle constitue une &lt;i&gt;autre&lt;/i&gt; perspective critique, bas&#233;e sur une approche diff&#233;rente des probl&#232;mes li&#233;s &#224; l'av&#232;nement du capitalisme, mais aussi parce que cette approche semble &lt;i&gt;plus globale et radicale&lt;/i&gt; . Bien s&#251;r, ce surcro&#238;t de globalit&#233; et de radicalit&#233; ne signifie pas que la critique qui en r&#233;sulte soit plus pertinente, plus lucide ou plus profonde &#8211; il faut plut&#244;t y voir un &#171; geste &#187; constitutif de la critique culturelle par rapport &#224; la critique sociale. Il n'en reste pas moins que ces approches, tout en &#233;tant diam&#233;tralement oppos&#233;es, exercent toutes deux une certaine force d'attraction, parce qu'elles mettent chacune en lumi&#232;re des aspects diff&#233;rents de la crise provoqu&#233;e par l'irruption du capitalisme industriel, et r&#233;v&#232;lent ce faisant les d&#233;ficits de l'autre. C'est &#224; leur articulation qu'il faut travailler aujourd'hui. Et il le faut d'autant plus que le &#171; Progr&#232;s &#187;, qui a perdu sa dimension sociale et politique et se restreint de plus en plus &#224; son versant &#233;conomique et technologique, ne va plus dans le sens d'un d&#233;passement du capitalisme mais, tout au contraire, dans celui de la colonisation croissante du monde et de la vie par ce syst&#232;me &#233;conomique insoutenable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(1) Plus largement, la critique culturelle est li&#233;e au d&#233;veloppement d'un &#171; mouvement de Jeunesse &#187; en r&#233;volte contre le syst&#232;me scolaire et la vie &#224; laquelle il pr&#233;pare, ainsi qu'&#224; un vaste mouvement pour la &#171; r&#233;forme de la vie quotidienne &#187; qui &#233;voque bien des aspects des mouvements alternatifs qui ont pris leur essor, dans le monde entier, &#224; partir des ann&#233;es 1970.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(2) Eric J. Hobsbawm, &lt;i&gt;L'&#200;re des empires : 1875-1914&lt;/i&gt; , Hachette, 1997, p. 184.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Revenu garanti : vers le travail invisible</title>
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&lt;p&gt;par Ir&#232;ne Pereira &lt;br class='autobr' /&gt;
Le revenu garanti donne lieu &#224; de grands enthousiasmes et &#224; une abondante litt&#233;rature qui en propose des formes diverses : allocation de citoyennet&#233;, revenu universel, revenu de base&#8230; Mais cette bonne id&#233;e est sous-tendue par certains pr&#233;suppos&#233;s peut-&#234;tre discutables. &lt;br class='autobr' /&gt; La critique du travail productif &lt;br class='autobr' /&gt;
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 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;span class='spip_document_40 spip_documents'&gt;
&lt;img src='https://lan02.butternet.net/local/cache-vignettes/L500xH390/altercapitalisme-8921d.png?1701242634' width='500' height='390' alt=&#034;altercapitalisme&#034; title=&#034;altercapitalisme&#034; /&gt;&lt;/span&gt;par Ir&#232;ne Pereira&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le revenu garanti donne lieu &#224; de grands enthousiasmes et &#224; une abondante litt&#233;rature qui en propose des formes diverses : allocation de citoyennet&#233;, revenu universel, revenu de base&#8230; Mais cette bonne id&#233;e est sous-tendue par certains pr&#233;suppos&#233;s peut-&#234;tre discutables.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;strong&gt;La critique du travail productif&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les th&#233;ories du revenu garanti s'appuient sur une remise en question de la centralit&#233; du travail au profit de la notion d'activit&#233;. En effet, il s'agit de d&#233;connecter le travail du revenu. En cela, les diff&#233;rentes conceptions du revenu garanti entendent remettre en question la th&#233;orie de la valeur travail commune au lib&#233;ralisme &#233;conomique classique et &#224; la th&#233;orie marxiste. Pour les &#233;conomistes de ces deux courants, la richesse cr&#233;&#233;e provient du travail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En outre, le lib&#233;ralisme &#233;conomique classique, ainsi que les auteurs socialistes tels que Marx ou Proudhon, accordent une centralit&#233; au travail productif. Dans le cas de l'&#233;conomie lib&#233;rale, c'est l'industrie qui est la source de la richesse des nations. Dans le cas du marxisme, le travail productif est celui de l'ouvrier. Cette centralit&#233; accord&#233;e &#224; l'industrie et au travail productif entre en contradiction avec les conceptions &#233;cologistes qui remettent en question l'industrialisation et le productivisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les th&#233;ories du revenu garanti entendent substituer &#224; la centralit&#233; du travail productif la notion d'activit&#233;. La richesse sociale cr&#233;&#233;e ne serait pas seulement li&#233;e au travail productif. Ce qui explique que l'on puisse d&#233;connecter le travail et le revenu. Le revenu pourrait &#234;tre dans ce cas aliment&#233; par exemple par un pr&#233;l&#232;vement sur le capital financier qui g&#233;n&#233;rerait de l'argent ind&#233;pendamment de l'&#233;conomie productive.