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	<title>L'An 02</title>
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	<description>L'An 02 est un outil &#233;colo de diffusion et de partage, un passeur d'id&#233;es hors des cercles confidentiels.
De 2011 &#224; 2015, L'An 02 a &#233;t&#233; une revue papier, en couleurs, multipliant les formes, notamment graphiques : photo-reportage, peinture, installation, typographie, bande dessin&#233;e. Cette dimension-l&#224; ne se retrouve que dans la revue papier, toujours en vente en librairie ou par correspondance. Retrouvez sur ce nouveau site tous les textes, un dossier au traitement mosa&#239;que enrob&#233; de chroniques grin&#231;antes, de lectures in-con-tour-na-bles et de reportages militants.
D&#233;sormais, L'An 02 propose &#224; chaque changement de saison une livraison de chroniques de livres r&#233;cents qui nous aident &#224; penser l'&#233;cologie politique, la d&#233;croissance et la technocritique.</description>
	<language>fr</language>
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		<title>L'An 02</title>
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		<title>L'accaparement des femmes</title>
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		<dc:creator>Andree O. Fobb</dc:creator>



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&lt;p&gt;Alors que cette chronique avait plut&#244;t en t&#234;te de montrer le renversement des valeurs &#224; l'&#339;uvre dans notre monde o&#249; l'abjection par&#233;e de nouveaux habits peut appara&#238;tre comme d&#233;sirable, je vais plut&#244;t m'attaquer ici &#224; une r&#233;alit&#233; qui a des airs imm&#233;moriaux (1). Colette Guillaumin, dans un article sans complaisance (2), parle de l'accaparement des femmes par les hommes dans l'id&#233;e de b&#233;n&#233;ficier de services sexuels, domestiques ou reproductifs. Vous aurez reconnu la putain, la servante et la maman. Le texte date (...)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://lan02.butternet.net/-Down-is-the-new-Up-24-" rel="directory"&gt;Down is the new Up&lt;/a&gt;


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 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Alors que cette chronique avait plut&#244;t en t&#234;te de montrer le renversement des valeurs &#224; l'&#339;uvre dans notre monde o&#249; l'abjection par&#233;e de nouveaux habits peut appara&#238;tre comme d&#233;sirable, je vais plut&#244;t m'attaquer ici &#224; une r&#233;alit&#233; qui a des airs imm&#233;moriaux (1). Colette Guillaumin, dans un article sans complaisance (2), parle de l'accaparement des femmes par les hommes dans l'id&#233;e de b&#233;n&#233;ficier de services sexuels, domestiques ou reproductifs. Vous aurez reconnu la putain, la servante et la maman. Le texte date de 1978, &#224; peine treize ans apr&#232;s que les femmes ont conquis le droit de travailler ou d'ouvrir un compte bancaire sans demander &#224; leur mari et alors que le viol conjugal n'est pas encore reconnu comme tel. Quand on dit oui un jour, on doit dire oui tous les jours&#8230; Seules des violences &#171; graves et r&#233;p&#233;t&#233;es &#187; (c'est moi qui souligne) peuvent &#234;tre consid&#233;r&#233;es comme des torts. Pour le reste, on aura compris que le mariage &#233;tait un syst&#232;me de mise &#224; disposition de l'un&#183;e &#224; l'autre, soit dans la pratique des femmes aux hommes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette logique patriarcale o&#249; un homme profite de sa relation avec une ou plusieurs femmes, quel qu'en soit le mode (conjugal, filial, amical, etc.) fait partie d'un droit plus diffus que tous les hommes peuvent &#234;tre tent&#233;s de