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	<title>L'An 02</title>
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	<description>L'An 02 est un outil &#233;colo de diffusion et de partage, un passeur d'id&#233;es hors des cercles confidentiels.
De 2011 &#224; 2015, L'An 02 a &#233;t&#233; une revue papier, en couleurs, multipliant les formes, notamment graphiques : photo-reportage, peinture, installation, typographie, bande dessin&#233;e. Cette dimension-l&#224; ne se retrouve que dans la revue papier, toujours en vente en librairie ou par correspondance. Retrouvez sur ce nouveau site tous les textes, un dossier au traitement mosa&#239;que enrob&#233; de chroniques grin&#231;antes, de lectures in-con-tour-na-bles et de reportages militants.
D&#233;sormais, L'An 02 propose &#224; chaque changement de saison une livraison de chroniques de livres r&#233;cents qui nous aident &#224; penser l'&#233;cologie politique, la d&#233;croissance et la technocritique.</description>
	<language>fr</language>
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		<title>L'An 02</title>
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		<title>La Double Impasse</title>
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		<dc:date>2015-12-18T00:00:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Aude Vidal</dc:creator>


		<dc:subject>Th&#233;orie politique</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Sophie Bessis La Double Impasse. L'Universel &#224; l'&#233;preuve des fondamentalismes religieux et marchand La D&#233;couverte, 2014 240 pages, 19 &#8364; &lt;br class='autobr' /&gt;
Deux visions inconciliables du monde : la d&#233;mocratie lib&#233;rale d'un c&#244;t&#233;, avec son individualisme bon teint, et de l'autre une doctrine pass&#233;iste, &#224; la violence m&#233;di&#233;vale. Les deux se seraient heurt&#233;s de plein fouet lors des &#233;v&#233;nements de 2015. Dans cet ouvrage publi&#233; quelques mois plus t&#244;t, Sophie Bessis renvoie dos &#224; dos ce qu'elle appelle la &#171; th&#233;ologie de march&#233; &#187; (ne (...)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;img class='spip_logo spip_logo_right spip_logos' alt=&#034;&#034; style='float:right' src='https://lan02.butternet.net/local/cache-vignettes/L92xH150/arton21-62a59.png?1696061304' width='92' height='150' /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Sophie Bessis&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;i&gt;La Double Impasse. L'Universel &#224; l'&#233;preuve des fondamentalismes religieux et marchand&lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt; La D&#233;couverte, 2014&lt;br class='autobr' /&gt;
240 pages, 19 &#8364;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Deux visions inconciliables du monde : la d&#233;mocratie lib&#233;rale d'un c&#244;t&#233;, avec son individualisme bon teint, et de l'autre une doctrine pass&#233;iste, &#224; la violence m&#233;di&#233;vale. Les deux se seraient heurt&#233;s de plein fouet lors des &#233;v&#233;nements de 2015. Dans cet ouvrage publi&#233; quelques mois plus t&#244;t, Sophie Bessis renvoie dos &#224; dos ce qu'elle appelle la &#171; th&#233;ologie de march&#233; &#187; (ne parle-t-on pas de &#171; dogme &#187; n&#233;o-lib&#233;ral ?) et le fondamentalisme religieux, protestant et musulman au premier chef. Il ne s'agit pas selon elle d'un choc des civilisations mais du d&#233;sarroi d'un monde livr&#233; &#224; un monstre &#224; deux faces qui se nourrissent l'une l'autre, un monde au bord de l'&#233;puisement &#233;cologique et o&#249; les id&#233;es &#233;mancipatrices peinent d&#233;sormais &#224; se faire entendre. Le d&#233;veloppement ne signifie plus que l'int&#233;gration au capitalisme mondialis&#233;, l'argent passe au rouleau compresseur la diversit&#233; du monde. Les trait&#233;s transatlantique et transpacifique proposent de peaufiner l'arsenal juridique global pour la pr&#233;dation des ressources publiques par les int&#233;r&#234;ts priv&#233;s. Les mondes musulmans, du Mali &#224; l'Indon&#233;sie, sont uniformis&#233;s par la magie des p&#233;trodollars. La mondialisation est l&#224;, et bien l&#224;, mais l'universalisme recule. Ne restent que les identit&#233;s : celle des Charlie qui bravent les barbares en levant leur verre, oubliant l'&#233;tat de d&#233;litement de leur &#171; d&#233;mocratie &#187;, gouvernement repr&#233;sentatif aux abois depuis que l'ordre n&#233;olib&#233;ral s'est impos&#233; depuis Chicago ou Bruxelles ; celle de ceux et celles qui ne sont plus d&#233;sormais que des musulman-e-s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sophie Bessis, historienne de ce monde arabe qui fournit les exemples de sa d&#233;monstration, d&#233;nonce le choix fait par des r&#233;gimes autoritaires de leur opposition, qui ne sera plus marxiste mais islamiste, et la complaisance &#224; ce sujet des pays occidentaux qui se gargarisent de libert&#233; et de d&#233;mocratie tout en accordant le droit &#224; de telles aspirations &#224; qui leur chante, c'est-&#224;-dire &#224; des groupes dont les int&#233;r&#234;ts sont compatibles avec les leurs (anti-imp&#233;rialistes s'abstenir). Elle n'est pas plus tendre envers la gauche la plus radicale, post-moderne et diff&#233;rentialiste. Les exemples qu'elle donne semblent outr&#233;s, peut-&#234;tre choisis avec trop de partialit&#233; : peut-on d&#233;cemment juger en Europe des faits de violence conjugale sur des standards qu'on imagine &#234;tre ceux des &#233;poux, irr&#233;m&#233;diables autres dont il faudrait respecter les m&#339;urs ? Et puis : ne peut-on lutter contre les discriminations &#224; l'encontre des femmes voil&#233;es tout en restant critique de ce que le voile dit de la place des femmes dans l'espace public ou de la globalisation de l'islam ? Son refus du concept d'islamophobie est convainquant : racisme, violence de classe et parfois sexisme peuvent expliquer les discriminations subies en France par les descendant-e-s de sujets coloniaux sans que la religion qu'on leur pr&#234;te soit forc&#233;ment mise en cause. Il ne semble &#224; cet &#233;gard pas idiot de mod&#233;rer l'usage de cette notion plut&#244;t que d'&#233;craser des groupes sociaux sous le poids d'assignations &#224; une religion peut-&#234;tre pas pratiqu&#233;e mais tenue de r&#233;sumer leur identit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Imp&#233;rialiste ou post-moderne, cynique ou noy&#233; sous les bonnes intentions, le regard pos&#233; par les occidentaux sur le monde arabe lui porte le plus souvent un grand tort en &#233;tablissant un &#171; deux poids, deux mesures &#187; syst&#233;matique. Par un tour de passe-passe, une vision in&#233;galitaire des rapports femmes-hommes serait acceptable parce que port&#233;e par des femmes revendicatrices (c'est ce que postule peu ou prou le &#171; f&#233;minisme du choix &#187;, qui refuse d'envisager contrainte et servitude volontaire), l'islamisme (soit le projet de soumission plus ou moins autoritaire de la vie publique &#224; l'interpr&#233;tation de la volont&#233; divine) pourrait &#234;tre &#171; mod&#233;r&#233; &#187; et les aspirations d&#233;mocratiques seraient des lubies de bourgeois sous influence occidentale d&#233;sormais tax&#233;s d'&#171; extr&#233;misme la&#239;c &#187;. Reprenant le mot de Kateb Yacine qui parle de la langue fran&#231;aise comme d'un &#171; butin de guerre &#187;, Sophie Bessis consid&#232;re que la libert&#233; individuelle et la souverainet&#233; populaire sont des conqu&#234;tes accessibles &#224; tous et toutes, non pas des cadeaux empoisonn&#233;s de l'Occident mais des fruits qu'il est temps de cueillir &#224; ce moment d'une histoire commune bien mouvement&#233;e. Il est certainement possible de se livrer &#224; un droit d'inventaire plus s&#233;v&#232;re que le sien sur l'universalisme (la notion de droits, individuels et formels, peut en &#234;tre l'occasion, cf. notre chronique de &lt;a href=&#034;http://www.lan02.org/2015/06/la-tyrannie-des-droits/&#034;&gt; &lt;i&gt;La Tyrannie des droits&lt;/i&gt; &lt;/a&gt; de Brewster Kneen) mais le refus qu'elle oppose &#224; cette scl&#233;rose des identit&#233;s est salutaire. En bonne historienne, elle ancre dans le temps les soubresauts du monde arabe plut&#244;t que de les essentialiser. Il a, argumente-t-elle avec &#233;l&#233;gance, droit &#224; la complexit&#233;. Et nous, lecteurs et lectrices, &#233;galement&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Brut</title>
		<link>https://lan02.butternet.net/Brut</link>
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		<dc:date>2015-12-17T00:00:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Aude Vidal</dc:creator>


		<dc:subject>Environnement</dc:subject>
		<dc:subject>Reportage</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;David Dufresne, Nancy Huston, Naomi Klein, Melina Laboucan-Massimo et Rudy Wiebe, Brut. La Ru&#233;e vers l'or noir Lux &#233;diteur, Montr&#233;al, 2015 108 pages, 12 &#8364; &lt;br class='autobr' /&gt;
Du brut. Par millions de barils. Ou comment donner &#224; voir l'exploitation des sables bitumineux du Canada. Barils, dollars, gaz &#224; effet de serre, degr&#233;s de r&#233;chauffement&#8230; On conna&#238;t l'histoire mais voici une invitation &#224; en d&#233;couvrir jusqu'aux acteurs les plus modestes, en un livre composite o&#249; se m&#234;lent reportage, t&#233;moignage, plaidoyer et litt&#233;rature, (...)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;img class='spip_logo spip_logo_right spip_logos' alt=&#034;&#034; style='float:right' src='https://lan02.butternet.net/local/cache-vignettes/L104xH150/arton19-33809.jpg?1696061304' width='104' height='150' /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;David Dufresne, Nancy Huston, Naomi Klein, Melina Laboucan-Massimo et Rudy Wiebe, &lt;i&gt;Brut. La Ru&#233;e vers l'or noir&lt;/i&gt; Lux &#233;diteur, Montr&#233;al, 2015&lt;br class='autobr' /&gt;
