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	<title>L'An 02</title>
	<link>https://lan02.butternet.net/</link>
	<description>L'An 02 est un outil &#233;colo de diffusion et de partage, un passeur d'id&#233;es hors des cercles confidentiels.
De 2011 &#224; 2015, L'An 02 a &#233;t&#233; une revue papier, en couleurs, multipliant les formes, notamment graphiques : photo-reportage, peinture, installation, typographie, bande dessin&#233;e. Cette dimension-l&#224; ne se retrouve que dans la revue papier, toujours en vente en librairie ou par correspondance. Retrouvez sur ce nouveau site tous les textes, un dossier au traitement mosa&#239;que enrob&#233; de chroniques grin&#231;antes, de lectures in-con-tour-na-bles et de reportages militants.
D&#233;sormais, L'An 02 propose &#224; chaque changement de saison une livraison de chroniques de livres r&#233;cents qui nous aident &#224; penser l'&#233;cologie politique, la d&#233;croissance et la technocritique.</description>
	<language>fr</language>
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		<title>L'An 02</title>
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		<title>R&#233;flexions critiques sur le &#171; vivre ensemble &#187;</title>
		<link>https://lan02.butternet.net/Reflexions-critiques-sur-le-vivre-ensemble</link>
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		<dc:date>2013-12-01T00:00:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Sylvie Tissot</dc:creator>



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&lt;p&gt;&#034;You don't have to live next to me. Just give me my equality !&#034; Nina Simone, Mississippi Goddam (1963). &lt;br class='autobr' /&gt; Derri&#232;re le caract&#232;re consensuel de la notion de &#171; vivre ensemble &#187; peut se cacher un refus id&#233;ologique de s'attaquer aux in&#233;galit&#233;s. Par Sylvie Tissot, sociologue, militante f&#233;ministe et auteure de L'&#201;tat et les quartiers (Seuil, 2011). &lt;br class='autobr' /&gt;
Le quinquennat Sarkozy a &#233;t&#233; marqu&#233; par d'incessants appels &#224; la haine et &#224; la guerre contre ceux et celles qui ne rentreraient pas dans le cercle sacr&#233; de l'&#171; (...)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://lan02.butternet.net/-No4-Ensemble-c-est-trop-" rel="directory"&gt;N&#176;4 : &#171; Ensemble, c'est trop ? &#187;&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&#034;You don't have to live next to me. Just give me my equality !&#034;&lt;br class='autobr' /&gt;
Nina Simone, &lt;i&gt;Mississippi Goddam&lt;/i&gt; (1963).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;i&gt;Derri&#232;re le caract&#232;re consensuel de la notion de &#171; vivre ensemble &#187; peut se cacher un refus id&#233;ologique de s'attaquer aux in&#233;galit&#233;s. Par Sylvie Tissot, sociologue, militante f&#233;ministe et auteure de L'&#201;tat et les quartiers (Seuil, 2011).&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le quinquennat Sarkozy a &#233;t&#233; marqu&#233; par d'incessants appels &#224; la haine et &#224; la guerre contre ceux et celles qui ne rentreraient pas dans le cercle sacr&#233; de l'&#171; identit&#233; nationale &#187; : les &#233;tranger&#183;e&#183;s sans papiers expuls&#233;&#183;e&#183;s par charter selon une logique comptable morbide, les femmes musulmanes portant la burqa exclues de l'espace public, les Roms dont le pr&#233;sident appelait &#224; d&#233;manteler les campements lors du discours de Grenoble en 2010, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sous ce gouvernement de droite lep&#233;nis&#233;, la vie en soci&#233;t&#233; semblait n'&#234;tre d&#233;finie que par des logiques d'exclusion, accompagn&#233;es d'exaltation nationale venant (mal) masquer des in&#233;galit&#233;s socio-&#233;conomiques toujours plus fortes. Il &#233;tait alors tentant &#224; gauche d'en appeler &#224; d'autres principes pour combattre la droite : non pas l'exclusion mais l'inclusion, non pas le haine mais la tol&#233;rance, non pas la s&#233;gr&#233;gation mais la mixit&#233; ou encore : le &#171; vivre ensemble &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce mot d'ordre du vivre ensemble insiste, comme une s&#233;rie d'autres, sur la n&#233;cessaire ouverture &#224; tous et &#224; toutes comme fondement de la vie d&#233;mocratique. Les espaces publics, par exemple, ne doivent pas &#234;tre r&#233;serv&#233;s aux plus riches ou exclure, sur des crit&#232;res divers, les personnes &#171; d&#233;viantes &#187;. Le m&#234;me raisonnement s'applique aux &#233;coles, et plus g&#233;n&#233;ralement &#224; tous les services