s'arroger sur toutes les femmes. Un droit que les f&#233;ministes nord-am&#233;ricaines, jamais contentes, ont th&#233;oris&#233; sous l'expression &lt;i&gt;male entitlement&lt;/i&gt; . Qui est le r&#233;cipiendaire de ces droits ? Est-ce le p&#232;re de famille qui bat son &#233;pouse et viole sa fille ? L'homme qui attend sa proie dans une ruelle sombre ? Non non, le b&#233;n&#233;ficiaire de ce &#171; d&#251; &#187; est un homme comme les autres qui a grandi dans une soci&#233;t&#233; sexiste. C'est aussi bien le compagnon qui est si maladroit et a besoin d'un coup de main pour effectuer les t&#226;ches consid&#233;r&#233;es comme &#171; f&#233;minines &#187; (trouver un objet dans un frigo ?) que le gros r&#233;ac qui met les pieds sous la table &#224; 11 h 59. C'est aussi bien le gar&#231;on quitt&#233; qui chouine sur le fait que les filles ne l'aiment pas, malgr&#233; sa gentillesse, que celui de 19 ans, toujours puceau, qui se plaint que &#171; c'est injuste &#187; comme Elliot Rodger, auteur d'un meurtre de masse en mai 2014 (3). Et c'est aussi bien le copain qui essaie de me convaincre que tout va bien quand je me plains de la r&#233;partition des t&#226;ches dans une association que l'homme qui coupe une &#224; une les relations sociales de sa compagne pour la faire graviter autour de sa seule personne. Tous ont en commun de consid&#233;rer que ne pas recevoir d'une femme ce qu'on en esp&#232;re est probl&#233;matique et m&#233;rite correction ou n&#233;gociation. Alors que non, &#231;a n'appelle que le respect de nos refus, m&#234;me quand ils ne sont pas exprim&#233;s avec conviction.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Car dire non n'est pas si simple. Les repr&#233;sentations genr&#233;es nous montrent douces et complaisantes, toujours l&#224; pour &#233;couter ou soigner. Et nous sommes les premi&#232;res &#224; nous flageller les unes les autres quand nous ne nous rendons pas disponibles pour les autres : &#171; &#233;go&#239;ste &#187;, &#171; tu ne penses qu'&#224; toi &#187;, ce sont des reproches que l'on adresse plus souvent aux filles. La peur de d&#233;plaire et de vivre seule le restant de ses jours, la peur de l'hostilit&#233; et de la mont&#233;e en agressivit&#233; font le reste chez beaucoup d'entre nous et nous rendent difficile de poser des limites. Quand nous osons l'ouvrir, il arrive que &#231;a entre par une oreille pour sortir par l'autre. Bavardage de femelle qui ne veut rien dire, la preuve, elle est toujours l&#224; apr&#232;s avoir dit qu'il ne fallait pas la prendre pour acquise. &#202;tre un alli&#233; du f&#233;minisme dans ces conditions, ce n'est pas monter sur ses grands chevaux en entendant la &#233;ni&#232;me sortie d'Eric Zemmour, c'est se mettre en mesure d'&#233;couter nos h&#233;sitations, nos r&#233;pugnances, nos &#171; non &#187; quand nous arrivons &#224; les exprimer&#8230; Car, m&#234;me si elles nous emp&#234;chent de prot&#233;ger notre int&#233;grit&#233;, nous avons besoin d'aide pour refuser les assignations genr&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(1) Airs qui sont peut-&#234;tre trompeurs, voir la lecture de &lt;i&gt;Caliban et la sorci&#232;re&lt;/i&gt; dans ce num&#233;ro.&lt;br class='autobr' /&gt;
(2) &#171; Pratique du pouvoir et id&#233;e de Nature (1). L'appropriation des femmes &#187;, &lt;i&gt;Questions f&#233;ministes&lt;/i&gt; , n&#176;2, 1978.&lt;br class='autobr' /&gt;
(3) E. Rodger dans une vid&#233;o expliquant son geste : &#171; Vous, les filles, vous n'avez pas &#233;t&#233; attir&#233;es par moi. Je ne sais pas pourquoi [&#8230;]. Mais je vais vous punir pour &#231;a. C'est une injustice, je ne sais pas ce que vous n'avez pas vu en moi. &#187; A noter, que quand une femme est dans cette situation, elle se demande plut&#244;t ce qui ne va pas&#8230; chez elle.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>&#201;cologie : la petite bourgeoisie s'amuse</title>