108 pages, 12 &#8364;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Du brut. Par millions de barils. Ou comment donner &#224; voir l'exploitation des sables bitumineux du Canada. Barils, dollars, gaz &#224; effet de serre, degr&#233;s de r&#233;chauffement&#8230; On conna&#238;t l'histoire mais voici une invitation &#224; en d&#233;couvrir jusqu'aux acteurs les plus modestes, en un livre composite o&#249; se m&#234;lent reportage, t&#233;moignage, plaidoyer et litt&#233;rature, et autant de voix. Fort McMurray, dans le Nord-Est de l'Alberta, est la capitale de ces hydrocarbures que l'on dit non-conventionnels : leur exploitation, plus polluante et plus co&#251;teuse que partout ailleurs, souille 90 000 km2 de terres et le bassin du fleuve Mackenzie, l'une des principales sources d'eau douce au monde. Dans des mines &#224; ciel ouvert, des camions de trois &#233;tages chargent ce m&#233;lange de sable, d'argile et de bitume. Moins visible, l'exploitation par forage consomme plus d'eau et rel&#226;che plus de produits toxiques. Le transport par pipe-line, ensuite, d&#233;verse lors de fuites r&#233;guli&#232;res des millions de litres jusque dans l'oc&#233;an Pacifique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La contamination rend la r&#233;gion invivable mais pourtant on y vit. D'abord les personnes des premi&#232;res nations, dont la militante &#233;cologiste Melina Laboucan-Massimo se fait ici la porte-parole en brossant un premier tableau des d&#233;g&#226;ts inflig&#233;s aux terres des Cris lubicons, une pollution massive des &#171; ta&#239;gas, fleuves, plaines, zones humides ou tourbi&#232;res &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb1' class='spip_note' rel='appendix' title='Melina Laboucan-Massimo, &#171; Du p&#233;trole en territoire lubicon &#187;, photo-essai sur (...)' id='nh1'&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; dont ils tiraient leur subsistance. Ensuite les travailleurs du p&#233;trole ainsi que ceux et celles qui entretiennent Fort McMurray, ville-champignon et capitale des &lt;i&gt;tar sands&lt;/i&gt; . D'un ramasseur de canettes &#224; la maire, d'un tenancier de bar &#224; filles &#224; la directrice de la banque alimentaire, David Dufresne brosse leur portrait. Et en creux celui des jeunes hommes qui viennent travailler pour l'industrie p&#233;troli&#232;re, gagner des sommes folles, en claquer une partie tout en esp&#233;rant partir un matin, sans pr&#233;venir, avec un bon magot (compter 50 000 $ par semestre et ne pas imaginer rester plus de deux ans). Dufresne examine les relations entre soci&#233;t&#233; et &lt;i&gt;big business&lt;/i&gt; , ici au niveau municipal, en posant la question : le p&#233;trole est-il soluble dans la d&#233;mocratie ? Pour Nancy Huston et Naomi Klein, dont un dialogue est retranscrit, Fort McMurray est le visage de l'horreur. La loi du profit d&#233;truit les conditions d'une vie authentiquement humaine : un environnement o&#249; trouver sa subsistance, qui ne rende pas malade, et quelque chose comme une communaut&#233; politique, o&#249; le bien commun soit mieux pris en consid&#233;ration que l'avidit&#233; individuelle. Partout dans le monde cette vision recule mais Fort McKenzie pr&#233;sente un &#233;tat tr&#232;s avanc&#233; de ce que peut faire la loi du profit sur les paysages et les personnes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;i&gt;Brut &lt;/i&gt; est bref mais entrouvre les portes d'un de ces enfers extractivistes qui nourrissent la machine industrielle. La plong&#233;e est rude mais salutaire : est-ce dans ce monde-l&#224; que nous souhaitons vivre ? Au milieu de justes indignations, cependant, la plainte de Nancy Huston sur les travailleurs du p&#233;trole contraints &#224; la prostitution (entendre : contraints &#224; recourir aux services de personnes prostitu&#233;es &#8211; dont on apprend par ailleurs qu'elles se partagent un joli g&#226;teau) pourrait presque nous faire oublier la violence que les hommes exercent sur les femmes, l&#224;-bas plus qu'ailleurs. Partout au Canada on d&#233;plore les violences, assassinats et disparitions dont sont victimes les femmes autochtones et que les industries n&#233;ocoloniales (qui comme la guerre livrent des territoires entiers &#224; des hordes d'hommes pr&#233;dateurs&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb2' class='spip_note' rel='appendix' title='Lire &#224; ce sujet &#034;Qu&#233;bec : cap au Nord !&#034; dans le n&#176;3 de L'An 02 (...)' id='nh2'&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; ) exacerbe. Serait-ce que l'Alberta &#233;chappe &#224; la mal&#233;diction des agressions sur les prostitu&#233;es et de la violence envers les femmes des premi&#232;res nations ? Les d&#233;bats parisiens et la bonne id&#233;e de l'auteure canadienne d'&#233;tablir pour les jeunes filles un service civil du vidage de couilles sont une chose, l'oubli de faire &#233;tat dans ce contexte d'une violence sp&#233;cifiquement dirig&#233;e contre les femmes en est une autre qui me semble plus grave. D'o&#249; une l&#233;g&#232;re d&#233;ception que cette question n'apparaisse pas, &#224; plus forte raison dans un livre qui pr&#233;sente une certaine diversit&#233; de regards, f&#233;minins notamment. Si une soci&#233;t&#233; se distingue par la mani&#232;re dont elle traite les personnes les plus vuln&#233;rables, les dangers qui p&#232;sent sur les femmes autochtones ne sont pas un d&#233;tail de l'histoire. &lt;i&gt; Brut &lt;/i&gt; reste malgr&#233; cela un riche petit ouvrage, qu'il est possible de prolonger gr&#226;ce aux &#339;uvres de David Dufresne : autour des m&#234;mes rencontres, le journaliste a produit un &lt;a href=&#034;http://www.davduf.net/-fort-mcmoney-&#034;&gt;jeu-documentaire&lt;/a&gt; puis un film. Plong&#233;e d'autant plus r&#233;aliste dans cet univers sordide, le froid et les odeurs d'hydrocarbures en moins.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id='nb1'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh1' class='spip_note' title='Notes 1' rev='appendix'&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Melina Laboucan-Massimo, &lt;a href=&#034;https://www.youtube.com/watch?v=qz3nSscXamI&#034;&gt;&#171; Du p&#233;trole en territoire lubicon &#187;&lt;/a&gt;, photo-essai sur un texte tr&#232;s proche de celui qui est traduit ici.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb2'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh2' class='spip_note' title='Notes 2' rev='appendix'&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Lire &#224; ce sujet &lt;a href=&#034;http://www.lan02.org/2013/04/quebec-cap-au-nord/&#034;&gt;&#034;Qu&#233;bec : cap au Nord !&#034;&lt;/a&gt; dans le n&#176;3 de &lt;i&gt;L'An 02&lt;/i&gt; .&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>A qui la rue ? A nous la rue ! Retour sur un printemps &#233;rable</title>
		<link>https://lan02.butternet.net/A-qui-la-rue-A-nous-la-rue-Retour-sur-un-printemps-erable</link>
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		<dc:date>2015-12-12T19:14:36Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Aude Vidal</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;22 septembre, dans le m&#233;tro de Montr&#233;al, ligne orange, station Sherbrooke. Je fais des pieds et des mains pour sortir du wagon au milieu des voyageur/ses en chemin pour un samedi de magasinage, et nous sommes peu nombreux/ses sur le quai &#224; arborer le carr&#233; rouge pour la grande manif, parc Lafontaine &#224; 14h. L'engouement est un peu pass&#233; pour les manifs du 22, qui depuis le 22 mars ont ponctu&#233; la vie politique qu&#233;b&#233;coise. Et celle-ci sera peut-&#234;tre la derni&#232;re : mille ou deux mille ultra motiv&#233;&#183;e&#183;s, (...)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://lan02.butternet.net/-Lire-en-ligne-" rel="directory"&gt;Lire en ligne&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;22 septembre, dans le m&#233;tro de Montr&#233;al, ligne orange, station Sherbrooke. Je fais des pieds et des mains pour sortir du wagon au milieu des voyageur/ses en chemin pour un samedi de magasinage, et nous sommes peu nombreux/ses sur le quai &#224; arborer le carr&#233; rouge pour la grande manif, parc Lafontaine &#224; 14h. L'engouement est un peu pass&#233; pour les manifs du 22, qui depuis le 22 mars ont ponctu&#233; la vie politique qu&#233;b&#233;coise. Et celle-ci sera peut-&#234;tre la derni&#232;re : mille ou deux mille ultra motiv&#233;&#183;e&#183;s, sous la pluie, dispers&#233;&#183;e&#183;s par la police avant d'avoir atteint leur but.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;strong&gt;La hausse : la r&#233;forme de trop&lt;/strong&gt; &lt;br class='autobr' /&gt;
Reprenons l'histoire depuis le d&#233;but. Tout commence &#224; la fin de l'automne 2011, avec la d&#233;cision du gouvernement Charest d'augmenter significativement les droits de scolarit&#233; au Qu&#233;bec. Cela fait des d&#233;cennies que le solidarit&#233; nationale s'&#233;rode lentement, sous les r&#233;formes d'inspiration n&#233;o-lib&#233;rale. La sant&#233;, les transports, tous les services publics sont mis &#224; mal. Mais pour les &#233;tudiant&#183;e&#183;s, &#171; la hausse &#187; est la r&#233;forme de trop, et ils et elles s'organisent pour ne pas laisser passer. En f&#233;vrier, c'est la gr&#232;ve dans les universit&#233;s, francophones et anglophones, progressistes ou un peu trop tranquilles. L'Ass&#233;, &#171; association pour une solidarit&#233; syndicale &#233;tudiante &#187;, f&#233;d&#233;ration cr&#233;&#233;e quelques ann&#233;es auparavant, devient &#171; coalition large &#187; (c'est CLASSE !), un mouvement plus revendicatif que les f&#233;d&#233;rations FEUQ et FECQ qui ont domin&#233; pendant longtemps la repr&#233;sentation &#233;tudiante. Mais la magie op&#232;re, et toutes font front quand le gouvernement lib&#233;ral souhaite &#233;carter la CLASSE des n&#233;gociations. Mi-mai, sur le point d'accorder un moratoire, la ministre Line Beauchamp d&#233;missionne et le gouvernement passe &#224; la mani&#232;re forte, en interdisant tout mouvement autour des institutions scolaires : la loi 78 oblige l'enseignement &#224; avoir lieu et interdit toute entrave ; le droit de manifestation est aussi s&#233;rieusement recadr&#233;, avec un contr&#244;le accru sur les rassemblements &#224; partir de de dix personnes (le chiffre est revu &#224; cinquante dans un amendement).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;strong&gt;Un mouvement f&#233;d&#233;rateur&lt;/strong&gt; &lt;br class='autobr' /&gt;
D'abord c'est l'universit&#233; qui s'enflamme, des facs aux CEGEP (coll&#232;ges pr&#233;-universitaires), des &#171; profs contre la hausse &#187; &#224; Anarchopanda, le prof de philo qui fait des c&#226;lins aux flics comme aux manifestant&#183;e&#183;s, des &#233;quipes de t&#233;l&#233; de l'universit&#233; Concordia (CUTV, since 1969 !), qui diffuse en direct les images de manifs, aux &#233;tudiant&#183;e&#183;s en art de la Montagne rouge, qui ont retrouv&#233; l'esprit des Beaux-Arts de mai 68. Mais avec la r&#233;pression et les violences polici&#232;res, c'est l'ensemble de la soci&#233;t&#233; qu&#233;b&#233;coise, qui jusqu'ici accordait sympathie et soutien au mouvement, qui prend la rue. M&#234;me les plus ancien&#183;ne&#183;s, comme en t&#233;moigne un mouvement comme &#171; Cheveux gris et carr&#233; rouge &#187;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mai, c'est le d&#233;but du temps des casseroles, manifestations de rue spontan&#233;es (donc ill&#233;gales) qui naissent dans les quartiers et convergent chaque soir vers le centre-ville. La rue St-Denis, comme dirait la chanson, &#171; n'en finit pas &#187; et il faut bien deux heures de marche pour retrouver les &#233;tudiant&#183;e&#183;s tout au Sud, vers le parc &#201;milie-Gamelin. Chaque soir, des milliers de personnes prennent la rue en tambourinant. D'aucun&#183;e&#183;s affirment y avoir d&#233;velopp&#233; un certain sens du rythme... Ce qui est s&#251;r, c'est que ces heures &#224; aller taper le cuivre ou l'inox tous les soirs pendant des semaines avec les voisin&#183;e&#183;s cr&#233;ent un esprit nouveau dans la ville, et que peu &#224; peu fleurissent les assembl&#233;es populaires autonomes de quartier (APAQ, voir encadr&#233;). On a rarement eu aussi chaud cet &#233;t&#233;-l&#224; au Qu&#233;bec.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;strong&gt;Une bonne &#233;lection par-dessus tout &#231;a&lt;/strong&gt; &lt;br class='autobr' /&gt;
