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	<title>L'An 02</title>
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	<description>L'An 02 est un outil &#233;colo de diffusion et de partage, un passeur d'id&#233;es hors des cercles confidentiels.
De 2011 &#224; 2015, L'An 02 a &#233;t&#233; une revue papier, en couleurs, multipliant les formes, notamment graphiques : photo-reportage, peinture, installation, typographie, bande dessin&#233;e. Cette dimension-l&#224; ne se retrouve que dans la revue papier, toujours en vente en librairie ou par correspondance. Retrouvez sur ce nouveau site tous les textes, un dossier au traitement mosa&#239;que enrob&#233; de chroniques grin&#231;antes, de lectures in-con-tour-na-bles et de reportages militants.
D&#233;sormais, L'An 02 propose &#224; chaque changement de saison une livraison de chroniques de livres r&#233;cents qui nous aident &#224; penser l'&#233;cologie politique, la d&#233;croissance et la technocritique.</description>
	<language>fr</language>
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		<title>L'An 02</title>
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		<title>Le D&#233;sert de la critique</title>
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		<dc:date>2015-12-18T00:00:00Z</dc:date>
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		<dc:creator>Ir&#232;ne Pereira</dc:creator>


		<dc:subject>Th&#233;orie politique</dc:subject>

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&lt;p&gt;Le D&#233;sert de la critique. D&#233;construction et politique Renaud Garcia L'&#201;chapp&#233;e, 2015 224 pages, 15 &#8364; &lt;br class='autobr' /&gt;
Renaud Garcia, enseignant en philosophie au lyc&#233;e, a d&#233;j&#224; publi&#233; r&#233;cemment deux ouvrages sur Pierre Kropotkine. Dans son nouveau livre, il s'attaque aux penseurs de la d&#233;construction et &#224; leurs h&#233;ritiers. Sous l'&#233;tiquette de la d&#233;construction, on peut classer un ensemble d'auteurs, anti-naturalistes, qui consid&#232;rent que le social est construit et qu'il peut donc &#234;tre d&#233;construit. Dans la premi&#232;re g&#233;n&#233;ration (...)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://lan02.butternet.net/+-Theorie-politique-+" rel="tag"&gt;Th&#233;orie politique&lt;/a&gt;

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 <content:encoded>&lt;img class='spip_logo spip_logo_right spip_logos' alt=&#034;&#034; style='float:right' src='https://lan02.butternet.net/local/cache-vignettes/L102xH150/arton17-f07eb.jpg?1696061304' width='102' height='150' /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;Le D&#233;sert de la critique. D&#233;construction et politique&lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Renaud Garcia&lt;br class='autobr' /&gt;
L'&#201;chapp&#233;e, 2015&lt;br class='autobr' /&gt;
224 pages, 15 &#8364;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Renaud Garcia, enseignant en philosophie au lyc&#233;e, a d&#233;j&#224; publi&#233; r&#233;cemment deux ouvrages sur Pierre Kropotkine. Dans son nouveau livre, il s'attaque aux penseurs de la d&#233;construction et &#224; leurs h&#233;ritiers. Sous l'&#233;tiquette de la d&#233;construction, on peut classer un ensemble d'auteurs, anti-naturalistes, qui consid&#232;rent que le social est construit et qu'il peut donc &#234;tre d&#233;construit. Dans la premi&#232;re g&#233;n&#233;ration du geste d&#233;constructionniste figurent Michel Foucault ou Jacques Derrida. On peut situer dans leur h&#233;ritage les &#233;tudes post-coloniales, les &lt;i&gt;queer studies&lt;/i&gt; ou Negri et Hardt&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb1' class='spip_note' rel='appendix' title='Michael Hardt et Antonio Negri sont les auteurs de Empire, Exils, 2000 et (...)' id='nh1'&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. La th&#232;se de Renaud Garcia consiste a soutenir que, loin de constituer un appui solide pour la critique, le geste de la d&#233;construction conduit &#224; des impasses. L'auteur progresse dans son propos en pr&#233;sentant un auteur puis en exposant les critiques qu'il souhaite effectuer &#224; son &#233;gard.