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	<title>L'An 02</title>
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	<description>L'An 02 est un outil &#233;colo de diffusion et de partage, un passeur d'id&#233;es hors des cercles confidentiels.
De 2011 &#224; 2015, L'An 02 a &#233;t&#233; une revue papier, en couleurs, multipliant les formes, notamment graphiques : photo-reportage, peinture, installation, typographie, bande dessin&#233;e. Cette dimension-l&#224; ne se retrouve que dans la revue papier, toujours en vente en librairie ou par correspondance. Retrouvez sur ce nouveau site tous les textes, un dossier au traitement mosa&#239;que enrob&#233; de chroniques grin&#231;antes, de lectures in-con-tour-na-bles et de reportages militants.
D&#233;sormais, L'An 02 propose &#224; chaque changement de saison une livraison de chroniques de livres r&#233;cents qui nous aident &#224; penser l'&#233;cologie politique, la d&#233;croissance et la technocritique.</description>
	<language>fr</language>
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		<title>L'An 02</title>
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		<title>Libert&#233; et &#233;valuation individuelle au travail</title>
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		<dc:date>2013-12-01T00:00:00Z</dc:date>
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		<dc:creator>Fran&#231;ois-Xavier Devetter</dc:creator>



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&lt;p&gt;Quand la promotion de la libert&#233; individuelle permet de d&#233;grader les conditions de travail et de r&#233;mun&#233;ration collectives. Par Fran&#231;ois-Xavier Devetter, &#233;conomiste &#224; l'universit&#233; de Lille 1 et co-auteur de Du balai. Essai sur le m&#233;nage &#224; domicile et le retour de la domesticit&#233; . &lt;br class='autobr' /&gt;
Il n'est pas rare que des politiques conservatrices s'appuient sur des vocables progressistes. La libert&#233; individuelle est ainsi r&#233;guli&#232;rement convoqu&#233;e pour justifier les pires comportements pr&#233;dateurs, dominateurs, pollueurs, (...)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://lan02.butternet.net/-No4-Ensemble-c-est-trop-" rel="directory"&gt;N&#176;4 : &#171; Ensemble, c'est trop ? &#187;&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;Quand la promotion de la libert&#233; individuelle permet de d&#233;grader les conditions de travail et de r&#233;mun&#233;ration collectives. Par Fran&#231;ois-Xavier Devetter, &#233;conomiste &#224; l'universit&#233; de Lille 1 et co-auteur de &lt;/i&gt; Du balai. Essai sur le m&#233;nage &#224; domicile et le retour de la domesticit&#233; &lt;i&gt;.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'est pas rare que des politiques conservatrices s'appuient sur des vocables progressistes. La libert&#233; individuelle est ainsi r&#233;guli&#232;rement convoqu&#233;e pour justifier les pires comportements pr&#233;dateurs, dominateurs, pollueurs, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question de la libert&#233; individuelle au travail peut parfois emprunter cette voie. Pensons &#224; la libert&#233; de travailler plus pour gagner plus, &#224; celle de travailler plus longtemps (face &#224; &#171; l'obligation &#187; de partir en retraite) ou encore &#224; celle d'auto-entreprendre (si tu n'as pas d'emploi, cr&#233;e-le !). Pensons aussi &#224; la pratique du temps choisi annualis&#233; promu comme mod&#232;le par les entreprises de services &#224; la personne ou encore &#224; la libert&#233; accord&#233;e par le r&#233;cent Accord national interprofessionnel (ANI) aux &#171; partenaires &#187; sociaux de contourner all&#232;grement le droit du travail... Bref, voil&#224; vingt ans que le choix individuel est mis en avant pour casser la rigidit&#233; du code du travail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or, si des avanc&#233;es doivent &#234;tre reconnues (des horaires plus &#224; la carte ou des mod&#232;les de carri&#232;re plus fluides par exemple), le bilan global n'est pas tr&#232;s rose. La mise en avant de la libert&#233; dans le monde du travail emprunte trois voies compl&#233;mentaires... pav&#233;es &#233;videmment de bonnes intentions : la promotion du libre choix, la sacralisation de l'autonomie et enfin la reconnaissance des m&#233;rites individuels.