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais la notion d'activit&#233; implique &#233;galement la revalorisation d'autres dimensions de l'existence humaine, autres que le travail productif : telle que la cr&#233;ation artistique ou encore l'engagement associatif ou politique par exemple...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;N&#233;anmoins la promesse d'une nouvelle soci&#233;t&#233; moins centr&#233;e sur le travail productif et prenant plus en compte l'activit&#233; ne comporte-t-elle pas des impens&#233;s discutables susceptibles de favoriser l'exploitation ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;strong&gt;Revenu garanti et travail reproductif&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour discuter de la place du travail et de l'activit&#233;, il peut-&#234;tre int&#233;ressant de s'appuyer sur les recherches f&#233;ministes. Les th&#233;oriciennes f&#233;ministes ont &#233;labor&#233; une notion particuli&#232;rement int&#233;ressante de travail avec la notion de travail reproductif. Les th&#233;oriciens socialistes du XIXe si&#232;cle comme Marx ou Proudhon, se sont centr&#233;s sur le travail productif. Le travail reproductif, qui permet la reproduction de la force de travail, n'est pas analys&#233; en tant que travail exploit&#233;. Pire encore, il se trouve naturalis&#233;. L'hominid&#233; devient pleinement humain par le travail productif par lequel il transforme la nature, et en transformant la nature, il se transforme lui-m&#234;me. Cela signifie &#224; l'inverse que le travail reproductif est simplement le travail destin&#233; &#224; la conservation et &#224; la reproduction de la vie biologique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En r&#233;alit&#233;, le travail reproductif se trouve par-del&#224; nature et culture. Il est en continuit&#233; avec la nature : l'alimentation, la reproduction... Mais ce travail reproductif chez l'&#234;tre humain n'est jamais pure nature, il est toujours &#233;galement, en m&#234;me temps, une activit&#233; culturelle. Il n'y a rien de naturel &#224; ce que ce soient les femmes qui s'occupent des t&#226;ches li&#233;es &#224; l'alimentation par exemple.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, en outre, la notion de travail reproductif conduit non pas &#224; mettre en avant la transformation de la nature dans la production, mais la conservation de ce qui est. Cette dimension est &#233;galement pr&#233;sente dans un autre concept des th&#233;ories f&#233;ministes, &#171; le travail du care &#187;. To care signifie &#171; prendre soin &#187;. Le travail du care s'inscrit dans un rapport &#224; la nature et &#224; autrui qui ne vise pas la production ou l'exploitation, mais qui a pour fonction de pr&#233;server. Il s'agit d'une &#233;thique de la sollicitude. En cela, le travail reproductif n'est pas incompatible avec une &#233;cologie, mais au contraire il s'accorde pleinement avec un rapport respectueux &#224; la nature.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Outre le fait d'avoir appuy&#233; leur th&#233;orie non pas sur le travail productif mais reproductif, les f&#233;ministes mat&#233;rialistes ont montr&#233; que le travail ne pouvait pas &#234;tre r&#233;duit &#224; l'emploi. Il existe un travail des femmes qui est gratuit et non r&#233;mun&#233;r&#233; mais qui pourtant est susceptible d'un &#233;quivalent mon&#233;taire. En effet, certains payent des femmes de m&#233;nage ou des baby-sitters pour effectuer le travail que font gratuitement encore majoritairement les femmes au sein du foyer. Le temps consacr&#233; dans les couples &#224; effectuer les t&#226;ches m&#233;nag&#232;res ou &#224; s'occuper des enfants &#8211; en particulier leur faire faire les devoirs &#8211; reste encore largement &#224; la charge des femmes. Il existe donc un travail et pas seulement une activit&#233; en dehors de l'emploi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or la limite de la notion de revenu garanti, c'est qu'en se centrant sur l'activit&#233; et en consid&#233;rant la notion de travail comme une cat&#233;gorie historiquement relative, li&#233;e par exemple au capitalisme, elle peut conduire &#224; invisibiliser des formes d'exploitation du travail qui se d&#233;roulent en dehors de l'emploi et de la sph&#232;re productive.