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	<title>L'An 02</title>
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	<description>L'An 02 est un outil &#233;colo de diffusion et de partage, un passeur d'id&#233;es hors des cercles confidentiels.
De 2011 &#224; 2015, L'An 02 a &#233;t&#233; une revue papier, en couleurs, multipliant les formes, notamment graphiques : photo-reportage, peinture, installation, typographie, bande dessin&#233;e. Cette dimension-l&#224; ne se retrouve que dans la revue papier, toujours en vente en librairie ou par correspondance. Retrouvez sur ce nouveau site tous les textes, un dossier au traitement mosa&#239;que enrob&#233; de chroniques grin&#231;antes, de lectures in-con-tour-na-bles et de reportages militants.
D&#233;sormais, L'An 02 propose &#224; chaque changement de saison une livraison de chroniques de livres r&#233;cents qui nous aident &#224; penser l'&#233;cologie politique, la d&#233;croissance et la technocritique.</description>
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		<title>L'An 02</title>
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		<title>Contre le vandalisme de quelques-uns. Thoreau et la gestion collective de la nature</title>
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		<dc:date>2013-07-01T00:00:00Z</dc:date>
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		<dc:creator>Michel Granger</dc:creator>



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&lt;p&gt;&#034;La plupart des hommes, me semble-t-il, ne se soucient pas de la Nature et vendraient volontiers leur part de toute sa beaut&#233; pour aussi longtemps qu'ils pourraient vivre d'une modique somme. Dieu merci, ils ne savent pas encore voler et ne peuvent d&#233;vaster le ciel en plus de la terre ! Nous sommes tranquilles de ce c&#244;t&#233;-l&#224; pour le moment. C'est pr&#233;cis&#233;ment parce que certains ne s'int&#233;ressent pas &#224; ces choses que nous devons nous unir pour prot&#233;ger tous les hommes contre le vandalisme de quelques-uns.&#034; (...)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://lan02.butternet.net/-No4-Ensemble-c-est-trop-" rel="directory"&gt;N&#176;4 : &#171; Ensemble, c'est trop ? &#187;&lt;/a&gt;


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 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&#034;La plupart des hommes, me semble-t-il, ne se soucient pas de la Nature et vendraient volontiers leur part de toute sa beaut&#233; pour aussi longtemps qu'ils pourraient vivre d'une modique somme. Dieu merci, ils ne savent pas encore voler et ne peuvent d&#233;vaster le ciel en plus de la terre ! Nous sommes tranquilles de ce c&#244;t&#233;-l&#224; pour le moment. C'est pr&#233;cis&#233;ment parce que certains ne s'int&#233;ressent pas &#224; ces choses que nous devons nous unir pour prot&#233;ger tous les hommes contre le vandalisme de quelques-uns.&#034;&lt;br class='autobr' /&gt;
Henry D. Thoreau, &lt;i&gt;Wild Fruits&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;i&gt;La question naturelle engage Henry David Thoreau &#224; repenser l'action collective. Par Michel Granger, professeur de litt&#233;rature am&#233;ricaine &#224; Lyon 2.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Penseur romantique, Thoreau exalte avec une provocation assum&#233;e l'individu rebelle &#224; la soci&#233;t&#233;, &#224; ses institutions tyranniques et &#224; ses traditions &#233;touffantes. Il est entr&#233; dans la l&#233;gende par quelques gestes spectaculaires significatifs, mis en sc&#232;ne dans son &#339;uvre. Le r&#233;cit de son s&#233;jour dans une cabane donne une le&#231;on de philosophie appliqu&#233;e o&#249; la simplicit&#233; volontaire et l'immersion dans la nature organisent une alternative &#224; la vie moderne que domine l'addiction au travail et &#224; l'argent ( &lt;i&gt;Walden&lt;/i&gt; ). Lorsque fleurissaient des exp&#233;riences de vie communautaire, Thoreau refusa d'aller vivre &#224; Brook Farm, car il ne voulait pas ali&#233;ner sa libert&#233; : il pr&#233;f&#233;rait la relative solitude des bords du lac Walden ou tout simplement la vie chez ses parents. Sa nuit pass&#233;e en prison pour avoir refus&#233; de payer un imp&#244;t qui signifiait apporter son soutien &#224; un gouvernement esclavagiste lui valut une c&#233;l&#233;brit&#233; durable ( &lt;i&gt;R&#233;sistance au gouvernement civil&lt;/i&gt; ).