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le droit du travail s'est progressivement construit contre une certaine vision de la libert&#233; individuelle. En effet, d&#232;s 1791, la loi Le Chapelier consacrait en quelque sorte la dimension individuelle de la relation de travail, interdisant de fait corporations et syndicats. Ramen&#233; &#224; une forme de &#171; louage de chose &#187;, le contrat de travail pla&#231;ait face &#224; face deux individus virtuellement &#233;gaux. Ce contrat &#233;galitaire entre individus tr&#232;s in&#233;gaux conduisait ainsi &#224; ce que l'un apporte librement &#171; sa peau pour la faire tanner &#187;, pour reprendre l'image utilis&#233;e par Karl Marx dans &lt;i&gt;Le Capital&lt;/i&gt; . Ce n'est que tr&#232;s progressivement que le droit a pu d&#233;passer cette vision th&#233;orique et accepter de prot&#233;ger ceux et celles qui en avaient besoin. D'abord les enfants, d&#232;s 1841, puis les femmes et enfin, seulement au tournant du XIXe et du XXe si&#232;cle, l'ensemble des salari&#233;&#183;e&#183;s. Le contrat de travail a alors acquis sa sp&#233;cificit&#233; en apportant des garanties en &#233;change d'une subordination limit&#233;e. C'est bien la reconnaissance de l'existence de ce lien qui donne sa sp&#233;cificit&#233; au rapport salarial et permet de construire des protections pour les travailleurs/ses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette histoire nous rappelle ainsi que la libert&#233; individuelle n'a de sens que dans un contexte faiblement in&#233;galitaire. La science &#233;conomique la plus lib&#233;rale ne dit pas autre chose quand elle insiste sur les &#171; dotations initiales &#187; lors de l'&#233;tude des &#233;changes marchands ou lorsque les conditions d'existence de la concurrence pure et parfaite posent la n&#233;cessit&#233; de garantir la libert&#233; d'entrer et de sortir du march&#233;. Pour prendre des exemples contemporains, peut-on parler de libert&#233; individuelle &#224; propos des travailleurs/ses non qualifi&#233;&#183;e&#183;s &#171; choisissant &#187; un temps tr&#232;s partiel ou au contraire &#171; arbitrant en faveur &#187; d'horaires hallucinants pour atteindre p&#233;niblement un salaire &#224; peine sup&#233;rieur au seuil de pauvret&#233; ? Et que dire de la libert&#233; des &#171; travailleurs/ses du sexe &#187; choisissant volontairement la vente de leur corps quand l'immense majorit&#233; des prostitu&#233;es appartient aux marges de la soci&#233;t&#233; (immigr&#233;es ill&#233;gales notamment) ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais ces dysfonctionnements du choix individuel ne se limitent pas aux situations d'extr&#234;mes in&#233;galit&#233;s. Bien au contraire, d&#232;s lors que les individus sont plac&#233;s en situation de comparaison ou de comp&#233;tition, il semble que la rationalit&#233; des choix s'amenuisent consid&#233;rablement... De tr&#232;s nombreux travaux ont montr&#233; les dangers li&#233;s &#224; l'incoh&#233;rence des d&#233;cisions individuelles quand elles concernent des comportements ostentatoires ou positionnels. L'individu a bien souvent besoin d'&#234;tre prot&#233;g&#233; contre lui-m&#234;me... Sur ce point, la question du temps de