D&#233;but ao&#251;t, le gouvernement d&#233;missionne et des &#233;lections sont pr&#233;vues en catastrophe pour le mardi 4 septembre. Les AG d'&#233;tudiant&#183;e&#183;s votent au cours du mois la fin de la gr&#232;ve, et la campagne &#233;lectorale prend le dessus. Le syst&#232;me est particuli&#232;rement bi-partisan, autour d'un scrutin majoritaire &#224; un seul tour. Ces &#233;lections ont donc donn&#233; une alternance assez classique, avec l'arriv&#233;e au pouvoir du Parti qu&#233;b&#233;cois, social-d&#233;mocrate et ind&#233;pendantiste, et de la premi&#232;re femme Premi&#232;re ministre de la province, Pauline Marois. Laquelle a d&#232;s sa premi&#232;re semaine aux affaires annul&#233; la hausse des frais universitaires, la loi 78, et d&#233;clar&#233; un moratoire sur l'exploitation des gaz de schiste. Mais malgr&#233; ces premiers succ&#232;s, les mouvements sociaux restent vigilants. La CLASSE va redevenir l'Ass&#233;, et participer &#224; des &#233;tats g&#233;n&#233;raux de l'&#233;ducation. Les acteurs et les actrices du printemps &#233;rable g&#232;rent la fin du mouvement sans l'&#233;puiser, l'essentiel &#233;tant de garder les structures vivantes quand reviendra la contestation. Car, m&#234;me si ce mois de septembre a donn&#233; raison aux &#233;lectoralistes, on s'attend &#224; des d&#233;ceptions au vu des difficult&#233;s budg&#233;taires que connaissent comme partout ailleurs le Qu&#233;bec et le Canada, et de la strat&#233;gie du PQ de ne pas rompre avec les politiques n&#233;o-lib&#233;rales d&#233;clin&#233;es depuis plus de trente ans.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Merci aux habitant&#183;e&#183;s du quartier Villeray, Anne-Marie, B&#233;n&#233;dicte, France, Nico et Sonia, ainsi qu'&#224; Jeanne, de la CLASSE.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; -&lt;/p&gt;
&lt;h2&gt;Une assembl&#233;e populaire autonome de quartier&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;A l'APAQ de Villeray, on croise un peu tout le monde, militant&#183;e&#183;s de longue date comme nouveaux/elles venu&#183;e&#183;s. Tou&#183;te&#183;s se sont rassembl&#233;&#183;e&#183;s autour des casseroles de la fin du printemps et de l'&#233;t&#233;. En reparlant de ces chaudes soir&#233;es, ce ne sont que souvenirs &#233;mus d'une red&#233;couverte du quartier. Mais les assembl&#233;es ont construit depuis tout &#231;a quelque chose de plus solide : une culture de l'&#233;coute et du respect mutuel, une envie de participation politique, un int&#233;r&#234;t qui d&#233;passe le quartier. &#171; Pour moi, dit Anne-Marie, les APAQ sont une r&#233;v&#233;lation dans ce sens. C'est la premi&#232;re fois de ma vie que j'assiste &#224; un proc&#233;d&#233; aussi souple, inclusif, et qui fonctionne tr&#232;s bien... J'apprends beaucoup. &#187; Elle participe avec d'autres &#224; cette APAQ qui fait le lien entre la vie du quartier et ses th&#233;matiques propres (dont l'embourgeoisement pour cause de construction d'immeubles de luxe, les condos) et des questions plus globales : services publics, droits des femmes, pillage des ressources naturelles, etc. Chaque quartier a son assembl&#233;e. Le principal clivage &#224; l'int&#233;rieur des APAQ est l'&#233;lectoralisme. Mais les adeptes du changement social &#224; travers les &#233;lections cohabitent dans un respect tr&#232;s qu&#233;b&#233;cois avec ceux et celles qui ont bien vu l'usage que le gouvernement avait fait des &#233;lections pour &#233;teindre le mouvement social.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui, les APAQ h&#233;sitent entre devenir des associations de quartier, tourn&#233;es vers la convivialit&#233; qui est aussi l'un des acquis du printemps &#233;rable, et rester tr&#232;s militantes, peut-&#234;tre se f&#233;d&#233;rer au niveau de la ville, au risque de d&#233;courager une partie de leurs membres. Une troisi&#232;me voie &#233;tant l'&#233;ducation populaire : les assembl&#233;es produisent des comit&#233;s et des ateliers qui travaillent plus en profondeur les questions abord&#233;es lors des mobilisations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; L'&#233;tudiant, &#234;tre encore libre justement, perm&#233;able aux pluies nouvelles, per&#231;oit bien ce qu'une majorit&#233; de citoyens pensent maintenant : apr&#232;s presque dix ann&#233;es au pouvoir, ce parti lib&#233;ral s'est pli&#233; aux int&#233;r&#234;ts de groupes corporatistes qui en financent l'existence. [&#8230;] D'o&#249; cette foudroyante panne de respect envers le dirigeant devenu autoritaire. &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Richard Desjardins, op. cit.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>&#171; La lenteur est aussi une vitesse &#187;</title>
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&lt;p&gt;Entretien avec Thierry Paquot &lt;br class='autobr' /&gt; L'An 02 : Le mouvement &#233;cologiste donne-t-il, selon vous, &#224; la question du temps l'importance qu'elle m&#233;rite ? Le traitement de cette question (&#224; travers celles de la RTT, de la vitesse, etc.) dessine-t-il des lignes de fracture au sein de ce mouvement ? &lt;br class='autobr' /&gt; Thierry Paquot : Le &#171; mouvement &#233;cologiste &#187;, &#224; l'&#233;chelle mondiale, est particuli&#232;rement divers et certaines de ses composantes d'origine ont disparu, d'autres sont apparues depuis, sans toujours revendiquer un (...)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://lan02.butternet.net/-Dossier-du-no1-Le-temps-qui-nous-fait-" rel="directory"&gt;N&#176;1 : &#171; Le temps qui nous fait &#187;&lt;/a&gt;


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 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Entretien avec Thierry Paquot&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;i&gt; &lt;strong&gt;L'An 02&lt;/strong&gt; &lt;/i&gt; &lt;strong&gt; : Le mouvement &#233;cologiste donne-t-il, selon vous, &#224; la question du temps l'importance qu'elle m&#233;rite ? Le traitement de cette question (&#224; travers celles de la RTT, de la vitesse, etc.) dessine-t-il des lignes de fracture au sein de ce mouvement ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;strong&gt;Thierry Paquot : &lt;/strong&gt; Le &#171; mouvement &#233;cologiste &#187;, &#224; l'&#233;chelle mondiale, est particuli&#232;rement divers et certaines de ses composantes d'origine ont disparu, d'autres sont apparues depuis, sans toujours revendiquer un h&#233;ritage particulier, aussi je formulerais une r&#233;ponse plus g&#233;n&#233;rale. La question du temps n'a pas &#233;t&#233; un des fers de lance de cette n&#233;buleuse, pourtant f&#233;conde. En effet, ses revendications portaient, et portent encore, sur la protection de la nature, sur la condamnation des pollutions et des pollueurs, sur la qualit&#233; de l'agriculture, sur la d&#233;fense des paysages, sur la remise en cause de la production et de la consommation de masse, sur les in&#233;galit&#233;s sociales (et aussi Nord/Sud), sur la d&#233;licate question de la d&#233;mographie, etc. Ni Ren&#233; Dumont, ni Ren&#233; Dubos, ni Jacques Ellul, ni Serge Moscovici, ni le Groupe des Dix, ni Andr&#233; Gorz ou encore F&#233;lix Guattari pour ne citer que ceux-l&#224;, sans mentionner les Am&#233;ricains ou les &#171; pionniers &#187; de l'&#233;cologie politique ou les partisans de la &lt;i&gt;deep ecology&lt;/i&gt; et les militantes de l' &lt;i&gt;ecofeminism&lt;/i&gt; ne s'arr&#234;tent sur le temps, comme bien existentiel non renouvelable et trop souvent gaspill&#233;. Il faut pr&#233;ciser que le &#171; temps &#187;, philosophiquement parlant, ne fait l'objet d'analyses sp&#233;cifiques qu'avec Jean-Marie Guyau, Henri Bersgon, Gaston Bachelard et surtout Martin Heidegger, qui avec, &lt;i&gt;Sein und Zeit&lt;/i&gt; (1927) r&#233;volutionne fondamentalement la mani&#232;re de le penser. C'est chacun d'entre nous qui pr&#233;sentifie le temps en lui donnant un contenu, en le transformant de temps &#171; pr&#233;sent &#187;, &#171; disponible &#187; en un &#171; temps pour &#187;. Si l'&#234;tre humain est un &#171; &#234;tre jet&#233; pour la mort &#187;, c'est-&#224;-dire que d&#232;s sa naissance le compte &#224; rebours est d&#233;clench&#233; et que l'issue fatale ne peut &#234;tre ignor&#233;e, son destin est alors marqu&#233; par les mani&#232;res dont il va &#171; habiter le temps &#187;, pour reprendre le titre d'un remarquable essai de Jean Chesneaux. Selon les cultures, les religions, les modes de vie, l'appr&#233;ciation du temps, sa mesure, ses repr&#233;sentations sont diff&#233;rentes, ce dont l'&#233;cologie temporelle &#224; construire doit tenir compte. C'est du reste cette diversit&#233; des rythmes et des temporalit&#233;s qui assure &#224; l'humanit&#233; sa richesse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chaque individu devrait, r&#233;guli&#232;rement, examiner ses temps &#171; v&#233;cu &#187;, &#171; con&#231;u &#187; et &#171; per&#231;u &#187; de m&#234;me qu'il se pr&#233;occupe, &#224; la suite d'Henri Lefebvre, de ses espaces &#171; v&#233;cu &#187;, &#171; con&#231;u &#187; et &#171; repr&#233;sent&#233; &#187;. &#192; ce temps de l'intime (&#171; pour soi &#187;), se combinent les temps sociaux, d&#233;cid&#233;s et souvent impos&#233;s par d'autres, comme les horaires des transports, des administrations, des commerces, etc. Ceux-ci sont fr&#233;quemment chronophages, songeons aux embouteillages, aux retards des trains, aux attentes &#224; l'a&#233;roport, aux &#171; urgences &#187; de l'h&#244;pital ou au guichet de la mairie, etc. Mais l&#224; o&#249; la soci&#233;t&#233; bride le plus les temporalit&#233;s individuelles, c'est dans son absurde tripartition de la journ&#233;e et de la vie. Chaque jour est d&#233;coup&#233;e en trois &#171; moments &#187; &#224; peu pr&#232;s &#233;gaux, le temps de sommeil, le temps de travail et le temps pour assurer les deux autres (transports, courses, loisirs, &#233;ducation&#8230;), c'est ce que les sociologues appellent &#171; la vie quotidienne &#187;, et l'existence comprend trois temps in&#233;gaux : l'enfance et la formation, la vie active (!) et la retraite (!). Ces deux tripartitions ne visent que les populations des pays dans lesquels l'&#233;conomie repose sur le salariat. Avec l'extension du domaine du pr&#233;cariat, la combinaison des trois &#171; moments &#187; quotidiens se modifie. De m&#234;me, l'allongement de la vie permet une retraite &#171; active &#187; qui vient parasiter la vie dite &#171; active &#187; qui elle-m&#234;me est contrari&#233;e par le ch&#244;mage&#8230; Ces deux tripartitions vont conna&#238;tre de puissants changements dans les ann&#233;es &#224; venir, ce sont elles qui vont politiser la question du temps et stimuler une &#171; &#233;cologie temporelle &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;i&gt; &lt;strong&gt;L'An 02&lt;/strong&gt; &lt;/i&gt; &lt;strong&gt; : Quelles sont les r&#233;ponses possibles face &#224; la &#171; chronophagie dominante &#187; ? R&#233;ponses individuelles, culturelles, politiques, quelles articulations entre elles proposez-vous ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;strong&gt;Thierry Paquot : &lt;/strong&gt; Il y a l&#224; un paradoxe. Pour le capitalisme &#171; le temps c'est de l'argent &#187;, d'o&#249; la chasse aux &#171; temps morts &#187;, le taylorisme, la sous-traitance, la flexibilit&#233;, les flux tendus, etc., et pourtant ce m&#234;me capitalisme alimente d'incroyables &#171; pertes &#187; de temps, comme le d&#233;montre, Jean Robert, un compagnon d'Ivan Illich, dans &lt;i&gt;Le Temps qu'on nous vole&lt;/i&gt; (Seuil, 1980), qui pr&#233;conise des actions pour contrecarrer les m&#233;faits des &#171; progr&#232;s &#187; chonophagiques en mati&#232;re de transport. Personnellement, je d&#233;nonce la tyrannie de la vitesse pour la vitesse qui s'impose comme seule mesure du progr&#232;s technique, or, la lenteur est aussi une vitesse, il convient donc de bien comprendre que la lenteur s'oppose &#224; la rapidit&#233; mais pas &#224; la vitesse, et que celle-ci peut d&#233;c&#233;l&#233;rer. Il serait fastidieux de lister ici toutes les possibilit&#233;s d'organiser le temps autrement, mais c'est un formidable chantier. Je ne donnerais que deux exemples, l'apport de l'ordinateur et la chronotopie. Avec les applications de l'ordinateur, il est envisageable de diff&#233;rer telle activit&#233;, de la combiner &#224; telle l'autre et ainsi d'&#233;conomiser son propre temps en le r&#233;partissant mieux et en agissant au &#171; bon &#187; moment pour vous, dans votre propre d&#233;roul&#233; temporel. Quant &#224; la chronotopie c'est la fa&#231;on de m&#233;nager (ou prendre soin) les lieux dans lesquels nous inscrivons notre quotidien. Elle comprend aussi des &#171; maisons des temps &#187; qui &#224; l'&#233;chelle d'une agglom&#233;ration, par exemple, tentent d'harmoniser les temps sociaux aux temps individuels et des &#171; banques du temps &#187;, qui facilitent les &#233;changes entre citadins r&#233;mun&#233;r&#233;s en temps (une heure d'anglais contre une heure de jardinage, la garde des enfants contre un cours de piano, etc.). L&#224;, comme souvent pour l'&#233;cologie politique, l'exp&#233;rimentation est &#224; encourager&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;i&gt; &lt;strong&gt;L'An 02&lt;/strong&gt; &lt;/i&gt; &lt;strong&gt; : Vous &#234;tes un militant de la sieste au nom du respect des rythmes chronobiologiques, est-ce une revendication r&#233;cup&#233;rable par les partisans de la productivit&#233; ? permet-elle d'autres ruptures ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;strong&gt;Thierry Paquot : &lt;/strong&gt; La sieste est un bienfait. C'est aussi l'expression la plus intime du temps personnel, celui de la chronobiologie. Personne ne peut me dicter &#171; ma &#187; sieste ! C'est un moment privil&#233;gi&#233; durant lequel je me mets volontairement, et avec d&#233;lectation, hors du jeu social. Faire la sieste c'est dire &#171; pouce ! &#187;, et durant quelques minutes se lover en une pause r&#233;paratrice. Bien s&#251;r, elle peut &#234;tre r&#233;cup&#233;r&#233;e, et un patron remarquera vite qu'en tol&#233;rant la sieste, il regaillardit son personnel&#8230; La sieste, comme sa cousine la paresse, est indispensable &#224; revendiquer dans un monde qui globalise le temps et en gomme l'h&#233;t&#233;rog&#233;n&#233;it&#233;. Il faut cultiver le plaisir du temps, telle une incomparable gourmandise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;i&gt; &lt;strong&gt;L'An 02&lt;/strong&gt; &lt;/i&gt; &lt;strong&gt; : Quelle serait votre d&#233;finition d'une &#171; &#233;cologie temporelle &#187; ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;strong&gt;Thierry Paquot : &lt;/strong&gt; Bernard Charbonneau, avec &lt;i&gt;Dimanche et lundi &lt;/i&gt; (1966), ouvre la voie &#224; une &#233;cologie temporelle, m&#234;me si l'expression devra attendre les travaux de William Grossin et des &#171; Temporalistes &#187;, &#224; partir des ann&#233;es 1980, pour &#234;tre formul&#233;e sans toutefois aboutir ni &#224; une politique ni &#224; une th&#233;orie ( &lt;i&gt;Pour une science des temps, introduction &#224; l'&#233;cologie temporelle&lt;/i&gt; , 1996). C'est dans &lt;i&gt;&#201;loge du luxe, de l'utilit&#233; de l'inutile &lt;/i&gt; (2005) et &lt;i&gt;Petit Manifeste pour une &#233;cologie existentielle&lt;/i&gt; (2007) que j'esquisse cette th&#233;orisation en montrant les impacts de l'organisation temporelle sur la consommation d'&#233;nergie, la sant&#233;, la quotidiennet&#233;, le travail, les loisirs, etc. L'&#233;cologie temporelle est un des piliers de l'&#233;cologie existentielle, elle concourt &#224; r&#233;concilier l'&#234;tre humain avec ses biorythmes et &#224; assurer une continuit&#233; &#171; douce &#187; entre ses temporalit&#233;s, tant sociales qu'individuelles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;strong&gt;Propos recueillis par Aude Vidal, septembre 2011&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Seuls ensemble</title>
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		<dc:creator>Aude Vidal</dc:creator>



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&lt;p&gt;Seuls ensemble. De plus en plus de technologies, de moins en moins de relations humaines (2011) Sherry Turkle Traduit par Claire Richard L'&#201;chapp&#233;e, 2015 528 pages, 22 euros &lt;br class='autobr' /&gt;
Sherry Turkle prend soin de le pr&#233;ciser tout le long de son ouvrage. Non, elle n'est pas luddite (du nom de ces ouvrier&#183; e&#183;s briseurs de machine s'&#233;tant donn&#233; pour chef un imaginaire Ned Ludd). Non, elle n'est pas technophobe. Et de fait, le propos de cette psychologue directrice de d&#233;partement au Massachussets Institute of (...)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://lan02.butternet.net/-Lectures-" rel="directory"&gt;Lectures&lt;/a&gt;


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 <content:encoded>&lt;img class='spip_logo spip_logo_right spip_logos' alt=&#034;&#034; style='float:right' src='https://lan02.butternet.net/local/cache-vignettes/L106xH150/arton162-c9280.jpg?1703348970' width='106' height='150' /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;Seuls ensemble. De plus en plus de technologies, de moins en moins de relations humaines&lt;/i&gt; (2011)&lt;br class='autobr' /&gt;
Sherry Turkle&lt;br class='autobr' /&gt;
Traduit par Claire Richard&lt;br class='autobr' /&gt;
L'&#201;chapp&#233;e, 2015&lt;br class='autobr' /&gt;
528 pages, 22 euros&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Sherry Turkle prend soin de le pr&#233;ciser tout le long de son ouvrage. Non, elle n'est pas luddite (du nom de ces ouvrier&#183; e&#183;s briseurs de machine s'&#233;tant donn&#233; pour chef un imaginaire Ned Ludd). Non, elle n'est pas technophobe. Et de fait, le propos de cette psychologue directrice de d&#233;partement au Massachussets Institute of Technology est assez mesur&#233;. Elle essaie de comparer chacune de ses observations avec nos usages d'avant le surgissement de machines high tech : qu'est-ce qui change entre une poup&#233;e et un robot social dans la r&#233;action d'un enfant ? entre un &#233;change sur Skype et une lettre pour les personnes mises en relation ? Et ses conclusions ne sont pas fracassantes, in&#233;dites ou catastrophistes. Mais oui, quelque chose change quand nous nous entourons d'objets nouveaux, avec des fonctionnalit&#233;s nouvelles. Nous nous y adaptons, ils suscitent en nous des comportements diff&#233;rents qui nous sont peut-&#234;tre dommageables.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La deuxi&#232;me partie de l'ouvrage, qui se lit comme un roman, s'attache aux usages des techniques de communication : sms, courriel, Facebook, Skype et de nombreux sites sociaux. Turkle nous ouvre les portes d'un monde o&#249; les courriels sont r&#233;serv&#233;s au milieu professionnel, o&#249; les coups de fil sont d&#233;sormais per&#231;us comme intrusifs et o&#249; on s'envoie des centaines de sms par jour. Enthousiasme d'ados pris&#183; es au jeu de pouvoir travailler leur communication et de ne plus passer par une parole trop spontan&#233;e. Angoisse de perdre le fil rassurant qui lie aux ami&#183; e&#183;s et &#224; la famille : pour se sentir en s&#233;curit&#233;, beaucoup d'interview&#233;&#183; e&#183;s &#233;crivent des sms au volant, cherchez l'erreur. Et devant la pression que met l'injonction &#224; communiquer en continu et l'&#233;puisement que cela occasionne, Turkle observe &#233;galement des strat&#233;gies de retraits : un adolescent ferme son compte Facebook et insiste pour ne plus voir ses ami&#183; e&#183;s qu'en face &#224; face ; une jeune fille de quatorze ans n'emm&#232;ne plus son t&#233;l&#233;phone mobile pendant la journ&#233;e. Une sagesse dont sont parfois incapables leurs parents, scotch&#233;&#183; e&#183;s &#224; leur smartphone pendant les repas ou qui perdent (comme l'auteure) un temps de sommeil pr&#233;cieux en checkant une derni&#232;re fois leurs courriels avant de se coucher.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Turkle s'inqui&#232;te des cons&#233;quences de la vie hyper-connect&#233;e sur notre psychisme et sur la qualit&#233; de notre vie sociale. En baisse, semble-t-il, puisque apr&#232;s quinze ans de ce r&#233;gime un&#183; e &#201;tats-unien&#183;ne n'a plus en moyenne que deux personnes &#224; qui parler de choses importantes l&#224; o&#249; elle en avait trois. Sans compter que s'accro&#238;t le nombre d'individus qui n'ont personne &#224; qui parler. Certes la possibilit&#233; de se construire en ligne une nouvelle identit&#233;, sans tra&#238;ner celle avec laquelle on est en difficult&#233;, offre parfois des possibilit&#233;s th&#233;rapeutiques. Mais l'&#233;chappatoire est autre chose qu'une &#233;tape transitoire et constructrice. Et trop nombreuses sont les occasions de se traiter les un&#183; e&#183;s les autres comme moyen plut&#244;t que fin et, en cherchant la facilit&#233; de relations sans responsabilit&#233;, de se faire en toute r&#233;ciprocit&#233; traiter de mani&#232;re irresponsable. Le bilan est-il si profitable ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais n'ayons crainte car, &#224; mesure que s'endurcira le monde social autour de nous, nous aurons la possibilit&#233; de nous entourer de robots complaisants&#8230; C'est l'objet d'une premi&#232;re partie un peu longue, mais le retour final sur les questions qu'elle pose est tr&#232;s stimulant. La qualit&#233; de conception de certains robots leur permet d'appara&#238;tre, aux yeux d'&#234;tre humains, comme des &#234;tres sensibles. Quand bien m&#234;me on aurait parall&#232;lement conscience de leur fabrication, on projette sur eux nos &#233;motions, tandis qu'eux sont programm&#233;s pour exprimer et feindre des &#233;motions copi&#233;es sur les n&#244;tres. Puisque ces robots donnent l'illusion d'une pr&#233;sence humaine, puisque cela &#171; fonctionne &#187; aupr&#232;s d'enfants ou de personnes &#226;g&#233;es, pourquoi ne pas les utiliser pour entourer de pr&#233;sence et de soins les &#234;tres humains dont nous n'avons pas le temps de nous occuper ? Robot baby-sitter, robot aide-soignant soulageraient d'un fardeau les adultes productifs. Qui est un fardeau pour qui ? Le salaire des baby-sitters et des aides-soignant&#183; e&#183;s fait d'elles un fardeau. Fardeau &#233;galement les personnes vuln&#233;rables &#224; charge. Comment garder le sens de son humanit&#233; ou de celle de l'autre dans ces conditions ? C'est pour cela qu'un ami handicap&#233; de Turkle avoue pr&#233;f&#233;rer un&#183;e soignant&#183;e malveillant &#224; un robot&#8230; au moins a-t-il l'impression, m&#234;me maltrait&#233;, d'&#234;tre vivant et humain.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>La Tyrannie des droits</title>
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		<dc:creator>Aude Vidal</dc:creator>



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&lt;p&gt;Brewster Kneen &#201;cosoci&#233;t&#233;, Montr&#233;al, 2014 Traduit par Daniel Poliquin 168 pages, 15 &#8364; &lt;br class='autobr' /&gt;