que l'&#201;tat social a progressivement construits, dans un mouvement d'universalisation certes inachev&#233;, comme &#171; publics &#187;. Le mot d'ordre du &#171; vivre ensemble &#187; a aussi comme vertu d'appeler &#224; surmonter les go&#251;ts et les d&#233;go&#251;ts pour construire des espaces de rencontres et d'&#233;changes sur la base du respect mutuel, ind&#233;pendamment des aversions personnelles. Comment imaginer autrement att&#233;nuer la violence des rapports sociaux qui r&#232;gnent dans le monde du travail, mais aussi dans les sph&#232;res militantes, associatives ou encore dans les lieux d'habitat ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme souvent face &#224; la radicalisation id&#233;ologique de la droite, on risque de se contenter de trop peu. Il serait dangereux en effet de s'en tenir &#224; ce mot d'ordre progressiste, ou de lui faire trop de place, et d'ent&#233;riner ainsi les recompositions id&#233;ologiques d'une gauche toujours plus r&#233;ticente &#224; int&#233;grer dans son discours les rapports de domination.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme le th&#232;me du vivre ensemble lui-m&#234;me, cette &#233;volution id&#233;ologique de la gauche fran&#231;aise, et plus particuli&#232;rement du Parti socialiste, n'est pas nouvelle. Parall&#232;lement &#224; l'abandon des cadres marxistes et de la d&#233;fense de la classe ouvri&#232;re au cours des ann&#233;es 1980, ce parti s'est attel&#233; &#224; refonder une pens&#233;e sociale compatible avec les dogmes de la politique &#233;conomique n&#233;o-lib&#233;rale. Ce qui est labellis&#233; &#171; nouvelle question sociale &#187; va puiser dans une doctrine issue du catholicisme social, qui a parfois &#233;t&#233; reprise et radicalis&#233;e par des mouvements militants dans les ann&#233;es 1970. Les luttes urbaines, par exemples, se sont attaqu&#233;es &#224; l'urbanisme des grands ensembles et &#224; la planification technocratique &#224; partir de la fin des ann&#233;es 1960, en lui opposant les th&#232;mes de la participation des habitant&#183;e&#183;s et de la d&#233;mocratie participative. Le &#171; quartier village &#187;, riche en lien social et en commerces de proximit&#233;, le quartier des rues et de la mixit&#233; sociale est devenu un nouveau mod&#232;le pour les urbanistes. Ces th&#232;mes, et les ancien&#183;ne&#183;s militant&#183;e&#183;s qui les ont port&#233;s, ont fond&#233;, &#224; la fin des ann&#233;es 1980, une nouvelle mani&#232;re d'intervenir sur les espaces pauvres, en particulier les quartiers d'habitat social.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est en effet sous les auspices de la gauche que na&#238;t ce qu'on allait appeler la politique de la ville. Alors que les &#171; &#233;meutes &#187; sont largement m&#233;diatis&#233;es &#224; partir des ann&#233;es 1990, les quartiers d'habitat social deviennent le nouveau symbole de la question sociale. Pas tant parce que, objectivement, s'y concentreraient tous les probl&#232;mes mais plut&#244;t parce qu'un puissant mouvement r&#233;formateur va s'accorder pour d&#233;finir, de fa&#231;on territorialis&#233;e, des questions soigneusement d&#233;finies. Le racisme, la discrimination, le logement ou encore le ch&#244;mage et la pr&#233;carit&#233; sont ainsi rapidement &#233;vacu&#233;s des discussions. Le &#171; mal-vivre &#187;, le d&#233;litement du &#171; lien social &#187;, l'&#171; anomie &#187;, ou encore la &#171; gal&#232;re &#187; vont par contre &#234;tre mis en avant. Les solutions d&#233;coulant du diagnostic, la fabrique d'un &#171; vivre ensemble &#187; via la &#171; participation des habitants &#187; s'est impos&#233;e comme recette miracle contre l'&#171; exclusion &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le vivre ensemble est promu par les acteurs de la politique de la ville, dans les minist&#232;res, les municipalit&#233;s et les bureaux d'&#233;tudes qui les embauchent. L'esprit militant des premi&#232;res ann&#233;es va rapidement dispara&#238;tre. Des expert&#183;e&#183;s vont &#234;tre charg&#233;&#183;e&#183;s, sur la base de diagnostics r&#233;alis&#233;s &#224; la va-vite, de recueillir la parole des habitant&#183;e&#183;s, et reformuler et recadrer soigneusement leurs demandes, en conformit&#233; avec les politiques municipales soumises aux restrictions budg&#233;taires et au nouvel ordre s&#233;curitaire &#224; la fin des ann&#233;es 1990. Les violences polici&#232;res, quotidien des habitant&#183;e&#183;s de ces quartiers, ne sont pas abord&#233;es. La pauvret&#233; qui s'aggrave alors que l'aust&#233;rit&#233; devient