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Renaud Garcia met en &#233;vidence les difficult&#233;s des analyses d&#233;constructionnistes. Celles-ci tout d'abord prennent appui sur un oubli de la question sociale. La th&#233;matique de la domination efface celle de l'exploitation &#233;conomique. Le relativisme &#233;pist&#233;mologique sans limite conduit &#224; &#233;vacuer la question de la v&#233;rit&#233; qui est pourtant indissociable de la pens&#233;e critique. N&#233;anmoins, cela ne conduit pas l'auteur &#224; r&#233;habiliter le scientisme du XIXe si&#232;cle. C'est plut&#244;t du c&#244;t&#233; d'un romantisme r&#233;volutionnaire, avec des auteurs comme Wiliam Morris ou Gustav Landauer, que Renaud Garcia cherche des appuis contre la d&#233;construction. Les analyses post-coloniales impliquent une critique de l'universalisme des Lumi&#232;res. Renaud Garcia, pour sa part, &#224; la suite de J&#233;r&#244;me Bachet, pr&#233;f&#232;re prendre la voie d'un &#171; pluriversalisme &#187; en s'appuyant sur l'exemple zapatiste. La th&#233;matique de l'omnipr&#233;sence du pouvoir chez Foucault s'est &#233;labor&#233;e en opposition aux th&#233;oriciens de l'ali&#233;nation (Karl Marx, Guy Debord, Herbert Marcuse&#8230;) : le sujet ne se trouve plus aux prises avec un syst&#232;me qui l'ali&#232;ne mais un ensemble de relations de pouvoir diss&#233;min&#233;es. Les th&#233;ories &lt;i&gt;queer &lt;/i&gt; &#233;vacuent la mat&#233;rialit&#233; &#233;conomique des rapports d'exploitation en se centrant sur la normativit&#233; des discours. En d&#233;finitive, l'auteur est conduit &#224; mettre en valeur un paradoxe &#224; l'&#339;uvre dans la pens&#233;e de la d&#233;construction. Ces auteurs s'attaquent &#224; l'h&#233;ritage des Lumi&#232;res dont la science avec ses pr&#233;tentions &#224; une raison universelle est le symbole. Pourtant ces courants, par leurs positions anti-naturalistes et constructivistes, sont conduit &#224; s'appuyer sur la technoscience. Renaud Garcia prend pour cela l'exemple de la revue &lt;i&gt;Multitudes&lt;/i&gt; qui a contribu&#233; &#224; promouvoir en France les th&#233;ories &lt;i&gt;queers &lt;/i&gt; et post-coloniales. N&#233;anmoins, &#224; travers le relais par cette revue du &lt;i&gt;Manifeste accel&#233;rationniste &lt;/i&gt;appara&#238;t mis en relief la fascination et la croyance en une transformation technoscientifique de la soci&#233;t&#233;. En effet, si ce qui est a &#233;t&#233; construit et peut &#234;tre d&#233;construit, il devient alors possible de le reconstruire. Cette m&#233;taphore aboutit &#224; faire de la technique l'instrument de cette reconstruction. La technique est alors au service de d&#233;sirs individualistes qui ne trouvent plus comme limite qu'une &#233;thique minimaliste : faire tout ce que l'on d&#233;sir sans nuire &#224; autrui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'auteur conclut son ouvrage en se demandant quelle critique aujourd'hui peut constituer une alternative valable &#224; la d&#233;construction. Il la recherche pour sa part dans les auteurs qui selon lui proposent une analyse du monde v&#233;cu ali&#233;n&#233; par le syst&#232;me capitaliste, que ce soit Hartmut Rosa dans &lt;i&gt;Acc&#233;l&#233;ration&lt;/i&gt; ou Christophe Dejours dans &lt;i&gt;Travail vivant&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les critiques qu'effectuent Renaud Garcia &#233;vitent l'&#233;cueil de l'ext&#233;riorit&#233;. Ainsi, lorsqu'il s'oppose aux analyses postcoloniales, c'est en s'appuyant par exemple sur les Black Panthers, lorsqu'il critique les th&#233;ories &lt;i&gt;queer&lt;/i&gt;, c'est en mobilisant la f&#233;ministe Catharine MacKinnon. N&#233;anmoins, il est possible de regretter que la question de l'articulation entre le naturalisme &#233;cologique et le constructivisme social ne soit pas plus approfondie. En effet, l'&#233;cologie nous appelle &#224; ne pas &#233;vacuer la question de la nature et des limites. Mais en m&#234;me temps le constructivisme social, nous a rendu attentifs &#224; ne pas renaturaliser ce qui rel&#232;ve d'institutions sociales ou de rapports sociaux contingents. Ainsi, on peut rappeler que les syst&#232;mes de filiation et les identit&#233;s sexuelles, si l'on reprend les travaux de l'anthropologie culturelle, ont &#233;t&#233; fort diverses selon les soci&#233;t&#233;s.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id='nb1'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh1' class='spip_note' title='Notes 1' rev='appendix'&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Michael Hardt et Antonio Negri sont les auteurs de &lt;i&gt;Empire&lt;/i&gt;, Exils, 2000 et de &lt;i&gt;Multitude. Guerre et d&#233;mocratie &#224; l'&#226;ge de l'Empire&lt;/i&gt;, La D&#233;couverte, 2004.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