		<link>https://lan02.butternet.net/Ecologie-la-petite-bourgeoisie-s-amuse</link>
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		<dc:date>2015-07-01T00:00:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Andree O. Fobb</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;par Andree O. Fobb &lt;br class='autobr' /&gt;
L'&#233;cologie a politis&#233; de nombreux aspects de la vie quotidienne : rythmes et cadre de vie par exemple. Mais quand l'&#233;cologie urbaine se contente d'am&#233;liorer la qualit&#233; de vie dans les quartiers centraux, y ramenant des classes ais&#233;es appr&#233;ci&#233;es des d&#233;cideurs, elle accompagne des ph&#233;nom&#232;nes de domination socio-&#233;conomique. La bonne conscience en plus. &lt;br class='autobr' /&gt;
La petite bourgeoisie, c'est cette classe sociale qui se caract&#233;rise par une libert&#233; limit&#233;e. Elle ne poss&#232;de pas de moyens de production (...)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://lan02.butternet.net/-no7-Altercapitalisme-" rel="directory"&gt;n&#176;7 &#034;Altercapitalisme&#034;&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;span class='spip_document_40 spip_documents'&gt;
&lt;img src='https://lan02.butternet.net/local/cache-vignettes/L500xH390/altercapitalisme-8921d.png?1701242634' width='500' height='390' alt=&#034;altercapitalisme&#034; title=&#034;altercapitalisme&#034; /&gt;&lt;/span&gt;par Andree O. Fobb&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;cologie a politis&#233; de nombreux aspects de la vie quotidienne : rythmes et cadre de vie par exemple. Mais quand l'&#233;cologie urbaine se contente d'am&#233;liorer la qualit&#233; de vie dans les quartiers centraux, y ramenant des classes ais&#233;es appr&#233;ci&#233;es des d&#233;cideurs, elle accompagne des ph&#233;nom&#232;nes de domination socio-&#233;conomique. La bonne conscience en plus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La petite bourgeoisie, c'est cette classe sociale qui se caract&#233;rise par une libert&#233; limit&#233;e. Elle ne poss&#232;de pas de moyens de production significatifs et donc ne d&#233;cide pas de l'ordre du monde. Mais, comme jadis on trouvait les r&#233;volutionnaires dans les rangs des petits propri&#233;taires ind&#233;pendants, cette classe est &#224; m&#234;me, par ses moyens &#233;conomiques limit&#233;s, de cr&#233;er des alternatives. &#201;pargne solidaire et soci&#233;t&#233;s fonci&#232;res c&#244;t&#233; collectif, maisons &#233;cologiques ou fermes pour retourner &#224; la terre c&#244;t&#233; individuel. R&#233;volution ou alternatives ? Le capitalisme n'a qu'&#224; bien se tenir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La petite bourgeoisie est mon amie. C'est de l&#224; que je viens, c'est la classe ou je recrute mon entourage amical, compos&#233; de fonctionnaires et de salari&#233;&#183;e&#183;s aux revenus point mirobolants mais qui permettent de se projeter dans l'achat d'un lieu de vie. C'est aussi elle qui a financ&#233; le premier num&#233;ro de la revue que vous avez dans les mains. La petite bourgeoisie est mon ennemie. Les difficult&#233;s avec lesquelles je vis m'ont lentement mais s&#251;rement d&#233;class&#233;e. Je suis un cas soc' (devenir pr&#233;caire serait une ascension sociale) et je n'en peux plus de l'arrogance modeste que j'observe dans le milieu &#233;colo-alternatif qui a accueilli mes premiers &#233;mois politiques au sortir de l'adolescence. Tout ce qui a