un dogme politique, de gauche comme de droite, est une r&#233;alit&#233; sur laquelle tout le monde s'accorde &#224; dire, dans ce nouveau cadre de pens&#233;e, qu'on ne peut pas agir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette action locale, sans cible d&#233;sign&#233;e ni responsable identifi&#233;, n'a gu&#232;re am&#233;lior&#233; la situation des quartiers d'habitat social &#8211; et c'est un effet de la rh&#233;torique du &#171; vivre ensemble &#187; ; elle &#233;vacue les conflits et les divisions qui structurent le monde social et assignent certains individus &#224; des places subordonn&#233;es : les classes populaires qui habitent les quartiers d'habitat social, et plus encore les populations racis&#233;es qui sont rel&#233;gu&#233;es dans ses fractions les plus d&#233;grad&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Car en r&#233;alit&#233;, ces habitant&#183;e&#183;s vivent souvent plus ou moins bien ensemble ; autant qu'ils et elles le peuvent en tous cas, avec les solidarit&#233;s et les r&#233;sistances qu'ils arrivent encore &#224; tisser. Mais en faisant de plus en plus difficilement avec les politiques n&#233;o-lib&#233;rales qui sapent les formes de redistribution sociale, qui d&#233;truisent peu &#224; peu le syst&#232;me scolaire, ou encore avec les discours racistes qui alimentent la haine de l'&#233;tranger.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est un des probl&#232;mes d'une notion comme le &#171; vivre ensemble &#187;. Telle qu'elle est mobilis&#233;e par les politiques et aussi parfois le secteur associatif, elle nourrit l'illusion d'un rem&#232;de local, celui d'un entre-soi &#224; refonder, porteur en soi de changements, et qui n'aurait rien &#224; voir avec les probl&#232;mes structurels. L'autre pi&#232;ge r&#233;side dans l'occultation des in&#233;galit&#233;s r&#233;gnant dans l'espace m&#234;me de cet entre-soi. Comme la &#171; tol&#233;rance &#187; ou encore la &#171; diversit&#233; &#187;, le &#171; vivre ensemble &#187; tend &#224; valoriser la diff&#233;rence &#8211; et son acceptation &#8211; sans lui adjoindre son corollaire n&#233;cessaire : la revendication d'&#233;galit&#233;. C'est ce que chante sans concession la chanteuse Nina Simone en plein mouvement pour les droits civiques, cit&#233;e en exergue de ce texte&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourquoi &#233;voquer ici la situation des &#201;tats-Unis dans les ann&#233;es 1960 ? Longtemps dans le Sud de ce pays, Noir&#183;e&#183;s et Blanc&#183;he&#183;s vivaient &#224; proximit&#233;. Les si&#232;ges qu'ils et elles occupaient dans les bus &#233;taient distincts, mais ils prenaient les m&#234;mes v&#233;hicules. Ils habitaient d'ailleurs dans les m&#234;mes quartiers, les uns dans des demeures bourgeoises, les autres dans les habitations sordides de ruelles proches. La s&#233;gr&#233;gation raciale se d&#233;veloppait alors, &#224; une &#233;chelle plus &#233;tendue, dans les ghettos du Nord. Comme le montre l'exemple du Sud des &#201;tats-Unis, la proximit&#233; spatiale peut donc s'accompagner de formes d'in&#233;galit&#233;s extr&#234;mes, dans un &#171; vivre ensemble &#187; peu enviable pour ceux et celles qui subissent ces in&#233;galit&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On comprend par cons&#233;quent pourquoi le &#171; vivre ensemble &#187; fait rarement partie des mots d'ordre mis en avant par les mouvements sociaux. A l'inverse, les f&#233;ministes (mais aussi les Noir&#183;e&#183;s ou encore les gays) ont souvent revendiqu&#233; la non mixit&#233; comme outil de luttes. Cette revendication est parfois v&#233;cue comme une &#171; exclusion &#187;, par les hommes notamment, qui r&#233;clament un &#171; vivre ensemble &#187; permettant, selon eux, d'avancer conjointement sur le front de l'&#233;galit&#233; femmes/hommes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certes, les lieux d'&#233;changes et de confrontation ensemble sont n&#233;cessaires pour faire avancer le progr&#232;s social. Celui-ci n'est toutefois possible que si, parall&#232;lement, ceux et celles qui luttent peuvent se rassembler, parfois &#224; distance des groupes qui les dominent. N'imposons donc pas un &#171; vivre ensemble &#187; in&#233;galitaire, mais laissons-les d&#233;cider de s'y engager quand ils et elles le souhaitent, quand l'&#233;change &#233;gal est possible, et qu'il ne reconduit pas de fa&#231;on inchang&#233;e, sous un vernis progressiste, les rapports de pouvoir.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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