Quand la question du mal-logement surgit pour la &#233;ni&#232;me fois dans les m&#233;dias en 2007, la r&#233;ponse politique qu'elle re&#231;oit est juridique : il s'agit d'un droit au logement opposable (DALO), le droit de demander un logement social auquel s'ajoute, quand celui-ci n'est pas accord&#233; dans les douze ou vingt-quatre mois, le droit de poser un dossier en pr&#233;fecture et le droit de recevoir une r&#233;ponse dans les trois mois. Celle-ci (...)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;img class='spip_logo spip_logo_right spip_logos' alt=&#034;&#034; style='float:right' src='https://lan02.butternet.net/local/cache-vignettes/L98xH150/arton171-38b9a.jpg?1703349018' width='98' height='150' /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Brewster Kneen&lt;br class='autobr' /&gt;
&#201;cosoci&#233;t&#233;, Montr&#233;al, 2014&lt;br class='autobr' /&gt;
Traduit par Daniel Poliquin&lt;br class='autobr' /&gt;
168 pages, 15 &#8364;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Quand la question du mal-logement surgit pour la &#233;ni&#232;me fois dans les m&#233;dias en 2007, la r&#233;ponse politique qu'elle re&#231;oit est juridique : il s'agit d'un droit au logement opposable (DALO), le droit de demander un logement social auquel s'ajoute, quand celui-ci n'est pas accord&#233; dans les douze ou vingt-quatre mois, le droit de poser un dossier en pr&#233;fecture et le droit de recevoir une r&#233;ponse dans les trois mois. Celle-ci peut &#234;tre n&#233;gative, hein, parce que les logements en question, on ne va pas les inventer. Lutter contre la sp&#233;culation immobili&#232;re, la hausse des loyers et la disparition de logements du march&#233;, construire des logements sociaux, voil&#224; qui constitue une politique susceptible de rendre justement disponibles et accessibles ces logements. Qu'est donc alors le droit au logement opposable, s'il ne garantit rien aux personnes qui ont besoin de se loger et n'y arrivent pas par leurs seuls moyens ? A celles et ceux qui se posent la question, au-del&#224; du contexte hexagonal, la lecture de &lt;i&gt;La Tyrannie des droits&lt;/i&gt; sera d'un grand secours pour aider &#224; poser un regard renouvel&#233; sur cet objet embl&#233;matique de notre modernit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Brewster Kneen &#233;crit &#224; la suite d'une carri&#232;re d'agronome et de consultant en mati&#232;re de politique agricole et alimentaire. La vacuit&#233; de la d&#233;claration d'un &#171; droit &#224; l'alimentation &#187; est un des &#233;l&#233;ments important de son ouvrage. Pourquoi autant d'organisations progressistes s'engagent-elles alors dans l'invocation de tels droits, dont la concession ne co&#251;te rien au pouvoir ? Elle renforce m&#234;me son autorit&#233;, puisque l'&#201;tat devient un partenaire dans l'&#233;laboration de ces droits, quand bien m&#234;me ses politiques fonci&#232;res, commerciales et agricoles feraient obstacle &#224; la production et &#224; la distribution &#233;quitable d'une nourriture de qualit&#233;. Si Kneen approuve la strat&#233;gie sous les r&#233;gimes autoritaires, qui ne permettent d'opposition que timide, cette impuissance programm&#233;e lui semble toxique dans les r&#233;gimes lib&#233;raux. Un droit d'utiliser des semences paysannes ? Voil&#224; une &#171; exemption &#224; l'appropriation et &#224; la privatisation g&#233;n&#233;ralis&#233;e des semences &#187; par le capitalisme qui manque singuli&#232;rement d'ambition politique, l&#233;gitimant de fait cette appropriation d'un patrimoine collectif. Parce qu'il ne bouscule pas les structures de la domination, le principe de droits est bien un point probl&#233;matique pour les mouvements d'&#233;mancipation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faudra faire le d&#233;tour par l'histoire des droits et du lib&#233;ralisme pour comprendre comment le pi&#232;ge s'est referm&#233; sur nous, d'une d&#233;claration des droits humains qui occupa tout l'apr&#232;s-guerre &#224; la proclamation dans la constitution &#233;quatorienne pour la Nature d'un &#171; droit d'exister &#187;, grand bien lui fasse. Dans d'autres cultures et langues, le concept m&#234;me de &#171; droit &#187; n'existe pas. Ni le japonais, ni l'aymara, ni l'algonquin, ni le quechua ne traduisent ce mot &#233;labor&#233; par et pour la civilisation occidentale. En utilisant ce mot sous sa forme espagnole ou anglaise, les populations autochtones endossent la mani&#232;re de penser qui est la n&#244;tre et qui consiste &#224; accorder des droits aux personnes plut&#244;t que de poser des standards collectifs. La chroniqueuse pense alors &#224; la mani&#232;re dont des exigences collectives en mati&#232;re de relations humaines se transforment insidieusement, dans les associations &#233;colo-alternatives, en droits exigibles par chacun&#183;e de trouver son agr&#233;ment&#8230; serait-ce aux d&#233;pens des autres. La solidarit&#233; et le respect deviennent de vains mots devant la majest&#233; de l'individu bard&#233; de droits, pour peu qu'il ait les moyens de les faire valoir. Pire, quand les personnes ne sont plus des &#234;tres humains mais des entreprises (personnes &#171; morales &#187;) et exigent malgr&#233; leur &#171; responsabilit&#233; limit&#233;e &#187; toute une s&#233;rie de droits, aujourd'hui en discussion sous l'acronyme TAFTA.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plut&#244;t qu'&#224; r&#233;clamer toujours plus de droits pour nos personnes, l'auteur nous rend ici sensible l'urgence qu'il y aurait &#224; retrouver des exigences morales et le sens de la responsabilit&#233;, vis-&#224;-vis de son milieu social et naturel.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Terres rares : &#171; Cette usine est un probl&#232;me malaisien &#187;</title>
		<link>https://lan02.butternet.net/Terres-rares-Cette-usine-est-un-probleme-malaisien</link>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Aude Vidal</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;par Aude Vidal &lt;br class='autobr' /&gt;
En mars 2010, les Malaisien&#183;ne&#183;s apprennent dans le New York Times l'installation &#224; Kuantan, sur la c&#244;te est de la p&#233;ninsule, d'une usine de traitement de terres rares, l'une des plus grosses au monde. Tout a &#233;t&#233; vite exp&#233;di&#233; entre le gouvernement et l'entreprise australienne Lynas. Les &#233;tudes d'impact environnemental ont &#233;t&#233; approuv&#233;es en quelques semaines, le gouvernement fait cadeau de dix ans de contributions fiscales, les travaux peuvent commencer. C'est alors que commence une (...)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;span class='spip_document_6 spip_documents'&gt;&lt;a href='https://lan02.butternet.net/IMG/jpg/reportage-color1.jpg' type=&#034;image/jpeg&#034; title=&#034;reportage-color&#034;&gt;&lt;img src='https://lan02.butternet.net/local/cache-vignettes/L150xH126/reportage-color1-e3593-16e68.jpg?1698011313' width='150' height='126' alt='reportage-color {JPEG}' /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/span&gt;par Aude Vidal&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En mars 2010, les Malaisien&#183;ne&#183;s apprennent dans le &lt;i&gt;New York Times&lt;/i&gt; l'installation &#224; Kuantan, sur la c&#244;te est de la p&#233;ninsule, d'une usine de traitement de terres rares, l'une des plus grosses au monde. Tout a &#233;t&#233; vite exp&#233;di&#233; entre le gouvernement et l'entreprise australienne Lynas. Les &#233;tudes d'impact environnemental ont &#233;t&#233; approuv&#233;es en quelques semaines, le gouvernement fait cadeau de dix ans de contributions fiscales, les travaux peuvent commencer. C'est alors que commence une mobilisation devenue depuis le plus gros dossier environnemental de Malaisie. 1,2 million de signatures ont &#233;t&#233; recueillies contre le projet, dans un pays de 30 millions d'habitant&#183;e&#183;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;strong&gt;Une lutte tr&#232;s politis&#233;e&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#233;but 2012, la lutte contre Lynas s'entrem&#234;le avec le mouvement Bersih, qui demande des &#233;lections transparentes et des modifications du syst&#232;me &#233;lectoral. Aucun lien entre les deux sujets, mais le ras-le-bol est le m&#234;me, confirme le membre de l'assembl&#233;e l&#233;gislative locale Lee Chean Chung, jeune Chinois &#233;lu apr&#232;s des ann&#233;es de luttes de terrain. Il est aujourd'hui le responsable des questions environnementales du grand parti d'opposition, le Parti du peuple (PKR).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;pression violente des manifestations de Bersih &#224; Kuala Lumpur suscite un mouvement d'opinion favorable aux manifestant&#183;e&#183;s et qui nourrit l'opposition &#224; Lynas. La mobilisation conna&#238;t alors un pic le 26 f&#233;vrier, avec une manifestation de 5000 personnes sur le site et des rassemblements d&#233;centralis&#233;s dans les grandes villes du pays. Shervin, une &#233;tudiante chinoise de Kuala Lumpur, &#233;tait devant l'usine ce jour-l&#224; : &#171; C'&#233;tait un rassemblement tr&#232;s pacifique, &#224; notre grande surprise. L'arm&#233;e &#233;tait peu pr&#233;sente et nous a simplement regard&#233;&#183;e&#183;s d&#233;filer, sans sortir les gaz. Il y avait beaucoup de pression de la part du peuple et des m&#233;dia internationaux. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui le gouvernement a abandonn&#233; sa politique de r&#233;pression et pr&#233;f&#232;re laisser se d&#233;rouler les manifestations dans une relative indiff&#233;rence, entretenue par le silence de m&#233;dias complaisants. &#171; Nous n'avons pas de soci&#233;t&#233; civile tr&#232;s vivante, apr&#232;s 57 ans sans alternance &#187;, se d&#233;sole Chean Chung. Mais devant l'usine Lynas, le dimanche 22 juin 2014, elle est &#224; son plus fort. Financ&#233;e par une lev&#233;e de fonds populaire, annonc&#233;e sous le slogan &#171; 622 Shut down Lynas &#187; (fermer Lynas le 22/6), la manifestation d&#233;passe un peu la sph&#232;re d'influence de la minorit&#233; chinoise &#224; laquelle le gouvernement tente de la cantonner.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;strong&gt;Terres rares et d&#233;chets radioactifs : le scandale de Bukit Merah&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au-del&#224; des enjeux tr&#232;s politiques que soul&#232;ve Lynas, il y a aussi les nuisances environnementales graves qui sont attendues. La production de terres rares, pr&#233;sentes dans le sol sous une forme tr&#232;s peu concentr&#233;e, exige un traitement co&#251;teux en &#233;nergie et en eau, qui produit gaz toxiques et d&#233;chets radioactifs. La radioactivit&#233; naturellement pr&#233;sente dans les sols est lib&#233;r&#233;e par l'extraction et par la r&#233;duction sous forme de poudre des terres. Une fois concentr&#233;es les terres rares, largement utilis&#233;es en &#233;lectronique et dans les &#171; technologies vertes &#187; (voir encadr&#233;), il reste des d&#233;chets radioactifs. Rien n'est encore pr&#233;vu pour eux par Lynas, il est donc &#224; craindre que dans les ann&#233;es &#224; venir ils entra&#238;nent de graves probl&#232;mes de sant&#233;, comme les Malaisien&#183;ne&#183;s ont pu le constater dans les ann&#233;es 1980 &#224; propos du scandale de l'usine Asian Rare Earth (ARE) &#224; Bukit Merah, de l'autre c&#244;t&#233; de la p&#233;ninsule.