pu m'enthousiasmer le long d'ann&#233;es d'&#233;tudes pay&#233;es par papa et maman, aujourd'hui je l'examine par le biais de la classe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;strong&gt;&#201;cologie urbaine et logiques de classe&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;cologie se d&#233;ploie en ville dans une id&#233;e du &#171; bien vivre ensemble &#187; qui laisse peu de place &#224; la question sociale. La militante &#233;colo que j'ai &#233;t&#233; revenait de Fribourg en louant les am&#233;nagements du quartier Vauban (1) sans y noter l'absence de classes populaires. Elle saluait chaque reprise de la rue aux bagnoles sans se rendre compte que les loyers grimpaient &#224; mesure que les trottoirs s'&#233;largissaient. Aujourd'hui sa ville pl&#233;biscite tous les six ans un maire de droite &lt;i&gt;tr&#232;s conscient&lt;/i&gt; des enjeux de l'&#233;cologie urbaine (c'est injuste, son concurrent socialiste l'est aussi) et qu'importe que le centre-ville soit vid&#233; de ses pauvres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'agriculture urbaine, qui fournit une partie non-n&#233;gligeable des ressources alimentaires au niveau mondial et est essentielle &#224; la subsistance des plus pauvres dans les grandes villes des tropiques et d'ailleurs (2), devient chez nous loisir cr&#233;atif pour classes qui ne le sont pas moins. D'essentielle, elle devient anecdotique, puisque la petite bourgeoisie a son panier d'Amap pour compl&#233;ter. Visitant le jardin partag&#233; anim&#233; par un groupe militant, j'ai not&#233; les herbes folles et les maigres r&#233;coltes qui contrastaient avec les rangs s&#233;v&#232;res mais fournis des jardins encore ouvriers du m&#234;me lot. Est-il d&#233;cent d'utiliser la terre comme bac &#224; sable quand d'autres pourraient en avoir l'usage pour cultiver de quoi manger ? &#171; L'appropriation de savoirs modestes par le courant dominant peut vendre des livres mais peut &#233;galement porter pr&#233;judice aux personnes qui d&#233;pendent de ces savoirs pour survivre et (&#8230;) finalement contribuer &#224; marginaliser des populations d&#233;j&#224; marginalis&#233;es &#187; (3). De la concurrence pour les parcelles aux logiques de march&#233; en passant par les dispositions l&#233;gislatives et les normes sociales sur le jardinage urbain, Marianne Kirby dresse de cette mode, tr&#232;s vivante en Am&#233;rique du nord, un tableau plus sombre que celui d'une l&#233;gitimation de pratiques modestes par des classes prescriptrices : c'est au contraire une d&#233;possession.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand les militant&#183;e&#183;s d'une &#171; ville en transition &#187; imaginent dans leur quartier populaire en voie de gentrification des jardins potagers pour assurer la subsistance locale, sans penser aux pollutions laiss&#233;es par les industries &#233;tablies au XIXe si&#232;cle ni &#224; la pr&#233;servation de la ceinture mara&#238;ch&#232;re m&#233;tropolitaine menac&#233;e par des projets immobiliers, on peut penser qu'il s'agit d'un premier pas qui en am&#232;nera d'autres et aboutira &#224; une vision plus globale et ambitieuse des probl&#232;mes &#233;cologiques et sociaux. On peut aussi d&#233;sesp&#233;rer d'une approche aussi centr&#233;e sur les aspirations personnelles et la joie de mettre les mains dans la terre le mercredi apr&#232;s-midi avec les enfants. Derri&#232;re les belles intentions qui sont mises en avant appara&#238;t souvent le d&#233;sir de se faire plaisir ou de cr&#233;er des environnements &#233;panouissants (4). Quitte &#224; en exclure les plus fragiles, si leur pr&#233;sence risque d'&#234;tre pr&#233;judiciable au d&#233;veloppement