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'antagonisme qu'il affiche &#224; l'&#233;gard d'une soci&#233;t&#233; am&#233;ricaine en cours d'industrialisation et d'urbanisation est toutefois complexe. &#192; premi&#232;re vue, certaines formules provocatrices laissent penser qu'il souhaite la suppression du gouvernement, alors qu'en fait il demande &#171; dans l'imm&#233;diat l'instauration d'un meilleur gouvernement &#187; et accepte de payer les imp&#244;ts pour l'entretien de la voirie parce qu'il a &#171; le d&#233;sir d'&#234;tre un bon voisin &#187;, m&#234;me s'il revendique &#234;tre un &#171; mauvais sujet &#187; refusant son all&#233;geance inconditionnelle aux lois (1). Dans les derni&#232;res ann&#233;es de sa vie, sa passion pour la nature l'a r&#233;concili&#233; avec la puissance publique et l'a incit&#233; &#224; recommander que le village, voire l'&#201;tat du Massachusetts, devienne garant du statut d'exception de ce bien commun qu'est la nature. L'int&#233;r&#234;t des g&#233;n&#233;rations futures l'a conduit &#224; s'opposer au droit constitutionnel de propri&#233;t&#233; et &#224; proposer &#224; la place une possession collective qu'il justifie par la r&#233;f&#233;rence &#224; un principe am&#233;ricain : &#171; Agir collectivement, c'est s'inspirer de l'esprit de nos institutions &#187; (2).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pendant la majeure partie de son existence, en dehors de travaux d'arpenteur qui l'aidaient &#224; gagner sa vie, Thoreau a consacr&#233; l'essentiel de ses journ&#233;es &#224; se promener dans la campagne, ou en barque sur les rivi&#232;res aux alentours de Concord : il observait, appr&#233;ciait, prenait des notes r&#233;dig&#233;es plus tard dans son monumental Journal. Il est devenu un naturaliste amateur suffisamment confirm&#233; pour dialoguer avec des savants de Harvard et pour soutenir le darwinisme. En d&#233;pit d'une d&#233;fense farouche de la solitude, son activit&#233; se r&#233;v&#232;le int&#233;gr&#233;e &#224; la vie du village, il recueille les usages populaires des plantes, transcrit des anecdotes concernant les coutumes li&#233;es &#224; la nature ; il partage son savoir avec des p&#234;cheurs, chasseurs ou paysans et donne des conf&#233;rences au Lyc&#233;um. Le savoir du naturaliste prend une valeur relationnelle qui le fait participer &#224; la vie collective et fa&#231;onner la communaut&#233; &#224; partir de l'interaction avec une nature encore tr&#232;s pr&#233;sente autour de cette bourgade rurale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Thoreau aimait emmener un groupe de villageois&#183;es cueillir des myrtilles sur les collines des environs. Vivre de ces baies quand vient la saison constituait pour lui un &#233;l&#233;ment important de son mode de vie id&#233;al : c'&#233;tait l'occasion d'initier les enfants aux joies de la nature, aux saveurs sauvages de ses fruits, &#224; l'esth&#233;tique des paysages, peut-&#234;tre m&#234;me &#224; la spiritualit&#233; de ses spectacles et de partager un plaisir collectif qui raffermit le sens communautaire. Cette activit&#233; au sein de la nature exigeait &#233;videmment le libre acc&#232;s aux richesses des bois, alors que certains propri&#233;taires interdisaient parfois les cueillettes. Il s'insurge contre cette forme de propri&#233;t&#233; accapareuse qui r&#233;duit les possibilit&#233;s d'&#233;ducation par le paysage, prive des avantages de cette immersion dont il attend la r&#233;g&#233;n&#233;ration d'une soci&#233;t&#233; moderne d&#233;pourvue du pr&#233;cieux contact avec la nature. Il s'inqui&#232;te de la privatisation de l'espace, redoute de voir un jour toutes les parcelles de terrain entour&#233;es de cl&#244;tures et revendique de pouvoir traverser les propri&#233;t&#233;s sans avoir &#224; en demander la permission.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; la fin des ann&#233;es 1850, Thoreau poursuit sa r&#233;flexion sur les aspects de la nature qui sont d&#233;nu&#233;s de valeur marchande et constituent des biens immat&#233;riels au fort pouvoir spirituel. Dans un texte &#233;tonnant de &lt;i&gt;Wild Fruits&lt;/i&gt; (3), Thoreau pousse le raisonnement &#224; son terme : puisque ce bien commun a une valeur inestimable pour l'humanit&#233; et que le d&#233;sir individuel d'enrichissement le menace irr&#233;m&#233;diablement, il convient de le prot&#233;ger, afin que les g&#233;n&#233;rations futures puissent encore b&#233;n&#233;ficier de ses bienfaits. En cons&#233;quence, il faudrait restreindre le droit de propri&#233;t&#233; et s'en remettre &#224; la puissance publique qui seule a la l&#233;gitimit&#233; pour limiter la libert&#233; individuelle : il s'agirait moins d'une appropriation par la commune que d'une gestion collective prenant le pas sur les d&#233;sirs personnels. L'id&#233;e s'inscrit dans la lign&#233;e des communaux de Nouvelle-Angleterre qui permettaient aux paysan&#183;ne&#183;s les plus