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La notion de revenu garanti ne nous pr&#233;serve en rien de l'exploitation dans la sph&#232;re domestique. L'existence de la double journ&#233;e chez les femmes ne peut pas &#234;tre r&#233;duite &#224; la simple explication qu'elles sont d&#233;pendantes financi&#232;rement de leur mari et qu'un revenu garanti ferait dispara&#238;tre cette d&#233;pendance. De fait, pour des raisons qui ne tiennent pas uniquement &#224; la r&#233;partition des revenus dans le couple, la r&#233;partition des t&#226;ches m&#233;nag&#232;res entre les sexes n'est pas la m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;strong&gt;Valorisation de l'activit&#233; et d&#233;valorisation des classes laborieuses&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La valorisation de l'activit&#233; &#8211; action politique ou m&#233;ditation intellectuelle &#8211; est pr&#233;sente dans la pens&#233;e aristocratique grecque sous la forme de la notion de loisir. Le loisir s'oppose au labeur contraint de l'esclave. Mais le loisir de l'aristocratie grecque trouve sa condition de possibilit&#233; dans l'exploitation du travail des esclaves qui assurent la mat&#233;rialit&#233; de l'existence : le travail permettant de maintenir la vie biologique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mouvement ouvrier a eu &#224; c&#339;ur de d&#233;construire l'image d'une bourgeoisie industrieuse. Au contraire, il n'a eu de cesse d'affirmer que ce n'&#233;tait pas &#224; son travail qu'elle devait sa richesse, mais &#224; l'exploitation du travail des classes laborieuses. La bourgeoisie industrielle serait ainsi un parasite social au m&#234;me titre que l'aristocratie ou que le clerg&#233; sous l'Ancien R&#233;gime.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui, certain&#183;e&#183;s tenant&#183;e&#183;s du revenu garanti justifient sa mise en place par l'existence d'une classe cr&#233;ative constitu&#233;e d'artistes ou d'intellectuel&#183;le&#183;s pr&#233;caires pour qui les cat&#233;gories de travail manuel productif ne s'appliquent pas et pour qui il n'est pas possible de limiter l'activit&#233; &#224; la dur&#233;e l&#233;gale du travail r&#233;mun&#233;r&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;N&#233;anmoins ce mod&#232;le, centr&#233; sur les classes cr&#233;atives, conduit &#224; invisibiliser et &#224; d&#233;valoriser, comme un archa&#239;sme historique, les travaux visant &#224; assurer la mat&#233;rialit&#233; de l'existence. Or, justement, toute la r&#233;flexion autour d'une &#233;conomie de la transition, contre la mondialisation &#233;conomique lib&#233;rale, vise &#224; rappeler l'importance des savoir-faire mat&#233;riels, comme ceux d'ordre agricoles, qui permettent aux soci&#233;t&#233;s d'assurer leur autonomie alimentaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;strong&gt;Individualisme lib&#233;ral et contr&#244;le d&#233;mocratique&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certaines formes de revenu garanti reposent sur l'inconditionnalit&#233; du revenu qui ne doit &#234;tre soumis &#224; aucune condition d'activit&#233;. Mais on peut se demander si une telle conception n'est pas conduite &#224; r&#233;it&#233;rer les pr&#233;suppos&#233;s de l'individualisme et de l'h&#233;donisme lib&#233;ral. L'individu doit avoir le droit &#224; un revenu pour pouvoir faire ce qu'il lui pla&#238;t sans consid&#233;ration de son appartenance &#224; une soci&#233;t&#233; et &#224; un milieu naturel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est tout d'abord possible de se demander si on ne doit pas consid&#233;rer le revenu comme le produit non d'un individu, mais d'une activit&#233; collective. A l'inverse de l'activit&#233; individuelle centr&#233;e sur un plaisir narcissique, le travail est un fait social qui implique, du fait de la division du travail, des relations entre les individus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De fait, l'existence d'un tout social suppose un contr&#244;le d&#233;mocratique sur la richesse produite au sein de la soci&#233;t&#233; et la mani&#232;re dont elle est utilis&#233;e. Quelles activit&#233;s doivent &#234;tre favoris&#233;es par la richesse collective ? En effet, on peut se demander s'il s'agit de subventionner des individus pour qu'ils se livrent par exemple &#224; des activit&#233;s polluantes ou &#224; la production d'objets de consommation inutiles ou autres...