travail est largement embl&#233;matique, comme en a t&#233;moign&#233; la politique sarkozyenne du &#171; travailler plus &#187;. La d&#233;r&#233;gulation des temps de travail (et souvent leur allongement) depuis les ann&#233;es 80 a eu un impact direct sur la hausse des in&#233;galit&#233;s. Les longues dur&#233;es deviennent des marques de prestige qui poussent les individus &#224; offrir &#224; l'entreprise une disponibilit&#233; toujours plus grande au d&#233;triment de leur vie sociale, de leur vie de famille ou de leur sant&#233;. A ce petit jeu du hamster dans sa roue, ce sont bien souvent les m&#234;mes (les femmes notamment) qui y perdent le plus... Tandis que les uns gagnent une servitude volontaire plus intense dans ce qui ressemble fort &#224; une victoire &#224; la Pyrrhus, les autres perdent perspective de carri&#232;re, r&#233;mun&#233;ration et motivation au travail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La mise en avant de la libert&#233; individuelle au travail est d'autant plus pernicieuse qu'elle va de pair avec une implication personnelle des travailleurs/ses bien plus grande. Puisque l'individu est amen&#233; &#224; choisir un certain nombre de choses, il devient responsable des r&#233;sultats de ses d&#233;cisions et de ses &#233;ventuels &#233;checs. Cette &#233;volution s'appuie alors sur des dispositifs d'&#233;valuation eux-m&#234;mes plus individualis&#233;s. Ainsi la part des salari&#233;&#183;e&#183;s pour qui une erreur dans leur travail peut se traduire par des sanctions individuelles a cr&#251; de presque dix points entre 1991 et 2005, passant de 51 % &#224; 60 %. Cette croissance est particuli&#232;rement forte parmi les salari&#233;&#183;e&#183;s consid&#233;r&#233;&#183;e&#183;s comme peu qualifi&#233;&#183;e&#183;s, et d&#233;sormais les employ&#233;&#183;e&#183;s (57 % d'entre eux) et les ouvrier&#183;e&#183;s (62 %) sont autant ou plus concern&#233;&#183;e&#183;s que les cadres (58 %).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les m&#233;canismes de paiement au m&#233;rite, de primes individuelles, de gestion personnalis&#233;e des carri&#232;res se sont largement diffus&#233;s. Cette tendance conduit alors &#224; une mise en concurrence des salari&#233;&#183;e&#183;s qui peut aller de la reconnaissance des meilleurs &#224; la stigmatisation des &#171; moins bons &#187;... Loin de se limiter au secteur priv&#233;, ce mode de gestion des ressources humaines tend &#224; se diffuser dans le public sous la pression d'un &#171; &lt;i&gt;new public management&lt;/i&gt; &#187; avide de mesure de la performance la plus individuelle possible (1).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus fondamentalement, l'&#233;valuation individuelle s'inscrit dans une logique de sp&#233;cialisation et de division du travail pernicieuse. En effet, la division sociale du travail devrait, en toute logique, se traduire par une perception plus socialis&#233;e du r&#233;sultat final (la production est un sport collectif o&#249; chacun occupe une place plus sp&#233;cialis&#233;e). Au contraire, bien souvent, la sp&#233;cialisation se traduit par une hi&#233;rarchisation accrue des m&#233;rites per&#231;us (celui qui pousse le ballon dans les buts accapare la gloire au m&#233;pris du travail de l'&#233;quipe). Alors m&#234;me que le travail des un&#183;e&#183;s d&#233;pend plus encore de celui des autres, seul celui ou ceux qui occupent la position dominante r&#233;ussissent &#224; s'attribuer le m&#233;rite du succ&#232;s..