pauvres de faire pa&#238;tre leur b&#233;tail dans des prairies pour tou&#183;te&#183;s. Thoreau ne s'oppose plus &#224; l'&#201;tat lorsqu'il se rend compte que la collectivit&#233; organis&#233;e peut neutraliser le pouvoir d'un propri&#233;taire de for&#234;t motiv&#233; par l'app&#226;t d'un gain imm&#233;diat. Il vaudrait la peine de cr&#233;er un comit&#233; municipal qui veillerait &#224; ce que la beaut&#233; naturelle ne subisse pas de pr&#233;judice, &#224; ce que les bords de rivi&#232;res, les sommets de collines ou de montagnes d'o&#249; l'on a un si beau point de vue, ne soient pas inaccessibles. Il regrette que la municipalit&#233; de Concord n'ait pas am&#233;nag&#233; une promenade le long de la rivi&#232;re qui traverse le bourg ; il voudrait qu'un autre village consid&#232;re sa for&#234;t de tr&#232;s vieux ch&#234;nes comme sa vraie richesse et prenne des dispositions pour la prot&#233;ger.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Thoreau recommande que soient r&#233;serv&#233;s des espaces pour la contemplation des paysages afin de faire profiter la population de leur valeur esth&#233;tique et spirituelle tonifiante. Alors qu'au XVIIe si&#232;cle les lieux sauvages constituaient l'environnement des premiers colons sur la c&#244;te de Nouvelle-Angleterre, il se d&#233;sole qu'ils aient disparu et qu'on doive aller les admirer dans les montagnes du New Hampshire. D&#232;s le milieu des ann&#233;es 1850, Thoreau estime qu'il y a urgence &#224; agir : il sait que certaines esp&#232;ces d'arbres comme les grands pins blancs utilis&#233;s pour les m&#226;ts des bateaux ont presque tous disparu. Il est conscient que l'on ne peut attendre de propri&#233;taires individuels, cupides ou incomp&#233;tents, qu'ils respectent l'int&#233;r&#234;t &#224; long terme de leurs for&#234;ts. Il imagine donc que chaque village pourrait communaliser une parcelle de bois et la garder intacte. Ce r&#234;ve aboutira quelques d&#233;cennies plus tard &#224; la cr&#233;ation de parcs d'&#201;tats ou nationaux, fond&#233;s sur l'id&#233;e quelque peu r&#233;volutionnaire pour les &#201;tats-Unis de retirer du processus &#233;conomique des portions de son territoire : leurs ressources ne seront pas exploit&#233;es afin que les g&#233;n&#233;rations futures puissent se faire une id&#233;e de ce que fut la nature avant l'intervention des colons venus d'Europe. L'intention n'est pas encore de pr&#233;server la biodiversit&#233;, mais seulement de sauver des espaces de contemplation et de r&#233;g&#233;n&#233;ration.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans une &#233;tude sur la philosophie de l'&#233;cologie, Juliette Grange minimise l'int&#233;r&#234;t de cette attitude : &#171; [la nature] peut &#234;tre certes un objet possible de contemplation ou un lieu de retirement (Thoreau) o&#249; fortifier les vertus de la simplicit&#233;, mais la question &#233;cologique ne concerne pas d'abord les sentiments et les &#233;motions de l'individu &#187; (4). Pourtant, le go&#251;t de la nature est bien &#224; l'origine de l'&#233;change de savoir, d'une activit&#233; de cueillette qui cr&#233;e une interaction entre le village et le milieu naturel, aboutissant &#224; une prise de conscience &#233;cologique. C'est &#224; partir de cette base que Thoreau s'est oppos&#233; &#224; la doxa individualiste et a adopt&#233; une perspective collective : il a d&#251; se rendre &#224; l'&#233;vidence de la n&#233;cessit&#233; que la commune, voire l'&#201;tat, mette en &#339;uvre une politique &#233;cologique pour d&#233;fendre le bien commun de la nature contre son exploitation effr&#233;n&#233;e par quelques propri&#233;taires vandales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(1) Henry D. Thoreau, &lt;i&gt;Essais&lt;/i&gt; , trad. N. Mallet, Le Mot et le Reste, 2007, pp. 150 et 169.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(2) Thoreau, &lt;i&gt;Walden&lt;/i&gt; , trad. B. Matthieussent, Le Mot et le Reste, 2010, p. 117.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(3) Henry David Thoreau, &lt;i&gt;Wild Fruits&lt;/i&gt; , New York, Norton, 2000. B. P. Dean a rassembl&#233; des manuscrits inachev&#233;s concernant les baies et les fruits. Les citations de cet article sont tir&#233;es du chapitre &#171; Les fruits en hiver &#187;, p. 233-239. L'id&#233;e de parcs municipaux appara&#238;t dans son &lt;i&gt;Journal&lt;/i&gt; , le 15 octobre 1859.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(4) Juliette Grange, &lt;i&gt;Pour une philosophie de l'&#233;cologie&lt;/i&gt; , Pocket, 2012, p. 125.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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