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	<title>L'An 02</title>
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	<description>L'An 02 est un outil &#233;colo de diffusion et de partage, un passeur d'id&#233;es hors des cercles confidentiels.
De 2011 &#224; 2015, L'An 02 a &#233;t&#233; une revue papier, en couleurs, multipliant les formes, notamment graphiques : photo-reportage, peinture, installation, typographie, bande dessin&#233;e. Cette dimension-l&#224; ne se retrouve que dans la revue papier, toujours en vente en librairie ou par correspondance. Retrouvez sur ce nouveau site tous les textes, un dossier au traitement mosa&#239;que enrob&#233; de chroniques grin&#231;antes, de lectures in-con-tour-na-bles et de reportages militants.
D&#233;sormais, L'An 02 propose &#224; chaque changement de saison une livraison de chroniques de livres r&#233;cents qui nous aident &#224; penser l'&#233;cologie politique, la d&#233;croissance et la technocritique.</description>
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		<title>L'An 02</title>
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		<title>&#171; Vache folle &#187; et autophagie g&#233;n&#233;ralis&#233;e</title>
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&lt;p&gt;par Mondher Kilani &lt;br class='autobr' /&gt; Des Europ&#233;en&#183;ne&#183;s paniqu&#233;&#183;e&#183;s qui dressent des b&#251;chers sacrificiels o&#249; sont immol&#233;es des millions de vaches&#8230; Mondher Kilani, professeur &#224; l'universit&#233; de Lausanne, revient sur le sens profond de la crise de la &#171; vache folle &#187;. &lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Dis-moi ce que tu manges, je te dirai qui tu es. &#187; Ce vieil adage populaire s'est trouv&#233; atteint de trouble quand la paisible vache fut soudain prise d'une crise de folie, suite au ramollissement de son cerveau victime de l'enc&#233;phalopathie spongieuse (ESB). Notre (...)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://lan02.butternet.net/-No3-Ogres-et-sorcieres-Autres-regards-sur-la-societe-technicienne-17-" rel="directory"&gt;N&#176;3 : Ogres et sorci&#232;res. Autres regards sur la soci&#233;t&#233; technicienne&lt;/a&gt;


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 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;span class='spip_document_14 spip_documents'&gt;&lt;a href='https://lan02.butternet.net/IMG/png/sorciere_petite.png' type=&#034;image/png&#034; title=&#034;sorciere_petite&#034;&gt;&lt;img src='https://lan02.butternet.net/local/cache-vignettes/L150xH119/sorciere_petite-74633-4e39d.png?1696061304' width='150' height='119' alt='sorciere_petite {PNG}' /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/span&gt;par Mondher Kilani&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;i&gt;Des Europ&#233;en&#183;ne&#183;s paniqu&#233;&#183;e&#183;s qui dressent des b&#251;chers sacrificiels o&#249; sont immol&#233;es des millions de vaches&#8230; Mondher Kilani, professeur &#224; l'universit&#233; de Lausanne, revient sur le sens profond de la crise de la &#171; vache folle &#187;.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Dis-moi ce que tu manges, je te dirai qui tu es. &#187; Ce vieil adage populaire s'est trouv&#233; atteint de trouble quand la paisible vache fut soudain prise d'une crise de folie, suite au ramollissement de son cerveau victime de l'enc&#233;phalopathie spongieuse (ESB). Notre identit&#233; alimentaire semblait jusqu'ici assur&#233;e &#224; travers l'image d'une vache robuste et saine. On d&#233;couvrait soudain l'horrible v&#233;rit&#233;, l'insoutenable : la vache, notre vache, est cannibale ! On l'a engraiss&#233;e avec des farines fabriqu&#233;es &#224; partir de cadavres d'autres animaux et m&#234;me&#8230; du placenta humain. La fronti&#232;re des esp&#232;ces s'est trouv&#233;e ainsi doublement transgress&#233;e : non seulement l'Homme, certes par n&#233;cessit&#233;, s'alimente en d&#233;vorant d'autres esp&#232;ces vivantes, mais &#224; cause