&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On se retrouve au final face &#224; un &#233;tonnant paradoxe : alors que la production n'a jamais &#233;t&#233; aussi collective, que le r&#244;le des interactions n'a jamais &#233;t&#233; aussi manifeste, que le poids des &#171; externalit&#233;s &#187; (infrastructures, syst&#232;mes publics de formation, de recherche, de protection sociale, etc.) n'a &#233;t&#233; si important, l'&#233;valuation et les r&#233;tributions qui vont avec, elles, s'individualisent &#224; marche forc&#233;e... Certes, les gagnants n'oublieront pas un bref remerciement &#224; &#171; tous ceux sans qui ce succ&#232;s n'aurait pas &#233;t&#233; permis &#187;, mais les m&#233;canismes de r&#233;tribution laisseront bien souvent &#171; tous ceux-l&#224; &#187; dans l'ombre. Pire, des logiques de d&#233;l&#233;gation du &#171; sale boulot &#187; pourront se d&#233;velopper au nom de la diff&#233;rence entre les productivit&#233;s individuelles. La rh&#233;torique qui entoure les services domestiques (rebaptis&#233;s services &#224; la personne) rel&#232;ve largement de ce sch&#233;ma : quand on est cadre, quand on est hyper-actif, quand on est un gagnant, il est logique (et rationnel) de se &#171; faire aider &#187; par un&#183;e salari&#233;&#183;e dont la productivit&#233; est bien moindre. Cette sp&#233;cialisation, fond&#233;e sur l'efficacit&#233; individuelle, sera alors b&#233;n&#233;fique &#224; tou&#183;te&#183;s ! Peu importe que certaines t&#226;ches soient stigmatis&#233;es, enfermantes dans la pr&#233;carit&#233; et la pauvret&#233; ou tout simplement &#233;puisantes physiquement... L'&#233;valuation individuelle des contributions productives conduira au final &#224; ce que les gains se renforcent pour ceux qui &#233;taient d&#233;j&#224; les mieux loti&#183;e&#183;s et que les autres restent englu&#233;&#183;e&#183;s dans une trappe &#224; pr&#233;carit&#233; ; et cela quand bien m&#234;me il y aurait bien deux personnes derri&#232;re le succ&#232;s d'une seule, ou comme le disait de mani&#232;re saisissante Genevi&#232;ve Fraisse ( &lt;i&gt;Femmes toutes mains&lt;/i&gt; , 1979) : &#171; &lt;i&gt;S'organiser, pour une ma&#238;tresse de maison, c'est avoir les moyens de s'organiser avec les appareils m&#233;nagers et une aide pour les faire marcher. Cette femme qui en vaut deux commence donc par &#234;tre deux, elle et son employ&#233;e. Joli tour de passe-passe o&#249; d'un c&#244;t&#233; deux personnes se fondent ensemble pour le b&#233;n&#233;fice d'une seule et, de l'autre, cette personne unique, organis&#233;e car elle s'est attach&#233; une aide (gu&#232;re plus visible qu'une ombre), en vaut deux aux yeux de la soci&#233;t&#233;. C&#244;t&#233; pile, deux femmes r&#233;elles qui travaillent et, c&#244;t&#233; face, une ombre et une femme double. Brrr&#8230;&lt;/i&gt; &#187;. Quand au mari, il en vaut souvent trois...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais cette division du travail particuli&#232;rement hi&#233;rarchis&#233;e dans le cas des services domestiques existe aussi au sein des organisations o&#249; la mont&#233;e de certains postes qualifi&#233;s b&#233;n&#233;ficie largement de la contribution de moins en moins visible des &#171; petites mains &#187; (salari&#233;&#183;e&#183;s sous-trait&#233;&#183;e&#183;s ou d&#233;qualifi&#233;&#183;e&#183;s). La valeur du travail des un&#183;e&#183;s s'accro&#238;t notamment car celle des autres diminue. Le cas de l'entretien des locaux est assez embl&#233;matique de ce ph&#233;nom&#232;ne : les &#233;conomies r&#233;alis&#233;es en externalisant ces t&#226;ches permettront d'accro&#238;tre on ne peut plus artificiellement la rentabilit&#233; de ceux occupant le c&#339;ur de m&#233;tier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parall&#232;lement, ce fonctionnement renforce sensiblement les in&#233;galit&#233;s et maintient une pression sur les salari&#233;&#183;e&#183;s qui alimente la souffrance au travail. Celle-ci est d'ailleurs d'autant plus grande que la d&#233;fense de la dimension individuelle