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En d&#233;finitive, les th&#233;ories du revenu garanti peuvent aboutir &#224; des positions discutables. En r&#233;duisant la notion de travail au travail productif salari&#233;, elles peuvent &#234;tre conduites &#224; invisibiliser des formes de travail exploit&#233;es existant en dehors du syst&#232;me productif. En outre, la centralit&#233; accord&#233;e &#224; la notion d'activit&#233; peut reconduire la d&#233;valorisation sociale du travail manuel laborieux qui vise &#224; assurer les besoins de base des citoyen&#183;ne&#183;s.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>L'agriculture bio, nouvelle fronti&#232;re du capitalisme ?</title>
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&lt;p&gt;Entretien avec Xavier Noulhianne &lt;br class='autobr' /&gt;
L'ench&#226;ssement r&#233;ussi des produits et des pratiques de l'agriculture biologique dans le march&#233; capitaliste est-il un d&#233;voiement ou la suite logique de d&#233;cisions prises au moment de l'&#233;laboration des chartes qui la r&#233;gissent ? Rencontre avec Xavier Noulhianne, &#233;leveur en Lot-et-Garonne. Propos recueillis par Aude Vidal. Dessins de Guillaume Trouillard. &lt;br class='autobr' /&gt; Tu es &#233;leveur en bio dans le Lot-et-Garonne. Est-ce que &#231;a revient &#224; dire que tu travailles contre l'agriculture (...)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://lan02.butternet.net/-no7-Altercapitalisme-" rel="directory"&gt;n&#176;7 &#034;Altercapitalisme&#034;&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;span class='spip_document_40 spip_documents'&gt;
&lt;img src='https://lan02.butternet.net/local/cache-vignettes/L500xH390/altercapitalisme-8921d.png?1701242634' width='500' height='390' alt=&#034;altercapitalisme&#034; title=&#034;altercapitalisme&#034; /&gt;&lt;/span&gt;Entretien avec Xavier Noulhianne&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'ench&#226;ssement r&#233;ussi des produits et des pratiques de l'agriculture biologique dans le march&#233; capitaliste est-il un d&#233;voiement ou la suite logique de d&#233;cisions prises au moment de l'&#233;laboration des chartes qui la r&#233;gissent ? Rencontre avec Xavier Noulhianne, &#233;leveur en Lot-et-Garonne. Propos recueillis par Aude Vidal. Dessins de Guillaume Trouillard.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;strong&gt;Tu es &#233;leveur en bio dans le Lot-et-Garonne. Est-ce que &#231;a revient &#224; dire que tu travailles contre l'agriculture industrielle ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La plupart des gens se disent que l'agriculture biologique, c'est un paravent contre l'industrialisation. Ben non, avec les contraintes &#233;conomiques, la bio aussi s'est sp&#233;cialis&#233;e, fait des choix pour &#234;tre rentable. En bio, quand tu fais de la poule, tu n'es pas oblig&#233; de les faire na&#238;tre, tu ach&#232;tes les poussins au m&#234;me endroit que les conventionnels, chez des naisseurs. M&#234;me des mecs qui bossent bien, ils ne font pas autrement parce qu'&#233;conomiquement &#231;a ne marche pas. C'est une production &#224; part, deux fermes en une s'il veut mener d'un c&#244;t&#233; ses poules et de l'autre faire na&#238;tre des poussins. Pour s'installer autrement, il faut d&#233;marrer dix activit&#233;s &#224; la fois, dix ateliers, dix investissements, c'est un vrai probl&#232;me d'organisation sociale. Il n'y a pas de solution miracle pour faire en sorte que quelque chose soit possible dans ce monde-l&#224;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je dois &#234;tre en phase avec l'&#233;conomie dans laquelle je suis, pas essayer d'y &#233;chapper. J'ai calcul&#233; le nombre d'animaux dont j'avais besoin pour rembourser mes traites et pouvoir vivre. Pas de potager, c'est pas une ferme mais une activit&#233; sp&#233;cialis&#233;e. C'est un des premiers signes d'industrialisation. Je connais les animaux, le foin, le fromage, mais tu me mets face &#224; un verger je sais pas quoi faire. &#199;a pose un probl&#232;me, quand tu es cens&#233; &#234;tre paysan.