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	</item>
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		<title>Revenu garanti : vers le travail invisible</title>
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		<dc:date>2015-07-01T00:00:00Z</dc:date>
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		<dc:creator>Ir&#232;ne Pereira</dc:creator>



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&lt;p&gt;par Ir&#232;ne Pereira &lt;br class='autobr' /&gt;
Le revenu garanti donne lieu &#224; de grands enthousiasmes et &#224; une abondante litt&#233;rature qui en propose des formes diverses : allocation de citoyennet&#233;, revenu universel, revenu de base&#8230; Mais cette bonne id&#233;e est sous-tendue par certains pr&#233;suppos&#233;s peut-&#234;tre discutables. &lt;br class='autobr' /&gt; La critique du travail productif &lt;br class='autobr' /&gt;
Les th&#233;ories du revenu garanti s'appuient sur une remise en question de la centralit&#233; du travail au profit de la notion d'activit&#233;. En effet, il s'agit de d&#233;connecter le travail du (...)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://lan02.butternet.net/-no7-Altercapitalisme-" rel="directory"&gt;n&#176;7 &#034;Altercapitalisme&#034;&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;span class='spip_document_40 spip_documents'&gt;
&lt;img src='https://lan02.butternet.net/local/cache-vignettes/L500xH390/altercapitalisme-8921d.png?1701242634' width='500' height='390' alt=&#034;altercapitalisme&#034; title=&#034;altercapitalisme&#034; /&gt;&lt;/span&gt;par Ir&#232;ne Pereira&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le revenu garanti donne lieu &#224; de grands enthousiasmes et &#224; une abondante litt&#233;rature qui en propose des formes diverses : allocation de citoyennet&#233;, revenu universel, revenu de base&#8230; Mais cette bonne id&#233;e est sous-tendue par certains pr&#233;suppos&#233;s peut-&#234;tre discutables.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;strong&gt;La critique du travail productif&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les th&#233;ories du revenu garanti s'appuient sur une remise en question de la centralit&#233; du travail au profit de la notion d'activit&#233;. En effet, il s'agit de d&#233;connecter le travail du revenu. En cela, les diff&#233;rentes conceptions du revenu garanti entendent remettre en question la th&#233;orie de la valeur travail commune au lib&#233;ralisme &#233;conomique classique et &#224; la th&#233;orie marxiste. Pour les &#233;conomistes de ces deux courants, la richesse cr&#233;&#233;e provient du travail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En outre, le lib&#233;ralisme &#233;conomique classique, ainsi que les auteurs socialistes tels que Marx ou Proudhon, accordent une centralit&#233; au travail productif. Dans le cas de l'&#233;conomie lib&#233;rale, c'est l'industrie qui est la source de la richesse des nations. Dans le cas du marxisme, le travail productif est celui de l'ouvrier. Cette centralit&#233; accord&#233;e &#224; l'industrie et au travail productif entre en contradiction avec les conceptions &#233;cologistes qui remettent en question l'industrialisation et le productivisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les th&#233;ories du revenu garanti entendent substituer &#224; la centralit&#233; du travail productif la notion d'activit&#233;. La richesse sociale cr&#233;&#233;e ne serait pas seulement li&#233;e au travail productif. Ce qui explique que l'on puisse d&#233;connecter le travail et le revenu. Le revenu pourrait &#234;tre dans ce cas aliment&#233; par exemple par un pr&#233;l&#232;vement sur le capital financier qui g&#233;n&#233;rerait de l'argent ind&#233;pendamment de l'&#233;conomie productive.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais la notion d'activit&#233; implique &#233;galement la revalorisation d'autres dimensions de l'existence humaine, autres que le travail productif : telle que la cr&#233;ation artistique ou encore l'engagement associatif ou politique par exemple...