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est la premi&#232;re fois que Lai Kuan, une vieille dame chinoise, vient &#224; Kuantan. Ce n'est pas indiff&#233;rence pour les mobilisations qui s'y m&#232;nent depuis 2010 : elle a tenu des conf&#233;rences de presse, re&#231;u nombre de journalistes, voyag&#233; jusqu'&#224; Kuala Lumpur ou au Japon pour faire conna&#238;tre les m&#233;faits de cette industrie. Il y a deux ans, son fils de trente ans est d&#233;c&#233;d&#233;, lui qui &#233;tait n&#233; handicap&#233; &#224; Bukit Merah. &#192; l'installation de l'usine, les habitant&#183;e&#183;s se sont dans un premier temps plaint&#183;e&#183;s de maladies respiratoires dues au rejet de gaz toxiques. Puis ils ont assist&#233; &#224; des naissances d'enfants malform&#233;&#183;e&#183;s, &#224; de nombreuses fausses couches et &#224; l'apparition de leuc&#233;mies infantiles, dans des proportions bien trop &#233;lev&#233;es pour cette petite communaut&#233; chinoise p&#233;riurbaine. Lai Kuan a travaill&#233; &#224; la construction d'une annexe de l'usine pendant sa grossesse, en l'absence de toute pr&#233;vention. Son fils Cheah Kok Leong est n&#233; en 1983 avec une malformation du c&#339;ur, une cataracte cong&#233;nitale et une microc&#233;phalie. Ce n'est pas un cas isol&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pendant que les autorit&#233;s assuraient que les r&#232;gles de s&#233;curit&#233; &#233;taient respect&#233;es, les habitant&#183;e&#183;s et les militant&#183;e&#183;s &#233;cologistes d&#233;couvraient des poussi&#232;res radioactives lav&#233;es &#224; grande eau dans l'usine et des d&#233;charges sauvages de d&#233;chets : au bord d'une route, dans une mare. Entrepos&#233;s dans des bo&#238;tes en bois, puis dans des barils en m&#233;tal rouill&#233;, les d&#233;chets &#233;taient confi&#233;s aux bons soins d'un entrepreneur local de transports, sans indication particuli&#232;re sur le lieu de destination et la toxicit&#233; de la cargaison. Il t&#233;moignera plus tard, ainsi que des habitant&#183;e&#183;s, avoir cru que les d&#233;chets &#233;taient des engrais et les avoir utilis&#233;s &#224; ce titre. Aucun plan de gestion des d&#233;chets radioactifs, licences d'exploitation pas en r&#232;gle, les libert&#233;s prises par ARE sont nombreuses et bien document&#233;es. Entre 1984 et 1992, les habitant&#183;e&#183;s ont intent&#233; proc&#232;s sur proc&#232;s contre la compagnie, filiale de l'entreprise japonaise Mitsubishi Chemicals. &#201;pid&#233;miologistes et sp&#233;cialistes des radiations nucl&#233;aires se sont succ&#233;d&#233; au tribunal d'Ipoh pour mettre l'&#233;tat de sant&#233; observ&#233; &#224; Bukit Merah sur le compte des activit&#233;s d'ARE. La victoire, en 1992, est am&#232;re : l'usine aura au final fonctionn&#233; pendant dix ans et laiss&#233; ses traces tant dans les paysages que sur les corps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;strong&gt;Nuisances d&#233;localis&#233;es, r&#233;ponse globale ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le gouvernement assure qu'&#224; Kuantan les r&#232;gles de s&#233;curit&#233; seront suffisantes. &#171; Mais on sait pourquoi Lynas s'est install&#233;e ici &#187;, explique Natalie Lowrey, une activiste de Sidney sp&#233;cialis&#233;e dans les questions mini&#232;res, &#171; c'est parce qu'en Australie elle aurait &#233;t&#233; contrainte &#224; adopter des standards sanitaires et environnementaux bien sup&#233;rieurs &#187;. La mobilisation, sur laquelle elle travaille depuis des ann&#233;es avec des associations &#233;cologistes nationales, ne prend pas aussi bien qu'en son temps celle contre ARE au Japon : &#171; Beaucoup de personnes chez nous consid&#232;rent que cette usine est un probl&#232;me malaisien &#187;. Depuis la tribune du camp de base, elle lance un &#171; Go back home, Lynas &#187; tr&#232;s appr&#233;ci&#233; des manifestant&#183;e&#183;s avant leur d&#233;part pour les abords de l'usine. Une heure plus tard, ils et elles sont quelques centaines &#224; avoir &#233;t&#233; autoris&#233;&#183;e&#183;s &#224; s'approcher et &#224; bloquer la seule voie qui y m&#232;ne. Pour quelques heures. La fin de la manifestation est sonn&#233;e avec quinze arrestations dont celle de Natalie, qui ne sortira de prison qu'apr&#232;s cinq jours &#233;maill&#233;s d'interrogatoires. Quelques jours apr&#232;s cette &#233;preuve, l'id&#233;e que ses compagnes de cellule y sont encore vient assombrir parfois sa conversation toujours aussi anim&#233;e. Mais en Australie, son arrestation a enfin int&#233;ress&#233; l'opinion au cas malaisien et l'opposition &#224; l'usine de Lynas est redevenue une info : les journalistes anglo-saxons ont converg&#233; &#224; Kuantan pour rendre compte de sa lib&#233;ration. En France, ni la grande presse, qui a couvert les manifestations de 2012, ni les sites alternatifs n'ont jug&#233; le sujet digne d'un regain d'int&#233;r&#234;t.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce ne sont pas les efforts du peuple de Kuantan qui pousseront Lynas &#224; fermer l'usine, mais cela pourrait arriver dans les prochains mois. L'effondrement du march&#233; des terres rares en raison de la surproduction actuelle (certaines d'entre elles sont pass&#233;es de 100 &#224; 5 $ le kilo) et la mauvaise sant&#233; &#233;conomique de l'entreprise australienne, au bord de la faillite, pourraient faire cesser toute activit&#233;. La question restera cependant pos&#233;e : qui g&#233;rera les d&#233;chets ?&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt; &lt;strong&gt;Terres rares et green economy&lt;/strong&gt;
&lt;p&gt;Les terres rares (le scandium, l'yttrium et les quinze lanthanides) sont notamment utilis&#233;es pour leurs propri&#233;t&#233;s &#233;lectromagn&#233;tiques. Elles sont devenues omnipr&#233;sentes dans les moteur &#233;lectriques et dans les accumulateurs NiMH, c'est-&#224;-dire dans une bonne partie des batteries des voitures hybrides et de nos gadgets &#233;lectroniques : smartphones, appareils photos, tablettes. On en trouve &#233;galement dans les cellules photovolta&#239;ques, dans tous types de circuits &#233;lectroniques et d'&#233;crans. Mais le plus gros d&#233;veloppement de leur consommation concerne l'&#233;olien. Les propri&#233;t&#233;s &#233;lectromagn&#233;tiques du n&#233;odyme (un lanthanide) le rendent particuli&#232;rement utile pour la confection des alternateurs des &#233;oliennes. Les plus puissantes peuvent en contenir jusqu'&#224; 150 kg auxquels il faut ajouter une dizaine de kilos de dysprosium. Si l'&#233;conomie verte repose sur la production d'&#233;nergie renouvelable et l'optimisation des flux via un r&#233;seau informatique performant, les terres rares y sont alors quasi-indispensables.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;daction&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>La Libert&#233; dans le coma</title>
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		<dc:creator>Aude Vidal</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;La Libert&#233; dans le coma. Essai sur l'identification &#233;lectronique et les motifs de s'y opposer Groupe Marcuse La Lenteur, Paris, 2012 &lt;br class='autobr' /&gt;
Partant de la question de l'identification &#233;lectronique, le groupe Marcuse nous proposait une br&#232;ve histoire de la soci&#233;t&#233; industrielle et des r&#233;flexions strat&#233;giques sur les moyens &#224; notre disposition pour la mettre &#224; mal. C'&#233;tait il y a bient&#244;t deux ans, mais la relecture s'impose. &lt;br class='autobr' /&gt;
Faire l'histoire de l'identification, de la marque, du code-barre, c'est rappeler la (...)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://lan02.butternet.net/-Lectures-" rel="directory"&gt;Lectures&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img class='spip_logo spip_logo_right spip_logos' alt=&#034;&#034; style='float:right' src='https://lan02.butternet.net/local/cache-vignettes/L108xH150/arton145-c0545.png?1703349018' width='108' height='150' /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;La Libert&#233; dans le coma. Essai sur l'identification &#233;lectronique et les motifs de s'y opposer&lt;br class='autobr' /&gt;
Groupe Marcuse&lt;br class='autobr' /&gt; La Lenteur, Paris, 2012&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Partant de la question de l'identification &#233;lectronique, le groupe Marcuse nous proposait une br&#232;ve histoire de la soci&#233;t&#233; industrielle et des r&#233;flexions strat&#233;giques sur les moyens &#224; notre disposition pour la mettre &#224; mal. C'&#233;tait il y a bient&#244;t deux ans, mais la relecture s'impose.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Faire l'histoire de l'identification, de la marque, du code-barre, c'est rappeler la n&#233;cessit&#233; toujours accrue de gestion du troupeau humain (en commen&#231;ant par les criminels et les ouvrier-e-s pour finalement g&#233;n&#233;raliser le r&#233;gime) et de ses approvisionnements. Nous sont ainsi rappel&#233;es la lente invention de l'ordinateur pour r&#233;pondre aux besoins de gestion des donn&#233;es d&#233;mographiques, la naissance du num&#233;ro de S&#233;cu sous Vichy, le num&#233;ro commen&#231;ant par 3 pour les Juifs/ves &#8211; c'est le m&#234;me r&#233;gime qui cr&#233;e l'INRA qui plus tard imposera la num&#233;rotation de l'ensemble du cheptel &#8211; ou de la marque commerciale, destin&#233;e &#224; assurer les profits en &#233;coulant de la marchandise bon march&#233; et de pi&#232;tre qualit&#233;, en cr&#233;ant ce que d'aucun-e-s pourraient appeler sans rire du &#171; lien social &#187; entre &#234;tres humains et images publicitaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Se demander comment en sortir, voil&#224; qui est pos&#233; sans complaisance, mais en argumentant solidement et clairement, les auteur&#183;e&#183;s refusent la d&#233;sob&#233;issance citoyenne incarn&#233;e par Jos&#233; Bov&#233; (qui continue &#224; demander &#224; l'&#201;tat d'arbitrer des conflits o&#249; il est partie prenante) comme l'insurrectionnalisme, r&#233;volte romantique r&#233;ductible &#224; un moment d'enflammement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais le d&#233;veloppement le plus percutant tourne autour de ce paradoxe : comment pouvons-nous continuer &#224; nous flatter d'&#234;tre libres dans une soci&#233;t&#233; qui est d&#233;sormais en mesure de pister chacun de nos mouvements, des fichiers qui s'accumulent au mouchard que nous portons dans la poche et qui nous permet d'&#234;tre constamment joignables ? Ou de quelle libert&#233; jouissons-nous quand nous nous d&#233;tachons des contraintes de la vie communautaire et de la subsistance mat&#233;rielle ? &#171; Aux formes d'autonomie sans libert&#233; du vieux monde s'est substitu&#233;e une libert&#233; sans autonomie. Ce qu'il faudrait inventer d&#233;sormais, c'est une forme sup&#233;rieure de libert&#233; qui ne sacrifie pas &#224; l'autonomie. &#187; C'est ici le projet lib&#233;ral, d'une libert&#233; des Modernes, individualis&#233;e, qui est remis en cause. &#171; La libert&#233; promue par la bourgeoisie consistait essentiellement en un droit de mener sa vie priv&#233;e en-dehors du souci du bien public. &#187; Le r&#233;sultat, c'est une vie priv&#233;e qui n'en finit plus de se replier sur elle-m&#234;me, avec des individus qui, tou&#183;te&#183;s occup&#233;&#183;e&#183;s par leur d&#233;votion aux activit&#233;s productrices et reproductrices, ne cherchent plus dans l'action collective qu'&#224; alimenter l'id&#233;e avantageuse qu'ils ont d'eux-m&#234;mes en redresseurs de torts ou en avant-garde &#233;clair&#233;e &#8211; le tout &#224; condition que rien ne rappelle les contraintes subies par ailleurs, ni les engagements envers le groupe et les autres, ni le niveau d'exigence qui est pri&#233; de rester &#224; hauteur de salari&#233;&#183;e le dimanche.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Redonner sa valeur &#224; la contrainte, c'est l'ambition de cet ouvrage. Voil&#224; de quoi prendre &#224; rebours ces philosophies consum&#233;ristes qui r&#233;sonnent si fortement avec le projet lib&#233;ral mais auxquelles adh&#232;re la plus grande part de la gauche. Impossible dans ces conditions de s'indigner avant que la gamelle ne soit vide... &#171; Il est [&#8230;] grand temps de se tourner vers les courants d'id&#233;e et d'action qui n'ont pas fait reposer leur vision de l'&#233;mancipation sociale sur l'abolition de la n&#233;cessit&#233;, la ma&#238;trise scientifique de la nature, la suppression de l'effort physique et du souci de produire de beaux objets. &#187; Et d'articuler libert&#233; individuelle et autonomie collective.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>La Condition tropicale</title>