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a un texte de Jean Giono, &#171; Lettre aux paysans sur la pauvret&#233; et la paix &#187;, en 1938, o&#249; il explique super bien &#231;a, et pas du tout dans des termes politiques. Il dit &#224; ses voisins : &#171; Vous &#234;tes en train de vous sp&#233;cialiser, de devenir producteurs de bl&#233;, de ne plus &#234;tre des paysans &#187;. Il n'y a plus de paysans en France, on est dans une production sp&#233;cialis&#233;e. A part peut-&#234;tre dans ce coin de Lot-et-Garonne, entre Laroque-Timbaud et Sainte Livrade, o&#249; il reste des gens (pas en bio), des conventionnels et des vieux qui font encore tabac, pruneaux, c&#233;r&#233;ales, mara&#238;chage. Ils ont une &#233;conomie qui ressemble encore &#224; un panel, comme s'ils produisaient pour eux et produisaient aussi pour les autres. Tu pr&#233;sentes &#224; la Chambre d'agriculture un projet d'installation avec tout ce que fait mon voisin, tu te fais jeter ! Tu peux pas. C'est une agriculture h&#233;rit&#233;e qu'on ne peut pas mettre en place maintenant. Cette agriculture de polyculture a eu une utilit&#233; sociale, et aujourd'hui elle n'en a plus. Si on arrive &#224; &#233;chapper &#224; la sp&#233;cialisation, c'est qu'on aura vraiment r&#233;gl&#233; la situation, socialement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;strong&gt;Comment est-ce que tu t'arranges avec l'&#233;conomie capitaliste ? Tu commercialises comment et &#224; quel prix ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les prix en bio, c'est de l'abus. Pas parce que c'est trop cher, mais parce qu'on refuse de calculer ce que &#231;a co&#251;te vraiment. Je faisais des march&#233;s de producteurs dans les Bouches-du-Rh&#244;ne o&#249; il y avait &#231;a. Pour int&#233;grer ce march&#233; il fallait pouvoir produire son compte de r&#233;sultat, expliquer les co&#251;ts de production et le prix du fromage. Mais aujourd'hui il n'y a pas un producteur bio qui fasse ce calcul, on se contente de mettre 30 % de plus que les prix du march&#233;. Dans la charte de 1972 de l'IFOAM, inspir&#233;e par Nature et Progr&#232;s, avant la certification officielle, il y a des consid&#233;rations sociales, salariales, et sur le calcul du prix. Et l&#224; il n'y en a plus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Moi je calcule mon co&#251;t de production, j'ai besoin de 2,80 euros le litre et je me retrouve sur les march&#233;s de Bordeaux moins cher que les conventionnels. Parce que j'ai calcul&#233; ! Et mon prix reste stable toute la saison. C'est peut-&#234;tre encore trop cher pour des gens, 2,80 euros, mais c'est le prix. A travers mon exploitation, c'est le syst&#232;me &#233;conomique qui parle et je ne vais pas me battre seul pour le changer, sinon je coule.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour que le commerce soit &#233;quitable, il faut que les paysans puissent dire de quoi ils ont besoin pour vivre, et le prix auquel il faut payer. En acceptant que le bio soit automatiquement plus cher, il n'y a plus de lutte, on n'a rien &#224; montrer aux gens, on n'a pas &#224; leur prouver qu'on est moins cher. Moi ma luzerne elle n'est pas gratuite mais presque, 6 euros la tonne. Si demain j'ach&#232;te un tracteur &#224; 130 CV, que j'ai de l'aliment cher (du ma&#239;s irrigu&#233; &#224; 150 euros la tonne au lieu du sainfoin qui pousse bien), que j'ai des pertes parce que je travaille mal, &#231;a va se voir sur mon co&#251;t de production, comment je travaille et comment je vis. En bio on produit la nourriture sur place alors on est moins cher et on vit aussi bien. Le lien au sol (1) baisse mais c'est surtout les modalit&#233;s de calcul qui sont all&#233;g&#233;es. Tu avais droit &#224; un certain pourcentage non-produit chez toi par jour, c'&#233;tait compliqu&#233;, maintenant c'est un calcul global. Pendant deux mois tu peux filer quelque chose qui vient d'ailleurs et d&#233;saisonner.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;strong&gt;Est-ce que ton mod&#232;le est universalisable ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est un dialogue entre moi et mon environnement pour savoir comment, dans cette &#233;conomie o&#249; on est, sans illusion, se faire plaisir. On est parti &#224; l'herbe parce que quand je suis arriv&#233; ici j'ai trouv&#233; dix vari&#233;t&#233;s de l&#233;gumineuses diff&#233;rentes, sainfoin, vraie luzerne. Les prot&#233;ines poussent toutes seules, c'est une ration pas ch&#232;re. J'en d&#233;couvre encore, je suis &#224; douze ou treize vari&#233;t&#233;s. Le sainfoin est mentionn&#233; dans la premi&#232;re encyclop&#233;die agricole, ils ne comprenaient pas mais ils savaient qu'il avait des vertus pour les animaux. La luzerne les fait gonfler et mourir, le sainfoin non, son tanin casse l'&#233;mulsion, tu peux alterner les deux. C'est un principe de base de la bio, de faire &#224; partir de l'environnement local...