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;N&#233;anmoins la promesse d'une nouvelle soci&#233;t&#233; moins centr&#233;e sur le travail productif et prenant plus en compte l'activit&#233; ne comporte-t-elle pas des impens&#233;s discutables susceptibles de favoriser l'exploitation ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;strong&gt;Revenu garanti et travail reproductif&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour discuter de la place du travail et de l'activit&#233;, il peut-&#234;tre int&#233;ressant de s'appuyer sur les recherches f&#233;ministes. Les th&#233;oriciennes f&#233;ministes ont &#233;labor&#233; une notion particuli&#232;rement int&#233;ressante de travail avec la notion de travail reproductif. Les th&#233;oriciens socialistes du XIXe si&#232;cle comme Marx ou Proudhon, se sont centr&#233;s sur le travail productif. Le travail reproductif, qui permet la reproduction de la force de travail, n'est pas analys&#233; en tant que travail exploit&#233;. Pire encore, il se trouve naturalis&#233;. L'hominid&#233; devient pleinement humain par le travail productif par lequel il transforme la nature, et en transformant la nature, il se transforme lui-m&#234;me. Cela signifie &#224; l'inverse que le travail reproductif est simplement le travail destin&#233; &#224; la conservation et &#224; la reproduction de la vie biologique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En r&#233;alit&#233;, le travail reproductif se trouve par-del&#224; nature et culture. Il est en continuit&#233; avec la nature : l'alimentation, la reproduction... Mais ce travail reproductif chez l'&#234;tre humain n'est jamais pure nature, il est toujours &#233;galement, en m&#234;me temps, une activit&#233; culturelle. Il n'y a rien de naturel &#224; ce que ce soient les femmes qui s'occupent des t&#226;ches li&#233;es &#224; l'alimentation par exemple.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, en outre, la notion de travail reproductif conduit non pas &#224; mettre en avant la transformation de la nature dans la production, mais la conservation de ce qui est. Cette dimension est &#233;galement pr&#233;sente dans un autre concept des th&#233;ories f&#233;ministes, &#171; le travail du care &#187;. To care signifie &#171; prendre soin &#187;. Le travail du care s'inscrit dans un rapport &#224; la nature et &#224; autrui qui ne vise pas la production ou l'exploitation, mais qui a pour fonction de pr&#233;server. Il s'agit d'une &#233;thique de la sollicitude. En cela, le travail reproductif n'est pas incompatible avec une &#233;cologie, mais au contraire il s'accorde pleinement avec un rapport respectueux &#224; la nature.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Outre le fait d'avoir appuy&#233; leur th&#233;orie non pas sur le travail productif mais reproductif, les f&#233;ministes mat&#233;rialistes ont montr&#233; que le travail ne pouvait pas &#234;tre r&#233;duit &#224; l'emploi. Il existe un travail des femmes qui est gratuit et non r&#233;mun&#233;r&#233; mais qui pourtant est susceptible d'un &#233;quivalent mon&#233;taire. En effet, certains payent des femmes de m&#233;nage ou des baby-sitters pour effectuer le travail que font gratuitement encore majoritairement les femmes au sein du foyer. Le temps consacr&#233; dans les couples &#224; effectuer les t&#226;ches m&#233;nag&#232;res ou &#224; s'occuper des enfants &#8211; en particulier leur faire faire les devoirs &#8211; reste encore largement &#224; la charge des femmes. Il existe donc un travail et pas seulement une activit&#233; en dehors de l'emploi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or la limite de la notion de revenu garanti, c'est qu'en se centrant sur l'activit&#233; et en consid&#233;rant la notion de travail comme une cat&#233;gorie historiquement relative, li&#233;e par exemple au capitalisme, elle peut conduire &#224; invisibiliser des formes d'exploitation du travail qui se d&#233;roulent en dehors de l'emploi et de la sph&#232;re productive.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La notion de revenu garanti ne nous pr&#233;serve en rien de l'exploitation dans la sph&#232;re domestique. L'existence de la double journ&#233;e chez les femmes ne peut pas &#234;tre r&#233;duite &#224; la simple explication qu'elles sont d&#233;pendantes financi&#232;rement de leur mari et qu'un revenu garanti ferait dispara&#238;tre cette d&#233;pendance. De fait, pour des raisons qui ne tiennent pas uniquement &#224; la r&#233;partition des revenus dans le couple, la r&#233;partition des t&#226;ches m&#233;nag&#232;res entre les sexes n'est pas la m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;strong&gt;Valorisation de l'activit&#233; et