personnel de la petite bourgeoisie qui tient une chorale militante ou un jardin partag&#233;. L'entre-soi se remarque moins bien que la diff&#233;rence et on ne s'&#233;tonne plus d'&#234;tre entre dipl&#244;m&#233;&#183;e&#183;s blanc&#183;he&#183;s socialement ins&#233;r&#233;&#183;e&#183;s. L'&#233;cologie appara&#238;t ici comme un puissant outil de d&#233;ni des antagonismes de classe, au profit d'une petite bourgeoisie qui renforce sa certitude de penser et d'agir bien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;strong&gt;Zones &#224; d&#233;fendre et gentrification&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est cette bien-pensance que bouscule Pierrette Rigaux dans un texte paru en d&#233;cembre 2014 (5), quelques semaines apr&#232;s l'assassinat de R&#233;mi Fraisse &#224; Sivens. &#171; Devant, et sur les flancs &#187; dresse un tableau sans complaisance des logiques de pouvoir &#224; l'&#339;uvre dans les ZAD (zones &#224; d&#233;fendre) et mouvements d'opposition aux grands projets inutiles, les deux faces (l'une insurg&#233;e, l'autre l&#233;galiste) du refus populaire des projets d'am&#233;nagement. Populaire, vraiment ? Et si avec ces mouvements on voyait se d&#233;ployer la m&#234;me logique colonisatrice dont la petite bourgeoisie a fait montre dans les quartiers populaires de centre-ville ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rappelons le processus : &#171; Squat et modes de vie alternatifs &gt; Abandon des luttes sociales et populaires, pr&#233;dominance de la culture, de l'&#233;cologie et de la technologie attirant la petite bourgeoisie &gt; Flamb&#233;e immobili&#232;re et embourgeoisement &#187; (6). Apr&#232;s s'&#234;tre appropri&#233; les dits quartiers urbains et les avoir rendus inaccessibles aux classes pauvres qui les ont habit&#233;s, voire construits, la petite bourgeoisie se met &#224; r&#234;ver de campagne et s'installe dans les villages, caressant des illusions d'autoproduction alimentaire et profitant d'un t&#233;l&#233;travail &#224; forte valeur ajout&#233;e ou d'horaires de pr&#233;sence au travail peu contraignants. Sensible aux valeurs &#233;colo, elle s'investit fortement dans les luttes pour le cadre de vie. Souvent mal per&#231;ue &#224; l'origine par les populations locales avec lesquelles elle entre de nouveau en concurrence sur le march&#233; immobilier (r&#233;sident&#183;e&#183;s secondaires ou permanent&#183;e&#183;s, le r&#233;sultat est le m&#234;me pour les gens du coin), elle profite de luttes &#233;cologistes qui l&#233;gitiment sa pr&#233;sence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Ces gentrifieurs des champs sont plut&#244;t sensibles &#224; l'&#233;cologie, mais aussi au d&#233;veloppement personnel, entretiennent parfois des rapports f&#233;tichistes &#224; la nature, sont empreints de lib&#233;ralisme postmoderne (chacun fait ce qu'il veut, tout d&#233;pend du point de vue), et votent volontiers pour une d&#233;mocratie plus efficace. Mais surtout : ils ont renonc&#233; &#224; la lutte politique antagoniste, sauf par procuration. Ce qui est pratique, puisque &#231;a permet d'&#234;tre &#224; la fois zadiste &lt;i&gt;et&lt;/i&gt; au hammam. &#187; Ironie de l'histoire, les habitant&#183;e&#183;s les plus d&#233;pass&#233;&#183;e&#183;s par la situation, &#171; ceux qui ont nourri la France d'apr&#232;s-guerre, mais qui ont loup&#233; le virage des ann&#233;es 80, de l'innovation et de l'information &#187;, qui tentent de rester au pays m&#234;me si celui-ci n'a plus de boulot &#224; offrir, sont devenu&#183;e&#183;s au cours du processus de gros cons pro-autoroute ou pro-LGV (7). &#171; Laiss&#233;s pour compte de la mondialisation, pas rentables, tout aussi sous perfusion de subventions &#233;tatique que les allocataires RSA qu'ils montrent du doigt, ils vomissent les r&#233;formes soci&#233;tales et les taxes. Et s'ils se mobilisent, c'est parce qu'ils sentent bien que, derri&#232;re les zadistes, les &lt;i&gt;peluts&lt;/i&gt; , les anti-tout, il y a le nouveau mod&#232;le des dominants, intellos, verts et technophiles, avec un vrai projet de soci&#233;t&#233;, leur rel&#232;ve en quelque sorte, qui va s'approprier leur territoire. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Loin de reprendre cet amalgame, Pierrette Rigaux dessine une ligne de fracture entre r&#233;volutionnaires (&#171; nous, les anarchistes, les militants, les zadistes &#187;) et &#171; &lt;i&gt;ecotechs&lt;/i&gt; &#187; petits bourgeois aux int&#233;r&#234;ts de classe bien compris, les premier&#183;e&#183;s servant malgr&#233; eux les int&#233;r&#234;ts des second&#183;e&#183;s qui s'en d&#233;barrasseront t&#244;t ou tard. Mais les confondre n'est peut-&#234;tre pas si idiot. Car m&#234;me chez les personnes qui r&#233;inventent sur les ZAD des formes d'engagement collectif et dont la vie quotidienne est une lutte contre le syst&#232;me, les r&#233;flexes de classe peuvent r&#233;appara&#238;tre &#224; tout moment. On peut tout &#224; la fois se montrer solidaire des &#171; arrach&#233;&#183;e&#183;s &#187;, routard&#183;e&#183;s, toxicos ou malades mentaux qui contribuent &#224; tenir la ZAD et dans le m&#234;me temps se fixer comme objectif de convertir les &#233;leveurs du coin &#224; la culture de lentilles, r&#233;activant la hi&#233;rarchie qui veut que les agronomes (ici v&#233;gan&#183;e&#183;s et au RSA) expliquent la vie aux agriculteurs (ici expulsables). On peut toujours esp&#233;rer que les luttes et les engagements &#233;colo effacent ce sous-produit du capitalisme qu'est la classe, mais elle r&#233;appara&#238;t encore et toujours. Et le d&#233;ni offre de violentes surprises.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(1) Maisons &#233;cologiques, rues lib&#233;r&#233;es de la voiture&#8230; Vauban, jadis ancien quartier militaire squatt&#233; par des &#233;tudiant&#183;e&#183;s d&#233;sargent&#233;&#183;e&#183;s, est devenu l'un des mod&#232;les europ&#233;ens de l'&#233;coquartier. Le texte et son contrepoint : &#171; C'est plus facile de critiquer que de proposer, hein ouais ? &#187;, &lt;i&gt;D&#233;surbanisme&lt;/i&gt; n&#176;6, septembre 2002, dans le recueil paru au Monde &#224; l'envers, Grenoble, 2014.&lt;br class='autobr' /&gt;
(2) Jean-Val&#233;ry Marc, &#171; Strat&#233;gie de lutte contre la pauvret&#233; : l'exemple du jardin cr&#233;ole &#187;, communication au colloque &#171; Josu&#233; de Castro dans le XXIe si&#232;cle &#187;, universit&#233; Paris 8, janvier 2009.&lt;br class='autobr' /&gt;
(3) Marianne Kirby, &#171; Co-opting the coop &#187;, &lt;i&gt;Bitch magazine&lt;/i&gt; , Portland, Oregon, d&#233;cembre 2012.&lt;br class='autobr' /&gt;
(4) Voir encadr&#233; dans l'entretien avec Nicolas Marquis p. 22.&lt;br class='autobr' /&gt;
(5) Pierrette Rigaux, &#171; Devant, et sur les flancs. Lettre un peu p&#233;remptoire mais amicale au mouvement zadiste &#187;, d&#233;cembre 2014, paru sur les sites piecesetmaindoeuvre.com puis reporterre.net.&lt;br class='autobr' /&gt;
(6) Les citations sont extraites de &#171; Devant, et sur les flancs &#187;, article cit&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
(7) Ligne de train &#224; grande vitesse. J'ai bien &#233;videmment moi aussi &#233;vang&#233;lis&#233; les partisan&#183;e&#183;s d'une autoroute.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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