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On ne fait pas la m&#234;me chose dans des r&#233;gions aussi diff&#233;rentes, l'Alsace et le Lot-et-Garonne. Le cahier des charges europ&#233;en ou national &#231;a n'a pas &#233;t&#233; fait pour nous, c'est une blague, il n'a de sens que s'il est r&#233;gional. Il y a plein de mod&#232;les diff&#233;rents qui donnent &#224; apprendre. A force de se battre contre des politiques globales, le mouvement anti-mondialisation nous a appris &#224; ne plus raisonner en local : on ne regarde plus ce qu'on a sous le nez.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(1) La proportion d'aliment du b&#233;tail &#224; produire sur place d'apr&#232;s le cahier des charges bio (NdE).&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Ma mairie est-elle devenue gauchiste ?</title>
		<link>https://lan02.butternet.net/Ma-mairie-est-elle-devenue-gauchiste</link>
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&lt;p&gt;Quand les &#233;lites vantent l'autonomie &lt;br class='autobr' /&gt; par Lou Falabrac &lt;br class='autobr' /&gt;
Quand l'institution utilise le langage des gauchistes, et les gauchistes celui de l'institution, il y a comme un probl&#232;me. R&#233;cit d'une exp&#233;rience &#233;trange, entre deux univers que tout semblait pourtant opposer. &lt;br class='autobr' /&gt;
Il y a dans la vie des co&#239;ncidences bizarres, auxquelles il est tentant d'attribuer un sens. Depuis quelque temps maintenant, je suis cadre de la fonction publique, nomm&#233; &#224; la ville de Paris &#8211; administr&#233;e par le Parti socialiste depuis (...)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://lan02.butternet.net/-no7-Altercapitalisme-" rel="directory"&gt;n&#176;7 &#034;Altercapitalisme&#034;&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;span class='spip_document_40 spip_documents'&gt;
&lt;img src='https://lan02.butternet.net/local/cache-vignettes/L500xH390/altercapitalisme-8921d.png?1701242634' width='500' height='390' alt=&#034;altercapitalisme&#034; title=&#034;altercapitalisme&#034; /&gt;&lt;/span&gt;Quand les &#233;lites vantent l'autonomie&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;strong&gt; par Lou Falabrac&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand l'institution utilise le langage des gauchistes, et les gauchistes celui de l'institution, il y a comme un probl&#232;me. R&#233;cit d'une exp&#233;rience &#233;trange, entre deux univers que tout semblait pourtant opposer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a dans la vie des co&#239;ncidences bizarres, auxquelles il est tentant d'attribuer un sens. Depuis quelque temps maintenant, je suis cadre de la fonction publique, nomm&#233; &#224; la ville de Paris &#8211; administr&#233;e par le Parti socialiste depuis 2001. Ce statut implique entre autres de participer &#224; l'&#171; Universit&#233; des cadres &#187;, qui se tient une fois par mois et qui est ouverte &#224; tous les cadres de l'administration parisienne, &#171; quels que soient leur direction, leur profil, ou le type de poste occup&#233; &#187;. Ces s&#233;ances de trois heures voient des intervenant&#183;e&#183;s, issu&#183;e&#183;s la plupart du temps de l'universit&#233;, exposer des consid&#233;rations sociologiques, urbanistiques, politiques ou techniques, li&#233;es &#224; la gestion de la capitale d'une part, aux probl&#233;matiques de &#171; management &#187; d'autre part, tout cela devant un public assez nourri. D'apr&#232;s la direction des ressources humaines, le but est de &#171; faciliter l'appropriation des enjeux globaux de la Ville &#187;. Autrement dit, il s'agit de diffuser des id&#233;es qui vont dans le sens des objectifs fix&#233;s au sommet, afin que ces derniers impr&#232;gnent l'esprit de tou&#183;te&#183;s et soient appliqu&#233;s sur le terrain. Le recours &#224; des expert&#183;e&#183;s a pour fonction de cajoler le cadre lambda, ainsi flatt&#233;&#183;e qu'on reconnaisse son capital culturel &#8211; hum, pardon : son &#233;l&#233;vation d'esprit &#8211; en lui pr&#233;sentant les derniers r&#233;sultats de la recherche acad&#233;mique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Exemples de sujets abord&#233;s : &#171; La judiciarisation de la soci&#233;t&#233; &#187;, &#171; La reconnaissance au travail &#187;, &#171; La crise financi&#232;re &#187;, etc. Ce jour-l&#224;, le th&#232;me annonc&#233; &#233;tait : &#171; D&#233;velopper l'autonomie de tou&#183;te&#183;s &#187; (1). L'intervenante, professeure de sociologie dans une universit&#233; parisienne, commen&#231;a par faire un rapprochement entre l'id&#233;e d'autonomie et celle, anglo-saxonne, d' &lt;i&gt;agency&lt;/i&gt; &#8211; qu'elle traduisit par &#171; puissance d'agir par