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		<dc:creator>Aude Vidal</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;La Condition tropicale Francis Hall&#233; Actes Sud, 2010, r&#233;&#233;d. poche 2014 720 pages, 12,70 euros &lt;br class='autobr' /&gt;
La zone intertropicale, c'est cette partie de la Terre situ&#233;e entre les latitudes 23&#176; 27' 8&#034; nord et sud qui, en raison de la l&#233;g&#232;re inclinaison de l'axe terrien, re&#231;oit en permanence les rayons directs du soleil, comme dans notre Nord pendant l'&#233;t&#233;. Elle repr&#233;sente 40 % de la surface terrestre et ne conna&#238;t pas d'hiver. Des temp&#233;ratures qui peuvent &#234;tre fra&#238;ches &#224; mesure que l'on monte en altitude, mais pas de (...)&lt;/p&gt;


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		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;La Condition tropicale&lt;/i&gt; &lt;br class='autobr' /&gt;
Francis Hall&#233;&lt;br class='autobr' /&gt;
Actes Sud, 2010, r&#233;&#233;d. poche 2014&lt;br class='autobr' /&gt;
720 pages, 12,70 euros&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La zone intertropicale, c'est cette partie de la Terre situ&#233;e entre les latitudes 23&#176; 27' 8&#034; nord et sud qui, en raison de la l&#233;g&#232;re inclinaison de l'axe terrien, re&#231;oit en permanence les rayons directs du soleil, comme dans notre Nord pendant l'&#233;t&#233;. Elle repr&#233;sente 40 % de la surface terrestre et ne conna&#238;t pas d'hiver. Des temp&#233;ratures qui peuvent &#234;tre fra&#238;ches &#224; mesure que l'on monte en altitude, mais pas de saison v&#233;g&#233;tative pendant laquelle le froid mettrait &#224; mal l'activit&#233; parasitaire. Sous les tropiques, la faune et la flore, dit-on, sont &#171; exub&#233;rantes &#187;, non soumises aux contraintes externes des hautes latitudes. Esp&#232;ces v&#233;g&#233;tales et animales s'y d&#233;veloppent sans autre souci que leurs pr&#233;dateurs, ce qui est l'occasion d'une grandiose vari&#233;t&#233; biologique. Les &#233;cosyst&#232;mes agricoles sont &#224; l'avenant, comme cette agroforesterie, extr&#234;mement intensive et durable, &#224; laquelle le botaniste Francis Hall&#233;, sp&#233;cialiste de l'arbre, accorde un long d&#233;veloppement. Les activit&#233;s microbiennes et bact&#233;riennes &#233;galement, le tout ne faisant de la vie tropicale ni un paradis terrestre (pour naturaliste ou touriste), ni un enfer grouillant, mais quelque chose entre les deux. C'est &#224; un autre regard sur les tropiques que nous invite l'auteur, fameux pour son survol de la canop&#233;e tropicale sur le &#171; radeau des cimes &#187; et fort d'une exp&#233;rience de quarante ans de terrains qui l'ont men&#233; de l'Afrique &#224; l'Am&#233;rique du sud, et de l'Asie du sud &#224; l'Oc&#233;anie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pass&#233;es les premi&#232;res consid&#233;rations astronomiques qui donnent aux tropiques leurs sp&#233;cificit&#233;s, il nous livre une histoire qui n'est pas uniquement naturelle mais aussi sociale et &#233;conomique. Au moment d'aborder ces derni&#232;res questions, il nous avoue ses doutes et les rapports houleux qu'il entretient avec les sciences humaines. Pour ce qui concerne l'&#233;conomie, on le comprendra sans peine : la discipline s'est souvent d&#233;voy&#233;e en accompagnant ces politiques de d&#233;veloppement qui n'ont eu d'autre effet que de faire passer le Sud de la pauvret&#233; &#224; la mis&#232;re. Hall&#233; cite &#224; plusieurs reprises l'indispensable ouvrage de Majid Rahnema, &lt;i&gt;Quand la mis&#232;re chasse la pauvret&#233;&lt;/i&gt; , mais l'on aurait aimer le voir consid&#233;rer davantage le travail de Serge Latouche ou de Fran&#231;ois Partant, deux &#233;conomistes du d&#233;veloppement convertis &#224; sa critique qui r&#233;pondent &#224; certaines des questions qu'il se pose. La plus importante &#233;tant : comment des &#233;conomies qui en 1700 avaient un &#233;cart du simple au double ont pu voir le foss&#233; entre elles se creuser aux XIX et XXe si&#232;cles au point qu'il soit d'un &#224; cinquante en 1980, avant m&#234;me que les plans d'ajustement structurel ne viennent d&#233;cupler les in&#233;galit&#233;s ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'auteur propose pour y r&#233;pondre une th&#233;orie du photop&#233;riodisme. Les latitudes &#233;lev&#233;es ont cette particularit&#233; de conna&#238;tre des saisons thermiques et photop&#233;riodiques : lorsque les jours rallongent les &#234;tres humains atteignent le summum de leur agressivit&#233;. Actes de violence individuelle et collective (les r&#233;volutions) sont donc fr&#233;quents en cette saison... qui est aussi celle de la soudure, quand les greniers sont vides, ainsi que le moment de l'ann&#233;e o&#249; l'espace public est le plus facile &#224; investir. Cette agressivit&#233; expliquerait &#224; elle seule les besoins de conqu&#234;te, militaire puis &#233;conomique, du Nord. &lt;i&gt;Quid&lt;/i&gt; d'autres explications, religieuses (le monoth&#233;isme, sa vision t&#233;l&#233;ologique et son temps non-circulaire) ou culturelles (la coupure que nous avons invent&#233;e autour de la Renaissance entre nous et le monde qui nous entoure) ? On souhaiterait voir toutes ces raisons mieux articul&#233;es pour comprendre la propension des Europ&#233;n&#183;ne&#183;s &#224; asservir le monde. Pour le reste, sur la colonisation, la soumission des pays pauvres &#224; des valeurs et &#224; des usages inadapt&#233;s (notamment en agronomie, avec la disparition des cultures associ&#233;es difficilement m&#233;canisables au profit de la monoculture), l'endettement et la recolonisation &#233;conomique... l'histoire est riche et bien document&#233;e, forte d'images et d'anecdotes qui font que le livre se lit comme un roman.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>Main basse sur la for&#234;t de Born&#233;o</title>
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		<dc:date>2014-09-01T00:00:00Z</dc:date>
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		<dc:creator>Aude Vidal</dc:creator>



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&lt;p&gt;&#192; Born&#233;o, la disparition de la for&#234;t tropicale est autant une pr&#233;occupation environnementale qu'une question de subsistance pour les populations autochtones. Reportage sur la partie malaisienne de l'&#238;le, dans l'&#233;tat du Sarawak. &lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Ils arrivent avec leurs bulldozers, ils s'en fichent : &#8220;Nous avons une licence&#8221; &#187;, se rappelle Jok Jau Evong, figure embl&#233;matique de la lutte contre la d&#233;forestation depuis les ann&#233;es 1980. Il raconte depuis son bureau o&#249; ronronne un ventilateur les premi&#232;res mobilisations (...)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#192; Born&#233;o, la disparition de la for&#234;t tropicale est autant une pr&#233;occupation environnementale qu'une question de subsistance pour les populations autochtones. Reportage sur la partie malaisienne de l'&#238;le, dans l'&#233;tat du Sarawak.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Ils arrivent avec leurs bulldozers, ils s'en fichent : &#8220;Nous avons une licence&#8221; &#187;, se rappelle Jok Jau Evong, figure embl&#233;matique de la lutte contre la d&#233;forestation depuis les ann&#233;es 1980. Il raconte depuis son bureau o&#249; ronronne un ventilateur les premi&#232;res mobilisations villageoises contre les compagnies d'exploitation du bois venues abattre la for&#234;t, privant les communaut&#233;s autochtones de leurs droits de propri&#233;t&#233;, les &lt;i&gt;native customary rights&lt;/i&gt; (NCR). De r&#233;sign&#233;es, les populations deviennent de plus en plus combatives, bloquent les routes menant aux sites et formulent parall&#232;lement des recours en justice pour faire valoir leurs droits sur leurs terres. Mais quelles terres ? Comme ici tout est affaire de cartes, Jok dessine un plan sommaire des habitats autochtones, ces &lt;i&gt;longhouses&lt;/i&gt; ou maisons communautaires o&#249; chaque famille a un appartement mais dont le vestibule est commun et abrite la vie sociale. Il peut y avoir jusqu'&#224; trente &#171; portes &#187; &#224; une m&#234;me maison. Les peuples Iban, Kayan, Kenyah, Kiput ou Lun Bawang b&#226;tissent leur maisons aux confluences (long) des rivi&#232;res, de part et d'autre de la fronti&#232;re entre la Malaisie et l'Indon&#233;sie, qui exerce son autorit&#233; sur le sud de l'&#238;le. Ils ont un pied dans la &lt;i&gt;temuda&lt;/i&gt; , les terres qu'ils cultivent (riz, l&#233;gumes et fruits), et un autre dans le &lt;i&gt;pulau galau&lt;/i&gt; , la for&#234;t o&#249; ils chassent et cueillent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1958 l'administration britannique a mis sur pied ce syst&#232;me de droits coutumiers des peuples autochtones qui leur accorde la propri&#233;t&#233; des terres dont ils font usage. Pas seulement les terres cultiv&#233;es, mais aussi la for&#234;t dont ils tirent le reste de leur subsistance, soit l'ensemble, la &lt;i&gt;pemakai menua&lt;/i&gt; . Elles sont propri&#233;t&#233; individuelle ou collective, mais toujours incessibles &#224; des non-membres de la communaut&#233;. Les Britanniques ont initi&#233; la mise en cartes du territoire, trac&#233; les limites entre les terres des diff&#233;rents villages, not&#233; les terres tomb&#233;es en d&#233;sh&#233;rence et oblig&#233; chaque village &#224; d&#233;clarer un changement de r&#233;sidence. Les Iban, le peuple majoritaire, se s&#233;parent souvent, en raison de la croissance d&#233;mographique ou de conflits dans la communaut&#233;. Les nouveaux groupes doivent chercher le long de la rivi&#232;re de nouvelles terres pour y construire leur maison, en accord avec leurs voisin&#183;e&#183;s. Et effectuer une d&#233;claration aupr&#232;s des autorit&#233;s. Peu &#224; peu, les rivi&#232;res sont cartographi&#233;es et il est entendu que tout ce qui n'est pas utilis&#233; par les diff&#233;rents villages &#224; cette date est propri&#233;t&#233; de l'&#201;tat. Les NCR figurent encore, apr&#232;s les ind&#233;pendances, dans les constitutions f&#233;d&#233;rale et du Sarawak.