d&#233;valorisation des classes laborieuses&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La valorisation de l'activit&#233; &#8211; action politique ou m&#233;ditation intellectuelle &#8211; est pr&#233;sente dans la pens&#233;e aristocratique grecque sous la forme de la notion de loisir. Le loisir s'oppose au labeur contraint de l'esclave. Mais le loisir de l'aristocratie grecque trouve sa condition de possibilit&#233; dans l'exploitation du travail des esclaves qui assurent la mat&#233;rialit&#233; de l'existence : le travail permettant de maintenir la vie biologique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mouvement ouvrier a eu &#224; c&#339;ur de d&#233;construire l'image d'une bourgeoisie industrieuse. Au contraire, il n'a eu de cesse d'affirmer que ce n'&#233;tait pas &#224; son travail qu'elle devait sa richesse, mais &#224; l'exploitation du travail des classes laborieuses. La bourgeoisie industrielle serait ainsi un parasite social au m&#234;me titre que l'aristocratie ou que le clerg&#233; sous l'Ancien R&#233;gime.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui, certain&#183;e&#183;s tenant&#183;e&#183;s du revenu garanti justifient sa mise en place par l'existence d'une classe cr&#233;ative constitu&#233;e d'artistes ou d'intellectuel&#183;le&#183;s pr&#233;caires pour qui les cat&#233;gories de travail manuel productif ne s'appliquent pas et pour qui il n'est pas possible de limiter l'activit&#233; &#224; la dur&#233;e l&#233;gale du travail r&#233;mun&#233;r&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;N&#233;anmoins ce mod&#232;le, centr&#233; sur les classes cr&#233;atives, conduit &#224; invisibiliser et &#224; d&#233;valoriser, comme un archa&#239;sme historique, les travaux visant &#224; assurer la mat&#233;rialit&#233; de l'existence. Or, justement, toute la r&#233;flexion autour d'une &#233;conomie de la transition, contre la mondialisation &#233;conomique lib&#233;rale, vise &#224; rappeler l'importance des savoir-faire mat&#233;riels, comme ceux d'ordre agricoles, qui permettent aux soci&#233;t&#233;s d'assurer leur autonomie alimentaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;strong&gt;Individualisme lib&#233;ral et contr&#244;le d&#233;mocratique&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certaines formes de revenu garanti reposent sur l'inconditionnalit&#233; du revenu qui ne doit &#234;tre soumis &#224; aucune condition d'activit&#233;. Mais on peut se demander si une telle conception n'est pas conduite &#224; r&#233;it&#233;rer les pr&#233;suppos&#233;s de l'individualisme et de l'h&#233;donisme lib&#233;ral. L'individu doit avoir le droit &#224; un revenu pour pouvoir faire ce qu'il lui pla&#238;t sans consid&#233;ration de son appartenance &#224; une soci&#233;t&#233; et &#224; un milieu naturel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est tout d'abord possible de se demander si on ne doit pas consid&#233;rer le revenu comme le produit non d'un individu, mais d'une activit&#233; collective. A l'inverse de l'activit&#233; individuelle centr&#233;e sur un plaisir narcissique, le travail est un fait social qui implique, du fait de la division du travail, des relations entre les individus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De fait, l'existence d'un tout social suppose un contr&#244;le d&#233;mocratique sur la richesse produite au sein de la soci&#233;t&#233; et la mani&#232;re dont elle est utilis&#233;e. Quelles activit&#233;s doivent &#234;tre favoris&#233;es par la richesse collective ? En effet, on peut se demander s'il s'agit de subventionner des individus pour qu'ils se livrent par exemple &#224; des activit&#233;s polluantes ou &#224; la production d'objets de consommation inutiles ou autres...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En d&#233;finitive, les th&#233;ories du revenu garanti peuvent aboutir &#224; des positions discutables. En r&#233;duisant la notion de travail au travail productif salari&#233;, elles peuvent &#234;tre conduites &#224; invisibiliser des formes de travail exploit&#233;es existant en dehors du syst&#232;me productif. En outre, la centralit&#233; accord&#233;e &#224; la notion d'activit&#233; peut reconduire la d&#233;valorisation sociale du travail manuel laborieux qui vise &#224; assurer les besoins de base des citoyen&#183;ne&#183;s.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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