soi-m&#234;me &#187;. Grosso modo, il s'agissait de montrer qu'il ne sert &#224; rien de dire aux gens &#171; soyez autonomes &#187; pour qu'ils le deviennent. Pour que les gens se mettent &#224; agir de fa&#231;on ind&#233;pendante, il faut qu'ils prennent confiance en eux. Et cette confiance ne s'acquiert que par la pratique, &#224; travers laquelle on d&#233;couvre ce qu'on est capable de faire. Puis elle parla de &#171; savoir-faire &#187; et de &#171; savoir-&#234;tre &#187;, en soulignant que les uns ne peuvent exister sans les autres. Revenant ensuite sur l'id&#233;e de &#171; puissance d'agir &#187;, notre sociologue multilingue la rapprocha du terme anglo-saxon &lt;i&gt;empowerment&lt;/i&gt; , qui qualifie le processus par lequel on accro&#238;t son propre pouvoir. Un mot utilis&#233; par les f&#233;ministes am&#233;ricaines pour d&#233;crire le processus qui a pr&#233;sid&#233; &#224; leur engagement dans les ann&#233;es 1970 &#224; 2000, nous dit-elle. Elle explique aussi que, dans &#171; puissance d'agir &#187;, le mot &#171; puissance &#187; a deux sens : il s'agit de d&#233;couvrir les potentialit&#233;s qu'on rec&#232;le en soi, pour les mettre en &#339;uvre et ainsi se sentir plus confiant&#183;e, plus fort&#183;e &#8211; donc plus puissant. Bien s&#251;r, cela ne peut pas se faire tout seul : c'est &#224; travers l'&#233;change d'exp&#233;riences, de connaissances, en s'appuyant les un&#183;e&#183;s sur les autres, qu'on y arrive. L'horizon g&#233;n&#233;ral de cette savante discussion &#233;tait finalement : que doit faire le manager pour que les membres de son &#171; &#233;quipe &#187; (car on ne dit plus ses &#171; subordonn&#233;&#183;e&#183;s &#187;) cessent d'attendre toujours les ordres ou les approbations venus d'en haut, et prennent un peu plus d'initiatives personnelles, voire inventent des solutions originales aux probl&#232;mes qu'ils rencontrent ? Et, vis-&#224;-vis des Parisien&#183;ne&#183;s : comment faire pour que ceux-ci se d&#233;brouillent de plus en plus par eux-m&#234;mes (2) : pour recharger &#224; domicile, via Internet, leurs cartes de transport ; en biblioth&#232;que, pour rendre leurs livres via des automates de pr&#234;t ; pour trier leurs ordures en vue du recyclage ; etc. Autrement dit, quand on n'a plus de fric pour payer des agents de la RATP, des biblioth&#233;caires, des &#233;boueurs : &lt;i&gt;do it yourself&lt;/i&gt; !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut que je vous avoue : j'ai un parcours un peu particulier, et malgr&#233; mon accession r&#233;cente aux &#171; classes sup&#233;rieures &#187;, je continue de maintenir un lien avec mes engagements de jeunesse &#224; l'extr&#234;me gauche, tendance &#171; anarcho-autonome &#187; comme disait l'autre. Donc le soir m&#234;me, je me retrouve dans un lieu autog&#233;r&#233; de Montreuil, connu pour organiser des d&#233;bats politiques vachement radicaux. Au programme : &#171; L'autonomie, &#231;a se construit &#187;. Tiens, tiens&#8230; &#231;a me rappelle quelque chose. Assis&#183;es tous et toutes en rond, on &#233;coute trois jeunes gars et filles exposer leurs id&#233;es. L'autonomie qu'ils d&#233;fendent, c'est la capacit&#233; &#224; agir politiquement &#224; distance des partis, des syndicats, de tout ce qui appara&#238;t comme des formes d'organisation hi&#233;rarchis&#233;es, bureaucratiques, qui pr&#233;tendent repr&#233;senter les int&#233;r&#234;ts collectifs et ne font que les trahir. Mais plus profond&#233;ment, nous dit-on, &#234;tre autonome c'est se rendre ind&#233;pendant&#183;e, dans la vie quotidienne, de tout ce qui nous relie &#224; la soci&#233;t&#233; : le march&#233;, le salariat, la grande industrie. C'est apprendre &#224; produire soi-m&#234;me tout ce dont on a besoin, nourriture, logement, objets techniques, etc. Bien s&#251;r, &#231;a ne se fait pas tout de suite, &#231;a s'apprend petit &#224; petit. Le capitalisme a colonis&#233; nos savoir-faire et nos savoir-&#234;tre (hum !), et il faut donc retrouver des mani&#232;res de vivre diff&#233;rentes. On commence par se r&#233;approprier des savoir-faire rudimentaires, et peu &#224; peu on prend confiance en soi pour s'attaquer &#224; des t&#226;ches plus exigeantes. Mais surtout, l'autonomie permet de passer &#224; une forme concr&#232;te de communisme : c'est la mise en commun de ces exp&#233;riences et des ressources dont on dispose qui est le point de jonction entre &#171; savoir-faire &#187; et &#171; savoir-&#234;tre &#187;. On prend ainsi le pli de l'entraide, de la solidarit&#233;, de la vie collective. Et nos ami&#183;e&#183;s de pr&#233;senter des cas pratiques, d'opposer aux