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais depuis quelques d&#233;cennies, alors que l'exploitation de la for&#234;t remonte toujours plus en amont des rivi&#232;res, la d&#233;finition de ces droits fait l'objet de graves conflits entre les peuples autochtones et l'&#201;tat, qui consid&#232;re d&#233;sormais que seules les terres cultiv&#233;es leur appartiennent en droit. On en rigole parfois dans les mobilisations : &#171; L'&#201;tat, lui, on ne lui demande pas de cultiver la terre pour prouver qu'elle est &#224; lui ! &#187; Mais cette disposition est une catastrophe pour le seul peuple de l'&#238;le qui n'a jamais cultiv&#233; la terre, les chasseurs-cueilleurs Penan, qui ne peuvent &#224; ce titre r&#233;clamer aucun droit. Remarquables botanistes mais pi&#232;tres paysan&#183;ne&#183;s et constructeurs, ils et elles sont somm&#233;&#183;e&#183;s de de s&#233;dentariser &#224; mesure que recule la for&#234;t qui a de longue date constitu&#233; leur seule ressource.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;strong&gt;R&#233;sistances cartographiques&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour faire valoir les NCR sur l'ensemble des terres, les militant&#183;e&#183;s s'attachent dans un premier temps &#224; cartographier le territoire par des enqu&#234;tes aupr&#232;s des habitant&#183;e&#183;s et sur le terrain, &#224; la recherche de traces de peuplement (tombes, arbres fruitiers, etc.) pour prouver l'usage des terres avant 1958, et donc leur propri&#233;t&#233;. &#192; l'initiative de Jok au milieu des ann&#233;es 1990, le Borneo Project de l'universit&#233; de Berkeley met &#224; la disposition des communaut&#233;s locales des moyens mat&#233;riels et forme des militant&#183;e&#183;s &#224; la cartographie. Le travail de fourmi s'acc&#233;l&#232;re avec le GPS, mais la for&#234;t recule plus vite qu'elle n'est mise en cartes. Une fois les connaissances &#233;tablies sur les droits de propri&#233;t&#233;, il faut encore les faire valoir aupr&#232;s des tribunaux &#224; chaque projet de mise en coupe ou de plantation. Les affaires remontent souvent jusqu'&#224; la capitale f&#233;d&#233;rale puisque l'&#233;tat du Sarawak, qui exerce sa comp&#233;tence sur les ressources naturelles, est juge et partie dans les affaires. Officiellement, les redevances vers&#233;es &#224; l'&#233;tat sont insignifiantes, brad&#233;es &#224; des compagnies qui sont, selon les all&#233;gations des militant&#183;e&#183;s locaux/ales, li&#233;es au gouvernement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Baru Bian, avocat sp&#233;cialis&#233; dans les NCR, lui-m&#234;me membre du peuple Lun Bawang, n'est pas le seul &#224; consid&#233;rer que cet &#233;tat est &#171; l'un des plus corrompus au monde &#187;. La raison ? Pour lui c'est en premier lieu la na&#239;vet&#233; de ses habitant&#183;e&#183;s, qui reconduisent au pouvoir depuis l'ind&#233;pendance le m&#234;me parti repr&#233;sentant les int&#233;r&#234;ts de la minorit&#233; malaise. Suite &#224; de nombreuses affaires perdues, et quelques-unes gagn&#233;es, il a fini par rejoindre le principal parti d'opposition pour h&#226;ter l'alternance et est aujourd'hui membre de l'assembl&#233;e de l'&#233;tat. On pourrait compl&#233;ter son constat en rappelant la particularit&#233; des richesses qui circulent au Sarawak. L'exploitation des ressources naturelles est peu gourmande en main d'&#339;uvre, elle redistribue peu de richesses mais plut&#244;t les concentre, transformant un capital naturel sur lequel vit de mani&#232;re durable et extensive une population nombreuse en une ressource exploit&#233;e d'un coup. Les ressources naturelles, devenues marchandises, sont faciles &#224; &#233;changer sur le march&#233; mondial mais impossibles &#224; renouveler.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;strong&gt;Quand la for&#234;t recule&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les ann&#233;es 1990 ont vu la Malaisie faire l'objet de campagnes &#233;cologistes mondiales et d'une farouche r&#233;sistance locale. La d&#233;forestation y atteint alors des rythmes sans pr&#233;c&#233;dent. Le &lt;i&gt;chief minister&lt;/i&gt; de l'&#233;tat, Taib Mahmud, membre du parti au pouvoir et qui n'abandonnera son mandat qu'en 2014, donne &#224; son arriv&#233;e dans les ann&#233;es 1980 le d&#233;part &#224; la pr&#233;dation des ressources naturelles du Sarawak. Dans un premier temps, la for&#234;t est offerte &#224; l'industrie foresti&#232;re et le pays, de superficie pourtant modeste, devient le deuxi&#232;me exportateur mondial de bois tropicaux. &#192; la suite de l'exploitation du bois, vient celle du palmier &#224; huile, qui par opposition aux &#233;nergies fossiles est souvent qualifi&#233;e de durable mais est devenue le nouveau combat des associations locales (avec le programme hydro-&#233;lectrique SCORE et sa douzaine de barrages). Cette plante originaire d'Afrique fournit en trois r&#233;coltes de fruits par an une huile bon march&#233; utilisable dans l'alimentation ou comme carburant. Les for&#234;ts priv&#233;es de leurs plus beaux arbres, puis des moins beaux, sont ensuite d&#233;frich&#233;es, plus souvent br&#251;l&#233;es m&#234;me si la pratique est interdite. Quand le sol est nu, la culture peut commencer. Dans les plantations, rien d'autre ne peut pousser &#224; la ronde, le palmier prend toute l'eau et exige encore des engrais chimiques. Sale culture, que les grosses compagnies affili&#233;es au Malaysian Palm Oil Council m&#232;nent dans les plaines aux terres organiques comme dans les pentes plus min&#233;rales, am&#233;nageant des terrasses pour ne rien perdre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La d&#233;forestation n'entra&#238;ne pas seulement la perte de subsistance des peuples qui y vivent, elle a aussi des r&#233;percussions environnementales locales et globales. En l'absence d'arbres, les pluies lessivent les sols et les entra&#238;nent dans les ruisseaux et les rivi&#232;res. Auparavant claires, les eaux se chargent de boue et prennent la couleur orang&#233;e caract&#233;ristique des sols tropicaux. Les esp&#232;ces v&#233;g&#233;tales disparaissent, parfois avant m&#234;me d'avoir &#233;t&#233; recens&#233;es. La faune dispara&#238;t ou migre vers des r&#233;gions moins d&#233;grad&#233;es. L'orang utan (en malais, l'homme de la for&#234;t) est embl&#233;matique des esp&#232;ces animales dont l'existence m&#234;me est menac&#233;e &#224; Born&#233;o. Et de poumon de la plan&#232;te, qui capture du CO2, l'&#238;le devient &#233;mettrice et contribue &#224; l'effet de serre mondial. Crise d'extinction de la biodiversit&#233;, changement climatique&#8230; la for&#234;t tropicale est en premi&#232;re ligne sur ces questions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mahathir Mohamad, premier ministre de la Malaisie dans les ann&#233;es 1980 et 1990, r&#233;pondait aux protestations de la soci&#233;t&#233; civile internationale (et au premier chef europ&#233;enne) que les pays d'Europe avaient beau jeu, apr&#232;s avoir fait dispara&#238;tre l'essentiel de leur for&#234;t, de demander aux pays tropicaux plus pauvres de ne pas exploiter la leur. Mais le &#171; d&#233;veloppement &#187; dont se targuent les autorit&#233;s du Sarawak n'est rien d'autre que la concentration de richesses autour de l'oligarchie au pouvoir. L'ONG Sarawak Report suit &#224; la trace les investissements de Taib Mahmud et de sa famille, parmi les plus riches du pays, et des autres barons locaux. Il n'y a dans cet &#233;tat, qui est pourtant loin d'&#234;tre pauvre, pas de bonnes routes, m&#234;me pas celle qui relie les unes aux autres les villes de la c&#244;te, et les services publics sont beaucoup moins satisfaisants que sur la p&#233;ninsule. Ce ne sont pas les n&#233;cessit&#233;s de la subsistance des habitant&#183;e&#183;s qui mettent en p&#233;ril la for&#234;t, au contraire ces n&#233;cessit&#233;s leur sont d&#233;ni&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Beaucoup d'autochtones, qui vivent encore dans les &lt;i&gt;longhouses&lt;/i&gt; , n'ont ni les moyens ni l'envie d'abandonner leur mode de vie mais y sont peu &#224; peu contraint&#183;e&#183;s. &#171; Avant on pouvait aller chasser une ou deux heures et ramener du gibier, mais aujourd'hui il faut partir avec des r&#233;serves d'eau pour deux jours &#187;, se d&#233;sole Jok. &#171; Il n'y a plus de for&#234;t, 80 &#224; 90 % est d&#233;j&#224; perdu, il faut aller chercher le peu qu'il reste tr&#232;s en amont de la rivi&#232;re &#187;. Mais que les visiteurs se rassurent, il reste au Sarawak douze tr&#232;s beaux parcs nationaux de plus d'un millier d'hectares am&#233;nag&#233;s pour leur plus grand confort et abondamment promus par le bureau du tourisme&#8230; pardon, de l'&#233;co-tourisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;SAM : les Amis de la Terre
&lt;p&gt;En 1983, Sahabat Alam Malaysia (SAM), une ONG malaisienne affili&#233;e &#224; Friends of the Earth International, ouvre une antenne &#224; Marudi, &#224; l'est du Sarawak, &#224; une cinquantaine de kilom&#232;tres &#224; l'int&#233;rieur des terres, sur les rives de la sinueuse rivi&#232;re Baram. L'association accompagne les luttes locales et les r&#233;percute au niveau international en faisant du plaidoyer et du lobbying en lien avec des associations d'Europe du nord ou du Japon. Elle re&#231;oit en 1988 le Right Livelihood Award, ou &#171; Nobel &#233;colo &#187;. Alors tr&#232;s active, elle s'est depuis un peu effac&#233;e au profit des nombreux comit&#233;s locaux dont elle a suscit&#233; la cr&#233;ation. Le respect des NCR est encore au centre de son activit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;Petite histoire du Sarawak
&lt;p&gt;Au milieu du XIXe si&#232;cle, le Sarawak et ses ports, sur la partie nord de l'&#238;le de Born&#233;o, sont sous la domination du sultan de Brunei. L'aventurier britannique James Brooks profite de l'affaiblissement du pouvoir du sultan qui lui laisse la main-mise sur la r&#233;gion. Il sera le premier d'une lign&#233;e de rajahs blancs (rajah putih). La for&#234;t est alors exploit&#233;e le long des rivi&#232;res pour le bois tropical, laissant place &#224; des plantations d'h&#233;v&#233;a. Suite &#224; la seconde guerre mondiale, les Britanniques prennent le relais et administrent l'&#238;le avec plus de moyens. En 1963, apr&#232;s une p&#233;riode d'incertitude, le Sarawak et son voisin l'&#233;tat de Sabah sont conc&#233;d&#233;s au pays le plus droitier du voisinage, la F&#233;d&#233;ration malaise (Malaya) qui est venue &#224; bout d'une gu&#233;rilla mao&#239;ste. La Malaisie est ainsi cr&#233;&#233;e &#224; partir de deux entit&#233;s de taille sensiblement &#233;gale mais que tout oppose, la p&#233;ninsule prosp&#232;re, &#224; majorit&#233; musulmane, et le Sarawak et le Sabah, &#224; majorit&#233; autochtone et moins d&#233;velopp&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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