de ses besoins croissants il a transform&#233; des esp&#232;ces jusqu'ici r&#233;put&#233;es herbivores en carnassi&#232;res. Une boucle dangereuse qui ressemble fort &#224; de l'autophagie s'est nou&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;strong&gt;Homme et animal : un lien ambigu&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En tous temps, l'Homme a eu des scrupules &#224; consommer une nourriture obtenue par la mise &#224; mort d'&#234;tres anim&#233;s, mais faisant de n&#233;cessit&#233; vertu, il a partout tent&#233; de contenir cette pratique dans le cadre de rituels. Songeons au rituel de la chasse chez les peuples dits &#171; primitifs &#187; dont la clef r&#233;side dans deux probl&#232;mes existentiels fondamentaux, &#224; savoir : la ligne incertaine qui s&#233;pare l'Homme de l'animal et la conscience que la survie des humain&#183;e&#183;s d&#233;pend de la destruction d'autres &#233;l&#233;ments du r&#232;gne vivant. De tels soucis ont &#233;galement &#233;t&#233; partag&#233;s par les religions monoth&#233;istes. C'est ainsi que la prescription biblique interdit de consommer le sang des animaux, parce qu'il est la &#171; vie &#187;, &#171; '&#226;me &#187;, le &#171; principe vital &#187;, une pr&#233;rogative de Dieu sur lequel l'homme n'a pas de pouvoir. De m&#234;me le christianisme primitif, en abolissant les interdits alimentaires juifs, en garda n&#233;anmoins deux principaux : le sang et les viandes &#233;touff&#233;es (c'est-&#224;-dire non saign&#233;es). L'islam reconna&#238;t &#233;galement &#224; l'animal un souffle vital qui l'anime. D'o&#249; la prescription de l'abattage rituel qui consiste pour tout&#183;e musulman&#183;e &#224; &#233;gorger l'animal et &#224; faire couler &#224; terre le sang, r&#233;ceptacle de l'&#226;me. La mort d'un animal a &#233;t&#233; ainsi partout d'abord un acte rituel. Elle rel&#232;ve d'une mort sacrificielle qui doit rendre &#224; chaque partie son d&#251;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;strong&gt;L'horizon trouble du mangeur occidental&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais qu'en est-il de notre modernit&#233; ? La mauvaise conscience li&#233;e au fait de tuer et de manger les animaux demeure manifestement une des composantes de l'attitude contemporaine envers la viande. Manger de la chair exige aussi une force morale : celle qui nous permet de supporter l'id&#233;e qu'une mise &#224; mort est &#224; la base de notre r&#233;gime carn&#233;. Ceci explique les efforts d&#233;ploy&#233;s, depuis plus d'un si&#232;cle, &#224; exiler vers la p&#233;riph&#233;rie des zones urbaines nos abattoirs et &#224; produire des r&#232;glements de plus en plus contraignants cens&#233;s nous laver aux sens propre et symbolique de l'acte de tuer. L'interdiction des &#171; tueries &#187;, encore pratiqu&#233;es dans la rue au beau milieu du XIXe si&#232;cle, a d&#233;rob&#233; l'abattage au regard public. La sensibilit&#233; moderne tend &#224; &#233;pargner au consommateur le spectacle d'animaux &#233;gorg&#233;s en pleine vie. On aboutit ainsi &#224; la construction de cette fiction d'une mort &#171; propre &#187;, sans sang vers&#233;, ni victime, ni sacrificateur. La mise &#224; mort moderne des animaux n'a plus rien de sacrificielle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;strong&gt;&#171; Vache folle &#187; et d&#233;clin de la raison sacrificielle&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais voil&#224; que ce bel ordonnancement a menac&#233; de s'&#233;crouler. Voil&#224; que la &#171; folie &#187; de la vache qui a pr&#233;cipit&#233; une h&#233;catombe du cheptel bovin a risqu&#233;, par contagion, de nous rendre nous-m&#234;mes fous (c'est l'hypoth&#232;se selon laquelle un lien &#233;troit existerait entre la maladie de la vache et son &#233;quivalent chez l'Homme, la maladie de Creutzfeldt-Jakob). Nous avons &#233;t&#233; atteints dans notre propre chair, mais aussi dans notre identit&#233; profonde. Apr&#232;s avoir mis le