assembl&#233;es d&#233;mocratiques autog&#233;r&#233;es la capacit&#233; d'initiative des minorit&#233;s radicales, qui n'attendent pas le blanc-seing de la majorit&#233; pour agir. Puis on a droit &#224; un &#233;loge de l'esprit &#171; DIY &#187; ( &lt;i&gt;do it yourself&lt;/i&gt; ) des punks de jadis, dont les vertus politiques ont &#233;t&#233; oubli&#233;es. Et enfin, surprise, on nous parle des f&#233;ministes des ann&#233;es 1970 et du concept d' &lt;i&gt;empowerment&lt;/i&gt; , c'est-&#224;-dire le processus par lequel elles ont pris confiance en elles et se sont mises, par exemple, &#224; assurer elles-m&#234;mes les avortements, sans recourir &#224; une m&#233;decine institutionnelle complice du patriarcat et de l'industrie pharmaceutique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au cours de cette soir&#233;e, je me suis demand&#233; comment on avait pu en arriver l&#224; : qu'en deux endroits de la soci&#233;t&#233; que tout oppose, le m&#234;me langage soit pratiqu&#233; et qu'ind&#233;pendamment des projets politiques, la m&#234;me vision de l'autonomie soit partag&#233;e. Une autonomie qui consiste &#224; donner aux individus le sens de l'initiative, tout en leur faisant porter la responsabilit&#233; de se d&#233;brouiller &#171; librement &#187;. Une autonomie per&#231;ue aussi comme un processus pragmatique, relevant de l'action au quotidien, et qui permet d'acqu&#233;rir du pouvoir, d'&#234;tre de plus en plus efficace. A contre-courant donc de tout ce qu'enseigne la philosophie politique classique (d'Aristote &#224; Castoriadis, pour aller vite)&#8230; Laquelle consid&#232;re l'autonomie comme une libert&#233; incarn&#233;e dans la capacit&#233; &#224; se poser des r&#232;gles, ce qui signifie s'interdire des choix pour mieux s'engager dans d'autres, et par cons&#233;quent savoir limiter sa puissance. Cette autonomie-l&#224; ne se joue pas en-dessous du politique, dans le technique, comme chez nos ami&#183;e&#183;s managers et gauchistes : elle se situe au c&#339;ur m&#234;me du politique, par la mise en d&#233;bat de ces r&#232;gles sur la place publique, entre tou&#183;te&#183;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette substitution de sens qui a eu lieu dans des milieux qui se pr&#233;sentent parfois eux-m&#234;mes comme &#171; autonomes &#187;, introduisant en outre un certain nombre de termes issus du management, montre le degr&#233; de p&#233;n&#233;tration de l'id&#233;ologie n&#233;olib&#233;rale dans toutes les t&#234;tes. Mais elle a &#233;galement &#233;t&#233; rendue possible par de petits faits anodins en apparence. Par exemple, il a fallu que les militant&#183;e&#183;s se mettent &#224; puiser leurs concepts dans la production universitaire &#8211; ce qui pose d&#233;j&#224; probl&#232;me. Et il a fallu aussi que la philosophie politique &#171; classique &#187;, dont la r&#233;f&#233;rence a longtemps &#233;t&#233; la d&#233;mocratie directe ath&#233;nienne, soit remplac&#233;e par la philosophie pragmatiste anglo-saxonne (qui utilise notamment les concepts d' &lt;i&gt;agency&lt;/i&gt; et d' &lt;i&gt;empowerment&lt;/i&gt; ), philosophie dont les id&#233;aux politiques s'enracinent plut&#244;t dans la d&#233;mocratie lib&#233;rale am&#233;ricaine. De fait, c'est ce qui se passe en France depuis les ann&#233;es 2000, et qui refl&#232;te bien les formes de domination culturelle li&#233;es au fonctionnement de l'&#233;conomie-monde : en mati&#232;re acad&#233;mique, ce sont aujourd'hui les USA qui donnent le &#171; la &#187;, et qui fournissent donc les concepts de r&#233;f&#233;rence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien s&#251;r, il faudrait faire intervenir beaucoup d'autres facteurs pour expliquer le ph&#233;nom&#232;ne auquel j'ai assist&#233; ce jour-l&#224;. Quoi qu'il en soit, c'est peut-&#234;tre sur ce genre de co&#239;ncidences suspectes qu'il faudrait se pencher pour d&#233;passer les impasses de l'activisme gauchiste actuel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(1) La ville de Paris a int&#233;gr&#233; depuis plusieurs ann&#233;es d&#233;j&#224; l'&#233;criture &#233;pic&#232;ne, dite &#171; f&#233;minis&#233;e &#187;.&lt;br class='autobr' /&gt;
(2) Une d&#233;marche d'&#171; autonomie &#187; que Marie-Anne Dujarier a plus justement qualifi&#233;e de &#171; travail du consommateur &#187;, non r&#233;mun&#233;r&#233; bien s&#251;r. &lt;i&gt;Le Travail du consommateur. De McDo &#224; eBay, comment nous coproduisons ce que nous achetons&lt;/i&gt; (2008), La D&#233;couverte Poche, 2014.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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