du travail peut conduire &#224; un isolement plus marqu&#233; des salari&#233;&#183;e&#183;s dont l'autonomie n'est pas toujours accompagn&#233;e des ressources suffisantes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin le principe m&#234;me de l'&#233;valuation individuelle remet en cause le collectif de travail et nie la nature sociale du rapport salarial. En effet la responsabilisation individuelle transforme le rapport de subordination impliquant une obligation de moyens de la part du salari&#233; en un rapport en apparence plus &#233;galitaire entre &#171; collaborateurs &#187; mais conduisant &#224; une obligation de r&#233;sultat. En ce sens, l'&#233;volution du vocabulaire d&#233;signant les salari&#233;&#183;e&#183;s passant de &#171; travailleurs &#187; (oppos&#233;s &#224; un employeur) &#224; &#171; collaborateurs &#187; consid&#233;r&#233;s comme tous &#233;gaux, est symptomatique : chaque individu est un vainqueur potentiel. L'att&#233;nuation apparente de la subordination d&#233;bouche non seulement sur des formes &#171; d'auto-contr&#244;les &#187; parfois tr&#232;s violents et sur une une r&#233;duction des protections associ&#233;es &#224; la relation hi&#233;rarchique (2). L'&#233;galit&#233; des chances au d&#233;part est convoqu&#233;e, au moins d'un point de vue rh&#233;torique, pour mieux justifier l'in&#233;galit&#233; des conditions &#224; l'arriv&#233;e..&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au contraire, il pourrait sembler opportun de rappeler qu'une part croissante de la richesse produite est le fait de la collaboration et de la coop&#233;ration au sein de syst&#232;mes de production toujours plus collectifs. La part prise par la collectivit&#233; dans le succ&#232;s ou l'&#233;chec d'une activit&#233; n'a jamais &#233;t&#233; aussi importante et si l'on aime parfois entendre de belles histoires de self made men ayant construit seuls ou presque un empire, il faut se rappeler que leur succ&#232;s doit le plus souvent autant &#224; l'environnement social qu'&#224; leurs m&#233;rites individuels. L'informatique illustre de mani&#232;re caricaturale cette alternative : le &#171; g&#233;nie &#187; d'un Bill Gates ou d'un Steve Jobs n'est pas plus grand que celui des communaut&#233;s ayant produit Linux ou Libre Office... il n'est pas non plus beaucoup plus individuel (contrairement &#224; la r&#233;partition des b&#233;n&#233;fices qui en d&#233;coule).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette critique de la libert&#233; et de l'&#233;valuation individuelle du travail doit au contraire conduire &#224; d&#233;fendre l'existence de r&#232;gles collectives (notamment en mati&#232;re de r&#233;mun&#233;ration comme la r&#233;mun&#233;ration &#224; l'anciennet&#233; par exemple)... quand bien m&#234;me les plus performant&#183;e&#183;s se sentiraient peu valoris&#233;&#183;e&#183;s. De m&#234;me les droits individualis&#233;s doivent &#234;tre associ&#233;es &#224; des situations objectiv&#233;es et non &#224; des choix personnels (cong&#233;s parentaux vs. temps partiel choisi). Et si les individus ont besoin de carottes individuelles (et je dois confesser en faire partie) pour avancer, rien ne nous emp&#234;che de distribuer des m&#233;dailles en chocolat !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(1) Voir notamment Florence Jany-Catrice, &lt;i&gt;La Performance totale. Nouvel Esprit du capitalisme ?&lt;/i&gt; , Presses du Septentrion, 2012.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(2) A ce titre la pers&#233;v&#233;rance de la droite &#224; cr&#233;er des statuts alternatifs au salariat (loi Madelin de 1995, auto-entrepreneur en 2008) est hautement symbolique.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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