plus de distance entre lui et l'animal sacrifi&#233;, l'Homme moderne a assist&#233; au retour du refoul&#233; et s'est trouv&#233; oblig&#233;, pour parer &#224; la crise, d'immoler &#224; son tour non pas une vache, mais des millions de vaches ! En quoi ce b&#251;cher de bovins aura-t-il &#233;t&#233; r&#233;dempteur ? En quoi aura-t-il permis de reconstituer du sens ? Il semble bien que seuls l'&#233;quilibre &#233;conomique et les compensations mon&#233;taires &#224; consentir aux producteurs aient &#233;t&#233; &#224; l'ordre du jour. En revanche, nous sommes rest&#233;&#183;e&#183;s sur notre faim, si j'ose dire, concernant l'identit&#233; de ce que nous mangeons. Nous demeurons perplexes lorsque nous d&#233;couvrons que l'on n'a pas &#233;chapp&#233; &#224; ce que l'on a renvoy&#233; au temps des superstitions : le sacrifice (il y a longtemps que la boucherie n'entretient plus de rapports avec les dieux ou avec Dieu). Ou encore lorsque nous d&#233;couvrons que l'absence d'une relation directe avec l'animal est destructrice de l'identit&#233;. Et enfin lorsque nous d&#233;couvrons que la transgression de certains tabous peut &#234;tre mortelle, comme, par exemple, du fait de manger ou de donner &#224; manger aux vaches de la &#171; viande morte &#187; &#8211; celle d'animaux morts naturellement ou accidentellement &#8211; dont le sang n'a pas &#233;t&#233; vers&#233; pour les &#171; d&#233;sanimer &#187;. A la prescription du Deut&#233;ronome (XIV, 21) &#8211; &#171; Vous ne pourrez manger aucune b&#234;te crev&#233;e &#187; &#8211; il faudrait peut-&#234;tre ajouter le conseil suivant : &#171; Vous ne donnerez pas &#224; manger de la viande &#233;touff&#233;e &#224; vos vaches &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;strong&gt;Catastrophes modernes ou l'&#232;re du soup&#231;on&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En mettant en cause les pratiques et les repr&#233;sentations relatives &#224; l'alimentation, &#224; la sant&#233; et au traitement du corps &#8211; aussi bien humain qu'animal &#8211; la crise de la &#171; vache folle &#187; a exprim&#233; la fissure du lien social et le d&#233;ficit de sens qui l'entoure. C'est parce que la conscience rationnelle et utilitariste n'arrive pas &#224; r&#233;pondre aux multiples rat&#233;s suscit&#233;s par les diverses manipulations industrielles du vivant, que tous les &#233;l&#233;ments de la crise sont v&#233;cus sur le mode de la panique et de l'angoisse. La dimension apocalyptique qu'a pu prendre l'affaire de la &#171; vache folle &#187; est &#224; rapprocher d'autres catastrophes modernes comme l'empoisonnement au mercure de plusieurs villages de p&#234;cheurs japonais dans les ann&#233;es 1950 (catastrophe de Minamata), les accidents chimiques de Seveso en Italie et de Bhopal en Inde respectivement en 1976 et en 1984, l'accident de Tchernobyl (1986) et la destruction de Fukushima (2011). La maladie de la &#171; vache folle &#187; se propage de fa&#231;on dissimul&#233;e, aussi invisible que la radioactivit&#233;. L'id&#233;e d'une contamination g&#233;n&#233;ralis&#233;e de notre quotidien s'insinue s&#251;rement en nous. Ce sentiment de l'apocalypse est d'autant plus fort que la soci&#233;t&#233; moderne a chass&#233; de son univers la trag&#233;die en niant le hasard et l'incertitude. Notre soci&#233;t&#233; peine &#224; prendre en consid&#233;ration l'incertitude qui est pourtant partout &#8211; incertitude &#233;cologique, incertitude biologique, incertitude sociale et politique &#8211; pour lui pr&#233;f&#233;rer la logique du crash, de l'accident.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Derniers livres parus :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;i&gt;Anthropologie. Du local au global&lt;/i&gt; , Armand Colin, 2012.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;i&gt;Guerre et sacrifice. La Violence extr&#234;me&lt;/i&gt; , PUF, 2006.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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